CHANT PREMIER
SOMMAIRE
L'action commence au matin. Caïrbar est éloigné desou année, et déchiré par ses remords. Morannan , qu'il avoit envoyé à la découverte , vient lui annoncer l'arrivée de Fingal. Il assemble ses guerriers , et tient un conseil , où Malthos et Foldath , deux de ses chefs , différent d'opinion. Il fait préparer une fête dans la plaine de Lena, et députe un Barde à Oscar, fils à'Ossian , pour l'inviter à s'y rendre. Oscar arrive : il s'élève entre Caïrbar et lui une dispute au sujet de la lance (\o^Oscar avoit reçue jadis du malheureux Cormac , et dont il étoit armé en ce moment. On en vient aux mains. L'un et l'autre perdent la vie. L'armée de Fingal entend le bruit du combat , et vole au secours à! Oscar. L'armée de Cairbar-çvenà. la fuite , et va s'unir à celle de Cathmor qui accouroit se joindre à son frère. La nuit vient, etAlthan raconte à Fingal le meurtre de Cormac.
iJ É JA la mer d'Ullin., aux rayODS d'un jour pur, Sous l'aile du zéphyr, rouloit ses flots d'azur;
îo6 POESIES D'OSSIAN.
les monts voisins brilloient d'une douce lumière:
Les chênes secouoient leur épaisse crinière.
Et l'aigle matinal planoit au haut des cieux.
Deux coteaux, couronnés de pins audacieux
Qui balancent dans l'air leur tète échevelée.
Dominent une étroite et riante vallée:
Là coule un clair ruisseau. Caîr/mr sur ses bords,
Tel qu'une ombre échappée au noir séjour des morts .
Pâle, les yeux hagards et chargés de tristesse,
Veille, en proie aux remords qui le rongent sans cesse.
L'image de Cormac^ par sa main massacré,
Tout-à-coup se présente à son œil égaré :
Le fantôme est couvert de blessures profondes ;
Plus foible qu'un zéphyr qui souffle sur les ondes ,
Sa voix d'un sourd reproche alarme l'assassin.
Et des torrents de sang jaillissent de son sein.
Le roi à'Atha (i), saisi d'horreur et d'épouvante,
Veut repousser en valu cette Ombre menaçante ;
Il agite au hasard ses gigantesques bras,
Et d'une voix troublée appelle ses soldats ;
Leurs rangs autour de lui se pressent, se confondent,
Et les échos des bois à leurs clameurs répondent.
Là sont Clonor, Dunscar, des braves redoutés, Et le jeune Hidallan , cher à tant de beautés. Sous son casque de fer, Cormar^ aux traits farouches, "Voile uu front téméraire, et roule des yeux louches.
LA BATAILLE DE TEMORA. iSj Le regard de Malthos est plus terrible encor. A leurs côtés, Foldath brandit sa lance d'or; Homicide guerrier, il a soif du carnage , Et le dédain toujours perce dans son langage. D'autres, non moins fameux, environnent leur roi. Quand soudain Morannan^ pâle, glacé d'effroi, Des bords de l'océan accourant hors d'haleine : « Eh quoi! dit-il, eh quoil dans une oisive plaine " Rrin et son armée attendent mon retour « Aussi calmes qu'un bois vers le déclin du jour ! « Fingal est sur la côte : il s'avance, il menace ; >< A peine de ses pas l'œil peut suivre la trace, « Et mille bataillons lui servent de rempart.
— « As-tu vu ce guerrier? interrompt Caîrbnr.
t! Ses héros roulent-ils comme un torrent sauvage ti Dont la course écumante ébranle le rivage? « Leve-t-il conti'e nous !a lance des combats, « Ou veut-il que la paix règne dans ces climats ?
— « Non, j'ai vu dans sa main la lance delà guerre ; " Sa voix éclate et gronde à l'égal du tonnerre;
n II est vieux; mais les ans respectent sa vigueur, 1 Et la même fierté fait tressaillir son cœur. « Elle pend près de lui cette fatale cpée « Que la mort accompagne et n'a jamais trompée.
Ossîan (2) , si fameux par sa harpe et sa voix, Et ce fils de Morni (3) , funeste à tant de rois , Et le léger Connais et l'aimable Dermide^ S'élèvent à côté du vieillard intrépide. Fillan bande son are.... mais quel est ce héros Dont la jeune valeur s'indigne du repos ? C'est le fils d'Ossian, Oscar; son beau visage A l'éclat d'une étoile, ou d'un soir sans nuage; Ses longs cheveux, jouets des zéphyrs du matin. Volent abandonnés à leur souffle incertain; A chacun de ses pas ses arnïes retentissent; Sa cuirasse est d'or pur, et des feux eu jaillissen V. O Caîrbar! je fuis ses regards menaçants.
— " Quelle indigne terreur s'empare de tes sens? "DïtFoldalh (4) en courroux; enfant de la mollesse, Au bord de tes ruisseaux va cacher ta foiblesse. Cet Oscar ^ que la crainte exagère aujourd'hui, N'ai-je pas autrefois combattu contre lui ? Né du sang des héros , il est brave , sans doute ; Mais peux-tu bien penser que Foldalh le redoute? C'est à toi, Caîrbar^ de remplir tous mes vœux. Laisse-moi m'opposer à ce torrent fougueux ; Tu connois ma valeur, et tu sais si ma lance Est an foifcle rcseau que le zéphyr balance
LA BATAILLE DE TEMORA. iSg -^ « Foldath ira-t-il seul combattre l'étranger? « Répond Malthos; Foldath, ignorant le danger, « Peut-il donc oublier que la mer turbulente i< A vomi sur ces bords une foule vaillante, « Que ses chefs ont jadis ensanglanté leur main n Du meurtre de Swaran (6),vainqueur même d'Erin? « Présomptueux Foldath , apprends-nous la victoire, « Et que Malthos de loin applaudisse à ta gloire. « Je pourrois à mon tour faire valoir mes droits ; " Mais c'est au Barde seul de compter mes exploits.
— « Guerriers , mettez un terme à ces débats frivoles,
< On craignez que Fingal n'entende vos paroles,
< Dit le sage Cathol; et, sans vous outrager,
« Sons les drapeaux A^Erin accourez vous ranger; " Et que Fingal, contraint à céder la victoire, « Pleure dans ses vieux ans la perte de sa gloire. »
Comme on voit au sommet du Cromla sonrcilleax Se former lentement l'orage ténébreux :
Une lueur rougeâtre éclaire la vallée ; Par la foudre bientôt la roche est ébranlée; Les esprits en courroux s'enveloppent d'éclairs, Et sur le char des vents se heurtent dans les airs : .Ainsi le roi A'Atha, dans un morne silence, B.oule an fond de son coeur des projets de ve
i(io POESIES D'OSSIAN.
Mais soudain : « Qu'on prépare une fête en ces lieux.
« Mes Bardes, commencez vos chants harmonieux ;
" Dans la plaine aujourd'hui faisons régner la joie;
« Demain sur l'ennemi que la mort se déploie !
« Toi , Dedgal^ prends maliarpe, et va trouver Oscar;
« Au festin de ton roi qu'il vienne prendre part ;
'< Ses exploits sont connus des chefs de mou armée;
« Moi-même, je chéris sa haute renommée :
« Il ose cependant, sans égard pour ma foi,
« En discours insultants éclater contre moi ;
-> Du meurtre de Cormac il noircit mon courage
« Demain son sang versé lavera cet outrage ». Mille cris à ces mots s'élèvent jusqu'aux cieux.
Nous (6) cependant, surpris de ces transports joyeux, Nous crûmes que le roi, suspendant sa colère, Célébroit le retour de son généreux frère. Tous deux doivent leur sang aux plus nohlesaienx; Mais combien eu vertus ils différent tous deux ! L'ame de Caïrbar étoit la nuit profonde, Et l'ame de Cathmor^ le jour qui brille au monde. Sous ses heureuses lois Atha goùtoit la paix. Sept routes conduisoient à son vaste palais , Sept tours le couronnoient ; et les fils des tempêtes, (7) Par sept chefs introduits, prenoient place à ses fêtes.
Dedgal inyhcOscar ; mou fils arme son bras.
LA BATAILLE DE TEMORA. i6r Part^ et trois cents guerriers accompagnent ses pas. Les dogues devant lui bondissent dans la plaine. Fingal suit mon Oscar d'une vue incertaine : Il sait que Caïrbar peut ourdir des complots, Et tremble pour les jours du premier des héros. (8) A l'approche d'Oscrtr, les cent harpes frémissent; Les cent Bardes A'Erin par leurs chants l'applaudissent; Les guerriers et les chefs admirent sa beauté; Et dans leurs yeux se peint une douce gaité : C'est le rayon mourant de l'astre tacitucne Prêt à cacher son front dans l'orage nocturne.
La lance de Cormac brille en la main Ôl Oscar. A ce fatal aspect , le sombre Caïrbar Fronce ses noirs sourcils"; les cent harpes se taisent. Et les transports joyeux au même instant s'appaisent. Dedgal dans le lointain entonne un chant de mort. Mon fils , mon cher Oscar déjà prévoit son sort; Mais de ses ennemis il brave la puissance. •< Oscar ^ loi dit le roi, cede-moi cette lance, « L'orgueil de mon palais , et la mort des guerriers. « Mes aïeux la levoient aux combats meurtriers.
— a Moi, répond le héros, moi te céder la lance « Dont le jeune Cormac honora ma vaillance.' 1 Crois- tu qu'il l'ait remise en de timides mains?
i(i2 POESIES D'OSSIAN.
a Que m'importent ta rage et tes chants assassins ?
« Me vois-tu frissonner au bruit de ton armure?
« Me crois-tu le jouet de ta lâche imposture?
« Que le foible te voie et coure se cacher,
" Je n'en suis point surpris.... Oscarest un rocher.
— « Cesse, fils A'Ossian^ une vaine menace.
« /^jrtg^a/ a-t-il nourri ton impuissante audace? « A-t-il mis dans ton cœur ces dédains orgueilleux ? « Fingnl^ roi décrépit de cent monts sourcilleux, « Ne combattit jamais que le guerrier timide: Cl Qu'il vienne; et telle on voit une vapeur humide « S'évanouir aux feux d'un soleil matinal, « Tel s'évanouira le débile Fingal.
— « Si jusqu'à toi Fingal abaissoit son courage, « Que bientôt ton Erîn deviendroit son partage! « Assassin de Cormac^ respecte ce vieillard;
Cl II est comblé de gloire , et sous son étendard « Marchent avec respect les nations rivales. « Insulte-moi plutôt nos forces sont égales.
On interrompt la fête, on se levé , et soudain
Chacun a revêtu son armure d'airain ;
Tous fondent sur O^crtr... Pourquoi verser des larmes,
LA BATAILLE DE TEMORA. i&3 AiuiaLle MaU'ina? modère tes alarmes.
L;' destin, il est vrai, doit tromper son effort; JMais avant de mourir il donnera la mort. Cent héros sous ses coups ont mordu la poussière: Connacliar ferme au jour sa pesante paupière. Et Clochai se débat dans son sang répandu. A ce spectacle affreux Cairbar éperdu Fuit derrière un rocher ; et là, brûlant de rage. L'œil fixé sur mon fils, il l'attend au passage, Le frappe; et mon héros, percé d'un trait mortel, Ciiancelle ; mais, plus prompt que la foudre du ciel, Il se redresse, atteint la tète du baibare. Et le glaive vengeur de son corps la sépare. Mais il tombe lui-même ; Erin et ses enfants Font retentir les airs de leurs cris triomphants. Fingal entend ces cris ; il pâlit, il soupire.... « Peut-être loin de nous mon jeune Oscar expire, I. Nous dit-il; mes héros, volons à son secours. Tels qu'on voit des torrents,déchaînés dans leur cours^ Rouler avec fracas leurs ondes turbulentes A travers les ravins et les roches tremblantes, Tels on nous voit franchir le mont audacieux. La plaine de Lena se découvre à nos yeux. Quel cœur, même d'acier, eût bravé ma colère? Quel courage eût vaincu le courage d'un père
En proie au désespoir, de fureur enivré...? Erin cède, tout fuit, ou tombe massacré.
Nous trouvâmes Oscar sans force, sans haleine; Lan^issamment couché, son cœur battoit à peine. Nous pleurons; mais Fingal^ retenant ses sanglots, Se penche sur mon fils, et prononce ces mots : « Quelle main de nos pleurs pourroit tarir la source ? « Ce bel astre s'éclipse au milieu de sa course ! « Quelle sombre douleur va régner dans Selma! « Oscar ^ est-d éteint le feu qui t'anima.' « Fingal restera-t-il le dernier de sa race .'' « L'âge a blanchi ma tète, et ma gloire s'efface ; n Privé de tons les miens, me faudra-t-il, hélas ! a Dans mon palais désert attendre le trépas?
Il se tait : les soupirs se pressent dans sa bouche. Seul à l'écart, je garde un silence farouche : Et Luath et Branno^ dogues reconnoissants , Poussent aux pieds fCOscar de tristes hurlements.
Quand mon fils apperçoit la foule gémissante. Il soulevé à regret sa tète languissante : « Ce deuil , dit-il ,ces chauts qui viennent jusqu'à moi, « Ce mélange inconnu de tendresse et d'effroi, « Les pleurs de ces vieillards, de ces dogues fidèles • Font à ce cœcr si fier des blessures eiuelles.
LA BATAILLE DE TEMORA. iG5 « Osslan^ porte-moi sur mes côteanx chéris ; « Roi des concerts, élevé une tombe à ton fils. « Du roc voisin, peut-être, un jour l'onde échappée « Entraînera le sable où sera mon épée, (9) « Et le chasseur, sur elle attachant un regard, « Dira, morne et pensif, J^oilà le fer cI'Çs^qslX. »
O mon fils, seul appui qu'attendoit ma vieillesse. L'inexorable mort t'enlève à ma tendresse ; Tu ne poursuivras plus les timides chevreuils; Tu ne braveras plus la mer et ses écueils; D'autres iils, secondés par les destins prospères. Des l'écits de la gloire attendriront leurs pères ; Seul je n'entendrai plus les accents de ta voix. Plus douce qu'un zéphyr soupirant dans les bois. Quatre pierres sans art, et de mousse couvertes. Attristent de leur deuil mes collines désertes; Là repose à jamais le plus grand des guerriers.
Nous pleurâmes Oscar durant troisjours entiers. Mais Fingal^ repoussant une longue tristesse : K Enfants des moûts, dit-il, point d'indignefoiblesse; .< Des regrets éternels et des larmes d'amour « Au brave qui n'est plus ne rendent pas le jour. « Nous naissons pour mourir;mais,entourésd'hommage « Conquérons en mourant le palais de nuages.
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« Ullin, porte à Selma le corps inanimé
« Dubéros que je pleure, et que j'ai tant aimé ;
« Anx filles de Mon'en va demander des larmes ,
.. Et qu'un voile funèbre enveloppe leurs cbarmes.
I Nous , restons dans ces lieux, et combattons Erin.
« Mes jours, vous le savez, penchent vers leur déclin;
.< Mes aïeux, fatigués de me voir sur la terre,
•» M'appellent dès long-temps au séjour du tonnerre;
a Ma vie autour de moi répand assez d'éclat.
'1 Guerriers, je touche enfin à mon dernier combat.
Tl se tait. Cependant, taciturne, voilée,
La nuit roaloit son char dans la plaine étoilée.
On prépare la fête. An pied d'un ebène assis.
Mon père s'abandonne à ses mornes soucis.
Le vénérable Allhan ( i o) commence un chant de gloire ,
Et du jeune Cormac nous raconte l'histoire.
« Cormac^ dit-il, régnoit sur les peuples A' Erin;
» Sa jeunesse brilloit comme l'astre serein
• Qui semé d'un or pur la rive orientale,
« Et baigne ses rayons dans l'onde matinale :
a J'habitois avec lui l'antique Temora;
« Mais un jour des hauteurs du mont de Slimora
o Roule et se précipite une puissante armée,
» Par la voix de son chef au carnage animée.
^ Cairbar la conduit. Tranquille en son palais ^
LA BATAILLE DE TEMORA. 167 « Cormac^ en ce moment se livroit à ia paix. « Cent Bardes lui chantoient les exploits de son père ; u Et, comme un jeune lis qui s'ouvre à la lumière « Et reprend, au matin, la vie et la fraîcheur, <> U sentoit à nos chants s'épanouir son cœur. « D'homicides guerriers, poussés par la vengeance, ic Inondent tout-à-coup le palais sans défense. « Caïrl/ar, l'œil farouche, et le glaive à la main, " S'élance sur Corniac, et lui perce le sein. « Mon jeune roi chancelle, et de sa voix mourante ic Adresse an meurtrier une plainte touchante. « Témoin de son trépas, et, tout haigné de pleurs : « Fils à'Artho , m'écriai-je, objet de nos douleurs, « Va rejoindre tonpere au miheu des orages, « Avec toi de nos cœurs emporte les hommages; « Sois du moins consolé par les larmes à'Erin ; « Cormac^ paix à ton ombre, et mort à l'assassin.
n Le lâche Caïrbar de ma plainte murmure ; it II m'enferme aussitôt dans une tour obscure; « Et cependant son bras, au meurtre accoutumé, « N'osa verser le sang d'un Barde renommé. (11) « Là je chantai long- temps mon malheur déplorable : « Mais Çathmor arvïvA, Ce héros secourable, M Emn par mes accents si plaintifs et si doux, « Et jetant sur son frère un regard de courroux : « Caïrifir, lui dit-il, ton cœur impitoyable
i68 POESIES D • O S S I A N.
« De larmes et de sang est donc insatiable ;
« Tu promenés par-tout le ravage et l'effroi :
'■ Mais Cat/imorest ton frère; il comliattra pour toi :
« Ta Lassesse obscurcit cette immortelle flamme
t< Que la gloire alluma dans le fond de mon ame.
« Rends à la liberté ce Barde malheureux :
« Nous mourrons, Caîrbar;mais ses chants généreux,
" Que le lâche dédaigne, et que le brave implore,
" Dans les siècles futurs retentiront encore.
« On détache mes fers. Ma voix d'un chant flatteur « Paya l'humanité de mon libérateur.
« Nous allons le revoir. Enflammé de colère, « Il accourt pour venger le trépas de son frère.
Qu'il vienne, dit Fingal ; j'aime un tel ennemi : Contre tous les dangers son cœur est affermi ; Des braves et des rois Cathmor est le modèle ; Il vécut pour la gloire, et lui sera fidèle. La nuit sur nous encore étend son voile épais ; Des hauteurs du Mora rien ne trouble la paix : Craignons que l'ennemi ne vienne nous surprendre. Sur le penchant du mont bâte-toi de descendre, O Fillan^ à mon fils, veille jusqu'au matin, Et du premier péril donne un signal certain. Songe que la vieillesse affoibUt mon audace, Et que tu dois veiller à l'honneur de ta race.
LA BATAILLE DE TEMORA. 169 Il dit: Fillan s'éloigne, et nos mille héros Sous de sombres sapins se livrent au repos ; Mon père au doux sommeil s'abandonne lui-même: Moi seul, le cœur rempli d'un désespoir extrême. Je veille, et de Fillan^ au bas du mont allier. J'entends de loin en loin frémir le bouclier.