Variétés Littéraires
loi Ossian en France
même hypothèse. Au cours du compte-rendu de Carthon, le Journal remarque les pressentiments qui font hésiter le père et le fils à entrer en lice l'un contre l'autre :
Les pi'essentiments de Carthon et de Clessamor peuvent faire douter... de l'authenticité de ces Poèmes erses... [ils] ont l'air d'embellis3ementg modernes... Ces pressentiments, ces cris secrets d'une nature qui s'ignore et qui se devine... n'étant qu'une fiction ingénieuse. .. semblent n'avoir pas dû être connus des Bardes et d'une nation demi-sauvage '.
Autrement dit, la voix du sang est une machine fort propre à accroître l'émotion dans quelque drame bien pathétique, mais une machine, et rien de plus. 11 est même curieux de voir avec quelle assurance le critique en nie l'existence : si la voix du sang a sa place naturelle {|uelque part, c'est dans une vieille légende nationale et populaire, transmise par des générations crédules, et chantée par des bardes soucieux de passionner un auditoire superstitieux. Cependant, l'auteur du Livre des Rois donnerait raison au Journal des Savants. Ce que Ton pourrait prendre pour des pressentiments dans le poème persan n'est, en réalité, de la part de Sohrab, qu'un désir raisonné de savoir si peutêtre le guerrier avec qui il va se mesurer n'est pas le grand Rustem, s'il ne va pas combattre son père. Firdousi nie expressément l'existence de la voix du sang : « L'amour ne se manifestait dans aucun de ces deux hommes ; ils étaient privés de sens, et la tendresse ne parlait pas. Les animaux connaissent leurs petits, que ce soit le poisson de la mer, ou l'onagre du désert ; mais l'homme, dans son trouble et sa passion, ne distingue pas son ennemi de son fils '. »
D'autres indices invitent également à la défiance : ce sont les imitations trop visibles.
L'hymne au soleil a une grande ressend^hmce, soit pour les idées, soit pour le ton de la poésie, avec le discours que Satan adresse au soleil, dans le IV" livre du Paradis Perdu ; et les regrets d'Ossian sur son aveuglementont une autre ressemblance bien singulière avec les regrets de Milton sur le même sujet'.