‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 22 sur 38 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

D’AGANDEGCA, \

FRAGMENT DU POEME DE FINGAL. (i)

St A H H O , long-temps yaincn par le brave Fingal, Méditoit contre Ini des projets de vengeance :

Mais dn roi de Morven qui fdt jamais l’égal? . .

Un jour enfin , cédant k son impatience ,

Il appelle Sniçan^ vieillard dont les accords Enflamment les héros d’nne ardeur dévorante, Jusqu'au palais des vents réjouissent les morts.

Et dans les champs guerriers font voler l’épouvante.

« yieillard , lui dit Stdmo , va snr les rocs dû Arven n Que de ses noires eaux baigne la mer profonde ;

« Va trouver de ma part cet astre de Morven^

U Cejeune et beau guerrier, vainqueur des rois du monde. « Je lui donne ma fille, espoir de mes vieux ans,

« Ma fille Agartdecca^ la première des belles ;

X Un azur lumineux brille dans ses prunelles;

• Son sein a la blancheur de mes flots écumants.

POESIES

U Dis an roi du désert qne mon ame charmée

.« A cet henrenx hymen va devoir le repos ;

«' Qn'il vienne, accompagné de ses vaillants héros,

« Recevoir de mes mains ma fille bien-aimée :

« Elle sera le prix de ses nobles travanx. «

An palais de Selma le vieillard se présente :

Fingal impatient ouvre le sein des eaux.

Et son cœnr, qne l’amonr, qne la gloire tourmente. Devance sur les mers le vol de ses vaisseanx.

Enfant de l’isle solitaire ,

« Saint, lui dit Stamo: vous qui suivez ses pas, k ninstres chefs, de vos combats « Poissent mes fêtes vous distraire !

■ Troisjonrs vous poursuivrez les cerfs de mes forêts ; > Troisjonrs vous remplirez la conpe hospitalière;

« Trois jours votre splendeur gneniere • Ck>nsolera Starno de ses tourments -secrets. »

Ainsi parla le Roi des neiges.

Et, sons les pas d’un chef si renommé.

Le lâchc^alloit tendre des piégés.

Mon pere cependant ne s’est point désarmé :

Couvert d’or et d’airain il s’assied à la fête..

- En secret le meurtre s’apprête...

i4gf

Les regards de Fingal troQblent les assassins :

L’éclat de sa beanté, son front plein d’assnrance^

Les glacent de terreur ; et, loin de sa présence,

Ils YOnt tramer encor de sinistres desseins. - Déjà les cent harpes frémissent ;

Les Bardes chantent tour-à-tonr Les héros et les morts, les combats et l'amooi'.

Et nos braves leur applandissent.

Ullin alors, Ullin^ le Barde de Selma,

Eleve cette.voix tendre et mélodieuse

Dont si long-temps la douceur nons charma.

La bile de Slarno , belle et silencieuse,

L’écoutoit, célébrant les exploits paternels.

Quelques larmes brilloient sons ses longues paupières. Elle avoit vu s’enfuir les hordes meurtrières.

Et connoissoit, hélas! leurs complots criminels.

A l’aspect de Fingal une subite flamme ' >.

Avoit brûlé son jeune cœur :

Elle fit des vœux dans son amc Pour les jours d’un héros, so'n aimable vainqneur.-

Mais la troisième aurore éclaire enfin la chasse :

Le sombre roi, suivi de féroces guerriers,

Part : mon pcre le suit; et déjà, plein d'audace,

n perce les noirs sangliers. .

Agandecca-, soudain se présente’à sa vue : ®

i5o POESIES

Le Tent frémit dans ses cheveux épttrs ;

Un efiroi convulsif se peint dans ses regards...

* Tremblante et d’une voix émue:

K Fuis, aimable étranger, Starno vent ton trépas ;

U La mort t'attend dans cette forêt sombre ;

• « Les ennemis environnent tes pas...

n Jeconnois ta valeur. ...maisilssontengrand nombre.

Mon pere, fnrienx, appelle ses héi'os.

Les assassins surpris, à mille traits en butte, Tombent;leur sang an loin fume, coule à longs flots.

Et Fimmense forêt retentit de leur chiite.

Starno se réfugie an sein de son palais;

Ses yeux ronlent sanglants sons des sonrcils épais :

> Qu’on amène, dit-il, qu’on amene ê son pere <t L’aimable Agandecca : Fingal doit en ce jour « Recevoir de mes mains nne épouse si chere.

Agandecca., dans le fond d’nne tour,

Soupiroit loin du clioc des armes.

Les ordres de Starno redoublent ses alarmes....

Elle parut, le sein baigné de pleurs ;

Elle parut.... le barbare s’élance.

Et de la pointe de sa lance P^e ce sein d’albâtre.... O mortelles donlenrs!

Elle tomba , comme du roc sauvage

Tombe an flocon de neige à l’beare on mille vents Tronblent le calme dn fenillage De leurs lugubres sifflements.

• Un horrible combat s’engage :

Fingal et ses amis, comme des feux vengeurs, Dévorent de Starno la tribu pâlissante.

' Mon pere entre ses bras vainqueurs Enleve Agandecca sanglante :

Il emporte à Mjorven son corps inanimé,

Le dépose, en pleurant, dans une grotte. obscure Et chaque soir, de regrets consumé.

Vient gémir snr sa tombe où le zéphyr murmure.

NOTE

(i) Quoique dans mon Discours préliminaire j’aie parlé sans ménagement dn poëme de Fingal^ je ne disconyiens pas qn’il ne s’y trouve des beautés; mais elles sont bien moins fréquentes que dans les antres ebants dn Barde écossois. En général la marche da poëme est désordonnée, et souvent interrompue par. des épisodes et des faits absolument étrangers à l’action principale. J’ai cm cependant pouvoir en extraire le chant qu’on vient de lire, et Ar-

min et Galvina. Ces trois fragments m’ont paru avoir assez d’intérêt pour être conservés dans ce re? cneil.

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