‹ Ossian en FranceChapitre 88 sur 232 · Mercure, octobre · texte numérisé non relu

Mercure, octobre

La poésie française de 1760 à lyyS 181

n'en trouve guère non plus à l'époque que nous considérons. L'un ne cite pour avoir eu du génie que les Grecs, les Latins et les Français jusqu'à Voltaire '. L'autre, en 1777 encore, se contente d'abréger Le Batteux ^ Calvel, en 1772, lance les premiers volumes d'une Encyclopédie Littéraire purement classique, où à travers un épais verbiage scolastique ne perce aucune lueur nouvelle ^ Ces inconnus, dirat-on, représentent le legs du passé. Mais on ne trouve aucun ouvrage du même genre qui leur fasse contre-poids. La théorie du drame et la pratique du roman s'inspirent d'idées nouvelles ; rien de semblable pour la poésie. Des critiques intelligents sont classiques purs avec frénésie. Clément linclément, qui attaque toute la littérature prônée par le parti philosophique, fulmine contre Young et, à ce propos, contre l'anglomanie ; il est particulièrement sévère pour les vues que l'auteur des Nuits exprime dans son essai sur la Composition originale *. Il ne paraît pas connaître Ossian, mais on peut aisément conjecturer qu'Ossian ne trouverait pas grâce devant lui, et son silence n'est peutêtre que du dédain. Quand on parcourt des yeux tout ce côté de l'horizon littéraire, où l'on ne voit rien poindre de nouveau, où tout est figé et presque mort, on ne comprend que trop bien « le peu d'accueil » que, d'après d'Alembert % ce siècle fait « au déluge de vers dont on l'accable » ; on estime que non seulement toute poésie, mais toute littérature d'imagination est morte en France, et l'on a envie de souscrire au jugement sévère de Robinet ", qui ne voit rien de bon nulle part, et qui conclut à la décadence universelle t lirrémédiable des lettres.

Page 1