II
386 TRÀTHÀL.
elle visitera tes songes, quand le silence habitera Soma. Fille de la beauté, tu n'es plus ; mais tu sommeilles dans la tombe avec Colgul ».
Ainsi Tépouse de Trathal chanta l'infortunée Calmora. Mais qui pouvait louer Colgul ? Lui et ses guerriers étaient venus , comme le nuage mortel qui sort de l'antre de Lano, et rampe à travers l'obscurité dans la cabane du chasseur, quand ses yeux sont fermés et que tous les vents reposent. Souvent leurs ombres ont soupiré sur les tristes brumes qui rampent humblement le long des tombeaux. Souvent on y a entendu leurs voix solitaires. Mais tu ne les vois pas, ô soleil ! elles ne viennent que lorsque la nuit enveloppe les collines, quand tous tes rayons ont disparu. Mais tu vois l'ombre de Trathal. Souvent à midi il marche au milieu de tes rayons , quand les montagnes d'alentour sont couvertes de brouillards. Tu aimes à épancher tes rayons sur les nuages qui portent le brave ; tu aimes à les déployer autour de la sépulture du vaillant. Souvent je sens leur chaleur sur le lit de Trenmor, et à présent même tu échauffes la pierre grisâtre qui couvre Trathal. O soleil, tu te souviens des héros! car ils furent aimables en ta présence. Tu brillas
TRATHAL. 387
sur Morven avant qu'ils y reçussent le jour , et tu te souviendras d'eux, ô soleil, dans les temps à venir, quand cette pierre grisâtre sera cherchée en vain. Oui, car tu subsisteras encore , a dit le barde des anciens jours (2) , après que la mousse du temps aura poussé dans Temora, après que le vent des années aura mugi dans Selma.