PO E SIE S D’O S S I A N
Nina livroit aax vents sa noire chevelure;
Son arc à ses côtés repbsoit détendn.
Le fantôme se montre à son œil éperdn :
Il est couvert de sang, et le brouillard humide Vole autour de son front menaçant et livide.
La belle ponsse un cri ; l’Ombre lance un éclair.
Et comme un feu léger s’évanouit dans l’air.
Cathmor a vu tomber le chef de son artnée :
De haine et de courroux son ame est enflammée ;
II se leve , et saisit le fer de ses aïeux.
Incertain et troublé, FingalXe suit des yeux;- « Cathmor, dit-il, s’apprête à combattre lui-même ;
U Fillan touche peut-être à son heure suprême.
« Dérobez à ma vue un spectacle d’effroi ;
« Sombres forêts des monts,conrbez-vous devant moi . « Ossian , suis ton firere , et cache ton épée.
« Cher Fillan,, de tes jours ma tendresse occupée « Ne t’affligera point d’un doute injurieux.
« Meurs, mais reçois du moins un trépas glorieux. »
J’obéis à mon pere; et lui, baigné de larmes.
Va dans les flancs du roc noos cacher ses alarmes. Les flots de la bataille, à mes regards tremblants Roulent impétueux, rapides et sanglants.
Mon frere, tel qu’un aigle aux ailes déployées,
^Vole et chasse d’£rmles tribus effrayées i
Il s’ouTre dans leur sang nn tortuenx chemin ;
L’éclair est dans ses yeux , la fondre est dans sa main.
Mais Cathmor fait briller son glaive redoutable :
Trois fois l’air retentit de sa voix formidable :
Il appelle les chefs; les chefs obéissants^
Honteux de la terreur qui maîtrisoit leurs sens,
Rassemblent à leur tour la foule dispersée :
La plaine en un moment de dards s’est hérissée ;
L’ordre se rétablit ; et sous un mur d’airain S’élancent de nouveau les bataillons à'Erin.
Mes regards de Fülan suivoient au loin la trace :
Tout-à-conp, emporté par sa fongueuse audace,
Il marche sur Cathmor. La foule au même instant S’ouvre, et livre un passage à ce fier combattant.
Cathmor., calme et serein comme en nn jour de fête ,
Voit accourir Fillon^ le coi^temple, et s’arrête ;
Lenrs glaives renommés se croisent.... mais la nuit Descend... du choc affreux je n’entends que le bruit.
Les vainqueurs , les vaincus à pas lents se retirent;
On interrompt la mort, et les deux camps respirent.
Les heures se pressoient, et sons un ciel glacé La unit rouloit son char de frimas hérissé ;
Le vent d’au tomme à peine agi toit le feuillage ;
L’Ombre avoit suspendu les horreurs du carnage,
Bt le fils de Comhnl., fatigué des combats,
Os8IA.it.
O mon frere ! bannis cette sombre donlenr; !N’es-ta pas nn rayon dont la donce chaleur Réchanfle de F ingai la débile vieillesse?'
Loin du fils des héros cet excès de foiblesse !
A ton^ âge Ossian étoit moins renommé.
De Fingal cependant il fut toujours aimé;
Rien de ce noble roi ne lui ravit l'estime :
Mais ton pere gémit.... tout retard est un crime.
Fini. AIT.
Je ne te suivrai pas. Ossian^ plains mon sort. Déjà , déjà mon sang est glacé par la mort ;
A la fleur de mes ans je suis tombé sans gloire,
Et mon premier combat a flétri ma mémoire.
Ah ! du moins sauve-moi d'un reproche nouveau Je ne mérite pas les honneurs du tombeau :
Mon frere, rénuis mes armes dispersées,
Près de moi dans le roc- qu’elles dorment placées; Et pnbse le chasseur, eu ces bois égaré.
Ignorer que mourut déshonoré! •
OSSIAIT.
Il expire!.... o douleur!.,.. Son ame courageuse
200 POESIES D’OSSIAN
S’envole snr les vents dans la nue orageuse;
Elle y goûte déjà le bonheur et la paix.
Ombres de mes aïeux, onvrez-lni vos palais;
Préparez, au mUieu de vos brillants phosphores,
Sa robe de vapeurs , sou fer de météores.
A ces mots, dans les flancs du rocher ténébreux Je dépose Ir corps dn gnerrier malhenreux.
Soudain la sombre nuit redouble ses ténèbres.
Des tonnerres lointains les roulements funèbres Sement de tout côté l'épouvante et l’horreur;
Mais, bravant la tempête et le ciel en fureur ,
Tout plein dn souvenir qui déchire mon ame.
Je donne un libre essor an courroux qui m’enflamme.
« Oui , je le combattrai ce héros inhumain « Qui d’un frere chéri vient de percer le sein;
« Ni ses mille guerriers, ni son mâle couraj^,
« Ne pourront le soustraire aux efforts de ma rage.
« Fantômes de la nuit, allumez vos éclairs,
« Guidez mes pas errants an sein de ces déserts;
< Guidez» moi vers CVzrAmor; que ma main vengeresse.... « Malheureux! oû m’emporte une juste tendresse !
• Voilà donc les secours qu’à Fingalj’aii promis !
« Héros en cheveux blancs, entouré d’ennemis,
« Si je l’abandonnois en ce péril extrême,
« Qui veilleroit sur Ini.^ Son bras u’est plus le même;
LA bataille de TEMORA. a©i
• Onns les champs de la mort il n'est pins sans rival :
O Volons à ses côtés... Qni, moi, revoir Fingal?
« Supporter tont le poids de sa juste colere , a L’entendre me crier , Qu’est devenn ton frere ?
* Non, jamais.. ..ah!- plutôt encescrnels moments...
n Mais n’est-ce point sa voix que m’apportent les vents ? k II appelle ses hls.... ses Bis ! rage impuissante !
« J’obéirai, mon pere, à ta voix menaçante.
« Je revoie vers toi, seul avec mes ennuis,
« Comme un aigle blessé par la foudre des nuits. (3) » J'avois rejoint Fingal : appuyé sur ma lance.
Le coeur gros de soupirs , je gardois le silence.
Mon pere dans mes yeux lut la mort de son fils ;
Une sombre pâleur voile ses traits flétris:
Mais bientôt, reprenant son audace pretpiere :
« Guerriers, si ce héros ne voit pins la lumière,
« Une oisive douleur peut-elle le venger?
a Que le poids de la guerre accable l’étranger!
«, Sous vos coups réunis qu’il tombe dans la plaine... e> Amis, je combattrai; la victoire est certaine, a
Vingt chênes abattus s’embrasent à l’instant,
Et remplisseut les airs d’un éclat pétillant.
1* ingai erre au milien des ombres entassées, (4)
Et roule dans son cœur de sinistres pensées;
Son large bouclier, son casque radieux.
POESIES D’OSSIAN
Brillent par intervalle à la clarté des fenx;
Le besoin des combats tourmente son audace ;
Dans ses traits convulsifs respire la menace ;
Ses pas précipités s’égarent au hasard^
Et de sa lance d'or il frappe le brouillard.
Le noble roi û.’Atha, du haut de ses collines Promene ses regards sur les tombes voisines;
Là dorment, confondus , les chefs des deux partis.
Sa grande ame s’émeut; ses yeux appesantis
Laissent tomber des pleurs.... « Les guerriers mémorables,
« Brillants comme l’éclair, comme lui peu durables,
« Ont lui quelques instants pour s’éteindre à jamais;
Il Dans l’asyle des morts qu’ils reposent en paix !
« Surpris panle trépas dans leur course gnerriere,
V Bs n’ont pu des grands noms éclipser la lumière ; n Mais ces plaines du moins, ces torrents écnmenx,
« Instruiront l’avenir dedeurs destins fameux.
» Âh ! puisse ainsi Calhmor triompher d’âge en âge,
• Et du sommet des airs, promis à son courage, >
<« De ses Bardes chéris entendre le concert U Quand il voyagera sur les vents du désert,
« Quand de ses fiers aïeux il ornera les fêtes ,
% O On qu’il se cachera sons l’aile des tempêtes ! »