CINQUIÈME BARDE
La nuit est calme, mais menaçante. La lune est assise sur un nuage du couchant : sa pâle lumière se meut lentement le long de la colline qui s'obscurcit par degrés. On entend le bruit sourd des vagues éloignées. Le torrent murmure sur le rocher ; le coq chante. La nuit a passé le milieu de sa course : la ménagère s'éveille dans l'obscurité , et va ranimer le feu caché sous* la cendre. Le chasseur croit que le jour approche, il appèle ses dogues qui accourent et bondissent devant lui. Il monte en sifflant la colline : une bouffée de vent écarte les nuages ; le char étoilé du nord se découvre à sa vue. L'aurore est loin encore : il se couche et sommeille sur la mousse du rocher.
Ecoute le tourbillon qui agite la forêt et murmure tristement dans le vallon : c'est la
BU MOIS D'OCTOBRfc. $3cj
redoutable armée des morts qui revient du haut des airs,
La lutie s'est tout-à-fait cachée derrière la colline ; ses derniers rayons en blanchissent faiblement le sommet. L'ombre des arbres s'alonge encore : maintenant tout est ténèbres. La nuit est noire, silencieuse, épouvanible; mes amis, recevez-moi, et sauvez-moi de la nuit.