‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 21 sur 38 · CHANT DE MINONA · texte numérisé non relu

CHANT DE MINONA

L oiu de moi Salgar est errant; Par-tont régné la nuit profonde ;

Sons mes pieds mugit le torrent,

, 1 - • Sur ma tdte la foudre gronde ;

Pas un asyie où me cacher ;

Tout me délaisse et m'abandonne ;

Je suis seule snr le roeher Que la sombre mer environne.

O lune, sors du scindes monts; Paroisscz , étoiles nocturnes ,

Paroisse, et ({ne vos nyona

Eclairent mes pas tacitnmes •• Condnisez-moi vers mon amant ; Qn’il entende ma voix plaintive :

O Salgar , songe à ton serment; Rejoins nne amante craintive. '

Le rocher , l’arbre , le rnissean ,

Sont les témoins, de ta promesse ; '

Ils t’attendent snr le côtean, ^ •

Et répondent à ma tristesse. <• *

Nos peres ihrent désunis,

Mais nous, seul objet de ma flamme, Nons ne sommes point ennemis , ■

La haine n’est pointdans notre ame.

Ab ! la Inné paroit enfin ;

Mais, à l’éclat de sa lumière Qui s’élève du mont voisin , Qu’apperçois-je sur la bruycre ?

Hélas! deux guerriers teints de sang....

La mort a fermé leur paupière,

Le glaive est encor dans leur flanc.

Que vois-je ! Salgar et mon frere !

O mes amis, répondez-moi; Qn'avez-vons fait dans mon absence?

POESIES

Parles, dissipes mon. effroi.

Ils se taisent .... omel silence !

Mes jenx de larmes sont trempés.

Salgar^ monfrere, quelle haine L’^an par l’antre yons a frappés?

Ponrqnoi dormez-Tons dans la plaine '?

Combien rons m’étiez ohers tons deux î Fant-il , hélas ! vons perdre ensemble !

Mes amis, exauces mes rœnx,

Qn’nn même tombeau nons rassemble r Dans ses flancs je renx me cacher.

O <S<z/gâr/ Ombre que j’implore.

Près du ruisseau, 'près du rocher.

Tu m’entendras gémir encore.

An sein des nuages monyants ,

Quand la nuit yersera son ombre.

Je yiendrai sur l’aile des.yents Attrister la coUine sombre ; <.

Ma yoix aura de la douceur ;

En plaignant deux guerriers célébrés ; Tremblant et charmé, le chasseur L’écoutera dans les ténèbres.

Ainsi cbantoit la tendre Minonai-

ti’OSSIAW. 137

Une aimable rongeur couvroit son bean visage ;

Et nos larmes conloient en songeant à Cohna.

Ullin chante à son tour : dans la force de l’âge Ullinnons embrasoit au feu de ses accords, n entendit un soir, an retour de la chasse,

La voix du vieux Alpin illustre des morts ;

Rino, dont vainement nos yeux cherchent la trace , Etoit alors auprès de ce vieillard :

Ils déploroient la chute de Morar.

Minona fut sa sceur. Quand la harpe plaintive Nous redit sons les doigts à'Ullin Les plaintes de Rino , le désespoir à' Alpin: Semblable à la lune craintive Qui prévoit la tempête, et dans l’épais brouillard Cache sa tête radieuse ,

Minona disparut, triste, silencieuse,

Et jetant sur 27//m un .douloureux regard. '' CHANT D’ULLIN.

Riito.

Le ciel est pur, l’air est tranquille,

Le nuage s’étend en rézeanx Inmitaenx ;

Le soleil, sur le roc stérile.

De son char éclatant fait rejaiUir’les feux ;

la.

POESIES

Le torrent, moins impétueux , , .

A travers les ravins roule une onde plus pure.

O torrent , j'aime ton murmure;

Mais je préféré encor la donce voix à' Alpin :

Il s’avance ; sa chevelure Tombe en flocons de neige éparse sur son sein ;

Par les ans sa tête est courbée ,

Son œil creux est rouge de pleurs ;

Dans les ennuis et les douleurs Sou ame parait absorbée.

Roi des harpes , pourquoi sur le mont ténébreux Gémis-tu comme un flot qui mouille le rivage.

Ou coname un doux zéphyr dont le souffle amoureux S’égare et meurt dans le feuillage ?

An PI K.

Mes pleurs sont pour les morts : superbe , belliqueux, ■ Aujourd’hui le plus beau des enfants de la plaine,

Tu triomphes , jeune homme, et demain sur l’arene Peut-être le trépas viendra fermer tes yeux.

Gomme toi Morar fut célébré.

Comme Xoï. Morar fut vaillant;

Il n’est plus , sur son lit fonebre L’étranger s’assied en pleurant.

Morar ^ brave chasseur, guerrier plus brave encore.

Le cerf de nos forêts fut moins léger que toi;

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ÏÎ9

La tempête en courroux, le brûlant météore.

Dans nos cUmats déserts répandoient moins d’effroi , ' L’éclair brilloit moins dans les nues Que ton glaive dans les combats.

Et les phalanges éperdues Disparoissoient devant tes pas :

Mais lorsque la victoire avoit conduit tes armes,

> Que ton visage étoit riant !

Des vaincus tu séchois les larmes ;

Moins pur est le soleil qui part de l’Orient,

Moins doux l’astre des nuits quand sur uncbar d’argent A nos regards, sans voile, il offre tous ses charmes. Tes attraits maintenant dorment ensevelis An fond de la demeure obscure :

O toi qui fus si grand, en trois pas je mesure L’espace étroit que tu remplis ;

Un arbre, qui n’a plus qu’une feuille tremblante. Aux bords de ce ruisseau quatre pierres sans art ,

Un gazon qui frémit sur sa tige mourante,

Indiquent au chasseur la tombe de Morar.

Mais quel est ce vieillard qui lentement s’avance ?

Par l’âge et le malheur ses traits semblent âétris ;

Tantôt il garde le sUençe, , .

De sa boncheytantôt sortent de faibles cris :

C’est ton pere ,'‘ô Morar l le bruit de ta vaillance De ses jours charmoit le déclin;

Uo POESIES

Hélas! il n’a pu voir les éclairs de ta lance,

Ni le trait qui perça ton seiu !

Pleure. sur ce héros, gémis, malheureux pere ; - Morar s’est endormi pour des siècles entiers ;

Des rayons du matin l’amoureuse lumière ,

N’ira pas dans la tombe ouvrir ses yeux guerriers. Rassure-toi, chevreuil timide.

L’arc du chasseur est détendu.

Adieu, conquérant intrépide.

Adieu , jeune héros que nous avons perdu ;

Le son des harpes frémissantes Fera voler ta gloire au-delà du Luhar^

Et les siècles futurs dans mes hymnes touchantes Apprendront le sort de Morar.

Aux doux accords à’Ullin une douleur secrete Se réveille au fond de nos coenrs ;

Mais de tous les héros rassemblés à la fête

Nul plus f^Armin ne répandit de plenrs.

L’image de son fils tombé dans sa jeunesse Se retrace à son souvenir.

« Ponrquoi, lui dit Carmor^ touché de sa tristesse^ « Ponrquoi de tes chagrins toujours t’entretenir?

« Armin , que de nos chants la douce mélodie « Soit pour ton ame ainsi qn’nne vapeur

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• Qai s'élève dn lac, Vétend sar la prairie, •

« Et da lis absftta ranime la fraichenr. »

A R M I ir.

Ah i je regrette ensemble et mon fils et ma fille :

Trop fortnné Carmor! tn penx voir cbaqne jour Flenrir les rejetons de ta jenne famiUe,

Et les enfants A'yirmin l’ont quitté sans retour.

O ma cbere Daurat sur un lit froid et sombre De quel sommeil tu dors ! Roulez, fongueux torrents ; Levez-vons,vent8d’antonme,et rugissez dans l’ombre; Forêts, remplissez-vous de fantômes errants;

Lune, verse par inter vaUes Tes rayons languissants et pâles;

Rappelez cette nuit si féconde en malheurs.

Cette nuit, dont mes yeux trouvent par-tout l’image. Où mon cher Arindal tomba sur le rivage.

Où ma chere Dàura s’éteignit dans les pleurs. Armar ^jeniie guerrier plein de force-et d’adresse, De ma fille Daura recherchoit la tendresse :

n l’obtint ; et déjà l’on attendoii le jour Qui devoit par l’hymen couronner leur amour, * Quand Erath^ pour venger le trépas de son frere Qui sons les coups AiArmar avoit péri naguère. Forme un affreux dessein, prend d’un vieux matelot

i4a |>OESrES

Les vêtements çonnns, laisse sa i>arqtie à flot,

S’approche de ma fille, et dit : « Beauté charmante,

« Fille aimable à! Armin , sur la mer écornante « Non loin d’ici s’élève un rocher sourcillenx « Où croit un arbre immense aux fruits délicieux, • R C’est là que ton Armar attend sa bien -aimée;

« Viens, de ce court trajet ne sois point alarmée. »

La crédnle Dcuira sans hésiter lè’snit.

Elle arrive: soudain le lâche Erath s’enfuit.

Aux regards de ma fille offre son noir visage.

Et fait d’un ris moqueur retentir le rivage.

Daura pousse des cris ; du rocher ténébreux Le seul écho répond à ses cris douloureux :

Elle éleve la'voix, elle appelle son frere.

Son pere, son époux. Si Daura vous est chere.

Oh ! venez, sanvez-moi de ce rocher fatal.

Sa gémissante voix vient frapper Arindal:

n révenoit alors d’une chasse lointaine;

Cinq dogues sur ses pas accourent hors d’haleine; Son arc est détendu, quand Erath., tont joyeux.

Et déjà sur le bord , se présente à ses yeux.

Mon fils le reconnoit, le renverse, l’entraîne.

De cent noeuds redoublés le lie au tronc d’un chêne. S'élance dans l’esquif, et, la rame à la main,

S’ouvre jusqu’à sa sœur un orageux chemin.

D’OS SIAN, i\i

Armar en ce moment descendoit sur la rive :

Il avoit de sa belle ouï la voix plaintive; '

Il apperçoit mon fils, le croit un ravisseur...

O mon cher Arindal! an trait perça ton cœur...

11 tombe, se débat, expire... Plein de rage Armar\e voit tomber; il se jette à la nage.

Et fend les flots brayants de ses bras vigoureux. Soudain de l’aquilon le souffle impétueux Retentit dans les airs, et sur là mer profonde Dattra voit son amant qui lutte contre l’onde:

Elle lui tend les mains... à ses yeux éperdus L’infortuné s’abyme, et né reparoit plus.

Seule sur le roeher que la foudre environne A tout son désespoir ma flUe s'abandonne;

Son pere l'entendoit toute la nuit en pleurs :

Il languit sur la rive en proie à ses donlënrs ;

Le tonnerre grondoit ; l’éclair vif et rapide Répandoit sur les flots un jour pâle et livide; J’entrevoyois alors la tremblante Daura;

Mais sa voix s’éteignit; enfin elle expira.

Et le premier rayon vint l’ofTair à ma vue Pâle et sur le rocher tristement étendue.

Ah! depuis cette nuit, chaque fois que les vents Descendent en courroux sur les flots mugissants , Chaque fois que l’éclair déchire le nuage,

Je viens, triste et rêveur, m’asseoir sur le rivage,

*44 POESIES D ’ O S S I A N

Et gémir à l’aspect du funeste rocher :

Je vois de mes enfants les Ombres s’approcher; Elles versent des plenrs^ traversent l’onde amere^ Et passent tristement sans regarder leur pere.

O ma fille! ô mon fils ! vous que j’appelle en vain^ N’anrez-vous point pitié dn malheureux Armin?

Tels à nos fêtes renommées Eclatoient dans Selma les chants mélodieux,

Ces chants l’appui de nos armées Et la gloire de nos aïeux :

Tout alors à'Ossian célébroit le génie,

Et la harpe sonore, et la brillante voix ;

Au bruit de sa douce harmonie On voyoit accourir et les chefs et les rois.

Maintenant ma langue est glacée.

Mon ame n’a plus de chaleur.

Et des siècles détruits l’image retracée Brille confusément à ma triste pensée Sous le voile de la douleur :

Une secrete voix crie au fond de mon ame :

« Ossian-) finis tes accords;

« O Barde décrépit! la tombe te réclame,

t On t’attend au palais des morts. »

Digiltzed b; : TOgl

L’OMBRE DE CORMAL.

Fléau des boncliers, habitant des tempêtes,

Toi qui lances la fondre et déchaînes les vents.

Contre le fier Dunscar mes phalanges sont prêtes j D ois-je effacer ce roi dn nombre des vivants ?

O pere de Morniï du scinde tes orages De ton fils bien-aimé daigne entendre la voix.

Cesse de tejoner snr ces tristes rivages; '

La bataille sanglante environne mes bois.

Mais l’aigle de \Arven s’envole frémissante ;

Le chêne est ébranlé, l’éclair loit dans les cieox....

Ton approche'à la fois me charme et m’épouvante.

Roi des sombres brouillards, viens-tn combler mes vœax?

l’Ombre.

Quelle voix me réveille au sein de mon nuage ?

146 POESIES D’OS SIAN

C’est celle de ton fils. Un ennemi jaloux Ose jusqu’en ces lieux défier mon courage.

Vaillant chef de Clora^ seconde mon courroux; Ordonne , tu peux tout.

Que veux-tu?

^ ' Ton épée :

A l’heure du péril qu’elle brille pour moi ;

Dans un fleuve de sang qne,par mes mains trempée, Des mors où tu naquis elle écarte l’effroi.

Lorsque tons ces héros, trompés par la victoire, Gémiront sur l'orgueil qui les avoit conduits.

Je jure par ce glaive, instrument de ma gloire.

De le rendre an tombeau.

Prends , combats , et détruis.

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