‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 25 sur 29 · UTHAL · texte numérisé non relu

UTHAL

J-Jxîf s l'âge des combats, dans l'âge de l'amour, Des belles, des héros, triomphant tour-à-tour, Uthal^ fils de Ronnan^ avoit un cœur barbaie: Contre son père un jour sa haine se déclare; Il le charge de fers, et le plonge soudain Dans une grotte humide, où jamais le matin De ses rayons épars, sur la noire bruyère Ne fit briller la douce et joyeuse lumiei-e. Nul chêne, dans la nuit, n'éclairoit de ses feux La morne obscurité de ce séjour affreux, Et les mugissements (!es vagues courroucées Seuls du vieillard par fois y troubloient les pensées.

Snitlio^ son vieil ami, les yeux mouillés de pleurs, Arrive, et de ce roi nous apprend les pialheurs. Fingal tremble et pâlit : trois fois dans sa colère Il saisit, furieux, la lance de son père; Trois fois de ses combats le souvenir vainqueur Se réveille en son ame, et retient sa fureur. Il ordonne à son fils de déployer ses voiles ; Je pars : déjà le soir, le front paré d'étoiles, Piépandoit sur les eaux son éclat incertain :

POESIES D'OSSIAN. 247 Tranquille, je voguois , quand, d'un rocher lointain. Les accents d'une voix mélodieuse et teudie Jusqu'à u fond de mon cœur viennent se faire entendre.

« Quelle est, me dit Toscar, cette plaintive voi»?

« Est-ce l'Ombre d'un Barde? O^s/a/z, j'apperçois

« Une jeune beauté près de nous gémissante:

« Ses cheveux sont épars ; sa tète languissante

« Repose sur son bras éclatant de blancheur....

« Allons, fils des héros, consoler sa douleur. »

Il dit : nous approchons a la faveur de l'ombre. Bientôt l'écho des mers et de la ro< he sombre Nous apporte une voix qui, parmi les sanglots, Les soupirs et les pleurs, laisse échapper ces mots;

« Flots murmurants, nuit solitaire,

« Rocher .sauvage et ténébreux ,

« Dans votre voile funéraire

« Recueillez mes pleurs douloureux.

« Au fond de l'autre d' s tempêtes

« Je n'ai pas toujours habité ,

« Long-temps l'éclat de ma beauté

« De mon palais orua les fêtes.

« Mon père me voyoit fleurir

« Comme le lis de nos montagnes ; « Ma douceur me faisoit chérir « De mes innocentes compagnes.

« ]Sina fut l'amour des héros ;

* « Mais à leurs vœux iVmareheUe, « Sans aimer troubloit leur repos, « Et n'en paroissoit que plus belle.

« Tu vins alors, mon cher Vthal^ « Brillant comme un astre paisible; « Nul brave n'étoit ton égal :

" Je t'aimai; je te crus sensible.

« Tu promis de n'aimer que moi, « Et maintenant tu me délaisses.

« Trop aimable guerrier, pourquoi n Trahir de si douces promesses?

« En faveur de les ennemis « Ma foible main s'est -elle armée.' o Ingrat , quel crime ai-je commis ?

« Pourquoi ne suis-jê plus aimée?

« Me voici seule au bord des eaux, « Seule avec ma douleur profonde, « Sans autres témoins de mes maux « Que la nuit, le léphyr, et l'onde. >•

Elle dit. Sa complainte a déchiré nos cœnrs; De mes yenx malgré moi je sens couler des pleurs, Et ni'avancant vers elle: « O jeune infortunée! « A d'éternels ennuis tu n'es point condamnée ; « Les héros de Morvcn veillent sur tes appas. « Pour consoler ta peiue en quels lointains climats « Feront-ils resplendir leur lance vengeresse.-' « A ton sort déplorable Ossian s'intéresse. « Viens, lumière d'amour; peut-être quelquefois « Tes Bardes d' Ossian t'ont chanté les exploits. n Viens donc, et suis mes pas sans en être alarmée.

— « Qui ne te connoît pas, fils de la renommé»? « Le foible à ton aspect sourit de son effroi. « O mon héros ! Nina s'abandonne à ta foi. » Elle dit, et descend dans mon vaisseau rapide. Un léger incarnat rougit son front timide; Et, bientôt emportés par les flots bondissants, Nous touchons à' Altheuta les bords retentissants. L'aurore en ce moment répaudoit sur les plaines De ses pâles rayons les clartés incertaines. Les chasseurs, dispersés au fond des bois voisins, Poursuivoient des chevreuils les rapides essaims. Uthal est à leur tète; entre ses mains vaillantes Resplendissent deux arcs et deux lances brillautc-s ; Cinq do^es, l'ceii eu feu, marcheut devant .ses pas.

25o POESIES

Rien n'égaloit, Ut fiai ^ la force de ton bras,

Ta beauté, ton souris, tes yenx, ta chevelnre;

Mais comme un noir brouillard ton ame étoit obscure.

Ut/ml nous appercoit , sur le bord descendus : Les chasseurs près de lui s'arrêtent éperdus. Il s'arrête lui-même, eallammé de colère, Fait retentir les airs de sa voix téméraire. Jette un œil de courroux sur les chasseurs tremblants, Et députe vers nous un Barde en cheveux blancs.

« Etrangers, dit le Barde, un destin déplorable

«t Vous auroit-il jetés sur ce bord redoutable?

a Uthal règne en ces lieux; Uthal qui n'a jamais

« Ouvert aux étrangers son sauvage palais ;

« Uthal qui ne sait point jouir de leurs conquêtes,

« Ni préparer pour eux la salle de ses fêtes;

« Uthal qui s'applaudit de leur sort rigoureux,

a Et rougit de leur sang ses torrents écumeux.

a Si Selma vous vit naître, an sein de ses murailles,

« Envoyez trois héros, messagers des batailles;

« Qu'ils aillent , de ce pas , apprendre an \ien^ Fingal

a Que son peuple a péri sous la lance d'Uthal.

a Peut-êtreqnelquejour/^jw^rt/ viendra lui-même....»

— « Lui .' s'écrie Ossian dans sa fureur extrême :

ï Barde insensé, ton roi, comme un timide daim.

a Au seul bruit de ses pas , disparoîtroit soudain. « Connois-tu bien Fingal? sais-tu, quand il s'avance, « Que la guerre et la mort sout au bout de sa lance, « Que l'éclair de ses yeux embrase les béros, a Et que son souffle au loin en fait rouler les flots? CI Gloire au roi de Mon>en! de notre mort cruelle a Tu veux que trois guerriers lui portent la nouvelle. « O Barde ! s'ils y vont, Fingal saura du moins a Que de notre valeur ces bords furent témoins. »

Pareil au sanglier qu'une blessure irrite,

Ossian au combat vole et se précipite.

Les guerriers à' Altheuta ., près d'L'^f/ia/ rassemblés.

S'opposent vainement à nos coups redoublés :

Ossian et Toscar marchent daus le carnage;

Allheuta cède, fuit, ou meurt sur le rivage.

Loin du combat, assise au bord des vastes mers, Du vieux Bar e Lethmal écoutant les concerts, T^ina pâle, tremblante, et les yeux pleins de larmes, Tout-à-coup aux clameurs, au tumulte des armes. Entendant succéder le calme des tombeaux: « Ah ! que ne suis-je encor seule au milieu des eaux, « Dit-elle, et sur la rocbe escarpée et lointaine a Où du perfide Uthal m'abandonna la haine .^ « Mes yeux n'auroient pas vu le coup qui l'a frappé.

ï Cher et perfide Vthal! de tant d'amonr trompé, « Malgré ta trahison, je ne suis point guérie... « Redoutables vainqueurs, prenez aussi ma vie. »

Elle s'avance alors, et de son lâche amant

Elle voit dans mes mains le bouclier sanglant...

Eperdue elle fuit... A travers la bruyère

Elle cherche... O douleur! privé de la lumière,

Le sein percé d'un dard, le front décoloré,

Vthal s'offre bientôt à son œil égaré.

A ses côtés sans voix, sans haleine, elle tombe...

Je les pleurai tous deux, et j'élevai leur tombe.

Ronnan est libre enfin, et des hymnes de paix Escortent ce vieillard jusque dans son palais. Il n'est rien, dans l'excès de son joyeux délire. Ou que sa main ne touche, ou que sou œil n'admire; Il contemple sur-tout, avec ravissement, Ces armes, des héros antique monument.

Ces arcs, ces boucliers que le bras de ses pères Suspendit autrefois à ces voûtes guerrières. On chanla devant lui nos exploits belliqueux : Lui-même avec transport nous bénit; mais ses yeux De son coupable fils cherchoient encor la trace. Nous lui dîmes qnUthal^ puni de son audace , Perdu dans l'épaisseur des plus sombres forêts,

Y cachoit loiu de nous sa honte et ses regrets. Mais Uthal reposoit étendu sous la pierre, Froid, immobile, sourc^ aux accents de la guerre.

Nous fendîmes alors les flots de l'Océan, Nous gagnâmes Morven; et l'heureux Ossian Sur ses vaillantes mains, à la gloire fidèles, Sentit couler eacor les larmes paternelles.

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