I) ARGO
prêtaient l'oreille aux chants dun barde \ leurs visages étaient tournés de côté , et leur» yeux se fermaient rfe temps en temps. Le barde louait les belles actions du chef; il rappelait ces jours de gloire où sa foudroyante épée et la lance dlnnisfail (3) roulaient devant elles la bataille comme un tourbillon de fumée. '
Les chants cessèrent; mais leur son était encore dans notre oreille , comme le bruit des vents lorsqu'ils se sont éloignés. Nous regardions la mer ; un nuage sembla se former et s'accroître sur les vagjues lointaines. Nous reconnûmes le pavillon dlnnisfail, et k sinistre Cran-tara (4). « Déployez, dit Comhal, les ailes blanches de mes voiles; volons sur les vagues au secours de nos amis ».
Les ombres de la nuit nous surprirent au milieu de l'Océan; les vagues soulevèrent devant nous leur sein blanchâtre , et le mugissement des vents était dans nos voiles.
« La tempête, dit Comhal, redouble l'obscurité de la nuit, mais nous approchons d'une île déserte ; elle étend ses bras comme mon arc lorsqu'il est bandé, et sa surface est calme de même que le sein de mon aihie. Attendons ici le retour dç la lumière ; c'est
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l'endroit où les matelots rêvent au péril passé.
« Nous nous dirigeâmes vers la baie de Botha ; l'oiseau de la nuit croassait au-dessus de nos têtes, accroupi dans la roche grisâtre où il fait sa résidence. Du fond d'une caverne sortaient les accens mélancoliques d'une ombre affligée. « C'est l'ombre de Dargo, dit Comhal, de Dargo que nous perdîmes en revenant des guerres de Lochlin ».
« Les vagues dressaient leurs têtes blanches jusque dans les nuages ; des montagnes bleuâtres s'élevaient entre le rivage et nous. Dargo monta sur le mât pour remarquer s il distinguerait Morven, mais il ne vit plus Morven ; le cordage se rompit dans sa main, et les vagues écumeuses couvrirent sa chevelure flottante ; la furie des vents, chassa nos voiles, et nous perdîmes le chef de vue. Nous entonnâmes à sa gloire un chant de douleur, el nous invitâmes les ombres de ses pères à le porter dans le séjour de leur repos.
« Mais , continua Comhal , nos voix n'allèrent pas jusqu'à elles; son ombre habite encore ces rocs effrayans ; il ne voltige point sur les collines aimées du soleil , sur les vallées verdoyantes et mousseuses de Morven. Ombres des enfans de Lochlin, qui nous poursuiviez alors dans la tempête, si vous