‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 10 sur 29 · I20 P O E S TE S · texte numérisé non relu

I20 P O E S TE S

Souvent, dans les transports de son jeune courage,

Il se levé, et ses mains font voler le feuillage;

Mais le vieillard entend le son du bouclier;

Son ame reconnoît ce signal meurtrier:

« Mon fils, dit-il à Gaiil^ la guerre se réveille,

■< Et des accents de mort ont frappé mon oreille.

« Fingal est de retour: va, cours, apporte-moi

'I Ces armes qui jadis semoient par-tout l'effroi,

« Ces armes, monuments des jours de ma puissance;

•< Et toi, mon jeune fils, toi, ma seule espérance,

« Qui du nom paternel dois soutenir l'éclat ,

« Prends une armure , et vole à ton premier combat.

« il/orni fut des guerriers et la gloire et l'exemple,

« Aussi, vois de quel œil sa tribu le contemple !

CI De ma vieillesse au loin les pas sont honorés :

« Je m'avance; d'amour, de respect pénétrés,

« Tous les jeunes héros autour de moi s'empressent

" A mes cheveux blanchis leurs hommages s'adressent,

« Et chacun de ton père attend un seul regard. »

Gaul s'éloigne et revient : le débile vieillard S'est revêtu d'acier ; mais sa main défaillante Succombe sous le poids de sa lance brUlante : Il marche vers Fingal; Ganlhù prête son bras. Et, guide vigilant, conduit ses foibles pas.

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Mon père à leur aspect laisse éclater sa joie : a Noble chef de Strumon^ faut-il que je te voie « Courbé sous l'appareil d'un guerrier menaçantf « Tu briUois autrefois comme nu astre naissant « Qui chasse les brouillards flottants sur mes collines , « Et dore d'un feu pur les campagnes voisines. « Le moment du repos est arrivé pour toi : « Ton peuple te bénit ; conserve - lui son roi : o Cependant, bon vieillard, je rends grâce à ton zèle : « C'est assez de Fingal pour punir un rebelle.

— « Roi de Morveiu, mon bras a perdu sa vigueur ; « Si , par fois rappelant mon antique valeur ,

« Je veux de son fourreau retirer mon épée,

« Elle résiste, hélas ! à ma force trompée ;

a Mais , Fingal^ pour mon fils elle brille auj ourd'hui ;

« A son premier combat il a besoin d'appui ;

« Je l'ai vu s'enflammer au récit de ma gloire :

« Ah ! du nom de Morni périsse la mémoire !

« Et puisse l'ennemi, de ma vue alarmé,

« Dire, Voilà de Gaul le père renommé !

— « Roi de Strumon^ ton fils mérite ma tendresse; a Fingal d'un bouclier couvrira sa jeunesse ;

« Toi, tranquille à Selma, loin des combats sanglants,

« Viens goûter cette paix que t'imposent les ans : « Par les mâles accords de la harpe guerrière " Mes Bardes charmeront ton àme noble et fiere.

Ils entrent. Sur Morven la sombre nuit descend : Les rois se sont assis près d'un chêne brûlant ; XJllin chante; sa voix, ornement de nos fêtes, Du père de Fingal célèbre les conquêtes. Soudain Morni frissonne, et son œil irrité Lance un regard terrible au Barde épouvanté, (i) Le chant cesse; et Fingal: « Quelle sombre tristesse « De ces heureux moments vient troubler l'alégresse ? « Si la haine autrefois divisa nos aieux, •- Ils commandent ensemble aux vents séditieux. » Oubhons, à Morni ^ leurs antiques querelles : « La paix a joint nos coeurs, demeurons-lui luleles.

• Oui, répond le vieillard ; ton père éloit vaillant ;

" Combien de fois j'ai vu son courage bouillant,

« Comme un feu destructeur,consumer les phalanges!

« Ce héros disparu revit dans les louanges;

a Moi-même j'ai donné des larmes à sa mort.

» De hathmon cependant sachons tromper l'effort ;

« Ossian, et toi Gaul, sur la coUine sombre

« Observez tous ses pas à la faveur de l'ombre.

a Et sur-tout modérez votre rcssen liment : « La jennesse est fougueuse et s'égare aisément. »

Il se tait ; nous partons : une clarté légère

Tremble encor dans les cieux, et luit sur la fougère.

Déjà nous entendions les pas de l'ennemi,

Quand, la main sur son fer qui brilloit à demi,

Gaiil me dit, emporté par l'ardeur qui l'enflamme,

« Pourquoi, fds de Fingal, sens-je brûler mon ame ?

B D'où peuvent naître en moi ces transports inconnus?

« Dans le sable à regret mes pas sont retenus ;

« Je sens trembler mon cœur, mes forces s'affoiblissent ,

« Et d'un voile jaloux mes regards s'obscurcissent.

« Ossian, dis-le-moi, près d'un péril certain

a Le cœur du brave ainsi tremble-t-il dans son sein .''

« Quelle gloire pour nous, pour i^/w^a/, pour mon père,

« Sil'étrangersurpris... — Quecetteardeurm'estcliere!

« O mon ami! notre ame en secret se confond :

« A la témérité si le succès répond,

« Noos nous couvrons tous deux d'une gloire immortelle :

« Et quand la mort seroit le prix de notre zèle,

« Nos pères , il est vrai , nous donneroient des pleurs,

« Mais un secret orgueil viendroit enfler leurs cœurs ;

« Ilsdiroient: « Sinos fds dorment sons cette pierre ,

« Leur nom seul de ■\Iorven doit illustrer la terre ».

« Eh! pourquoi du tombeau déjà nous occuper?

« La mort aimfe le brave et craint de le frapper :

« Le lâche en vain la fuit ; elle vole à sa suite,

« Et de ses bras sanglants l'entoure dans sa fuite. »

Je m'élance à ces mots : Gaiil marche sur mes pas ; Uû torrent, dont les bords sont couverts de frimas, Roule et serpente autour de l'armée ennemie : Tranquille et sans défense elle étoit endormie. Et les feux de son camp, sans force et sans chaleur, We versoicut qu'une pâle et mourante lueur. Pour franchir le torrent, qui me sépare d'elle, Déjà je m'appuyois sur ma lance fidèle, Lorsque le jeune Gatil: « Ossian , que fais-tu? « Ne va point démentir ton sang et ta vertu ; « Que de ton bouclier le bruit se fasse entendre, M Que l'ennemi s'éveille et puisse se défendre. »

Je me rends à ses vœux : de l'homicide airain

Le son retentissant frappe l'air ; et soudain

Tout s'éveille à la fois, tout frémit, tout s'agite;

L'étranger au hasard court et se précipite;

11 croit dans sa terreur que Morven l'a surpris,

Délibère, s'égare; et nous, poussant des cris.

No us frappons. Sous mes coups le lier Cre/no/' chancelle ;

Nenni tombe, et se perd dans lu nuit éternelle;

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Et toi, fils de Alorni, ton bras n'est point oisif,

Tu fonds sur Donthormo , guerrier foible et craintif;

En vain, pour échapper à ta juste colère,

Il gravit contre nu chêne antique et solitaire,

Ta lance le poursuit, pénètre dans son flanc.

Et le tronc du vieil arbre est rougi de son sang.

Mais l'aurore se levé; à sa clarté mourante

L'étranger se rallie, et perd son épouvante:

Lathmon nous apperçoit, et pâlit de fureur:

a Hé quoi ! deux seuls guerriers ont semé la terreur !

« Hé quoi, dans notre sangleurs mains se sont trempées!

« Dois-je faire contre eux briller dix mille épées?

" Et, tandis que leur bras a vaincu sans secours,

« Dirai-je à mes tribus de terminer leurs jours ?

« Non, je combattrai seul: Ossiari, plein d'audace,

« Ossian, fils des rois, est digne de sa race :

« Sulmatk, va le trouver, et dis-lai que Lathmon

« Connoît depuis long-temps et sa gloire et son nom ,

« Qu'à l'heure du combat nul effroi ne l'arrête,

« Qu'ilattenddansla plaine, etquesa lance estprête. »

J'accepte le défi: nous combattons; l'éclair Est moins prompt dans les cieux qu'en nos mains n'est le fe Sous les coups redoublés nos cuirasses gémissent; De nos casques d'airain mille flammes jailhssent; Tout ce que peut l'adresse, et la ruse, et l'ardeur,

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Et la force du bras, et l'audace du cœur, Nous l'employons : déjà nos lances meurtrières De leurs éclats brillants parsèment les bruyères; Ainsi que deux Esprits sur leurs troncs mouvants Se lancent la tempête, et la foudre, et les vents, Ainsi nous nous portons atteinte sur atteinte: De notre sang mêlé déjà la terre est teinte : Lathmon enfin, Lathmon doit subir le trépas, Un tronçon de ma lance embarrasse ses pas ;

II tombe; mon épée est déjà sur sa tète,

Quand du fils de Morni le bras puissant m'arrête.

Lat/iinoTi]ette sur nous un regard attendri;

Et nous prenant la main : « Couple auguste et chéri,

(1 Nous dit-il, sans rougir je cède la victoire;

« Eli ! qui peut effacer l'éclat de votre gloire?

« Vous épargnez le sang des guerriers abattus ;

« Autant que vos exploits j'admire vos vertus.

— '< Viens , lui dis-je ; Fingal à Selma nous appelle ; « Serre avec lui les noeuds d'une paix éternelle; « Du sang, qu'il voit couler, il gémit en secret^ « Et jamais ses enfants n'ont vaincu qu'à regret.

NOTE

(i) Ullin avoit mal choisi son sujet : Morni craignoit quen chantant les exploits de Coinlial^ le Barde ne réveillât dans l'ame de Fingal le souvenir de leurs anciennes querelle*.

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