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Correspondance de Grimm, IV

Diderot et Grimm l35

mois ; mais les renseignements de Grimm étaient peut-être vieux de quelques jours. En tout cas, le projet dont il parle n'a pas été mis à exécution. Le recueil des Fragments n'a jamais été traduit en français dans son ensemble, ni par Suard ni par personne. Il y a une bonne raison à cela : dès que Fingal a paru, Ton s'est aperçu que la plupart des premiers fragments figuraient à nouveau dans quelqu'un des poèmes qui composaient le volume, sous forme d'épisodes ou d'intermèdes chantés par les bardes.

Avant que Fingal fût arrivé d'Angleterre, en tout cas avant que les lecteurs français fussent invités à juger de ses mérites, on paraît l'avoir attendu avec une certaine impatience. Grimm ' institue un parallèle entre Pisistrate faisant établir le texte d'Homère, et Macpherson recueillant les poèmes d'Ossian ; surtout ce Fingal « dont le caractère du moins sera très précieux aux critiques et aux gens de goût, quelque puisse être son mérite d'ailleurs ». D'après le Journal Étranger, \\ remarque l'absence totale de religion dans la poésie ossianique comme « singulière », alors que « la plupart de ces morceaux poétiques sont des chants funèbres ». Il ne fait d'ailleurs que répéter Suard, lorsqu'il constate le caractère « simple et antique » des montagnards écossais, leurs mœurs « belles et touchantes comme celles de tous les anciens peuples ». Même théorie sur l'essence de la poésie ; « La guerre, la chasse, une vie champêtre, ramour,la mort, une nature sauvage et rustique, voilà chez tous les peuples les premiers et les plus touchants objets de la poésie. » Grimm cite trois peuples pour avoir possédé cette poésie vraiment primitive : « les Grecs, les Scandinaves, et les anciens Erses ou Ecossais ». Homère au lieu de la Bible, les deux autres inchangés. Voilà comment Ossian sert à voir plus clair dans les sympathies ou les préférences littéraires.

Correspondance de Grimm, IV, 494 (décembre 1761).

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Ce Fingal que Grimm annonçait à ses correspondants ava't enfin traversé le détroit, et les premiers exemplaires étaient parvenus aux bureaux de rédaction. La première mention que le public put en rencontrer se trouvait dans le Journal Encyclopédique de janvier 17G2'. C'est un compterendu de moins de deux pages, composé d'une analyse rapide et de quelques phrases d'appréciation. Le poème, « où l'on trouve quelques épisodes d'un goût assez singulier », n'excite pas l'enthousiasme du critique : « Tout son mérite consiste à peu près dans son antiquité. Une traduction française de cet ouvrage serait certainement insupportable.» Ces paroles s'appliquent à Fingal seul : les autres poèmes que le volume contient ne sont même pas mentionnés. Elles ont d'ailleurs été prophétiques, et Fingal a attendu quinze ans un traducteur. Le Journal des Savants, en février % annonçant la publication qui faisait tant de bruit en Angleterre, attire en vain l'attention sur des mérites qu'il paraît ne connaître que par ouï-dire : « Ce poème, que l*on dit plein d'images les plus originales et les plus sublimes... » Ce n'est pas Fingal qui a continué l'acclimatation d'Ossian en France, ce sont les courts poèmes dont il était accompagné. Le Journal Etranger montra en cette occurrence un sens très sûr de ce qui pouvait plaire au public. Dès que le volume lui parvint, Suard se mit à la besogne. Il choisit successivement les petits poèmes qu'il jugeait les plus intéressants, et la série de ses traductions remplit à peu près l'année 17G2. Le Journal donna : en janvier, Lathmon ; en février, Oïthona ; en avril, Dar-thula ; en juillet, Conlatli et Cuthona ; en septembre, Comala. Au total, 95 pages d'Ossian. Les poèmes erses ou traduits de la langue erse ou celtique, comme ils s'intitulent, n'ont désormais plus besoin d'être présentés au lecteur. Quelques mots seulement avant Oïthona rappellent l'intérêt qu'éveillèrent les pre-

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