‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 12 sur 38 · PO É S I ES · texte numérisé non relu

PO É S I ES

Ils ne respirent pins la haine;

Calme comme an rayon dn soir ■ - Qui luit à travers lës nnages ,

On comme un roi des airs dont l’aimable pouvoir Enchaîne les brayants orages, /

Il revient glorieux des rives dn Balva.

C’est le roi de Morven; c’est Fingal, c'est mon pere. Mille flambeaux (3) brillants d’une vive lumière Eclairent à sa voix les voûtes de Selrna.

La coupe de la joie , à la ronde vidée ,

Eveille dans nos ccears les transports les plas doux.

tf

Pourquoi donc Cïesjamor- n’est' il point avecuons? Dit Fingalj de douleur son ^me possédée S’endort dans le silence ettlans l’oisiveté ;

Mais je le vois.... il vient d'un pas précipité...

Tel un coursier fougaeux, quelesvents avertissent, « Sent de loin ses fiers compagnons ; .

Ses yeux lancent l’éclair, ses longs crins se hérissent ^ « Agile, du sommet des monts Il accourt, et ses pieds sur Jes rocs retentissent. Saint à Clesaamor. Fils des braves , pourquoi Ne viens'tn pas t’asseoir à ntes nocturnes fêtes ?

— Roi de Vlfon'en,m<Uicœar jouitde tes çonquêtes ; Mais un foible vieillard, que pourroit-il pour toi? Us ne sont plus ces jours et de gloire et d’ivresse ,

<c Ces jours où üUe aiuiaJble des rois ,

« Vit Clessamor pour la première fois , a Et lui donna sa najve tendresse.

B — Raconte-nous tes premières amours :

U An bord de tes ruisseaux, accablé de tristesse,

« A d’étemels ennuis tu livres tes vieux jours « Dis-nous quels noirs chagrinseii ont troublé le cours.

Cr. ESSAMOR.'

Le zéphyr soufidoit dans mes voiles ',

Et mon vaisseau fendoif les mers . , ‘ A.réclat trompeur des étoiles;

Soudain les vents troublent les airs.

Lé tempête s’élève, gronde, . -

Et, le front allumé d’éclairs,

Un noir esprit tourmente l’ônde -Battu des flots, jouet des vents, i

Enfin de Æa/c/utAa j’aborde le rivage. . .

Rentkamir par des soins touchants Me consola de mon naufrage. •

Je vis sa fille Afoina; '

L’amour descendit dans mon amè ; '

Elle fut sensible à ma flamme ,

' Et son pere me la donna. ' . ,

Mais un chef étranger bràloit aussi pour, elle ;

Il arrive au palais; et son orgueil jaloux

Empoisonne le cours de l’ardeur la plus belle. ^

Nous combattons ; il tombe sous mes coup» :

De ses guerriers soudain lés armes étincelent^

Des flots de sang sons mon glaive ruissellent; Mais je cede moi-même après de longs effort» ;

Je lance mon esquif sUr la mer aauree^ " •

Et le flot mugissant m’éloigne de ces bords.

Moîna sur la rive, inquiété, éplorée, .

Ses noirs cheveux épars, son -sein mouille de pleurs, M’apparolt ; mais les vents etoportent ses douleurs , Et je fuis, entraîné par l’onde impitoyable. -, , ,

Hélas! depuis ce jour tristement mémorable.

Mes yeux n’ont point revu là belle, Moîna : '

Elle dort, m’a-t-qn dit , aux murs Ae Baldutha; Elle dort; et souvent son’omEre gémissante . .

Du sein des brouillards entr’ouverts Vient m’attrister; semblable à la lune naissante' Quand la neige en flocons totabe du haut des airs. Et que des vents du Nord la fureur rugissante Epouvante les bois’désêrts.

.« Pleurons cette beauté chérie,

« Dit mon.pere : des ans le fleuve s’est accru;

» ik/oi/îû repose sans vie...

« Balclutha même a .disparo. »

Le matin cependant nons trouve dans là joie; ■

6jj

Ü^OSSïÀN.'

A nos yenx satisfaits ühorison se déploie,

Le firmament sonrit à l’éclat d’an jour pur.

Et le calme s’assied sur sou trône d’azur.

O surprise! soudain la mer gronde, s’allume.

Et roule en bonillonnant ses flots blanchis d’écume; De l’abyme s’élève une sombre vapeur ;

Elle a pris d’un vieillard le vêtement trompeur;.

Déjà de tous ses traits l’œil démêle la forme;

Bientôt c’est un géant, c’est un fantôme énorme :

Il nous montre le trait qui tremble dans son flanc, , Se dissout, et sur. nous fond en gouttes de sang. Témoin de ce prodige , et le cœur plein d’alarmes.

De son aïeul Tremnor (4) Fingal revêt les armes. Les héros de ilfor(’en, l’œil attaché sur lui, Imuiobilesymuets, partagent son ennui;

Dans ses traits menaçants chacun croit voir la guerre. Et dans ses yeux l’éclair , messager du tonnerre :

Les dogues, pénétrés d’une secrete horrency^

Par de longs aboiements annoncent leur terreur (5) : Les filles de Sélma^ d’éponvwte glacées,.

Ne roulent dans leur sein que de sombres pensées ; Et nous, prêts à combattre, à vaincre résolus..

Nous attendons du foi les ordres absolus :

« O mes héros , dit- il, un orage s’apprête, a Et la mort en courroux plane sur notre tête : a Une ombre protectrice a prévu le danger;

a La mer ronle en ses flancs le superbe étranger;

« Remplissez vos carquois de fléchés meurtrières,

R Détachez de ces murs les armes de vos peres (6) ,

« Du pesant bouclier chargez vos bras nervepx,

« Etqn’un casque d’airain presse vos noirs cheveux. ”

Des cris se font entendre: une fonle ennemie Par le flot écumant snr nos bords est vomie ;

Triomphante, elle fuit l’empire des écueils :

Tel qu’uu'cerf entouré de rapides chevreuils.

Tel s’élevé Carthon; ses armes frémissantes ■

Sons des étoilés d’or brillent resplendisMutes.

« O Carril^ dit Fingal^ va, sors de mon palais,

« Et porte à ce guerrier des paroles de paix;

« Dis-lni que les combats plaisent à nos conrages,

« Que nos fers , de héros, ont peuplé les nuages ;

« Mais 'que le brave, admis à nos banquéls joyeux,

« S’en retourne chargé de présents glorienx ;

« Dis-lni que de Tremflot le pouvoir me seconde,

■ Et qu’au bmitde mon nom tremblent learois dn monde (7) . Carril part en chantant ; et mon pere rêveur De loin snr l’ennemi jette un œil de douleur.

•f Que ta démarche eSt noble, enfant du mont sauvage!

R La lance entre tes mains est nn feu qni ravage ;

« Ta jeunesse est nn chêne au front andàcienx, i< Qui supporte la voûte où reposent les cieux :

« Mais cet arbre snperbé,.atteint dans sa racine, .

« Bientôt de ses débris va joncher la.colline;

« Ta belle épouse en pleurs vainement sur les eaux « D un regard inquiet cherchera tes vaisseaux. », Déjà près de Carthon le messager fidele .

Jtntonnoit fierement son hymne solemnelle/

« Chef des braves, salut ! Jusque dans ces climats « Quel fantôme de gloire a pu guider tes pas.®

« Regarde autour de toi ces collines désertes : .•

« Sous ces pierres, de deuil et de mousse couvertes.

K Dorment d un roi puissant les foibles ennemis. '• ■

<• Ah! plutôt dans Selina que tes braves admis » •

“ répond le héros , moi guerrier sans audace,

» Aux fetes de Sclintt que j’aille prendre place ! i « O Barde de Morçcnl connois-tu bien mon coeur?

« Va dans celni du lâche éveiller ta terreur:

« Sais-tu bien que la guerre éleva mon enfance,

a Et que le sang des rois a coulé sur ma lance?

<■ Eh quoi donc? sous les coups de Comlial furieux « J aurois vu Balclulha s’abymer dans les feux,

« Et j irois, trahissant ma race glorieuse, *

« Partager de son fils la fête injurieuse!

" Et j’irois de la paix serrer les doux liens « Avec le fils d’un roi fléau .de tous les miens !

« J’étois bien jeune alors, et ne pouvois comprendre O D’où naissoient tons les pleurs que je voyois répandre.

« En voyant nos amis s’enfuir de toutes parts,

Diyi- --"--t

•POESIES

« Une innocente joie animoit mes regards;

^ « J’aimois à contempler ces flammes meurtrières «^Qui dcToroient les murs élevés par mes peres :

« Mais quand l’âge eut enfin éclairé mes esprits,

« Qnand je vis du palais les informes débris, ■

. « La ronce serpenter autour de nus murailles,

« Et la pierre couvrir le champ des funérailles,.

« Des héros décédés plaignant le triste sort, - ~

« Fnrieux, j’appelai la vengeance on la mort ;

« Mes soupirs éclatoient au lever de l’aurore,

• O Et la nuit dans les pleurs me retrouvoit encore : '•

„ « Nè combattrai-je point? me disois-je touj bas;

« Et le fils de Comhal ne me verra-t-il pas ? ’

« Il me verra bientôt. Va, fuis de ma présence,

« O Barde! Tout mon cœur frémit d’impatience:

« D’une guerre sans fin j’allume le flambeau, n Et je n’offre à ton roi que la paix du tombeau. » n dit, et de ses yeux quelques larmes jaillissent: Mille fers à sa voix dans les airs resplendissent.

Et de loin an combat il appelle Fingal.

« Dois-je attaquer moirméme’un si jeune rival?

R Dit mon pere, et faut-il que, d’une main fatale,

• « J’arrache avant le soir cette fleur matinale?

(c Quelle honte pour moi si les Bardes futurs

« Plaçoient cette victoire au rang des faits obscurs !

« Si pour vaincre un güer'rier foible et sans renommée

D’OS SI A N

« Ils disoieat que Finged eût besoin d’ane armée, s Je ne marcherai point ; d^ont sur la hautenry < Je serai du combat tranquille spectateur; a Mais si Carthon triomphe, alors, prenant ma lance « Sur lui, tel qu’un torrent à grand bruit je m’élance. « Amis , lequel de tous marchwa le pKmier ?

L'intrépide Connais Connal ans flancs d’acier. Attaque l’étranger, et mesure la plaine ;

Cathol le suit ; Carthon le renverse, et l’enchaine. Digne ami de mon pere , illustre Clessamor.^

Dans un repos oisif tu sommeilles encor; . ' ■

Qu’attends-tu P le destin à nos vœux est contraire... . Va , terrasse l’orgneil d’un jeune téméraire.

Mais Clessamor se leve, et marche. Cependant L’audacieux Carthon sur le rocher pendant S’arrête. Il voit de loin , à travers la poussière ,' S’avancer fièrement son nouvel adversaire;

Il soupire , et sur lui jetant un long regard j n Tremperai-je mes mains dans le sang d’un vieillard.’ « Se dit-il à lui même : affamé de carnage,

« Carthomxe doit-il rien aux verths de son âge P <i Ah ! mon cœur malgré moi s’émeut à son aspect, s Et seà cheveux blatyp^s commandent le respect.

Mais dqa C/cssamord’un bras nerveux èncore .

74 POESIES

Le frappe , et fait gémir son armure sonore. '

« Qne me veux-tp , vieillard ? ton invincible roi « Ne pent-il m'opposer d’antres guerriers que toi ?

* Ou.n’as-tn point de fils dont l'ardente jeunesse * « Couvre d’un bouclier ta débile vieillesse ?

U Quel est ton nom, tonràng? puis-je sans désbonnenr ■ Sur un chef inconnu signaler ma fureur ?

T- « Jenne présomptnenx , je me ferai connoître ;

« Mais apprends qn’nn héros, qui te vaut bien peut-être ,

■ Du plus beau sang des rois illustre rejeton ,

' « A l’ennemi jamais ne révéla son nom :

« Çes lieux sont pleins encor de mon antique gloire ; n Le Barde à l’avenir portera ma mémoire :

■ Cede, ou , sans m’.accabler d’un reproche insultant,

« Doime-moi le trépas, que ma douleur attend. »

Ils combattent. Carthon^ qne la pitié modéré. Semble craindre en frappant de frapper son vieux pere; Enfin de Çleasamor le fer vole en éclats :

Déjà ponr l’enchmner Carthon leve le brâs ,

Mais le vieillard, honteux d’une semblable injure, Le perce d’un poignard caché sous son armnre.

Fingal a vu tomber Clessan^ pâlissant ;

On sommet du . Crom/a, furieux, il descend,

Il armee a son aspect s’arrête tontémne :

Tel , avant que' l’éclair ait' déchiré la nue,

Quand ün tonnerre sourd résonne au haut des monts, Le chasseur inquiet tremble' dans les vallons. '

Le roi de lialclutha , qui se soutient à peine ,

"Voit accourir Fingal enflammé par la haine ; ’ Appuyé sur le roc, le front toujours serein ,

D 1 attend avec joie, et le:glaive à la main.

A l’aspect de son sang Fmgo/ troublé s’arrête :

B Jeune héros dit-il, mon triomphe s’apprête :

<1 Tu meurs ; mais tes aïeux dans leurs palais mouvants « V^ont te revoir porte sur les ailes des vents ;

« Qu’un sort sî glorieux- dissipe ta tristesse :

« Cede au roi de Mofven ; tu le peux sans foiblcsse.

— « Es-tu donc ce guerrier, fameux par tant d’exploits, n Et cet astre de mort qui consume les rois?

« Moins rapide est un aigle aux ailes étendues , a Moin» teirible un torrent du mont voisin des nues.

B Ah ! que n’ai-je péri sous ton bras redouté ?

8 Par les fardes lointains mon nom seroit chanté ;

B ■ Mais je meurs incônnu, la gloirè m’est ravie,

« Et le glaive du foible a terminé ma vie.

— « Va , Carr^OTZ doit laisser un brillant souvenir: a Emporte cet espoir ; les fils de l’avenir ,

Vr

POESIES

« Par la harpe aTectis de ta gloire immortelle ,

« A leurs iiers descendants t’ofTriront ponr modèle , a A rheare où , fatigués de la longueur des noits ,

■ Ils rediront les faits des temps évanouis.

Sur les traits de Carthon brille un rayon de joie;

11 sourit à la mort qui vient Saisir sa proie,

S’avance d’un pas lent vers Fingal attristé ,

Et remet en ses mains son glaive eilsanglanté.

« Conserve, lui dit-il, conserve cette épée,

Foibk et vil instrument de ma gloire trompée:

« Que tes Bardes du moins par-delà le trépas '

K D’un chant injurieux ne me poursuivent pas. «J’ai brülé'ponr m’éteindre %n matin delà vie;

« Mais de quels pleurs amers ma mortrsera suivie !

« - Quel long deuil va régner sur les bords du Lora^

« Et combien va gémir réponx de il^dïna/ U

11 expire à ces mots; dessafnor^ sur le sable, ' Tombe près de son bh , le reconnoît.sauglant , ■ Jette on cri donlonrenx, et meurt en l’embrassant» Trois jours entiers à leur fin déplorable Nons donnâmes’ de justes pleurs;

Trois jours entiers la harpe lamentable En funèbres accords exprima nos^donlenrs.

Fille du grand Toscar^ au pied de celte roche

S’élève leur tombeau , du chasseur respecté ; Un noir fantôme en interdit l’approche :

Et quand de son char argenté La lune épanche nné clarté douteuse , De Moïna l’Ombre mystérieuse Y vient gémir en liberté. .

NOTES

(1) La plupart des poënies d’Ossian sont adressas à Malvina. Elle étoit iille de Toscar^ roi de YUlster^ et avoit épousé Oscar ^ fils A'Ossian. Ce Barde célébré devint aveugle sur la fin de ses jours. Malvina ne l’abandonna point : elle le conduisoit par-tout , apprenoit par cœur ses ouvrages, et les chantoit en s’accompagnant de la harpe. Les soins touchants qu’elle prodignoit à ce vieillard, la reconnoissance de celuici, prouvent, comme Tobserve judicieusement Afacpherson^ ({Vit la noblesse des sentiments n’est point le partage exclusif des peuples civilisés.

( 2 ) Ossian termine quelquefois sa première strophe par les deux vers qui l’ont commencée. •

(3) C’étoieUt sans donte des flambeaux de cire qui faisoient partie du butin que les Calédoniens avoient rapporté d’une province romaine.

(4) Tremnor tnt deux fils, Trathal^ et Comhal pere de F ingai- Fingal eut à son tour cinq enfants. Fer gus ^ Ryno , Fiîlan.) Ossian<, et la belle Bosmina»

K OTE s.

(5) On croyoit que les animaux Toyoient les Ombres des morts : anjonrd’hni même, dans les, montagnes' d’Ecosse, lorsqu’un animal tressaille subitement sans aucune cause apparente, le peuple attribue ce mouvement à l'apparition d’un fantôme.

(G) Lorsqu’un guerrier n’étoit plus en âge de porter les armes, il les atlacboit aux murs de son palais. Rien n’égaloit le respect religieux que ses enfants avoient pour elles; et ce n’étoit que dans les occasions importantes qu’ils osoient s’en revêtir.

(7) Les Romains.' ^ ■

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