Journal des Savants, 1762, p
Premiers doutes sur l'authenticité i63
Ressemblance bien singulière ! Il ne s'agit pas, dans la pensée du critique, d'une coïncidence fortuite. Pourtant il se garde bien de conclure : il a suggéré des doutes qu'il ne dissipe guère en invitant le lecteur à reporter toute la gloire d'Ossian sur son premier traducteur. « L'honneur d'avoir créé ces poésies touchantes et sublimes vaudrait bien l'heureux hasard de les avoir découvertes K » Vaudrait bien; qu'est-ce à dire? Le mérite de Macpherson en serait beaucoup plus grand ; mais l'intérêt que nous prenons à Ossian diminuerait singulièrement.
Un fait que nous apprend M. Saunders ' est peut-être en connexion directe avec les soupçons, les hésitations du Journal des Savants. Hume écrit à Blair, le 6 octobre 17G3, que le duc de Nivernois avait beaucoup parlé d'Ossian avec M. Montagu pendant l'hiver 1762-1763 : il désirait réunir des preuves de l'authenticité des poèmes, pour les montrer à l'Académie des Belles-Lettres (sic) à Paris. Ce témoignage d'une autorité irrécusable nous montre notre ambassadeur à Londres ^ se constituant intermédiaire officieux entre les hommes de lettres anglais et ses confrères français de l'Académie des Inscriptions, que la nouvelle découverte intriguait. C'est très probablement du même coin qu'était parti le compte-rendu du Journal des Savants ; c'est là que se formaient les doutes que l'ambassadeur-académicien cherchait à dissiper. Nous ne savons pas s'il parvint à réunir son faisceau de preuves, ni quel usage il en fît.
En tout cas l'article du Journal des Savants s'attira une autre réponse. En juin 1763 *, le Journal publie une Lettre adressée à MM. les auteurs du Journal des Savants, signée Terence Brady, médecin, et datée de Bruxelles, le 3 mai 1763. Cette lettre est fort intéressante à plus d'un titre. C'est la première fois que l'Irlande fait entendre sa voix pour réclamer Ossian; et M. Smart, s'il avait étendu son enquête à la France, aurait pu tirer parti de ce texte dans le chapitre où il nous montre aux prises les « Ossians rivaux ». « Né dans le pays où Car thon fut composé », l'au-