‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 11 sur 29 · ET DE · texte numérisé non relu

ET DE

DERMIDE , FILS DE DIARAN.

SUJET

Caruth , père Ôl Oscar, raconte la mort de son fils , et de Dermide, son ami. Il ne faut pas confondre cet Osca r et ce Derrnide avec les héros de même nom dont il est question dans Témora , comme nous en avons averti dans une note sur le premier chant du poème précédent. 11 n'est pas sûr que celui-ci soit à'Ossian ; mais , comme il n'est pas sans mérite , nous croyons qu'il ne déparera point ce recueil.

louRQDOi rouvrir la source de mes larmes ? Pourquoi de mon Oscar me demander le sort.' Fils d'y^/pin, tu le sais, sa jeunesse, ses charmes N'ont pu le dérober au glaive de la mort. O mon unique amour! ma douleur paternelle Vainement de ton nom attendrit ces forêts;

Tout se couvre à mes yeux d'une ombre universelle... Je ne vis que par mes regrets.

Il s'est éteint comme un astre timide , Quand l'orage nocturne éclate sur les monts; Comme le roi du jour, quand un brouillard liumide De son bouclier d'or nous cacbe les rayons : Et moi , de mon palais lugubre et solitaire , Comme un chêne vieilli, dont le Nord en furear Déjjouille et fait rouler la tète octogénaire, Je me flétris sous le malheur.

L'herbe des champs vit et meurt inconnue : Le brave n'a jamais partagé son destin; Sa lance est un éclair qui déchire la nue, Son bras à l'ennemi donne un trépas certain : Mais toi, mon cher Oscar ^ tu succombes sans gloire; Tu n'as point dans ta chute entraîné l'ennemi, Et ton glaive fameux, pour dernière victoire. Fume du sang de ton ami.

Dermide^ Oscar, dès leur plus tendre enfance Etoient unis par les plus tendres noeuds : Age, beauté, grâce, douceur, vaillance, Peine, plaisir, tout fut égal entre eux: Dans les combats leur lance dévorante

ï3o POESIES

Embrasoit les rois renversés :

Tels roulent deux torrents dont la course écumante Précipite le deuil, le trouLle, l'épouvante

A travers les rocs fracassés.

Dargo tomba sous leur épce,

Dargo qui jamais n'avoit fui :

Sa fille, de larmes trempée,

Demeuroit seule et sans appui :

Elle étoit innocente et belle,

Belle comme le jour naissant.

Fraîche comme la fleur nouvelle

An parfum doux et ravissant;

Ses beaux yeux étoient deux étoiles

Qui tremblent au milieu des airs

Ou rayonnent parmi les voiles

Des brouillards hôles des déserts.

Les deux héros soupirèrent pour elle :

Ou la posséder ou mourir; Voilà leur vœu. Mais N/'iia fut rebelle A l'aimable Dermide : Oscar eut son désir; Elle adora mon fils , quoique sa main vaillante Fumât encor du sang d'un père infortuné... Eh! qui peut de sa flamme accuser une amante? Enchaîne-t-on un cœur vers un autre entraîné? « Oscar ^ lui dit Dermide^ abrège ma souffrance ;

o Ta connois mes tourments; tu sais que dans mon cœai

« De te ravir A' /«a je garde l'espérance :

« Mon ami, prends ton glaive, et finis mon malheur.

— « Qu'en te donnant la mort Oscar se déshonore !

— it Eh! quelautrequ'Oicardoit mepriverdujour? « Possède sans rival la beauté qui t'adore ;

<i Trappe, éteins dans mon sang un criminel amour.

— « Ah ! plutôt combattons, et puisse la victoire « Ne point rougir ce fer du sang de mon ami!

M Dcrtnide ^ défends-toi; songe, songe à ta gloire;

•< Que par l'amour ton bras soit affermi ». Leurs fers bi illent soudain... Mais Dermide succombe. Oscar près du torrent bourbeux Dépose le corps dans la tombe.

Une farouche joie éclate dans ses yeux: Il va trouver Nina: « Beauté qui m'es si chère, < Tiens, loi dit-il; d'Oscar suis les pas incertains >■.

EUe obéit: sous des arbres voisins Ils s^arrèteat tous deux: « Regarde cette pierre; o Sais-tu, dans le tombeau, qui dort en ce moment?

« Sais-tu que ma main meurtrière « En immolant Dermide immola ton amant? X o Nina! charme heureux d'une trop courte vie, ■I Mon Ombre va s'unir à son fantôme errant ». Il se frappe à ces mots, et sur l'herbe rougie Son sang coule, et se mêle aux ondes du torrent.

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