CHANT DE MINONA
Colma.
LiOiN de moi Salgar eH errant; Par-tout règne la nuit profonde ; Sous mes pieds mugit le torrent.
Sur ma tête la foudre gronde ; Pas un asyle où me cacber ; Tout me délaisse et m'abandonne; Je suis seule sur le rocber Que la sombre mer environna.
O lune, sors du sein des monts; Paroissez, étoiles nocturnes, Paroissez, et que vos rayoni^
D'OSSIAN. i3'5
Eclairent mes pas taciturnes :
Conduisez- moi vers mon amant; Qu'il entende ma voix plaintive :
OSalgar, songea ton serment.
Rejoins une amante craintive;
Le rocher, l'arbre, le ruisseau, Sont les témoins de ta promesse :
Ils t'attendent sur le coteau.
Et répondent à ma tristesse.
Nos pères furent désunis.
Mais nous, seul objet de ma flamme, Nous ne sommes point ennemis , La haine n'est point dans notre anig.
Ah ! la lune paroît enfin ; Mais , à l'éclat de sa lumière Qui s'élève du mont voisin , Qu'apperçois-je sur la bruyère ?
Hélas! deux guerriers teints de sango..
La mort a fermé leur paupière.
Le glaive est encor dans leur flanc.
Que vois-je ! Salgar et mon frère.'
O mes amis, répondez-moi; Qu'avez-Tous fait dans mon abience .''
i>36 POESIES
Parlez, dissipez mon effroi.
Ils se taisent .... cruel silence !
Mes yeux de larmes sont trempés.
Salgar^ mon frère, quelle haine L'un par l'autre vous a frappés?
Pourquoi dormez- vous dans la plaine ?
Combien vous m'étiez chers tous deuxi Faut-il , hélas ! vous perdre ensemble ! Mes amis, exaucez mes vœux.
Qu'un même tombeau nous rassemble :
Dans ses flancs je veux me cacher.
O Salgar! Ombre que j'implore, Près du ruisseau, près du rocher. Tu m'entendras gémir encore.
Au sein des nuages mouvants , Quand la nuit versera son ombre, Je viendrai sur l'aUe des vents Attrister la colline sombre ; Ma voix aura de la douceur ; En plaignant deux guerriers célèbres i Trctnblant et charmé , le chasseur L'écoutera dans les ténèbres.
Ainsi cbantoit la tendre Minona :
D'OS SI AN. i37
tîne aimable rongeur couvroit son bean visage; Et nos larmes couloient en songeant à Colma. JJllin chante à son tour: dans la force de l'âge Ullin nous embrasoit an feu de ses accords. Il entendit un soir, au retour de la chasse, La voix du vieux ^//7in , chantre illustre des morts ; Rino^ dont vainement nos yeux cherchent la trace, Etoit alors auprès de ce vieillard :
Ils déploroient la chute de Morar.
Minona fut sa sœur. Quand la harpe plaintive
Nous redit sous les doigts A'Ullin Les plaintes de Ritio , le désespoir à' Alpin :
Semblable à la lune cralutive Qui prévoit la tempête, et dans l'épais brouillard
Cache sa tète radieuse , jVf/nowa disparut, triste, silencieuse.
Et jetant sur Ullin un douloureux regard.