‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 15 sur 29 · D'AGANDECCA · texte numérisé non relu

D'AGANDECCA

•RAGMENT DU POEME DE FINGAL. (i)

Or A R N o , long-temps Taincu par le brave Fingal^ JMéditoit contre lui des projets de vengeance : Mais du roi de Morven qui fut jamais l'égal? Uu jour enfin, cédant à son impatience, Il appelle Snivan^ vieillard dont les accords Enflamment les héros d'une ardeur dévorante, Jusqu'au palais des vents réjouissent les morts, Et dans les champs guerriers font voler l'épouvante, tt Vieillard , lui dit Starno , va sur les rocs à'Arve?i <t Que de ses noires eaux baigne la mer profonde ; « Va trouver de ma part cet astre de Motven^ « Cejeaneetbeanguerrier,vainqueurdesroisdu monde. « Je lui donne ma fille, espoir de mes vieux ans, « Ma fille Agandecca , la première des belles ; « Un azur lumineux brille dans ses prunelles; « Son sein a la blancheur de mes flots écumants.

« Dis aa roi dn désert que mon ame charmëe

• A cet henrenx hymen Ta devoir le repos;

I Qu'il vienne, accompagné de ses vaillants héros , M Recevoir de mes mains ma fille bien-aimée : a Elle sera le prix de ses nobles travaux. »

Au palais de Selma le vieillard se présente ; Fingal impatient ouvre le sein des eaux , Et son cœur, que l'amour, que la gloire tourmente, Devance sur les mers le vol de ses vaisseaux.

<• Enfant de l'isle solitaire,

<* Salut, lui dit Starno: vous qui suivez ses pas, « Illustres chefs, de vos combats « Puissent mes fêtes vous distraire !

o Troisjoups vous poursuivrez les cerfs de mes forêts ;

* Trois jours vous remplirez la coupe hospitalière;

« Trois jours votre splendeur guerrière H Consolera Starno de ses tourments secrets. »

Ainsi parla le Roi des neiges.

Et, sous les pas d'un chef si renommé,

Le lâche^alloit tendre des pièges.

Mon père cependant ne s'est point désarmé : Couvert d'or et d'airain il s'assied à la fête.

En secret le meurtre s'apprête,..

Les regards de Fingal troublent les assassins : Léclat de sa beauté, son front plein d'assurance. Les glacent de terreur; et, loin de sa présence, lis vont tramer encor de sinistres desseins.

Déjà les cent barpes frémissent ;

Les Bardes chantent tour-à-tour Les héros et les morts, les combats et l'amour,

Et nos braves leur applaudissent.

Ullin alors, Ullin^ le Barde de Selma^ Elevé cette voix tendre et mélodieuse

Dont si long-temps la douceur nous cbarma, La fille de Siarno , belle et silencieuse, L'écoutoit, célébrant les exploits paternels. Quelques larmes brilloient sous ses longues paupières. Elle avoit vu s'enfuir les hordes meurtrières, Et connoissoit , hélas ! leurs complots criminels. A l'aspect de Fingal une subite flamme

Avoit brûlé son jeune cœur :

Elle fit des vœux dans son ame Pour les jours d'un héros, son aimable vainqueur.

Mais la troisième aurore éclaire enfin la chasse : Le sombre roi, suivi de féroces guerriers, Part : mon père le suit; et déjà, plein d'audace.

n perce les noirs sangUers.

Agandecca^ soudain se présente à sa vue:

i^;© POESIES

Le Tent frémit dans ses cheveux épars ;

Un effroi coflvulsif se peint dans ses regards... Tremblante et d'une voix émue :

" Fuis, aimable étranger, Starno veut ton trépas: « La mort t'attend dans cette forêt sombre; « Les ennemis environnent tes pas...

M Je connois ta valeur .... mais ils sont en grand nombre.

Mon père, furieux, appelle ses héros.

Les assassins surpris, à mille traits en butte,

Tombent ; leur sang au loin fume , coule à longs flots.

Et l'immense forêt retentit de leur chute.

Starno se réfugie au sein de sou palais;

Ses yeux roulent sanglants sous des sourcils épais ;

Il Qu'on amené, dit-il, qu'on amené à son père

Il L'aimable A gandecca : Fingal doit en ce jour

1 Recevoir de mes mains une épouse si chère.

A gandecca^ dans le fond d'une tour, Soupiroit loin du choc des armes.

Les ordres de Starno redoublent ses alarmes.... Elle parut , le sein baigné de pleurs ; EUe parut.... le barbare s'élance.

Et de la pointe de sa lance Perce ce sein d'albâtre.... O mortelles douleurs! Elle tomba , comme du roc sauvage

DO s s I A N. i5r

Tombe un flocon de neige à l'heure où mille vents

Troublent le calme du feuillage

De leurs lugubres sifflements.

Un horrible combat s'engage ; ' Fingal et ses amis, comme des feux vengeurs, Dévorent de Slarno la tribu pâlissante.

Mon père entre ses bras vainqueurs

Enlevé Agandecca sanglante :

Il emporte à Morçen son corps inanimé, Le dépose, en pleurant, dans une grotte obscure

Et chaque soir, de regrets consumé.

Vient gémir sur sa tombe où le zéphyr murmure.

NOTE

(i) Quoique dans mon Discours pi'éliminaire j'aie parlé sans ménagement du poème de Fingal^ je ne disconviens pas qu'il ne s'y trouve des beautés; mais elles sont bien moins fréquentes que dans les autres chants du Barde écossois. Eu général la marche du poème est désordonnée, et souvent interrompue par des épisodes et des faits absolument étrangers à l'action principale. J'ai cru cependant pouvoir en extraire le chant qu'on vient de Yivc, Evelina^ et Armin et Galvina. Ces trois fragments m'ont paru avoir assez d'intérêt pour être conservés dans ce recueil.

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