‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 28 sur 64 · LE CHEF · texte numérisé non relu

LE CHEF

Qu'importe que les nuages reposent sur les collines , que les fantômes voltigent dans la plaine, et fassent frissonner les voyâgeuTs , que les vents grondent dans la forêt, que les bruyans orages descendent du sein des tourbillons , que les torrens mugissent , que leà météores enflammés remplissent les airs , qué la lune pâlissante s'élève au-dessus des montagnes ou cache sa tête dans les nuages , que la nuit soit orageuse ou calme, azurée ou sombre ; la nuit fuit devant le rayon qui part de l'orient; le jour rajeuni renaît du sein des ombres ; mais nous hélas! nous ne revenons point du sein du tombeau. Où sont nos guer* riers des siècles passés? Où sont nos rois fameux ? Le silence règne sur leurs champs de bataille; à peine leurs tombes cachées

a4o DESCRIPTION D%UNE NUITt etc.

sous Therbe subsistent encore ; Et nous âussi, bientôt nous serons oubliés! Cette demeure où nous chantons s écroulera ; nos descendans n'en pourront trouver les ruines. Ils demanderont aux plus anciens vieillards 2 « où s'élevaient les murs de la demeure de nos pères»?

Elevez vos voix et touchez vos harpes, videz à la ronde la coupe de la joie. Suspendez cent torches allumées ; jeunes bergers, jeunes bergères , commencez vos danses. Qu'un «vieux barde se tienne auprès de moi , et me raconte les exploits des temps passés, l'histoire des rois célèbres de notre pays, et de tousles guerriers que nos yeux ne voient plus. Charmons ainsi le reste de la nuit , jusqu'à ce que l'aurore éclaire nos demeures ; alors que Tare soit tendu, que les chiens et les chasseurs soient prêts, nous monterons les jcôteaux avec le jour , et nous réveillerons les cerfs endormis.

tW DU POEME DE LA DESCRIPTION D U NE «UIT DU MOIS D'OCTOBRE,

POËME

SUJET

Clbssah 0» , fils de Thaddu, et frère de M orna , mère d0 Fingal , fut jeté par une tempête à Balclutha , ville située sur le» bords du Clyde , et appartenante à une colonie de Bretons. Reuthamir , l'habitant le plus considérable de la ville , le recul chez lui , et lui donna en mariage Moïna , sa fille unique. Un Breton, nommé Reuda, qui était épris des charmes de Moïna > insulta Clessamor. Les deux rivaux se battirent. Reuda fut tué. Mais les Bretons , qui lui étaient attachés , forcèrent Clessamor de s'enfuir, et de se retirera Morven auprès de Comhal, père de Fingal. Moïna , que Clessamor avait laissée enceinte , donna 'le jour à un fils , et mourut peu de temps après. Reuthamir appela cet enfant Carthon , c'est-à-dire , murmure des vagues , è cause de la tempête qui avait jeté son père à Balclutha. Carthon avait trois ans lorsque Comhal , dans une de ses expéditions contre les Bretons , prit et brûla Balclutha. Carthon échappa au carnage. Sa nourrice se réfugia avec lui dans une province de la Grande - Bretagne. Lorsqu'il fut sorti de l'enfance , il résolut de venger les malheurs de sa patrie sur la postérité de Comhal, et vint, avec^une petite armée de Bretons, Attaquer Fingal. Voilà où commence l'action du poëme. Cles- •amor est au nombre des guerriers de Fingal; Carthon, soh fils , est à la tête des Bretons ; ils ne se connaissent point , «tfwbat<ent l?un çootre l'autre.

CARTHON,

POEME

Evénemens des siècles passés, action des héros qui ne sont plus, revivez dans mes chants. Le murmure de tes ruisseaux, ô Lora, rappelé la mémoire du passé. Le frémissement de tes forêts, ô Germallat, plaît à mon oreille. Mal vina, ne vois-tu pas ce rocher couronné de bruyère? Trois vieux pins pendent de son front sourcilleux ; à ses pieds s'étend une vallée verdoyante: Là brille la fleur de la montagne : elle balance sa téle au souffle des zéphirs : là croît le chardon solitaire dont la chevelure blanchie est le jouet des vents. Deux pierres à moitié cachées dans la terre, montrent leurs tètes couvertes de mous se s le chevreuil de la montagne s'enfuit à l'aspect du fantôme qui gardé ce lieu sacré (i). Deux guerriers fameux , ô Mal-

vina, reposent dans cette vallée Revivez

dans mes chants, évéhemens des siècles passés, action des héros qui ne sont plus.

(2) Quel est celui qui revient de la terre des étrangers, entouré de ses mille guerriers? L'étendard deMorven déployé dans les airs,

$44 CARTHON,

marche devant lui : son épaisse chevelure semble lutter avec les vents de la montagne* Son visage adouci n'a plus les traits farouches de la guerre. Il paraît calme comme le rayon du soir qui luit au travers des nuages sur la paisible vallée de Cona. Quel autre serait-ce que le fds de Comhal , que Fingal , ce roi fameux par ses exploits ? Il revoit avec joie ses collines : il ordonne à ses bardes de chanter, et mille voix s'élèvent à la fois.

« Habitans des pays lointains , vous avez fui sur vos plaines. Le roi du monde (3), assis dans son palais, apprend la défaite de ses guerriers : il lance des regards indignés, et saisit Tépée de son père. Enfans des pays lointains, vous avez fui ».

Ainsi chantaient les bardes, quand ils arrivèrent au palais de Selma. On alluma mille flambeaux que Fingal avait conquis sur l'étranger (4). La fête fut préparée, et la nuit se passa dans la joie. « Où est Clessamor, dit Fingal , où est le compagnon fidèle de mon père , où est-il au jour de ma fête ? Triste et solitaire, il passe sa vie dans la vallée de Lora;» mais je l'aperçois : il s'élance de la colline comme le coursier vigoureux qui, averti par les vents, sent de loin ses compagnons dan* la plaine, et secoue dan§ les airs sa brillante

GARTH ON. 24>

crinière. Salut à Clessamor : pourquoi a-t4L été si long-temps absent de Selma » ?

«Fingal revient donc triomphant, répondit* Clessamor ? Tel revenait Comhal des combats, de sa jeunesse. Nous avons souvent traversé le torrent de Carun pour fondre sur les étrangers; nos épées revenaient teintes de leur sang , et les rois du monde ne se réjouissaient pas » .

« Mais pourquoi rappeler les combats de ma jeunesse ? L'âge a mêlé des cheveux blancs à ma noire chevelure. Ma main oublie à bander lare , et je ne lève que des lances légères ».

« Ah ! quand ressentirai- je la joie que j'éprouvai à la première vue de l'aimable fille des étrangers, de la belle Moïna » ?

« Raconte-nous, lui dit Fingal , Tes aventures de ta jeunesse ; la tristesse, comme unnuage sur le soleil, obscurcit Tame de Clessamor : seul, sur les bords du Lora, tu ne roules que de sombres pensées. Dis -nous quels chagrins ont flétri jadis tes beaux jours » .

« Ce fut pendant la paix que j'arrivai à Balclutha. Les vents rugissaient dans mes voiles, et les ondes de Cltitha (5) reçurent mon vaisseau poussé par la tempête. Je restai troisjours dans le palais de Reuthamm Mes yeux contemplèrent la beauté de sa fille. On rem-

plit à la ronde la coupe de la paix, et le hëro*. en cheveux blancs me donna la belle Moïna. Sa gorge était comme l'écume des vagues ; ses yeux comme les étoiles de la nuit : l'aile du corbeau est moins noire que ses cheveux: son ame était généreuse et tendre : mon» amour pourMoïna fut extrême, et mon cœur nageait dans le plaisir.

Un chef étranger épris aussi de la belle Moïna, arrive au palais de Reuthamir. Sans cesse il tenait des discours insolens. Souvent il tirait à moitié son épée. « Où est le puissant Comhal, disait-il, ce guerrier qui ne se repose jamais? Sans doute il vient à Balclutha, à la tête de son armée, puisque Clessamor est si hardi ».

Apprends, lui dis-je, que mon ame brûle de son propre feu; que je reste intrépide entouré de milliers d'ennemis, quoique les braves soient absens. Etranger, tu parles avec audace à Clessamor, parce qu'il est seul ; mais mon épée frémit à mon côté^ impatiente de briller dans ma main. Ne parle plus de Comhal, enfant de Clutha.

Son orgueil s'indigna. Nous combattîmes:

il tomba sous mes coups. Les rives de Clutha retentirent de sa chute. Aussitôt mille lances étincéllent autour de moi; je combattis en-

CARTHON, 24f

core : mais enfin les étrangers remportèrent. Je me rembarquai sur les ondes de Clutha. Mes voiles blanchissantes s élevèrent sur le$ flots, et mon vaisseau bondit sur les plaines azurées de l'Océan.

Moïna vint sur la côte. Ses yeux étaient obscurcis par les larmes : ses cheveux noirs flottaient abandonnés aux vents : j'entendis ses cris : vrrtgt fois je tentai de regagner le rivage ; mais les vents d'est emportèrent mon vaisseau. Depuis ce moment, je nai point revu Clutha ; je n'ai point revu la belle Moïna. Elle est morte dans les murs de Balclutha. J'ai vu son ombre. Je l'ai reconnue, lorsqu'elle a paru dans l'obscurité, surlesflots murmurans du Lora. Elle ressemblait à la lune nouvelle cachée derrière un nuage épais, lorsque le tiel verse la neige à gros flocons, et que l'univers est dans les ténèbres et le silence.

« Chantez la belle Moïna, dit Fingal à ses bardes : que vos chants appèlent son ombre sur nos collines, afin que cette infortunée puisse se reposer avec les belles de Morvcn, qui furent l'ornement des siècles passés , et l'amour des anciens héros » .

« J'ai vu moi-même la ville de Balclutha. Mais elle était abandonnée. La flamme avait ravagé les maisons : la voix de l'homme ne s'y

248 CAR'l HON.

faisait plus entendre. Son fleuve avait été détourné de son cours par la chute des murailles. Par-tout le chardon élevait sa téte solitaire > et la mousse épaissie frémissait au souffle des vents. Les animaux sauvages habitaient la demeure de l'homme ; leurs têtes se montraient au milieu des ruines et de l'herbe épaisse dont elles étaient couvertes. Elle est déserte la demeure de Moïnat et le silence habite le palais de ses pères ! bardes, entonnez des chants de douleur, et déplorez le sort des étrangers : ils n ont fait que tomber quelques jours avant nous; car il faudra bientôt que nous tombions nous-mêmes Pourquoi bâtis-tu des palais, ô homme, que le temps ailé entraîne si rapidement? Tu regardes aujourd'hui du haut de tes superbes tours ; encore quelques années, le vent du désert viendra rugir dans tes tours abandonnées, et siffler autour de ton bouclier à demi -usé. Mais qu'il vienne le vent du désert : il sera plein de notre gloire le jour que nous aurons vécu. Les marques de ma valeur resteront sur les champs de bataille, et mon nom vivra dans les chants des bardes. Chantez, amis, videz à la ronde la coupe de la fête : que mon

palais retentisse des transports de la joie

p soleil, astre puissant, si tu dois disparaître

CARTHON. 249

un jour, si tu ne brilles que pour un temps comme Fingal , ma gloire survivra à ta lumière.

Ainsi chantait Fingal dans les transporta de sa joie. Mille bardes assis autour de lui se penchaient pour écouter la voix de leur roi. Elle avait la douceur des sons de la harpe apportés parles zéphirs du printemps.Toutes tes pensées étaient riantes, ô Fingal. Pourquoi Tame d'Ossian n a-t-elle pas reçu la force qu'avait la tienne ? Mais tu n'as point ton pareil dans l'univers, ô mon père; et qui peut égaler le roi de Morven ?

La nuit se passa dans les chants, et le matin nous trouva dans la joie. Déjà les montagnes montraient leurs têtes grisâtres, déjà souriait la surface azurée des mers. Tout à coup I on voit la vague blanchie se briser contre un rocher éloigné. Du sein du. lac lentement s élève une épaisse vapeur;, elle prend la figure d'un vieillard, et s'avance, le long de la plaine silencieuse. Le fantôme énorme ne marche pas; une ombre le soutient au milieu des airs : il s'arrête sur le palais de Selma, et se dissout en pluie de sang.

Fingal fut le seul qui aperçut ce spectre terrible. Il prévit aussitôt la mort des guerriers. Il entre en silence dans son palais et

s5o CÀRTHON.

prend la lance de son père. Déjà sa cotte d'armes résonne sur sa poitrine. Les héros* de Morven se lèvent autour de lui : muets, ils se regardent et observent les yeux de Fingai. Ils croient voir la guerre dans les traits de son visage, et la mort des armées dans le mouvement de sa lance. Mille épées nues éclairent le palais de Selma. Le cliquetis de» armes frappe l'air. Les dogues immobiles poussent d'affreux hurlemens. Pas une parole ne sort de la bouche des guerriers : chacun, les yeux attachés sur les yeux de Fingal , porte la main à sa lance.

« Enfans de Morven, dit le roi, ce n est pas ici le temps de s'occuper de fêtes. Le nuage de la bataille approche, et la mort plane sur cette terre. Une ombre, amie de Fingal, nous avertit que l'ennemi arrive. La mer roule sur nos côtes les fils de l'étranger. J'ai vu s'élever du lac le signal certain du danger de Morven. Que chacun s'arme de sa lance pesante, et ceigne l'épéc de son père. Que vos casques rembrunis couvrent vo»

têtes, et que vos armures impénétrables étincellent sur vos flancs. La tempête de la guerre* va fondre sur nous, et bientôt vous entendrez les rugisserriens de la mort » .

A la tête de son armée, Fingal s'avançait

CARTHON. 2Î>I

comme la nue qui précède la chaîné de nuages chargés du feu céleste quand elle s étend sur un ciel nocturne, et que les nautonniers prévoient Forage. L'armée s'arrête sur le sommet du Cona. Les filles de Morven l'aperçoivent du vallon et croient voir une forêt sur la colline. Elles tremblent pour la vie de leurs jeunes amans. Elles regardent la mer avec effroi; les vagues blanchissantes trompent leurs yeux; elles les prennent pour des voiles éloignées et les larmes inondent leurs visages.

Le soleil se leva sur les flots ; nous découvrîmes une flotte dans le lointain. Bientôt elle approche et vomit ses guerriers sur la côte. Leur chef s'élève au milieu d'eux, comme le cerf au milieu d'un troupeau de chevreuils. Son bouclier est semé de lames d'or. Sa démarche est majestueuse. Il s'avance vers Selma, suivi de ses guerriers ; « Ullin, dit Fingal , va trouver cet étranger, et porte lui des paroles de paix. Dis-lui que nous sommes redoutables dànsles combats, et que nous avons peuplé l'air des ombres de nos ennemis ; dis-lui que les guerriers qui sont venus s'asseoir à mes fêtes, sont comblés de gloire. Ils montrent les armes de mes aïeux (6) dans les pays éloignés. Les enfans desétran~

252 CARTHOÏT.

gcrs les admirent et bénissent les amis de race de Morven ; car notre nom a rempli F univers, et nous avons fait trembler les rois du monde jusque dans leurs palais » .

Ullin part en chantant : Fingal se repose sur sa lance ; il aperçoit son redoutable ennemi, et de loin il lui adresse ces paroles: « Que ta démarche est noble, c niant de l'Océan ! Ton épée paraît un feu qui ravage, et ta lance un sapin qui défie les tempêtes. Le globe changeant de la lune n est pas plus large que ton bouclier; la jeunesse colore ton visage : tes cheveux noirs et doux tombent en boucles sur tes épaules.... mais cet arbre superbe tombera peut-être, et sa mémoire périra avec lui. La fille de l'étranger s'affligera, et fixera tristement sa vue sur les flots; ses enfans s'écrieront : nous voyons un vaisseau; c'est peut-être celui du roi de Balclutha. Des larmes couleront des yeux de leur mère. Elle songera au héros, qui alors dormira dans la terre de Morven ».

Ainsi parlait Fingal, quand Ullin aborda Carthon* Il baissa trois fois sa lance devant lui et entonna l'hymne de la paix : « Viens à la fête de Fingal, ô Car thon ! Viens, ou lève la lance de la guerre : les nuages sont remplis des ombres de nos ennemis; mais nos amis

sont comblés dç gloire. Regarde ce champ, Carthon ; vois sur ces vertes collines ces pierres couvertes d'herbe et de mousse ; ce sont autant de tombeaux des ennemis de Fingal ».

« Barde de Morven , répondit Carthon,' crois-tu parler à un faible guerrier? Vois-tu sur mon visage la pâleur de la crainte ? Croistu jeter le trouble dans mon ame, en me parlant des guerriers qui ont péri. Mon bras s'est signalé dans les combats, et ma renommée est connue au loin. Va trouver des lâches, et dis-leur de céder â Fingal, J'ai vu la chute de Balclutha, et j'irais m'asseoir, dans une fête,^ à côté du fils de Comhal, de Comhal qui a porté la flamme dans le palais de mon père! J'étais enfant alors, et j'ignorais pourquoi les jeunes filles pleuraient. J'avais du plaisir à regarder les colonnes de fumée qui s'élevaient au-dessus de nos murs : souvent je me retournais et je voyais avec joie fuir nos amis sur la colline. Mais quand les années de l'enfance furent passées, je vis la mousse s'épaissir sur les ruines de nos murailles : mes soupirs éclataient au lever de l'aurore et mes pleurs coulaient encore au retour de la nuit» Ne combattrai-je donc jamais, me disais-je à moi-même, les enfans de mes ennemis?,,...

Oui, barde, je les combattrai; je sens le cou-* rage dans mon ame».

Les guerriers de Carthon se rassemblent autour de lui : tous à la fois tirent leurs épées étincelantes. Une larme est prête à s1 échapper de ses^yeux : il se rappelé la chute de Balclutha ; et toute l'indignation amassée danà son cœur sallume. Il jète un regard oblique sur la colline où nos héros brillaient sous leurs armes. Il agite sa lance, et se penchant en avant, il semblait menacer Fingal.

«Irai- je, dit Fingal en lui-même, irai-jé attaquer Carthon ? L'arrêterai- je au milieu de sa course, avant qu'il ait vu croître sa gloire ? Mais en voyant son tombeau , les bardes diront : il fallait que Fingal vînt au combat avec ses mille guerriers, pour que

Carthon périt Non, bardes futurs, vous

ne ternirez point ma gloire. Mes héros attaqueront ce jeune guerrier, et Fingal restera spectateur du combat. Si Carthon triomphe, je m'élance de la colline et fonds sur le vainqueur. Lequel de mes héros veut se mesurer avec Carthon? ses guerriers sont en grand nombre sur la côte, et sa lance est redoutable ». '

A ces mots Cathol se lève : il est suivi de trois cents ieunes gens de sa tribu (7). Mai*

CART H ON. 2jS

son bras est trop faible contre Carlhon , il tombe et ses héros prennent la fuite. Connal (8) s avance pour venger la mort de Cathol : sa lance se rompt, il est terrassé et enchaîné sur la plaine : Carthon poursuit ses guerriers.

« Clessamor, dit le roi de Morven, où est ta lance ? Peux - tu voir Connal enchaîné , Connal , ton ami , qui habitait avec toi les bords du Lora ? Lève-toi^ brave ami de moti père, fais. briller Tacier de tes armes, et que le jeune héros de Baldutha sente la force des enfans de Morven». : , •■• •'■ '

Clessam&r se lève * secoue ses cheveux gris , place ùn bouclier sur son côté et marché fièrement à l'ennemi. Carthon safrrêta sur ce rocher couronné de bruyères (9) et contempla la marche du héros. Il aime à voir la joie terrible de son visage, et la fbrde qu'il conserve sous les cheveux blancs de la vieillesse. * Leverai-je, dit-il, contre ce vieillard cette; tance qui n'eut jamais besoin de frapper deux fois un ennemi r ou épargnerai- je sa vie en lui adressant des paroles de paix ? Sa dé-* Xnarche est pleine de majesté et sa vieillèsae çst encore aimable.Si c'était l'époux de Moïna*

le père de Carthon ! J'ai souvent ouï dir$

qu'il habitait les bords du Lora *. Ainsi par*

Ji56 CÀRÏIION,

lait Car thon , quand Clessamor s'avança sur lui la lance levée. Le jeune étranger a reçu le coup sur son bouclier : « Héros en cheveux blancs, dit-il à Clessamor, Morven n'a-t-il point de jeunes guerries à nïopposer? N'astu point de fils qui puisse couvrir son père de son boucher, et se mesurer avec moi? L'épouse, objet de ton amour, n est-elle plus,* ou pleure-t-elle sur la tombe de tes enfans ? Tassieds-tu parmi les rois, et quelle sera ma gloire, si mon épée te donne la mort» ? Elle sera grande, jeune présomptueux : je me suis distingué dans les combats, mais jamais je n'ai dit mon nom à l'ennemi (10) : cèdemoi, et alors tu sauras que mon épée a laissé des traces de ma valeur sur plus d'un champ de bataille». — «Je ne cédai jamais, répliqua le fier Carthon. J'ai aussi combattu dans plusieurs batailles, et l'avenir me promet encore de la gloire. Ne méprise point ma jeunesse. Mon bras, ma lance ne sont pas faibles.' Crois-moi , retire-toi près de tes amis et laisse les jeunes héros combattre ».

«Pourquoi m'outrages-tu, dit Clessamor en laissant tomber une larme ? L'âge ne fait point trembler ma main : je puis encore lever

Vépée moi, fuir sou^ les yeux de Fingal,*

sous les yeux du héros que j'aime! Non, jeune

étranger* je n'ai jamais fui : lève ta lance et défends toi».

Les deux héros combattirent. Carthon défendait à sa lance de blesser le vieillard : toujours il croit voir dans son ennemi répoux de Moïna. Il rompt en deux la lance de Clessamor et lui arrache son épée : déjà il le saisissait pour l'enchaîner ; mais Clessamor tire le poignard de ses pères, aperçoit le flanc de son. ennemi découvert et l'ouvre par une large blessure. .

Fingal voyant Clessamor terrassé s avance: au bruit de ses armes, à son aspect Farinée s arrête en silence : tous les regards sont fixés sur lui. Ainsi quand un bruit sourd et triste précède la tempête, le chasseur errant dans ht vallée l'entend et se retire dans l'antre de quelque rocher.

Carthon attend Fingal de pied ferme. Le sang coule à gros bouillons de son flanc. Il voit descendre le roi de Morven; l'espoir de la gloire s'élève dans son amc ; mais ses joues sont pâles : sa chevelure déliée flotte sur ses épaules : son casque tremble sur sa tête, les forces de Carthon l'abandonnent, mais son ame conserve tout son courage.

Fingal aperçoit le sang du héros et suspend le coup de sa lance déjà levée, « Cède , lui 11. 17

dit-il, jeune guerrier; cède, je vois couler ton sang, tu as combattu avec gloire et ta rènamrtiée ne se flétrira jamais »*

« Es-tu ce héros fameux, répondit Carthon , cet astre de mort qui épouvante les rois du monde; mais puis-je en douter? Je vois en toi la force du torrent et la vitesse de 1 aigle du ciel. Ah! Que n'ai-je pu combattre le roi de Morven ! Mon nom serait célèbre dans les chants des bardes , et le chasseur, en voyant ma tombe , dirait : // combattit contre Fïngal. Mais, hélas! Carthon meurt inconnu, il a prodigué sa forcé contre le foible ».

« Non , tu rte mourras point Inconnu , reprit Fingal ; mes bardes sont en grand nombre et leurs chants retentiront de siècle en siècle. Les enfans de l'avenir s'entretiendront de la gloire de Carthon , quand assis autour d'un chêne brûlant , ils passeront la nuit à chanter les faits des temps passés. Le chasseur couché sur la bruyère entendra le sifflement des vents, lèvera les yeux et verra le rocher où tomba Carthon. Il se tournera vers son fils et lui montrera la place où se donna la bataille des braves. Là , dira-t-il , combattit le roi de Balclutha.

La joie reparut sur le visage de Carthon ;

CARTHOK. îlSg

11 lèrvé ses yeux appesantis et donne son épée à Fingal. Il veut qu'elle reste dans son palais, et que le souvenir du roi de Balclutha se conserve à jamais dans Morven. Les. bardes chantent l'hymne de la paix. Le combat cesse. Les guerriers de Balclutha rassembles autour de leur chef expirant, se penchent en silence sur leurs armes, pour écouter ses dernières paroles :. sa faible voix prononce à peine ses mots : *' .

« Roi de Morven, je péris au milieu <fo ma course : une tombe étrangère reçoit à la fleur de l'âge le dernier de la race de Reuthamir. La désolation règne dans Balclutha et le deuil enveloppe Crathmo. Mais fais revivre ma mémoire sur les rives du Lora oà vécurent mes pères : peut-être que l'époux de Morna pleurera la mort de sow fils Carthon ».

Ces paroles allèrent jusqu'au cœur dé Clessamor. Il tombe sur son fils, sans proférer une parole. L'armée reste autour d'eux consternée et muette. Aucun son ne se fait entendre sur la plaine de Lora. Le nuit vint : la lune en se levant éclaira ce champ d'horreur. Les guerriers immobiles ressemblent à un bocage dont la tête tranquille s'élève 'sur le Gormal , quand les vents se taisent, et que la

s6o CART HO N.

plaine est calme et sombre sous les voiles dé l'automne.

Nous pleurâmes Carthon pendant trois jours. Le quatrième , son père expira. Tous deux reposent, ô Malvina , dans la vallée qui s'étend au pied de ce rocher. Un noir fantôme défend leur tombe : on y voit souvent l'aimable Moïna, quand le soleil darde un de ses rayons sur le rocher , et que l'obscurité règne à l'entour. O l'y voit, ô Malvina , mais elle ne ressemble point aux filles de nos col^ Unes. Ses vêtemens conservent une forme étrangère, et cette belle est toujours seule.

Fingal donna des larmes à Carthon. Il recommanda à ses bardes de célébrer tous les ans , au retour de l'automne , le jour de la mort du jeune étranger. Ses bardes s'en souvinrent et chantèrent souvent les louanges de Carthon.

« Quel est ce sombre guerrier qui sort des .vagues mugissantes de l'Océan? La mort est dans sa main, ses yeux lancent la flamme. Il rugit sur les bords du Lora : quel autre seraitce que Carthon ? Les guerriers tombent sous ses coups; voyez comme il marche à grands pas dans le. champ de bataille ;. on croit voir l'ombre d'un héros de Morven. Mais il tombe ce chêne superbe , un vent violent l'a dérar-

CART H OK. û6t

ciné. Quandtereleveras-tu, aimable Carthon,i l'honneur et la joie de Balclutha? Quel est ce sombre guerrier qui sort des vagues mugissantes de T Océan »?

Ainsi chantaient les bardes au jour de leur, douleur : je mêlais ma voix à leurs chants»! Mon ame était affligée de la mort de Carthon^ Il périt au moment où sa valeur était dans toute sa force. Et toi , vaillant Glessamor ,i quelle partie de Tair habites-tu? Ton jeune fils a-t-îl oublié la blessure qu'il reçut de la main de son père? Vole-t-il à tes côtés sur les

nuages Mais je sens l'impression du soleil,

ô Malvina. Laisse-moi goûter un moment le repos: Peut-être Clessamor et son fils viendront me visiter dans mes songes. Il mê serhble que j'entends leurs faibles voix. Le soleil se plaît à éclairer la tombe de Çarthon. Je la sens échauffée de ses rayons.

O toi , qui roules au-dessus de nos têtes j rond comme le bouclier de mes pères, d'où partent tes rayons , ô soleil ! D'où vient ta lumière éternelle? Tu t'avarie fcs dans ta beauté majestueuse. Les étoiles se cachent dans le firmament. La lune pâle et froide se plonge dans les ondes de l'occident. Tu te meus seul, ô soleil : qui pourrait être le compagnon de ta course? Les chênes des mon tagnes tombent:

262 CARTHON,

les montagnes elles-mêmes fcont détruites par les années : l'Océan s'élève et s'abaisse tour à tour : la lune se perd dans les deux : toi seul es toujours le même. Tu te réjouis sans cesse dam ta camère éclatante. Lorsque le monde, est obscurci par les orages , lorsque le tonnerre roule et que l'éclair vole, tu sors de Ja nue dans toute ta beauté, et tu te ris de la tempête. .

• Hélas ! tu; brilles eh vain pour Ossian. Il ne voit plus «es rayons, scat que ta chevelure dorée flotte sur k« nuages de l'orient, $oit que ta lumière tremlile aux portes de l'occidéBA/li^itun'a^ip,eut-ê*re comme moiqu une saison; et tes animées auront u# terme ; peutêtre tu f endormi u* jwr dans le sein defc .nuages, et lu seras insensible àla *qixd#

Réjouis-toi donc* ô sol ett , dans la force de ta jeunesse. La we£Ues$e est Jriste et fâcheuse : elle ressemblé à la pile lunwre de la lune, gui se montre au travers des nuées déçjhirées par le vent du nord lorsqu'il est déchaîne; t tdan$ la plaine;, que leJbrouillard enveloppe la €pUin« ^ et que le voyageur transi tremble au ;miUèu dç sa cqw$#.-. : , * ' - > * * • * * « •» * * » • . ► "

FIN DU PQËME DE CABTHON.

NOTES PU POËME pj? CAftTfltON-

(i) O1* Ç.royaU a,ue les animaux yoyajejtf Jes ombres; des mor^s. Aj^o^r<J'lwi j^ê^e^ans ks ^pp^çies c.o* se, lorsqu'un animal tressaiile SArf%ment,sau* a^crnje cause apparente , Je peuple attribue çe mouvement k l'apparition d'un fantôme.

(2) Fingal revenait d'une expedition contre les Romains , qu'Ossian a ce'leT>ree dans un poème que M. Macpherson connaît, mais qu'il n'a pas traduit.

(3) L'Empereur des Homains.

(4) C'e'tait sans doute des flambeaux de cire qui fai* saient partie du butin que les Calédoniens avaient rapporte' d'une province Romaine.

(5) Aujourd'hui le Clyde.

(fi) C'e'tait la coutume alors de changer d'armes avec ses hôtes : on conservait long-temps ces armes dans différentes familles , comme des monumens de l'amitié qui avait re'gnë entre leurs ancêtres.

(7) Il parait que les Clans étaient déjà établis du temps de Fingal 3 mais ils n'étaient pas sur le même pied que les tribus d'aujourd'hui.

(8) Connal est célèbre dans les anciens poèmes e'cossais , par sa prudence et par sa valeur. 11 existe encore dans le nord de l'Ecosse uue petite tribu qui pretend descendre de ce Counal.

(g) C'est le rocher qu'Ossian a fait remarquer à Mal-, vina , au commencement de ce poème.

(10) Dire son nom à l'ennemi , comme on l'a vu dans le discours préliminaire , était dans ces temps héroïques une manière presque sûre d'éviter le combat: car s'il se trouvait qu'il eût subsisté quelque liaison entre les ancêtres des combattans , ils cessaient de se battre, et renouvelaient l'ancienne amitié de leurs pères. Un homme qui dit son nom à l'ennemi était alors le synpnyme de lâche.

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CUGHULLIN,

POÈME

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SUJET

On a vu dans Fingal qu'Àrtho, roi de toute l'Irlande, laissa r lourant , pour successeur son fils Cormac , encore mineur y que les chefs des tribus s'assemblèrent dans le palais royal de Temora pour élire parmi eux un tuteur au jeune roi , et que le choix tomba sur CHchullin. La troisième année de son administration , et un an après l'invasion de Swaran , Torlath , fils de Cantela^ un des chefs de la colonie de Belges qui habitait le midi de l'Irlande, s'gvança vers Temora, dans le dessein de détrôner Cormac. Cuchullin marcha aussitôt contre lui, le joignit sur les bords du lac de Lego, et mit son armée en déroute. Torlath fut tué de «la màfai 4e -Cuchullin ; mais ce dernier, poursuivant les fuyards avec trop d'ardeur, fut blessé mortellement d'une flèche , et* mourut deux jours après , à la vingt-septième année de son âge. On a vu la suite de l'histoire de Cormac dans le poème de Temora. Celui-ci n'est , suivant ce que nous apprend M. Macpherson , qu'un épisode d'un grand ouvrage d'Ossian sur les dernières expéditions de Fingal , dont la plus grande partie est perdue.

DE CUCHULLIN,

POEME

Est-ce le vent que f entends résonner sur le bouclier de Fingal ? Ou bien est-ce la voix d'une ombre errante dans ma demeure? Continue , ô vçix douce et touchante ; tes acçens me plaisent ejt charment l'horreur de la nuit, ô Bragela, c'est toi , aimable fille de Sorglan; continue de chanter , ce ne sont pas les voiles de Cuchullin.

« 1 C'est la blancheur de la vague écumante que j'aperçois sur le rocher, quand le brouillard s'élève autour d'une ombre et qu'il étend sa robe grisâtre dans les airs ; il trompe mes yeux, je le prends pour le vaisseau de mon époux. Pourquoi tardes-tu si long-temps f fils du -généreux Semo? Quatre fois l'automne orageux est revenu soulever les mers de

Togorma (i), depuis que la guerre rugit au-

tour de toi , et que Bragela gémit loin de ta présence. Collines delîle des brouillards (2).

- « Bragela diante.

quand répondrez-vous aux cris de ses dogues fidèles? Mais je vous vois vous obscurcir sous les nuages, et la triste Bragela appelé ea vain son époux. La nuit descend et la surface des mers s'efface devant mes yeux. La tête du coq de bruyère est cachée sous son aile ,| la biche dort à côté du Jeune cerf ; ils se lèveront avec l'aurore et iront paître ensemble la mousse du torrent; mais moi, mes larmes recommencent avec le jour , et mes soupirs avec la nuit ; ô quand reviendras-tu couvert de tes armes , généreux chef de Tura » ?

Fille de Sorglan, ta voix enchante l'oreille d'Ossian; mais retire-toi dans ta demeure auprès du chêne embrasé qui l'éclairé , prête

l'oreille au murmure des flots qui roulent

près des vallons de Dunscar (3) : que le sommeil descende sur tes beaux yeux hleus , et que l'image de ton héros vienne se mêler à tes songes !

Cuchullin est assis près des ondes noirâtres du lac de Lego ; la nuit l'environne et ses guerriers sont couchés sur la bruyère. Cent chênes brûlent au milieu d'eux ; la fumée ondoyante s'élève dans les airs; lai*ê.te est préparée ; Carril , au pied d'un arbre , touche sa harpe ; ses cheveux blancs que soulève le vent de la nuit , brillent à la clarté des flam-

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mes; il chante l'île de Togorma et son souverain Connal, l'ami de Cuchullin.

« Pourquoi es^tu absent, ô Connal , au jour de la tempête? Les chefs du midi se sont réunis contre Cormac ; les vents retiennent tes vaisseaux , et les vagues bleuâtres roulent autour de toi : mais Cormac n est pas seul, le fils de Semo combat pour lui, le fils de Semo

mortelle que les vents brûlans promènent lentement sur nos têtes : le soleil ne jète alors qu'une lueur rougeâtre , et les hommes meurent en foule ».

Ainsi chantait Carril , quand parut un des ennemis : il baissa sa lance sans pointe et porta les paroles de Torlath , le chef des héros qui habitent les bords du noir Lego. Torlath venait à la téte d1 une année nombreuse pour attaquer Cormac. Ce jeune roi était alors dans son palais de Temora ; il apprenait à tendre lare de ses pères et à lever la lance : tu ne Tas pas levée long-temps , jeune homme infortuné ! La mort se cache derrière toi, comme la moitié obscurcie, de la lune derrière son croissant lumineux.

Cuchullin se lève devant le barde député parle généreux Torlath; il l'invite à s'asseoir à sa fête et le comble d'honneurs ; <ç Chantre

harmonieux du Lego , lui dit-il , que viens-tu m'annoncer de la part de Torlath ? Vient-il s asseoir à ma fête, ou vient-il combattre» ?

« Combattre , répondit le barde ; demain dès que les premiers rayons du jour éclaireront les ondes du Lego , Torlath sera dans la plaine ; mais oseras-tu marcher à sa ren-» contre ? La lance de Torlath est terrible ; c'est un météore mortel; il la lève et l'ennemi tombe ; la mort suit les éclairs de son épée : « moi craindre la lance de Torlath! répartit Cnchullin. Il est brave comme mille héros-, mais les combats font les délices de mon cœur, chantre des temps passés ; cette épée ne dort pas au côté de Cuchullin. Le matin me trouvera dans la plaine et brillera sur les armes du fils de Semo ; mais assieds-toi sur cette bruyère , ô barde, fais- nous entendre ta voix, partage les plaisirs de notre fête, et écoute les chants des bardes de Temora ».

« Ce n'est pas le temps d'entendre des chants de joie , répliqua le barde , quand les braves sont sur le point d'engager le combat. Pourquoi es-tu si sombre , ô mont de SUmora ? pourquoi ce vaste silence dans tes bois? Je ne vois sur ta cime tremblante la lumière d'aucune étoile , nul rayon de la lune ne luit sur tes flancs , mais les tertres de la

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mort t'environnent et les pâles fantôme» volent autour de toi. Pourquoi es*4u si som^ bre , ô inorit de Stisnora? Pourquoi dans tes bois ce vaste silerice >< ?

Ainsi chantait le barde eil se retirant Garril joignit sa voix à la sienne; leurs chants étaient comme le souvenir des plaisirs passés* qui porte à Tame une joie mêlée de tristesse ; les ombres des bardes décédés les entendirent sur le mont de Slimora, et leurs doux accens prolongés dans les bois réjouissaient dans la ntrit lés vallées silencieuses.

Ainsi quand au milieu du jour Ossian assis dans un vallon rafraîchi par les vents , entend le bourdonnement de l'abeille dans le calme universel i les zéphirs emportent de temps en temps cet agréable murmure , mais il revient par intervalles charmer son oreille.

Entonnez , dit Cuchullin à ses cent bardes , le chant de l'illustre Fingal , ce chant qu'il aime à entendre quand les songes descendent du ciel et se mêlent à son sommeil, quand les harpes de ses bardes résonnent dans l'éloignement, et que les feux de son palais n'éclairent plus que faiblement les murs de Sehna. Ou plutôt chantez l'hymne de Lara,» chantez la douleur de la mère de Calmar (4)»

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quand on chercha inutilement son fils sur se» collines, et qu'elle aperçut son arc dans sa demeure. Carril , suspends à cette branche le bouclier de Caïrbar, et place auprès la lance de Cuchullin. Demain , aux premiers rayons du jour, je donnerai le signal du combat.

Cuchullin. s'appuya sur le bouclier de son père. L'hymne de Lara commence. Les cent bardes jouent dans l'éloignement. Carril reste auprès du chef, et chante ces paroles qu'il accompagne de lugubres accords.

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