‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 64 sur 64 · D'ART HO · texte numérisé non relu

D'ART HO

venue sur cette colline , et la suivi des yeux. Ses yeux étaient humides, et les ruisseaux écartés entendaient ses soupirs. « Je demeurerai, disait-elle, assise sur cette froide roche, jusqu'au retour de mon amant ». Je suis venu trouver celle qui était un rayon de soleil pour mon ame. Mais le roc est ténébreux ; aucun trait de lumière ne brille dans son voisinage. Privé de Colval, le roc est ténébreux, mais mon ame est plus ténébreuse encore. Je ne découvre point les traces de ma bicn-aimée ; je ne vois pas celle qui surpassait en beauté te duvet des montagnes, ou la neige récemment tombée sur l'arbre qui se balance mollement. Mais qui descend de Malmor, l'égarement peint dans les yeux ? C'est elle ! c'est ma bien-aimée ! Mais , hélas! qu'elle est changée ! Sa joue est pâle , ses regards sont éperdus. Elle a appris la mort de son amant. J'entends ces paroles sortir de sa bouche : «Artho, quel obstacle t'arrête ? Le moment est passé où tu m'avais promis de revenir. De funestes pressentimens troublent mon ame.Si tu venais à périr, ô mon bien-aimé, pourrais-je te survivre , et parcourir sans toi les montagnes obscures? Non : arrachez le lierre du chêne , arrachez l'aigle de sa proie, arrachez l'enfant de sa mère ; mais n'arrachez point mon ame

55o LA MORT

d' Artho. Mais que vois-je? Est-ce mon bienaimé qui revient des combats? Hélas! non: c'est le fils d'Arman. Farno, laisse-moi, je ne saurais t' aimer. Qu as-tu fait d'Artho? Mon amant ne reviendra-t-il plus? Est-il renversé parmi les morts ? Oui , je vois flotter sa robe dans le brouillard qui passe. Artho, ne m'abandonne pas; ne délaisse pas ton amante , car elle va te joindre sur son nuage. Ni les collines peuplées de chevreuils, ni les ruisseaux où les biches vont se désaltérer , ne peuvent égayer Colval quand tu ne les embellis plus» Artho, je te suis ; ne m'abandonne pas , ô mon bien-aimé » !

« Ah ! me suis-je écrié , elle tombe , elle s'évanouit, elle meurt. As-tu donc cesséde vivre, ô la plus belle des femmes ? Mon ame n'avait de délices qu'en toi seule , bien qu Artho fût maître de ton cœur.Tu n'es plus ! Quels charmes la vie a-t-elle pour moi? Non : je dis adieu à tous les plaisirs de la jeunesse ; je dis adieu à toutes les joies de la vie. Adieu , collines de Carnmor (*) ! Adieu , tours mousseuses d'Ardlia ! Colval n'est plus , il n'y a plus de plaisir pour moi. Je retourne au champ de la mort, et je découvrirai ma poitrine à l'acier de quelque faible bras. Alors je re verrai Colval».

Puissiez-vous être heureux, enfans de la

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jeunesse ! vos ames étaient aimables ; mais pourquoi se sont-elles envolées sitôt ? Heureux les jeunes gens qui meurent dans les jours de leur félicité! ils ne sentent point le fardeau des ans ; ils ne voient point les jours du trouble , les jours où le soleil est obscur sur la montagne , où les années ténébreuses rampent lentement sur la bruyère du deuil. D mes pères, le fleuve des années coule lentement pour moi ! D'où vient que j'erre sur Ardlia , quand ma race est éteinte ? Venez , ancêtres d' Ardar ! Portez-moi dans les lieux où reposent mes fils bien-aimés. Est-ce votre voix que j'entends dans les airs ? Oui, c'est elle, et je suis votre course bruyante. Je vais dans les replis du souffle errant qui vous promène. Là, je reverrai Artho et Calmar, et je ne serai plus triste et splitairc.

FIN DU POEME DE IiA MORT D'àRTHO.

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