Milton, Paradise Lost, III
2. «... At whose sight ail the stars— Ilidetheir diminish'd heads... »(IV, 34).
I 54 Ossian en France
plus rare, d'autant plus apprécié qu'il a plus de peine à se montrer.
Il va de l'imagination et de la grâce poétique dans l'hymne ossianique au soleil. C'est un heureux pastiche de poésie naïve et extrêmement anthropomorphique ; et pour celui qui se laisse aller au charme de la rêverie, frapper parla hardiesse des images, bercer par l'harmonie du style, c'est une poésie qui n'a pas perdu toute sa vertu.
D'ailleurs ne croyons pas qu'on ait négligé le reste du poème. A défaut de Fingal, qui n'était pas encore traduit, Carthon offrait l'exemple d'une épopée courte, il est vrai, mais la plus complète et la plus conforme aux lois du genre qu'eût encore fournie la poésie écossaise nouvellement découverte. Peut-être Suard se reprocha-t-il de n'avoir pas compris le poème tout entier parmi les poèmes que le Journal Etranger avait extraits du recueil de Fingal. D'autre part une traduction complète aurait peut-être fait double emploi, venant aussitôt après celle de Londres. En tout cas, Carthon reparut lorsque la Gazette Littéraire de l'Europe renaquit des cendres du Journal Etranger. On sait que les mêmes directeurs l'animaient du même esprit ; mieux éditée et mieux imprimée, paraissant tous les quinze jours^ elle s'annonçait comme une véritable revue internationale de la littérature. Malheureusement son honorable carrière ne se prolongea que deux années (mars 17G4-février 1760). Les dimensions restreintes de chaque numéro, ou la crainte de fatiguer le public, ne permirent pas à Suard d'y faire entrer la traduction complète de Carthon. Il se contenta * de reprendre l'analyse du poème, et d'en donner d'amples passages traduits par lui, parmi lesquels figurait naturellement l'apostrophe au soleil: neuf extraits reliés par l'analyse du reste; onze pages au total. Un cinquième du poème est ainsi remis sous les yeux du lecteur français. Et ce procédé de Suard est très habile. Le défaut mortel de l'épopée, c'est sa longueur, c'est qu'elle doit tout dire, tout raconter ; en coupant, en résumant, en ne citant que par pages ou demi-pages isolées, on rend la lecture infiniment plus agréable.