‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 41 sur 64 · CARGO · texte numérisé non relu

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sees de bruyères et réunissent leur force dans la vallée ombreuse. Ils balaient devant eux les pierres et les monceaux de terre , et renversent des deux côtés les arbres déracinés qu'ils roulent dans leur écume. De son rocher lointain, le jeune enfant contemple avec crainte leur beauté terrible. Il embrasse le chêne incliné, sur lequel il s'appuie en les regardant. C'est l'image des envoyés de Morven ; mais Dulchossa fut une mer où ils se perdirent. Culchossa fut enchaîné le premier ; Sulinroda combattait encore ; mais qui pouvait combattre Dargo ? Le chasseur entend le bruit de leur choc au milieu du sommeil qu'il goûte à l'abri de son rocher. Il croit que le tonnerre a, dans son passage, échancré son sommet , et il tremble dans ses songes. La biche qui passe sans bruit dans les environs, avec le faon quelle allaite , voit le chasseur, et s'étonne qu'il n'aille pas , à son exemple, se réfugier dans la forêt lointaine. Elle secoue la tête en fuyant : « Chasseur, tu n'es pas sage » , dit-elle en elle-même.

Le bruit des armes vint troubler mes songes dans Selma : quoiqu'endormi , j'étendis la main pour saisir ma lance. Une nouvelle bouffée de vent m'apporte un bruit plus fort ; je me lève et frappe mon bouclier.

dgb DARGO.

Fingal se leva. Le boucher de Morven re* ientit ; les héros descendirent à grands pas de leurs collines, pareils à des ouragans qui se précipitent entre des chênes desséchés. Cent guerriers dlnnisfail se joignent à eux ; ils aperçurent le fils de Druivel et sa nom-* breuse armée. Ils virent flotter ses bannières diaprées : « Accordez-moi , dit-il , le combat à nombre égal ».

Les. chefs de Fingal étaient devant lui, bouillans d'ardeur ; mais les jeunes gens dlnnisfail étaient étrangers; ils se penchèrenfc tous en avant lorsqu'il prit sa lance. Leurs yeux étaient fixés sur lui, dans l'ombre de leurs casques» Us ressemblaient à des météores silencieux, voltigeant sous des nuages obscurs, lorsque les bocages tremblans les aperçoivent de loin, et que les biches se rendent au rocher du désert. Ils parlaient au fond de leurs ames ; mais on n'entendait pas leur voix. Fingal vit que leurs yeux étincelaient de courage ; il songea que ses guerriers avaient déjà fait leur renom, que les enfans des ruisseaux lointains parlaient des héro&de Morven.

« Curach, dit-il, marche à 1* tête de mes troupes avec les héros d'Innisfail ; mais , Ossian , que ton bouclier soit près d'cux^ U a

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plus d'une fois été l'image dun rocher salutaire au chêne des montagnes, lorsque sa tète se courbe au gré de l'ouragan, et que tous les arbres voisins se fendent avec bruit »•

Le vieux chef de Sliruth s'appuyait sur le tronc d'un pin renversé du sommet d'un roc par les ombres irritées ou par les vents impétueux. D'une main il arrachait, sans penser à rien , sa mousse grisâtre ; l'autre , déchue de son ancienne vigueur, tenait encore la lance de son père. La rouille dès années cachait son premier éclat. Là, les jours de sa jeunesse roulaient sur son ame , ainsi qu'un fleuve silencieux. Aucun murmure ne marquait leur passage, si ce n'est qu'il redisait à voix basse un chant des bardes. Il souhaitait que ce chant parvînt, avec sa gloire, aux siècles à venir- Mais lorsqu'il entendit son fils nommé pour' commander la bataille , il oublia les souvenirs des temps passés. Un sourire parut entre ses boucles grisâtres, comme il tourna ses regards sur son fils : il les tourna pour le voir; mais il ne voyait plus. La nuit du vieil âge l'environne de son épais brouillard , qu'aucune lumière ne saurait dissiper.

« Curach, dit-il, prends cette lance. Souvent, comme les feuilles desséchées couvrent le sentier de l'automne, les vaillans ont jonché

le sien. Manie-la comme tes pères. Mes yeux sont obscurcis ; mais que tes aïeux te voient du sein de leurs nuages , et que leurs ombres se réjouissent ».

« Mon fils, laisse-moi toucher ton épée f puisque l'âge a obscurci les yeux de Sorglan. Laisse-moi toucher ton épée ; elle est afilée et propre aux combats. Laisse «moi toucher ton bouclier; c'est, dans le péril, un rocher d'airain. Mais épaissis ses courroies ; je ne les portais pas si faibles aux jours de ma jeunesse, quand j allais, en sautant, à la bataille des lances, et que la joie précipitait mon sang dans mes reines, à l'égal d'un torrent précipité des montagnes.

« Curach , ton père était, dans sa jeunesse, une tempête qui fondait sur les rangs de guerriers. Un jour sept chefs accompagnaient mes pas dans Iforlo : pendant trois jours nous poursuivîmes ses chevreuils. L'orgueil d'Ultorran se manifesta : « Jamais , dit-il , je ne fus laissé en arrière ». Il brûla notre bateau sur le rivage , et il ordonna à vingt de ses guerriers de nous saisir le soir dans la caverne où nous nous retirions. Inlorno , rayon beauté qui brillait dans ses salles , avait entendu ses paroles. Elle vit le front de son père chargé d'ombre, comme le nuage de

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Lâno avant la tempête. Elle m'aimait : mon image était dans son ame un arbre riant , et elle tremblait qu'il ne fût renversé par le vent destructeur. Elle disait : « S'il abat tes branches verdoyantes , ma tige ne portera point de feuilles, et la voix du printemps ne réveillera plus ma beauté ». Le soir nous la trouvâmes dans notre caverne : ses boucles blondes voltigeaient sur sa figure , couverte de rougeur et baignée de larmes, pendant qu'elle nous instruisit de notre danger. « Evitez ce soir celte caverne, nous dit^elle ; mais ne dites pas qu Inlorno s'en est approchée. Lame de mon père est sombre comme la nuit de l'étroite demeure. Pourquoi saurait-il que le chef de Sliruth est aimé de sa fille » ?

« Elle s'enfonça dans son nuage et se retira, comme la bienfaisante lune après qu'elle a remis dans son chemin le voyageur égaré. Il errait, sans songer à rien, sur la pente d'un rocher; le rayon a brillé autour de lui ; il détourne promptement ses pas, et bénit la lumière qui l'a sauvé.

« Nous combattîmes les guerriers nocturnes, et la victoire se déclara pour nous. Nous cherchâmes Inlorno; mais le glaive de son père lui avait percé le sein. Nous la trouvâmes près de sa porte, étendue dans son sang.

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Elle était belle comme le cygne mourant ? couché sur l'écume du Lano, quand la flèche du chasseur est fixée dans sa poitrine , et que l'haleine des zéphyrs en soulève le duvet. Son frère lui demanda pourquoi elle ne voulait pas se lever, et nous demanda avec surprise le sujet de nos pleurs. Je donnai à l'enfant une épée étincelante ; j'élevai la tombe de cette belle sur le rivage de sa terre natale. La lune l'éclairé lorsque tout est sombre à Fentour, et des ombres virginales y modulent leurs chants sur le zéphyr qui passe. L'ame dlnlorno est avec elles dans le brouillard. La mélodie de sa voix est plaintive. Au travers de chaque ondée le soleil sourit à sa verdure, et baigne ses rayons dans la rosée de sa tombe. Pendant trois jours nos larmes arrosèrent la tombe d lnlorno ; le quatrième nous voguâmes dans le vaisseau d'Ulthorran. Tels furent , ô Curach , les exploits de ma jeunesse. Que ta renommée, ô mon fils, égale celle de ton père » !

Comme l'aigle dans sa joie bruyante se précipite de son rocher à la vue de sa proie, du jeune faon qui sommeille dans la plaine sur son lit de mousse, ainsi Curach se réjouit .en allant au combat. Le murmure de ses guerriers suivait ses pas. Le bruit de leur

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marche ressemblait à celui d'un fleuve oui coule sous un rocher, au tonnerre cache' dans les entrailles de la terre, quand les bois agitent leurs cimes, sans qu'un nuage enflammé touche leur barbe flétrie. Dargo s'avance ; Dargo, météore des combats, entraîne à sa suite les flots de ses guerriers , pareils au* vagues de Bal va. Leur marche est taciturne et lente ; mais elles sont fortes et profondes.

Les héros chevauchènt des deux côtés du ruisseau de Moruth; ils demeurent quelque temps à se contempler l'un l'autre àvec admiration. Ils saisissent avec joie leurs lances et se- rencontrent au milieu des ondes. Leurs armées les suivent, telles que deux nuées orageuses, et elles mêlent autour d'eux l'acier avec l'acier. L'onde se teint de pourpre ou se couvre d'écume en frappant lès boucliers. Le sang demeure sur les roseaux, et les mourans enflent son cours.

Mais qui rédira dans ses chants la fureur du combat? Le bouclier de Curach tombe de sa courroie rompue. Il étend la main pour le saisir ; l'épée de Dargo la coupe. Attachée au bouclier, elle flotte sur le courant; mais il luî en reste une autre.

Il recule trois pas : son glaive saute de son noir fourreau ; sa lumière étincèle dans l'air.

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(c Ossian, dit-il, couvre-moi de ton bouclier, mais ne lève pas ta lance contre l'ennemi. La renommée des guerriers ne subsiste que lorsqu'on accorde à l'ennemi le combat à nombre égal >».

«Je ne combattrai point un ennemi blessé, dit Dargo; sa mort ne servirait point à ma gloire. Retire -toi; va songer aux batailles passées. Je combattrai Te fils de Fingal ».

Gurach s'éloigne ; le feu du courage anime ses regards. Couché sur la terre, il voit un bouclier, dont le maître sommeille , inattentif au bruit de la bataille. « Conchaua, dit -il, serre-le sur ma poitrine avec toutes ses courroies ; j'irai combattre [ailleurs. On ne verra pas que j'ai un bras de moins ».

Je levai ma lance contre Dargo : le coup le renversa en arrière ; il saisit, en tombant, un chêne desséché. Le bruit* des armes se mâle à celui des branches.

Il se relève et s'appuie contre l'arbre. Sa main lève encore le glaive ; mais j'épargnai sa force amoindrie. Ses guerriers tombent autour de lui , comme les feuilles jaunes du chêne devant le souffle de l'hiver. Le courant passe sur leurs têtes et déploie leur chevelure autour des pierres. Çà et là, au-dessus de l'onde , les casques balancent leur plumage.

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« Ossian , dit Dargo , lève ton épée ; je ne suis pas encore renversé ». « Je lève la mienne », dit Curach , en se précipitant à travers les combattans, et jonchant le rivage d'hommes et de branches. « Je lève la mienne, dit-il, en la faisant descendre sur Dargo comme un éclair qui brise un chêne.

Le chef est tombé dans le courant, dont les bords résonnent au loin. Ses guerriers reculent. Mais Cuthon moissonnait encore les guerriers de notre aile la plus éloignée, comme le tourbillon roule une colonne de poussière, comme le vent balaie les monceaux de neige sur la plaine glacée. Je marchai pour le joindre ; mais Fergus arriva avant moi. Son ame courageuse s'enflamme à l'aspect de Cuthon ; ses yeux ressemblent à un torrent de feu qui roule dans les ténèbres. Il s incline en avant avec la joie d'un aiglon qui distingue sa proie du sommet de Moruth. Il déploie ses ailes sur le fleuve des vents ; mais l'aigle, enfant de la biche, entend le bruit de son vol , et se retire derrière les arbres.

Cuthon demeura quelque temps immobile et terrible, ainsi qu'une ombre nocturne qui se repose sur Lena. Elle saisit, à leur passagères météores du ciel, revêt de leurs terreurs ses membres obscurs, et médite encore

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la guerre des nuages au-dessus des nations tremblantes. Tel paraissait Cuthon, ceignant de nouveau ses armes. Mais il vit ses guerriers disparaître, et il se retira de côté à pas lents et transporté de colère. Deux fois, en marchant, il se retourna au milieu des doutes qui l'agitaient, et demeura tel que le ruisseau de la vallée de Bal va, à l'endroit où il ne sait de quel côté diriger sa course. Il regardé enfin le lieu où son père a combattu : il voit sa chevelure ardente balancée sur Fonde* D'une main il saisit encore son épée , dans l'autre il tient d'un poing ferme le chéné mousseux. Cuthon court vers lui d'un air éperdu ; il jette un cri de douleur. Il porte son père sur sa colline, mêlant au cliquetis de ses armes le bruit de ses soupirs.

Nous retournâmes lentement vers Kngal ; nous rencontrâmes sur la bruyère un petit ruisseau. Curach essaie de le franchir en s'étayant de sa lance; mais il y tombe étendu. Le ruisseau monte sur son bouclier, et bondit en écumant feor son sein couvert de blessures.

« Ossian, dit-il d'une voix affaiblie, donne cette épée & mon fils. Il poursuit le duvet des plantes dans la vallée de Sliruth ; près de lui l'eau jaillit de la hauteur des rochers. Elle

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tombe entre deux rives ombreuses ; son profond murmure frappe l'oreille de mon enfant. « J'entends venir mon père », dit-il. Il court au-devant de moi avec le pas inégal du plaisir ; mais il voit le courant grisâtre. Retourne , ô mon fils , et poursuis le duvet des roseaux. Du sein de mon nuage je te verrai f et mon œil étincèlera de joie. Ossian , dis-lui comment son père a cessé de vivre , afin que la bravoure naisse dans son ame quand les années de sa force viendroitf. Oi-lamin prépare la robe qu'elle a commencée pour moi ; ses larmes coulent sur son métier ; une pensée traverse son ame , et sa tête s'appuie sur sa blanche main. Oi-lamin, tes craintes sont justes ; ton héros est maintenant couché sur la bruyère de Moruth. O ma bien - aimée ! épargne donc tes fatigues. Le brouillard grisâtre fournira une robe à ton époux ».

Nous creusâmes un tombeau pour le chef; et , au milieu du chant des bardes , nous élevâmes les pierres destinées à parler de sa gloire. Le bruit de ces travaux parvint à IV reille de son père , tandis que , courbé en avant, il attendait le retour de son fils. Il crut qu'il venait accompagné du chant de sa renommée , et il tendit la main pour le chercher. Les lugubres chants du tombeau lui

parviennent d'une manière plus distincte : « Ton père n'a-t-il plus de fils , ô Curach » ?

Il vint en tâtonnant dans l'obscurité; son pied donna contre un héros dont lame s était fenvolée par ses blessures. « Hélas ! dit-il en soupirant, que le chef de Sliruth est devenu faible »!

Le héros blessé lève à demi sa tête sur un bouclier rompu que la pointe d'une lance a cloué sur sa poitrine. « Le chef de Sliruth a-t-il jamais été dans Iforno ? Si tu y as été , prends ce glaive ; tu le connais peut - être. Jeune encore, je le reçus qu'il était un rayon de lumière. Ulan-Forno ne le lèvera plus ».

Le souvenir du passé se précipita dans l'âme affligée de Sorglan. Nous l'entendîmes soupirer sur le frère d'Inlorno, premier rayon de son amour.

Nous les portâmes l'un et l'autre au tombeau de Curach. Sorglan toucha l'endroit où il devait bientôt reposer, et Ulan -Forno , d'une voix faible, nous dit d'élever sa tombe auprès de celle du brave. « Envoyez dans mes salles , nous dit-il , cette lance de frêne. Elle soutiendra , au lieu de moi , ma mère qui succombe sous le poids des ans. Mais je n'ai ni tendre épouse, ni héritier de mes armes qui puisse la contempler. Ulan - Forno

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meurt comme le jeune chêne renversé sur la montagne solitaire par le souffle des esprits de Loda. Le vent arrache ses racines, et nul rejeton ne sortira de son tronc desséché. Elevez ici ma tombe, héros de Morven, et envoyez ma lance dans mes salles » !

« Oui, dit Fingal, j'enverrai ta lance; mais est-ce là tout ce que recevra ta mère à la place de son fils ? Maintenant le chêne en feu reluit dans tes salles. Les bardes ont entonné leurs concerts ; ils comparent l'éblouissante clarté à la gloire de son fils. Son ame est agitée par la joie , et les larmes du plaisir inondent ses joues. « La gloire d'Ulan-Forno, ditelle , sera un astre qui éclairera mon couchant ; mes dernières années seront un trait de lumière. Les jeunes gens béniront la mère d'Ulan-Forno ».

Elle s'interrompt pour essuyer les larmes de joie qui mouillent ses yeux obscurcis. Le bouclier rend un son plus faible. La couleur de sa bosse est ternie. Le visage de ta mère pâlit de crainte. Le dogue grisâtre hurle en dehors. Est-ce un gémissement, ou voit -il venir Ulan-Forno ? Le vieux barde sort pour s'en éclaircir. Il se repose à la porte, appuyé sur sa lance ; son œil parcourt la plaine azurée et ténébreuse. Il voit un rang de nuages

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porté par les vents au-dessus des mers. Il reconnaît que les héros de sa patrie sont tombés. Il dit à leur palais aérien de s ouvrir, et leurs aïeux se penchent pour les reçevoir. Il voit Ulan-Forno marcher à leur tête, distingué par sa haute slaturç. Une étoile brille faiblement à travers la plume d'aigle dçnt son casque est ombragé. Des ruisseaux noirs sillonnent spn bouclier rompu. Le nuage change <te forme ; le barde rentre ; son visage est sombre comme le météore qu'il yient d'observer ; sa harpe est dans sa main , mais elle rend des pons plaintifs. «< O barde , semble çUre un fantôme qui passe , suspends ta harpe à la muraille; car. nous avons notre renommée dans Morvçn ».

Oui, fantôme porté sur les vents, tu. as reçu ta renommée dans Moryeji. Fingal luimême a célébré *es louanges, lorsque Sprglan, lame remplie de l'image d'(nlornp, a versé des larmes sur toi, et \es bardes ont joint ton nom à celui <îe Çurach, Je me rappelle ton nom toutes les fois que , portée sur le vent du nord, tu planes au-dessus dutfiéâ: tre de ta gloire, tes çnfans admirent ta haute stature. « Une omjbre, disent-ils, se pençhe sur Morath. Les traces obscures de la lance marquent son bouclier et son cœur, et noua

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voyons à travers \& faible lueur des étoiles ». Je les entends et reconnais le chef d'Iforno. J enseigne aux enfans le chant de sa gloire*; Ils disent que , par intervalles , Dargo Taccompagne; que les vents soulèvent le météore enflammé qui forme sa chevelure, et que le chérçe grisâtre est encore près dç lui (X). Je me réjouis de ce qu'ils visitent nos montagnes , où ils ne sont pas inquiétés par les autres ombres. Oui, les braves décédés oublient les querelles d'ici-bas. Les guerriers se rencontrent sans haine, et voyagent ensemble sur l'aile de la tempête. Le choc des boucliers, le bruit des lances, n est point entendu dans leur paisible demeure. Ils sont assis à côté les uns des autres, ceux qui jadis mesurèrent leurs glaives dans les batailles; là, les guerriers de Lochlin et ceux de Morven prennent place au même banquet, et tous ensemble prêtent l'oreille aux chants de leurs bardes. Pourquoi se disputeraient - ils encore , puisque les champs de l'air sont si vastes, puisque les cerfs des nuages sont en si grand nombre ? Comme moi, ils regardent, en soignant, les années qui se sont enfuies, et soupirent en se rappelant les jours qui ne reviendront plus. Ils abaissent leurs regards vers la terre, en chevauchant au-dessus d'elle sur

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leurs nuages blanchâtres, et s étonnent de s'être querellés pour si peu de chose (4). Oui, héros des contrées du bonheur, vous regardez en arrière le songe de la vie , comme Ossian regarde la bataille de Dargo. C'est un récit des années que leurs ailes rembrunies ont emportées au-delà de Morveo*

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