‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 24 sur 29 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

SOMMAIRE

Cormalo , gendre Ae Normal , roi à'Inistona, s'étoit révolté coutre lui, et vouloit le détrôuer. Fiiigal ea- Toya Oscar, son petit-fils , au secours de Normal. Cormalo tomba sous les coups du héros de Morven. Ossian , pour faire briller davantage la valeur de son cher Oscar, suppose que c'est lui-même qui demande à partir pour Inistona.

Il est minait... tout repose, tout dort... Le hibou seul pousse des cris nocturnes, Le météore de la mort Tremble sur les flots taciturnes; Le voyageur, traînant ses pas douteux.

Cherche de l'oeil la tour hospitaUere ; Et le chevreuil, dans son lit de bruyère. Frissonne au brnit des vents tumultueux. Descends de ta voûte guerrière,

O ma harpe ! et frémis sous les doigts du -vieillard; Réponds aux tendres vœux, à la douleur d'un père.... Ossian va parler A' Oscar.

Mon fils revenoit de la chasse; Il entend célébrer les louanges du roi ; (i)

Et sent redoubler son audace.

« Chef de mille héros, dit-il, Fingal, et toi « Le premier après lui, roi des chants, ô mon père! « Vos deux noms illustrés vivront dans l'avenir; « Mais Oscar ^ sans laisser le moindre souvenir, Cl Passera dans Moriteti comme une ombre légère. « Héros comblés de gloire, ah ! ne permettez pas « Que votre fils, opprobre et fardeau de la terre, « Près de vous, sans honneur , attende le trépas! « Inistona gémit sous le poids de la guerre : « Laissez partir Oscar; qu'il aille, loin de vous, « Par de nobles travaux préluder à sa gloire ; « Et s'il doit succomber, si le destin jaloux « A ses trop foibles mains refuse la victoire, « De sa chute du moins le bruit injurieux « Ne viendra point troubler vos moments belliqueux. « Le Barde, appercevant ma tombe solitaire, M Me paiera dans ses chants un tribut de douleurs, a Et peut-être le soir, à l'heure du mystère.

* Quelque jesue beauté me donnera des pleurs. »

— « Héritier de mon sang et de ma renommée, « Pars, lui répond F/"«^rt/,- que mes nombreux v:iisseaux « Reçoivent dans leurs flancs une vaillante armée, « Et qu'à la voix d'Oscar ils traversent les eaux. »

Au sein des voiles frémissantes

Déjà le vent souffle et rugit; Sous le vaisseau d'Oscar l'onde en fureur mugit, Et les rocs sont battus des vagues blanchissantes. Aucun nuage épais n'enveloppe les airs:

Enfin, après un long voyage.

Du milieu des bruyantes mers Mon fils d' fnislona découvre le rivage. Il arrive bientôt au palais de Normal, Lui remet son épée, et garde le silence. Le vieillard reconnoîl le glaive de F in gai. Et ses larmes soudain coulent en abondance. Douces larmes de joie et d'heureux souvenirs! Mon père et ce héros, au retour des conquêtes, Dans l'âge de la gloire et des nobles loisirs

S'étoient assis aux mêmes fêtes.

« Etranger, dit Normal, l'âge affoiblit mon bras :

a4« POESIES

■< Plains -moi, plains un \ieillard dontla main incertain*

« Ne soulevé qu'à peine

« La lance des combats.

« Mon glaive suspendu depuis long-temps sommeille. « Hélas! j'avois trois fils: leur consolante voix

« Ne réjouit plus mon oreiUe ; « Sous la pierre insensible ils reposent tous trois.

« A Connalo, chef des tribus lointaines , « J'avois donné ma fille , orgueil de mes vieux ans. « Le traître a rassemblé ses guerriers menaçants, <c Et des bords du Lano s'avance vers ces plaines. « O vous, dont la vaillance égala mes exploits, « O mes enfants, du fond de votre étroit asyle, « D'un déplorable père entendez- vous la voix? « Est-ce la vôtre, hélas ! que j'entends quelquefois « Soupirer à travers le feuillage mobile?

— « Normal^lui dit Oscar, comment sont-ils tombé»

« Ces héros, boucliers de ton illustre race?

« Comment à tes regards se sont-ils dérobés ,

« Pour monter sur les vents , et rouler dans l'espace?

« Belliqueux habitants du nuage léger,

« A la clarté du météore • Leurs traits aériens y poursuivent encore « Le chevreuil fantastique et le daim mensonger, (a)

D'OS SI AN. s4i

- « Corma/o, lui répond le vieillard tout en larmes,

c< Dans mon palais hospitalier, De mes fêtes un jour vint pariagcr les charmes. Rien u'effaçoit alors cet aimable guerrier; Dans ces jeux que la paix inventa pour la gloire

n II remporta les prix de la valeur ; Mes guerriers à son bras cédèrent la victoire, Ma fille à sa beauté livra son jeune cœur.

Mes fils étoient absents. Au retour de la chasse, Quand ils eurent appris qu'un étranger heureux A voit de tous les miens domté la noble audace. Des larmes de dépit coulèrent de leurs yeux. Argon et Cor/na/o joiiterent à la lance; Qui pouvoit résister au premier de mes fils? Cormalo terrassé cacha ses noirs soucis. Mais nourrit dans son cœur des projets de vengeance. Mes généreux enfants l'accompagnoient un jour Au fond des bois, peuplés de biches vagabondes: Ses flèches fendent l'air.., dans ces forêts profondes Ils tombèrent les fils que pleure mon amour. Le perfide revient; il enlevé ma fiUe, Il l'emmené avec lui dans ses états lointains ; Et Normal^ délaissé de toute sa famille, Languit dans son palais , jouet des noirs destins. « Cependant l'ombre fuit : le jour qui lui succède

c< Disparoit à son tour; et mes yeux éperdus

(t Cherchent , mais vainement, les lils quej'ai perdus.

« Rien ne soulage, hélas ! la douleur qui m'obsède.

« Runaro tout-à-coup entre dans le palais,

« Runaro, chien léger, bondissant, et lidele,

ti Qui sur les monts déserts et dans les bois épais

« Aux ordres du chasseur ne fut jamais rebelle;

« Sa langue s'échappoit de son gosier brûlant:

« Il me regarde, et sort de ma triste demeure.

« Plein de trouble , après lui , je m'élance sur l'heure ,

M Et jusqu'au fond du bois il me guide en hurlant.

« O désespoir! Normal sur la terre sanglante

ce Retrouve ses enfants percés du trait mortel...

« Dans ce tombeau,que baigne une onde murmurante,

« Ils dorment tous les trois du sommeil éternel.

— « Cnigal, Conor, chefs de mon père, « S'écrie Oscar; bataille à Cormalo!

« Rassemblez sur mes pas mon élite guerrière : t< Nous allons aujourd'hui sur les bords du Lano. Ils s'engagent soudain dans le désert aride : Tels on voit s'entasser des nuages brillants ; De leur sein ténébreux s'échappe un jour livide, Et des tonnerres sourds résonnent dans leurs flancs.

Déjà du cor guerrier les éclats reteatissenl ;

Des Lois profonds l'écho gémit;

Les vagues du Lano bondissent ^ Et Cormalo Ini-jnêine en son palais frémit. A la voix de ses chefs s'élance chaque armée : Le lâche Cormalo meurt sous les traits à Oscar: Mon fils rend à Normal sa fille bien-aimée, Et regagne Morven^ béni par le vieillard.

Quelle fut A^Ossian la surprise joyeuse Quand sur les flots lointains et d'écume blanchis Il apperçut les mâts du vaisseau de son fils ! Le voyageur, quand la nuit ténébreuse D'épais brouillards voile les monts déserts, Q uand les morts, s'échappan t des rochers entr'ouverts, Traînent en longs soupirs une voix sépulcrale. Avec moins de transport, voit briller dans les airs

Un doux rayon de l'aube matinale.

Nous conduisons Oscar au palais de Morven.

Autour de lui chaque guerrier s'empresse ; Et moi sur ce héros, seul fruit de mon hymen. Je répands quelques pleurs de joie et de tendresse.

Vous, qui voyez encor la lumière des cieux, Conduisez Ossian sur ses vertes collines ; Qu'assis au pied du roc, sous les ombres voisines

a44 POESIES D ' O S S I A N.

Du coudrier mobile, ou du chêne noueux. D'un torrent éloigné j'écoute le murmure. Aimable Malvina^ chante l'hymne du soir, Tiens de tes doux accords essayer le pouvoir. Et console les maux que ma foiblesse endure; Qu'à ta voix le sommeil, descendu sur mes yenx, S'empare de mon ame, et ferme mes paupières! Songes de ma jeunesse, ô vous, songes heureux F Environnez mes sens de vos douces chimères.... Je vais m'entretenir avec tous mes aïeux.

(0 Fingal. •

(2) Ceci est conforme à l'opinion mythologiqnc des anciens Ecossais, qui pensoient qu'après la mort les gueniers se livroient dans les airs aux plaisirs d'une chasse fantastique.

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