‹ Ossian en FranceChapitre 68 sur 232 · Currespoulance de Grimm, V, 67 (avril · texte numérisé non relu

Currespoulance de Grimm, V, 67 (avril

L'Apostrophe au Soleil

but thou thyself movest alone. Who can be a companion of thy course ? The oaks of the mounlains fall ; Ihe mountains themselves decay with years ; the océan shrinks and f;^ro\vs again ; the moon herself is lost in heaven ; but thou art for ever the same, rejoicing in the brightness ofthy course. When the world is dark with tempests, when thunder rolls and lightning Aies, thou lookest in thy beauty from the clouds.and laug-hest at the storm. But to Ossian thou lookest in vain, for he beholds thy beams no more ; whether thy yellow hair flows on the eastern clouds, or thou tremblest at the gâtes of the West. But thou art perhaps like me, for a season ; thy years will hâve an end. Thou shalt sleep in thy clouds, careless of the voice of the morning.

Traduction de Suard [Journal Etranger^décAlôl; Gazette Littéraire, 1" août 1765 ; Variétés Littéraires, 1768, I, 261).

0 toi qui roules au-dessus de nos têtes, rond comme le bouclier de mespères,d'oùviennent tes rayons, ô Soleil? d'où vient talumière éternelle? Tu t'avances dans ta beauté majestueuse et les étoiles te cachent dans le ciel ; la lune pâle et froide se plonge dans les ondes de l'Occident. Mais toi, tu te meus seul ; eh : qui peut être le compagnon de ta course? Les chênes des montagnes tombent ; les montagnes elles-mêmes sont détruitespar les années; l'Océan s'élève et s'abaisse tour à tour; la lune se perd dans les plaines du ciel; mais tu es à jamais le même,te réjouissant dans l'éclat de ta course. Lorsque le monde est obscurci par les orages, lorsque le tonnerre roule et que l'éclair vole, tu parais dans ta beauté à travers les nuages, et tu te ris de la tempête... Hé-

Traduction du Carlhon de Londres, 1762.

0 toi ! qui roules sur nos têtes, qui parais rond comme le bouclier de nos pères, d'où partent tes rayons brillants ? 0 soleil ! source éternelle de lumière, tu commences ta carrière dans tout l'éclat de ta beauté. Lesétoiles se couchent dans les cieux ; la lune pâle et froide se précipite dans les ondes de l'Occident. Tu es unique et le meus par toi-même. Qui pourrait t'accompagnerdans ta course? Les chênes des montagnes tomberont; les montagnes elles-mêmes s'affaisseront; l'Océan s'élève et s'abaisse en frémissant; la lune disparaît dans le firmament. Mais toi. toujours le même, tu te réjouis dans ta splendeur durable. Quand les tempêtes obscurcissent les cieux, que le tonnerre gronde et l'éclair part : tu conserves tabeauté inaltérable, et, perçant

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las ! tu brilles en vainpour Os- la nue, tu souris à l'orage. Hésian ; car il ne voit plus tes las ! tu luis en vain pour Osrayons, soit que la chevelure sian 1 II ne voitplus tes rayons ; dorée flotte sur les nuages de soit que tu dores les nuages de l'Orient, soit que talumière fré- l'Orient, soit que ta lumière misse aux portes de l'Occident, tremblante se cache àl'horizon. Mais peut-être comme moi tu Astre brillant, serais-tu soun'as qu'une saison, ô Soleil ! mis au temps ? Tes années, et tes années auront un terme! ainsi que ma vie, ont-elles un Peut-être tu t'endormiras un terme ? Serais-tu un jour enjour dans le sein de tes nuages, dormidans le sein des nuages, et tu n'entendras plus la voix sans que la voix du matin pût du matin. t'engagera reprendre loncours?

Nous reprendrons tout à l'heure l'étude de ce passage au point de vue de la fidélité et du mérite des traductions. Ne considérons en ce moment que le fond du morceau, l'idée et le développement. Ossian est aveugle; il évoque par la pensée l'astre dont il sent encore les rayons bienfaisants réchauffer son vieux corps, mais dont la splendeur n'est pour lui que du passé déjà lointain. Il peint la marche et pour ainsi dire la vie de l'astre, telle qu'un être primitif peut la concevoir, comme une lutte perpétuelle et toujours victorieuse contre la nuit, contre l'hiver, contre les nuages, contre la tempête. Il termine par une des idées les plus grandes et les plus effrayantes auxquelles l'imagination de l'homme puisse s'élever. Rien n'est éternel de toutes les choses créées. Viendra-t-il un jour où le soleil, lui aussi, aura vécu? Le soleil doit-il s'éteindre, et toute vie avec lui? Peur naïve et naturelle, qui évoque le tableau funèbre d'une humanité plongée brusquement dans la nuit, dans le froid et dans le néant. Ainsi l'idée des derniers êtres humains expirant sur la terre glacée, idée plus moderne et plus scientifuiue, a inspiré à Carducci les dernières et magnifiques strophes d'une de ses plus belles odes. Su Monte Mario. Ainsi Grainville dans son Dernier Homme, ci Leconte de Lisle surtout dans sa Dernière Vision. On a remarqué depuis longtemps ' que de ces «trois idées dominantes», la dernière, la plus pathétique, «se trouve répétée en plusieurs endroits par Ossian»;

1. B. Jullicn, Histoire de la poésie française à l'époque impériale, 1, 155.

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par exemple, dans Dar-thula,\a. même crainte est exprimée à propos de la lune. II ne faut pas supposer même un instant, avec le critique que je cite, que cette crainte « fût réellement dans les idées générales du peuple du pays de Galles »(sic) ; il faut sûrement penser au contraire que cette idée, « particulière à Macpherson lui-même », a dû « se représenter souvent sous sa plume». Tel qu'il est, ce morceau paraît bien de l'invention de Macpherson ; du moins les celtisants ne nous en montrent pas d'original probable : celui qui passait autrefois pour tel n'est pas authentique. Macpherson s'est largement inspiré de deux endroits du Paradis Perdu : l'hymne à la lumière, qui ouvre le livre III, et jle monologue de Satan dans le livre IV. Dans le premier passage, l'aveugle Mllton invoque la lumière éternelle en des termes qui eux-mêmes doivent beaucoup à saint Paul et au livre de Job; puis déplore, en un langage magnifique, sa cécité qui lui fait oublier « la douce approche du soir ou de l'aube * a . Ce dernier morceau a sûrement été l'origine des paroles d'Ossian.Mais la « sainte lumière» qu'invoque Milton est moins près du lecteur, moins aimée, moins vivante que notre soleil ; ilaj3our la saluer des termes métaphysiques: «or of th' Eternalco-eternal beam », ou bien : « bright effluence of bright essence increate » ; c'est une lumière froide, qui n'éclaire que les purs sommetsde l'esprit. Quant à l'apostrophe de Satan au soleil, qui devait d'après Porson figurer dans la tragédie que Milton se proposait d'écrire sur la chute de l'homme, elle ne fait qu'ouvrir le long discours où l'ange déchu retrace sa destinée et peint l'enfer qui est dans son âme. Un détail a certainement inspiré Macpherson ; les étoiles, dit Milton, cachent leurs têtes à l'aspect du soleil -. ÙNIais cela reste très général et abstrait. Le soleil d'Ossian est plus près de nous, plus mêlé à notre vie ; on l'attend, on le suit des yeux, on le regrette ainsi qu'un ami. Ce n'est pas l'astre dévorant dont l'immuable flamboiement écrase l'homme des tropiques; c'est le soleil un peu pâle des pays du Nord, qui se fait souvent prier pour paraître, qui chaque jour doit lutter contre les nuages et les brumes, d'autant plus bienfaisant qu'il est

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