‹ Ossian, uvres complètesChapitre 16 sur 102 · PC · texte numérisé non relu

PC

Argument*

Ce poème, ainsi que beaucoup d'autres compositions d'Ossian, est adressé à l'un des premiers missionnaires chrétiens. Voici l'histoire du poème, telle que la tradition l'a conservée: dans le pays des Bretons, entre les murailles, du temps de Fingal, vivaient deux chefs. Duuthalmo était seigneur de Teutha , qu'on croit être la Tweede , et Rathmor habitait les bords du Clutha, rivière aujourd'hui nommée la Glyde. Rathmor n'était pas plus connu pour sa générosité et son hospitalité que Dunthalmo pour son ambition et sa cruauté. Dunthalmo, par jalousie ou à cause de quelques querelles qui avaient existé entre leurs familles, assassina Rathmor clans une fête; mais, ensuite, touché de remords, il éleva dans son propre palais les deux fils de Rathmor, Carthon et Colmar.

Devenus hommes , ils laissèrent percer le dessein qu'ils avaient formé de venger la mort de leur père, et Dunthalmo les enfeima dans deux cavernes sur les rives du Teutha, avec l'intention de les faire mourir secrètement. Colmal , fille de Dunthalmo, qui s'était éprise d'un secret amour ponrCalthon, l'aida à s'échapper de sa prison, s'enfuit avec lui vers Fingal, déguisée en jeune guerrier, et implora son secours contre Dunthalmo. Fingal envoya Ossian avec trois cents hommes pour secourir Colmar. Dunthalmo avant préalablement assassiné Colmar, engagea la bataille. Ossian le tua et défit entièrement son armée.

Cardon épousa Colmal, sa libératrice, et Ossian revint à M< rven.

Agréable est la voix de ton chant, habitant solitaire du rocher! Il flotte sur le murmure du torrent, le long de l'étroite vallée. Mon âme, 6 étranger,

<;\lïli<>\ ! i COLMA1

. '< \ cille MU milieu de ma denieu ir. .l'etends l.l main

non "••« I.iiicc, comme aui jours des autres ami j'étends la main, mais .Ile est bible, <i les soupira

de mon sein deviennent plus l'i e<| iirnN. I iU <lll ln-

cber, ii<- veux-tu point écouter !<■ chani dX)ssian? Mon âme est pleine des jours passés; la joie de ma

jeunesse n -vii ni. Tel apparaît le SOlei] dans |'( '

(Lui j quand les pas «le s,( lumière ont h ai l'orage : les rertea oolliues lèrewt leurs tètes humides de rosée et les bleus ruisseau se réjouissent dans I.» vallée: le vieux guerrier est appuyé bui son bâton et ses cheveux blancs brillent à la lumière.

.Ne Vois-tU pas. fils «lu n>< lier, un houelier dans |

palais cPOssian? Il porte l'empreinte du choc des Batailles, et l'éclat de ses bosses est terni. Le gras !

Duntlialino, chef des rives du Tcutlia, portait ce l)oii( lier; il le portail dans la guerre, avant de tomber sous la lance d'Ossian. Prête l'oreille, fils du rocher, au ivcit des autres années.

Rathmor était chef de Clutha. Les faibles habitaient son palais. Les portes de Rathmor n'étaient jamais fermées et ses festins étaient toujours étalés. Les Bis de l'étranger venaient et bénissaient le chef généreux de Clutha. Les bardes chantaient, ils touebaient la harpe et la joie brillait sur le visage des affligés.

Dunthalmo vint dans son orgueil et provoqua Rathmor au combat. Le chef de Clutha triompha et la rage remplit le cœur de Dunthalmo. Il revint pendant la nuit avec ses guerriers et le grand Rathmor succomba : il succomba dans son palais où souvent ses festins avaient été étalés devant les étrangers.

Colmar et Calthon, les fils de Rathmor, étaient encore jeunes. Ils entrent avec la joie de l'enfance dans le palais de leur père; ils le voient dans son sang; leurs larmes coulent. L'âme de Dunthalmo s'attendrit à la vue de ces deux jeunes enfants. Il les

T6 CALTHON ET COLMAL.

conduisit dans les murs d'Alteutlia. Us croissaient dans la maison de leur ennemi, ils bandaient l'arc en sa présence et allaient avec lui combattre dans ses guerres. Us virent les murs renversés de leurs pères; ils virent la verte ronce au milieu de leurs palais. Leurs larmes coulèrent en secret et par moments leurs visages étaient tristes. Dunthalmo remarqua leur tristesse et son âme assombrie prémédita leur mort. Il les enferma dans deux cavernes, sur les rives retentissantes duTeutba.Le soleil n'y entrait jamais avec ses rayons , ni la lune du ciel, pendant la nuit. Les fils de Rathmor demeuraient dans les ténèbres et prévoyaient leur mort.

La fille de Duntbalmo, la blonde Colmal aux yeux bleus, pleurait en silence. Son œil s'était secrètement reposé sur Caltbon dont la beauté remplissait son aine. Elle tremble pour son guerrier, mais que peut faire Colmal ? Son bras ne pouvait lever la lance et l'épée n'était pas faite pour briller à son côté. Son sein blanc n'avait jamais battu sous une cotte d'armes; son œil n'était pas la terreur des béros. Que-peux tu faire, ô Colmal, pour le chef qui doit mourir? Ses pas sont inégaux, ses cheveux en désordre, et ses yeux égarés ne voient plus qu'à travers ses larmes. Elle vint pendant la nuit au palais et couvrit son beau corps d'une armure ; l'armure d'un jeune guerrier qui tomba dans sa première bataille. Elle alla à la caverne de Calthon et délivra ses mains de leurs liens.

u Lève-toi, fils de Rathmor, dit-elle, lève- toi; la nuit est sombre ! Chef de Clutha, fuyons vers le roi de Selma ! Je suis le fils de Lamgal qui demeurait dans le palais de ton père. J'ai appris ton séjour dans cette sombre caverne et mon âme s'en est indignée. Lève-toi, fils de Rathmor, lève-toi, la nuit est sombre !» — « Voix bénie, répliqua le chef, du sein des nuages viens-tu vers Calthon? Les ombres de

CALTHON ET COI.MYL

■es pèrei sont souvent descendues dans ses songes depuis que le soleil B'est retiré de Bes yeux et que lo ténèbres habitent autour de lui ; ou bien, es-tu le fils <l<' Lamgal, le chef qne j'ai vu si souvent à Clutba?

Mais dois-je tiin vers Fin gai quand ColmaT mon frère es( ici? dois-je fuir vers Worven quand ce héros est enferme dans la nuit ? Non! don m- moi cette

lame , (ils de Lamgal; Calthon défendra son frère !

h Mille guerriers , répondît la jeune fille, lèvent leurs lances autour de Colmar. Que peut Calthon contre une foule si grande? Payons vers le rôî de Mor-

ven , il viendra avec ses guerriers. Son bras s'étend sur les infortunés, et les éclairs de son glaive environnent le faible. Lève-toi, fils de Ratbmor, les ombres se dissiperont. Lève-toi, ou tes pas seront aperçus et tu tomberas dans ta jeunesse. »

Le héros se lève en soupirant; ses larmes coulent pour Colmar. Il vint avec la jeune fille au palais de Selma ; mais il ne savait pas que ce fut Colmar. Le casque ombrageait son beau visage et son sein respirait sous l'acier. Fingal, revenant de la chasse, trouva les deux beaux étrangers. Ils étaient comme deux rayons de lumière au milieu de la salle des coupes. Le roi écouta le récit de leur tristesse et tourna ses regards autour de lui. Mille héros en sa présence se lèvent à demi, réclamant l'honneur de combattre à Teutba. De la colline je vins avec ma lance et la joie des combats se leva dans mon sein, car le roi, au milieu de mille chefs, parla ainsi à Ossian :

« Fils de ma force , dit-il , prends la lance de Fingai , vole au torrent rapide de Teutba et sauve Colmar , le chef des chars. Que ta renommée devance ton retour, comme une brise agréable, afin que mon âme se réjouisse dans mon fils qui fait revivre la gloire de nos aïeux. Ossian ! sois une tempête dans le combat; mais apaise-toi quand l'ennemi sera

; 8 CALTHON ET COLMAL.

terrassé. C'est ainsi que s'éleva ma renommée. O mon fils, sois comme le chef de Selma. Quand les superbes viennent à mon palais, mes yeux ne les regardent pas ; mais mon bras s'étend sur les infortunés et mon épée protège le faible.

Je me réjouis dans les paroles du roi. Je pris mes armes retentissantes. A mes côtés se lèvent Diaran et Dargo roi des lances. Trois cents jeunes guerriers accompagnaient nos pas , et les beaux étrangers étaient à mes côtés. Dunthalmo entendit le bruit de notre approche. Il rassembla les forces de Teutha et s'arrêta avec son armée sur une colline. Ils ressemblaient à des rochers brisés par le tonnerre, quand leurs arbres se penchent noircis et dépouillés et que les sources de leurs fentes sont taries.

Le torrent de Teutha roulait dans son orgueil devant le ténébreux ennemi. J'envoyai un barde offrir à Dunthalmo le combat dans la plaine; mais il sourit avec un sombre orgueil. Son armée s'ébranle et se meut sur la colline, comme le nuage de la montagne, quand les vents sont entrés dans son sein et répandent de tous côtés les ténèbres divisées.

Ils amenèrent Colmar, lié de mille liens, sur la rive du Teutha. Ce chef est triste , mais plein de dignité. Son œil est sur ses amis, car nous étions sous les armes, tandis que les eaux du Teutha roulaient entre l'ennemi et nous. Dunthalmo vint et perça de sa lance le flanc du héros : il roula dans son sang sur le rivage, et nous entendîmes ses derniers soupus. Calthon se précipite dans le torrent : appuyé sur ma lance, je m'élance à l'autre bord. La race de Teutha tombe devant nous; mais la nuit vient et Dunthalmo se retire sur un rocher au milieu d'une antique forêt. Son cœur brûlait de rage contre Calthon. Mais Calthon, penché dans sa tristesse, pleurait Colmar tombé, tombé dans sa jeunesse, avant que sa gloire fût connue.

( M I Iles II <<H M \l .

i .h ilonii.ii qu'on chantât Le cbanl de la douleui pour adoucir la tristesse du chel : mais d< bout sous un arbre, louvefit il fêtait s.i lance à terre. Près de lui, l'œil li h mille de Col mal roulai I dans de set rèt< b

larmes : elle pre\n\ail la eliule de I )u n I lialino OU

(elle du chef belliqueux de Clutba. Vf aintenaot la

nuit était an milieu de m course. Le silence 1 1 Les ténèbres étaient mr la plaine. Le sommeil reposait mu l« v yeux îles héros, ei L'âme deCaithon commençai! à Se «aimer. Ses yeUX étaient ;i ilemi lel Miemais le murmure du Teutlia arrivai! encore a |OU oreille, l'aie el montrant >rs blessures, vint le fantôme de Colinar : il pencha sa tète sur l<- héros el élevant sa faible voix: « Le fila de liathmor dort-il dans sa nuit, quand son frère est tombé? Ne nous Levions-nous pas ensemble pour la chasse? N'avons • nous pas ensemble poursuivi Les chevreuils? Colasar n'a point été oublie jusqu'au jour de sa chute, jusqu'au jour où la mort a Hetri sa jeunesse. Je suis couché, pale, sous le rocher de Lona. Que Calthon se levé ! l'aube s'avance avec ses rayons et Duntlialmo va profaner la victime.

L'ombre disparut sur labrise,etCalthon vit, en selevaut, ses pas qui s'éloignaient. Il s'élance dans le bruit de ses larmes. L'infortunée Colmal se lève et suit son héros à travers la nuit, traînant sa lance derrière elle.

Lorsque Calthon fut arrivé au rocher de Lona, il trouva son frère étendu sur le sol. La rage se lève dans son âme : il se précipite au milieu des ennemis. Les gémissements de la mort montent dans les airs; mais les rangs ennemis se ferment autour de lui. Au milieu d'eux il est lié et conduit au farouche Dunthalmo. Des cris de joie s'élèvent; et les collines de la nuit répondent.

A ce bruit je tressaillis et saisis la lance de mon père. Diaran et le jeune Dargo se lèvent à mes côtés. Nous nous aperçûmes de l'absence du chef de

go CALTHON ET COLMAL.

Clutha et nos âmes en furent attristées. Je tremblai pour ma gloire, et l'orgueil de ma valeur se réveilla. Enfants de Morvcn, m 'écriai -je, ce n'est point ainsi que combattaient nos pères! Ils ne se reposaient pas sur la terre de l'étranger que l'ennemi ne fût tombé devant eux. Leur force égalait celle des aigles du ciel; leur renommée vit dans les chants. Mais nos guerriers disparaissent l'un après l'autre, et notre gloire commence à nous quitter. Que dira le roi de Morven si Ossian ne triomphe point à Teuthn? Levez-vous dans vos armes, ô guerriers ! Suivez Ossian dans sa course ! 11 ne reviendra qu'avec gloire aux murailles de Selma.

Le matin se levait sur les eaux bleues du Teutha. Colmal en larmes se tint devant moi, et me parla du chef de Clutha. Trois fois la lance échappa de ses mains. Mon courroux se tourna contre l'étranger, car mon âme tremblait pour Calthon. u Enfant aux mains débiles, lui dis-je, les guerriers de Teutha combattent-ils avec des larmes? Ce n'est pas la tristesse qui gagne les batailles, et les soupirs n'habitent pas dans l'âme de la guerre ! Retourne vers les chevreuils de Carmun, vers les troupeaux bêlants du Teutha! Mais quitte ces armes, fils de la Peur ! un guerrier les portera dans le combat! »>

J'arrache la cotte d'armes de ses épaules, et j'aperçois son sein de neige. Elle pencha vers la terre sa figure^ rougissante. Je regardai mes guerriers en silence. La lance tombe de ma main et un soupir s'échappe de mon sein. Mais quand j'appris le nom de la jeune fdle, des larmes jaillirent de mes yeux. Je bénis ce beau ravon de jeunesse et j'ordonnai de marcher au combat.

Pourquoi, fils du rocher, pourquoi Ossian raconterait-il comment périrent les guerriers de Teutha? Ils sont maintenant oubliés dans leur pays, et l'on ne trouve plus leurs tombes sur la bruyère. Les an-

c\l THON il GOI.M M h,

it succèdent .i\ e< leurs tempêtes, el leui trei verts sont réduits en poussière. A peine reoon nalt-oo la tombe de Dunthalino et l'endroit <>u il esi tombé sous la lance d'Ossian. Quelque guerriei en cheveux blancs, i moitié aveugle par I agi . aasis la nuit prés «lu chêne brûlant de sa demeure, raconte maintenant .1 ses Bis met exploits et la chute du sombre Dunthalmo : les visages des jeunes guerriers se penchent vers sa voix : la surprise et la joie ]>iillent dans leurs yeux. — .!<- trouvai Calthon lié i un chêne ; mon épée trancha les liens de ses bras. Je lui donnai la blanche Colmal,et ils demeurèrent dans le palais de Teutha.

POÈME

Argument.

Caros est probablement l'usurpateur connu sous le nom de Carausius qui se fit déclarer empereur en l'an 284- S'e'tant rendu maître des îles Britanniques, il défit i'empereur Maximien Herculius, dans plusieurs batailles navales; ce qui fait qu'il est appelé dans ce poème «le roi des Vaisseaux.» 11 répara la muraille d'Agricola , bâtie pour empêcher les incursions des Calédoniens. Il parait que, tandis qu'il y travaillait, il fut attaqué par un parti commandé par Oscar, fils d'Ossian. Ce combat fait le sujet du poème qu'on va lire et qui est adressé à Malvina , fille de Toscar.

Apporte, fille de Toscar, apporte-moi la harpe ! La lumière de l'inspiration se lève dans l'âme d'Ossian! Mon âme est comme la plaine, lorsque l'obscurité couvre les collines d'alentour et que l'ombre s'étend lentement sur les champs du soleil! Je vois mon fils , ô Malvina , près du rocher moussu de Crona. Mais non ! c'est le brouillard du désert, teint des feux du couchant ! Qu'il est beau le nuage qui prend la forme de Toscar! Eloignez -vous de lui, ô vents, lorsque vous rugissez sur les flancs de l'Ardven !

Qui s'avance vers mon fils, avec le murmure des chants? Son bâton est dans sa main , ses cheveux gris flottent sur la brise. Une joie fière éclaire son visage. Il tourne souvent les yeux vers Caros. C'est l'harmonieux Ryno, celui qui est allé pour observer l'ennemi;

I \ (.1 l i;i;l. in CAR(

i tu. (.m Cikis, le nu det vaisseaux? lui «In ir fils du malheureux Ossian. u Déploie-t-il I les (i) de son orgueil , barde des temps p u II les déploie9 Oscar, répondit le barde, mai derrière ses pierres amoncelées < . \\<< terreur il regarde par-dessus m muraille. Il te \<»ii terrible comme le fantôme «le la nuit, qui roule les i contre Bel \ aisseaux !

a Va, toi le premier de mes bardes, reprit Oscar, prends la lance de Fingal; attache sur la pointe une torche enflammée, agiie-la a tous les vents «In ciel; el provoque-le par tes chants, a quitter l«- roulis «le ses vagues el à s'avancer vers moi. Dis a Caros que je brûle de combattre : que mon air esi fatigué des chasses de (loua. Dis-lui que les puissants ne sont

point ici et que mon bras est jeune. »

11 pan it en murmurant des chants. Oscar élève la voix; elle arrive à ses guerriers sur l'Ardven, comme le bruit d'une caverne, quand la mer de Togorma roule «levant elle et que ses arbres luttent avec les vents mugissants. Ils se rassemblent autour de mon fils, comme les torrents de la montagne, lorsqu'après la pluie, ils roulent dans l'orgueil de leur course, llyno aborde le puissant Caros ; il frappe sa lance embrasée, u Viens combattre Oscar, 6 toi qui t'assieds sur le roulis des vagues! Fingal est loin d'ici : dans Morven il prête l'oreille aux chants des bardes; le vent de sa demeure est dans sa chevelure. A ses cotés sont sa lance redoutable et son bouclier pareil à la lune obscurcie! Viens combattre Oscar: le héros est seul!

Caros ne traversa point le torrent de Carun. Le barde retourne en chantant. L'obscurité de la nuit s'épaissit sur Crona. Le festin des coupes est préparé.

(i) L'aigle romaine.

(2) La muraille d'A^ricoIa que réparait Carausius.

Cent chênes flamboient dans les airs : une lumière tremblante s'étend sur la bruyère. Les fantômes de l'Ardven traversent cette lueur et montrent dans l'éloignement leurs formes indéfinies. Comala se voit à moitié sur son météore; Hidallan est triste et somJ)re, comme la lune obscurcie derrière le brouillard de la nuit.

a Pourquoi es-tu triste? lui dit Ryno, car lui seul apercevait le chef. Pourquoi es-tu triste, Hidallan? N'as-tu pas reçu ta part de renommée? Les chants d'Ossian se sont fait entendre; et ton ombre a rayonné sur les vents, lorsque tu t'es penché de ton nuage pour écouter la voix du barde de M orven ! ?i — « Et tes yeux, dit Oscar, aperçoivent donc ce chef, pareil à l'obscur météore de la nuit? Raconte-nous, Ryno, commebt tomba Hidallan , si célèbre dans les jouii de mes pères ! Son nom est encore sur les rochers de Crona et j'ai vu souvent les torrents de ses montagnes! »

Fihgâl, reprit le barde, bannit Hidallan du champ de ses guerres. L'àme du roi était triste pour Comala, et ses yeux ne pouvaient supporter la vue de ce chef. Triste et solitaire, le long de la bruyère il s'en alla lentement et à pas silencieux. Ses armes pendaient en désordre à ses côtés. Ses cheveux détachés flottaient sur son front. Dans ses yeux baissés est une larme, daris son sein un soupir à moitié étouffe! Trois jours il erra seul et sans être vu, avant d'arriver à la demeure de Lamor; la demeure couverte de mousse de ses aïeux, près du torrent de Ealva. Seul, Lamor était assis sous un arbre, car il avait envoyé son peuple a\ec Hidallan, à la guerre. Le torrent courait à ses pieds, sa tête grise était appuyée sur son bâton. San regards étaient ses yeux vieillis. Il murmurait les chants des temps passés. Le bruit des pieds d'Hidallan arrive à son oreille : il reconnaît les pas de son fils.

Là <:i 11:1.1. m < h:,

Le fila de Lamor est-il de retour, ou est-ce le bruit • l<- m m fantôme? Es-tu tombé sur les rives du Carun, Ris <ln \im\ Lamor?Ou si c'est le bruit de tes pat que j'entends , où sont les puissants dans la gu< rre, on sonl mea guerriers, Hidallan? Ils avaient l'habitude de revenir au bruit de leurs boucliers. Sont-ils tombés mit les rives du Carun ? »

« Non, répondit le jeune homme en soupirant, le peuple de Lamor est vivant ; il s'est couvert de gloire dans le combat; mais, ô mou père, il n*esl plus de gloire pour Hidallan! Seul, il fout m asseoir sur les h.'i.ls du Balva, lorsque redouble la

clameur drs batailles. » — - « Mais les pèl es jamais ,

répliqua l'orgueil de Lamor, ne venaient seulf

seoir sur les bords «lu Kalva, alors que s'élevait la clameur des batailles ! Ne vois-tu pas cette tombe? Mes yeux ne l'aperçoivent plusj là repose le noble Garmallon qui jamais s/a fui du champ îles combats! Viens, me dit-il, toi célèbre dans la guerre, viens à la tomlie de ton père. Comment puis-je être célèbre, ô Garmallon? Mon fils a fui du champ des combats! »

« Koi du torrent de Balva, dit Hidallan avec un soupir, pourquoi affliges-tu mon âme? Lamor, je n'ai jamais fui ! Fingal, triste pour Comala, m'a refusé l'honneur de combattre dans ses guerres. Retourne, m'a-t-il dit, aux torrents brumeux de tes plaines; et consume-toi, comme un chêne sans feuilles que les vents ont courbé sur Italva, pour ne se relever jamais! »

Et me faut il entendre, répliqua Lamor, le bruit solitaire des pas dllidallan? Tandis que des milliers de braves se signalent dans les combats, s inclinerat-il sur nies torrents brumeux? Ombre du noble Garmallon! conduis Lamor à sa dernière demeure; ses yeux sont obscurcis, son came est triste, son fils a perdu sa gloire: n

En quels lieux, s'écria le jeune homme, irai-jc chercher la gloire pour réjouir l'âme de Lamor? D'où reviendrai-je triomphant pour que le hruit de mes armes soit agréable à son oreille? Si je vais à la chasse des chevreuils, mon nom ne sera point entendu. Lamor, joyeux à mon retour de la colline, de ses mains ne caressera point mes chiens. Il ne s'informera point de ses montagnes ou des biches brunes de ses déserts! »

« Il faut que je tombe, dit Lamor, comme un chêne sans feuilles: il s'élevait sur le rocher! Il fut renversé par les vents! Mon ombre, sur mes collines, sera vue pleine de deuil pour mon jeune Hidallan. Brouillards qui montez, ne le cacherez-vous pas de ma vue? Mon fils, va au palais de Lamor; les armes de nos aïeux y sont suspendues. Apporte-moi l'épée de Garmallon; il Ta conquisesurun ennemi!)» Il part, rapporte l'épée avec sa ceinture incrustée et la donne à son père. Le héros en cheveux blancs de ses mains en toucha la pointe. « Mon fils, conduis-moi à la tombe de Garmallon :elle s'élève près de cet arbre au tremblant feuillage. J'entends siffler la brise entre les herbes longues et flétries qui l'entourent. Une petite source murmure auprès et envoie ses ondes au torrent de Balva. C'est là que je veux me reposer : il est midi et le soleil est sur nos plaines. »

Il le conduisit au tombeau de Garmallon. Lamor perça le flanc de son fils. Ils dorment ensemble : leurs antiques demeures tombent en ruines. Des fantômes s'y montrent à midi : la vallée est silencieuse et les hommes évitent la tombe de Lamor.

« Fils des temps passés! ditOscar, triste est ton récit. Mon âme soupire pour Hidallan; il tomba dans les jours de sa jeunesse. Il vole sur le vent du désert; il erre sur la terre de l'étranger. Fils de Morven ! approchez- vous des ennemis de Fingal. Passez la

h ii ii dans les chants ; surveilles les Forcei de Csros. Je rais aller \<is les béroi des autres temps, fers les m m lues silencieuses del'Ardven, où mes pèn sm leurs nuages obscurs, contemplent lesguerres à venir. El toi, îlidallan, es-tu là aussi, comme un météore à demi éteint? Dans ta tristesse, chef de lîaka , apparais a nu b yeux!

Les héros marchent enchantant. Oscar monte lentement la colline. Devant lui se posent Bur la bruyère les météores de la nuit. Un torrent, dans le lointain, mugit sourdement <•! par intervalles, les vents gémissent dans les chênes séculaires. Le croissant qe la lune descend obscur el rouge derrière la colline. Des voix faibles s'entendent sur la bruyère. < Iscar tire son épée !

u Venez, s'écrie le héros, ombres de mes pères! vous qui avez combattu contre les rois du monde! Dites-moi les faits des temps futurset vos entretiens dans vos cavernes, lorsque vous conversez ensemble et contemplez vos fils sur la plaine des braves. »

Trenmor descendit de la colline à la voix de son fils puissant. Un nuage, semblable au coursier de l'étranger, soutenait ses membres aériens. Sa robe est du brouillard de Lano, qui porte la mort aux peuples. Son épée est un vert météore à demi éteint. Son visage est ténébreux et sans forme. Trois fois il soupira sur le héros : trois fois les vents de la nuit rugirent alentour! Nombreuses furent ses paroles à Oscar; mais elles n'arrivaient que par lambeaux à nos oreilles et elles étaient obscures, comme les récits des anciens jours, avant que la lumière des chants se levât sur le passé. 11 s'évanouit par degrés, comme un brouillard se fond sur la colline dorée par le soleil. Ce fut alors, ô fille de Toscar, que mon fils commença, pour la première fois, à être triste! Il prévit la chute de sa race. Par moments il était rêveur et sombre comme le soleil lorsqu'il porte un

nuage sur sa face, et que, sortant des ténèbres, il rayonne sur les vertes collines de Cona.

Oscar passa la nuit au milieu de ses pères : le matin blanchissant le trouva sur les rives du Carun. Une verdoyante vallée environnait une tombe qui fut élevée dans les temps passés. De petites collines levaient leurs têtes de distance en distance et penchaient à la brise leurs arbres séculaires. C'est là qu'étaient assis les guerriers de Caros, car ils avaient passé le torrent pendant la nuit. A la pâle lueur du jour on les eût pris pour des troncs de sapins desséchés. Oscar s'arrêta près de la tombe et trois fois il éleva sa voix terrible. Les tremblantes collines en retentissent alentour; le cerf tressaille et bondit, et les ombres des morts s'enfuient effrayées, en poussant des cris sur leurs nuages. Tant la voix de mon fils fut terrible lorsqu'il appela ses amis!

Mille lances se hérissent à l'entour; l'armée de Caros se lève. Pourquoi, fille de Toscar, pourquoi cette larme? Mon fils est seul, mais il est brave! Oscar est comme le feu du ciel ; il se tourne et l'ennemi tombe. Sa main, c'est le bras d'un fantôme, lorsqu'il l'étend du sein des nuages; le reste de sa forme diaphane est invisible, mais les hommes meurent dans la vallée! Mon fils voit s'approcher l'ennemi; sombre, dans sa force, il s'arrête en silence. Suis-jé seul, dit-il, au milieu de mille ennemis? J'y vois plus d'une lance! plus d'un œil aux sombres regards! Fuirai-je vers rArdven? Mais mes pères ont-ils jamais fui? La trace de leur bras est dans mille batailles : comme eux Oscai sera renomme! Venez, fantômes obscurs de mes pères, soyez témoins de mes exploits! Je puis tomber; mais je serai renommé comme la race de Morven. » Debout, il se recueille dans sa force, comme un torrent dans une étroite vallée. La bataille s'engage, les ennemis tombent : sanglante est l'épéc d'Oscar !

l.\ (i l RRE Dl CAR08. 89

Sef çuerri< re, lui le Crona, entendirent le bruit

du combat. 11^ bc précipitent cou • cent torrents;

l'armée de Caros prend la faite : Oscai reste rai la plaine comme un rocher qu'abandonne la mei qui se rei ire.

Maintenant) ayec tous b< b coursiers et dam toute sa Force, Carofl s'avance, sombre et profond comme

11 h torrent ! les ruisseaux se perdent dans s ours,

l.i terre tremble a son passage. La bataille s'étend dîme aile a l'autre; dix nulle épées à la fbisétincellent dans l'air. Mais pourquoi Ossian chanterait-il les batailles? Jamais pins mon épée oe brillera dans les combats! Je me rappelle avec douleur les jours <lc ma jeunesse, lorsque je sens la faiblesse de mon bras. Heureux <^iix qui tombèrent dans leurs jeunes

années, an milieu de leur renommée ! Ils n'ont point VU les («nnlies de leurs amis; ils n'ont point manqué de force pour bander Tare de leur jeunesse. Heureux es-tu, ô Oscar, sur tes vents impétueux! Souvent tu visites les chants de ta gloire, ou Caros a fui devant ton épée levée.

Les ténèbres descendent sur mon âme, ô belle fille de Toscar ! Je ne vois plus la forme de mon (ils près du Carun; je ne vois plus sur le Crona la figure d'Oscar. Les vents l'ont emporté loin de moi, et triste est le ciriir de son père ! Mais eonduis-moi, ô Malvina, près du murmure de mes bois, près du mugissement i\v$ torrents de nies montagnes. Que la chasse se lasse entendre sur Crona; laisse-moi rêver aux années qui ne sont plus. Porte-moi la harpe, ô ma fille, que je la puisse toucher lorsque se lèvera la lumière de mon âme. Approche-toi alors pour apprendre les chants; les siècles à venir entendront parler de moi! Un jour les fils des faibles élèveront leur voix sur (.ona; et, portant les yeux sur ces rochers, ils diront: m C'est ici que demeurait Ossian. n Ils admireront la race qui n'est plus, les chefs des

9o LA GUERRE DE CAROS.

anciens jours; tandis que nous, ôMalvina, nous chevaucherons sur nos nuages et sur les ailes des vents impétueux. Nos voix, par intervalles, seront entendues dans le désert; nous chanterons sur la brise du rocher!

CÀTHLIH DE GLUTHA.

POÊMB.

Argument.

Invocation à Malvina , fille de Toicar. Le |)<>«-t(" raconte l'arrivée <lc Cathlin à Selma , pour solliciter des lecom - contre Duth-carmor de Cluba, qui avait tué Caihmol ponr enlever

I i fiHe Lanul. Fingal ne voulant point faire un choix parmi

iat héros, «pu tous demandaient le commandement «le cette expédition; ils m- retirent chacun iw sa «Colline des Fantômes •> pour recevoir dans leurs songes les avis de leurs aïeux. L'ombre de Trenmor apparaît à Ossian et à

Osr.ii. Ils parunt de la baie de Carmona et arrivent le Quatrième jour sur la cote île Rathcol, vallée d'Inishuna, où Duth-carmor avait fixé son séjour. Ossian dépêche un barde a Duth-carmor pour lui demander la bataille. La nuit vient. La douleur de Cathlin de Clutha. Ossian cède le commandement à Oscar qui, suivant la coutume des rois de Morven, avant le combat, se retire sur une colline voisine. Au point du jour l'action s'engage, Oscar et Dulheai uior se rencontrent. Le dernier tombe. Oscar porte la cette d'armes et le bouclier de Duidi-earmor à Cathlin qui s'était éloigné du champ de bataille. On découvre que Cathlin est la tille de Cathraol, déguisée, qui avait été enlevée par Duth-carmor, et qui avait trouvé le moyen de s échapper.

Viens , rayon solitaire qui veilles au millieu de la nuit ! Les vents descendent de leurs bruyantes collines et mugissent autour de toi. Rouges, sur mes cent torrents, sont les sentiers lumineux des morts. Sur les vents tourbillonnants ils se réjouissent dans la saison de la nuit. ( i ) N'est-il aucune joie dans les chants, ô blanche main des harpes de Lutha? Ré-

(i) Il y a dans l'an(",lais « in the season of the ni^ht ; » dans la saison de la nuit.

g« CATHL1N DE CLUTHA.

veille la voix des cordes endormies! Réveille l'âme du barde ! C'est un torrent qu'ont tari les années! épanche , ô Malvina , la mélodie de tes ebants !

Je t'entends dans les ténèbres, tu gémis dans Selma, toi qui veilles solitaire au milieu de la nuit! Pourquoi as-tu privé de tes ebants l'âme défaillante d'Ossian ? Quand le ruisseau qui tombe de sa colline obscurcie par l'orage, roule ses murmurantes eaux à la clarté du soleil, doux est le bruit de sa cbute à l'oreille du ebasseur; il l'écoute et secoue sa cbevelure tout humide de rosée. Telle est la voix de Lutba , à l'ami des ombres des héros! Mon sein gonflé de soupirs bat avec force, et je tourne les yeux vers les jours qui ne sont plus. Viens, rayon solitaire qui veilles au milieu de la nuit !

Un jour, nous vîmes bondir un vaisseau dans la baie de Carmona. Du haut du mât pendait un bouclier brisé ; il était couvert de sang. Un jeune guerrier s'avance dans ses armes, tenant à la main une lance sans pointe. Ses cheveux longs et détachés pendaient en désordre sur ses yeux pleins de larmes. Fingal lui présente la coupe des rois. L'étranger lui parle, en ces termes : u Cathmol de Clutba est étendu sarfs vie dans son palais, près des rives sinueuses de ses propres torrents. La blanche Lanul, sa fille, a frappé les yeuxde Duth-carnior, et il a percé le flanc de Cathmol. Mes pas erraient alors dans les roseaux du désert. 11 s'est enfui pendant la nuit. Aide Cathlin à venger son père ! Je ne t'ai pas cherché, comme un rayon perdu dans un pays de nuages, car tu es connu comme le soleil, ù roi delà puissante Selma ! »

Le roi regarde autour de lui. Nous nous levons en armes en sa présence. Mais qui doit parmi nous lever le bouclier? Tous réclamaient l'honneur de combattre. La nuit descendit, et chacun en silence

<;a un. in DE CH i n \.

m. i gui la colline dei Pan tûmes, afin < j n«- les esprits pussent descendre dans ■■<»> songes et nous

mi pour le combat. Noub frappons !<• boui lier <l«-s morts; le bourdonnemenl de m>^ chanta l'élève. Nous évoquons inn> rois les ombres de nos en iiuiin nous couchons dans nos rêves. A mes yeux apparu! Treninor, la forme majestueuse des années évanouies. Ses arméi a bleuatn s, en iiie> ,i moitié <li.i. ées, étaient rangées derrière lui. < m distinguai! à peine dans le brouillard leur lutte et leurs attitudes menaçantes. J'écoutai; mais aucun son ne se lit entendre. Ces formes étaient vides comme l'air.

Je m'éveillai, en tressaillant, de ce rêve de fantômes. Un vent subil siffla dans ma chevelure (luttante et le départ des ombres fît gémir sourdement le chêne. Je pris mon bouclier suspendu à une branche. J'entendis le cliquetis de l'acier, c'était Oscar <le Légo; il avait vu ses pères. a Comme l'ouragan fond sur le sein des values blanchissantes, ainsi, sans crainte à travers l'Océan, je dirigerai ma course vers la demeure des ennemis. J'ai vu les morts, ô mon père! Mon creur bat avec force! Ma gloire brille devant moi, comme un trait de lumière sur la nue, quand, rouge voyageur des cieux, le soleil agrandi sort du sein i\t> nuages.

a Petit-fils de Branno, répondis-je, Oscar n'ira pas seul à la rencontre de l'ennemi. Je m'élancerai à travers l'Océan vers la demeure boisée des héros. Combattons, mon Fils, comme deux aigles qui, d'un même rocher, lèvent leur larges ailes contre l'impétuosité des vents. »

De Carmona nous mîmes à la voile; et mes guerriers, voguant sur trois vaisseaux, suivaient mon bouclier sur les vagues tandis que j'observais la nocturne Ton-Thena (i), la rouge voyageuse au milieu

(i) « Ton-thena » , feu de la vogue. C'est l'étoile remnr-

94 CATHLIN DE CLUTHA.

des nuages. Les brises favorables soufflèrent pendant quatre jours. Lu m on sortit du sein des brumes. Ses cent forets se balançaient aux vents, les rayons du soleil doraient par intervalles ses flancs brunis, et les torrents écumants lançaient leurs blancbes eaux du baut de ses rochers sonores.

Une verte vallée , avec ses bleus ruisseaux, serpente silencieusement dans le sein des collines. C'est là qu'au milieu de l'ondoiement des chênes, s'élevait jadis la demeure des rois. Mais le silence depuis bien des années, est descendu sur la verdovante Rath-col ; car la race des béros a disparu de cette riante vallée. Dutb-carmor, le sombre cbevaucbeur des vagues, était ici avec son peuple. Ton-tbena ayant caché sa tête dans les cieux, il avait plié ses voiles blanches. Il dirigeait sa course, surles collines de Ratb-col , vers la retraite des chevreuils. Nous arrivons. J'envoie un barde, avec ses chants, pour appeler l'ennemi au combat. Duth-carmor l'écouta avec joie. L'âme de ce roi était semblable à un rayon de flamme; à un rayon de flamme mêlée de fumée, s'élançant à travers le sein de la nuit. Le bras de Dutb-carmor était puissant, mais ses actions étaient cruelles.

La nuit vint avec tous ses nuages , et nous nous assîmes près d'un chêne embrasé. A quelque distance était debout Catblin de Clutha. J'observais les passions inquiètes de l'âme de l'étranger: elles passaient sur son visage comme l'ombre des nuages sur une plaine de verdure. Sa joue était belle sous sa chevelure dont les boucles flottaient sur la brise de Rathcol. Je ne troublai point, par mes paroles, Je silence de son âme. J'ordonnai à ma harpe de chanter.

« Oscar deLego, m'écriai-je, retire-toi cette nuit

quable dont il est fait mention au septième livre deTemora.

GATHLIN DE CLl lil\

nur i.i colline secrète. Frappe ion bouclier comme les loi-, de Morven i \\<« le [our, tu conduira* mon armée au combat. De mon rocher. Oscar, je verrai ta forme terrible dominant la bataille, comme l'apparition des fantômes au milieu des orages qu ils soulèvent.

Pourquoi mes yeux se tourneraient-ils \<i temps obscurs cr*un j » : i ^ ^ « où n'avait point encore éclaté le chant des bardes, semblable au réveil subit des vents? Les années d'un passe moins reculé sont marquées d'illustres actions. Comme le nautonnier regarde pendant la nuit l'étoile <le Ton-thena, ainsi levons les veux sur Trenmor, le père des rois! »

Cannai avait verse ses nombreuses tribus sur la plaine retentissante de Caracha. Ils ressemblaient à une chaîne «le vagues sombres, et leurs bardes en cheveux Mânes, tels qu'une mouvante écume, a'avançaient devant eux : le feu de leurs regards allumait autour d'eux l'ardeur «les combats. Ces habitants des rochers n'étaient pas seuls; avec eux se trouvait mi «niant de Loda, une voix de leur terre brumeuse, pour évoluer d'en haut les fantômes des morts. Il demeurait sur une montagne de I.oehlin, au milieu d'une forêt dépouillée <l<* ses feuilles. Près de là, rugissait un torrent, et cinq pierres dressaient leurs têtes. Souvent il élevait sa voix sur les vents, quand leurs ailes nocturnes étaient enflammées par les météores et que la lune au noir vêtement descendait derrière la colline. 11 était entendu des fantômes! Ils venaient à sa voix avec le bruit «les ailes de l'aigle, et sur lès champs de bataille, ils changeaient le sort tles combats, en présence des rois des hommes.

(i) Ce passage fait allusion à une coutume usitée chez les anciens rois d'Ecosse: ils s'éloignaient de leur armée la nuit qui précédait le combat. L'histoire qu'Ossian raconte dans le paragraphe suivant a trait à la chute des Druides.

96 CATHL1N DE CLUTHA.

Mais ils ne détournèrent point Trenmor du combat. Il devance les rangs tumultueux de ses guerriers; et non loin de lui, Tratbai brille comme un astre qui se lève. Les ténèbres régnaient : l'enfant de Loda répandit ses signes sur la nuit. Mais les guerriers qui sont devant toi ne sont pas faibles, ô (ils des autres terres!

Les deux rois alors, sur la colline de la nuit, se disputèrent le commandement de l'armée; mais cette lutte était douce comme deux brises d'été agitant sur un lac leurs ailes légères. Trenmor céda le commandement à son fds, car la renommée du roi s'était déjà fait entendre. Tratbai s'avance sous les yeux de son père, et l'ennemi disparaît sur les plaines de Caracba. Les années qui ne sont plus, ô mon fds, sont marquées d'illustres actions. »

La lumière à l'Orient se levait dans les nuages. L'ennemi s'avance en armes. La bataille s'engage sur Rath-col; tels rugissent les torrents. Contemplez la lutte des rois! Près d'un cbêne se rencontrent Oscar et Dutb-carmor. Sous les éclairs de l'acier disparaissent leurs formes obscurcies; ainsi pendant la nuit deux météores se beurtent dans un vallon : une rouge lumière se répand à l'entour et les hommes prévoient la tempête ! — Dutb-carmor est couché dans son sang! Le fds d'Ossian triomphe! Il était redoutable dans les combats, ô Malvina , ù blanche main des harpes !

Les pieds de Cathlin ne foulaient point le champ de bataille. L'étranger se tenait près du torrent solitaire de Ratb-col, à l'endroit où ses ondes bordent de leur écume les pierres couvertes de mousse. Audessus un bouleau touffu s'incline et répand ses

(i) Il y a ici une lacune; la partie qui manque contenait la suite de l'histoire de Carmal et de ses druides.

i.\ Mil. IN DE CM III \ ,,7

t c 1 1 1 1 1 < - s siii la brise. De temps a autre Cathlin, A a lance renversée, touchai! la fiurfaoe <lu torrent ( >s- , ,n arrive, portant la cotte d'armes de Duth-carmor ci sun casque surmonté d'une aile d'aigle; il le* dépose (levant l'étranger ei lui adresse ces paroles : .. Les ennemis de ton père sont tombes j ils reposent dans la vallée des ombres. La renommée ,

comme un vent qui s'élève, retourne avec nous à Morven. Pourquoi es-tu triste, chef <!<• Clutha? Quelle esi la cause «le la douleur?

Fils d'Osman des harpes, mon arae est profonde

nient affligée, .le vois les armes de Cathmol, les aunes qu'il portail à la guerre. Prends la cotte d'armes de Cathlin ei suspends-la dans la salle de Selma, pour qu'en ton pays lointain, tu puisses te

souvenir d'un infortuné ! I.a ci. lie d'armes tombe et laisse voir doux seins blancs. C'était la race des rois, la fille aux douces mains de Cathmol, endormi près des torrents de Clutha. Duth-carmor la vit belle dans le palais de son père; pendant la nuit il vint à Clutha. Cathmol le combattit, mais ce héros succomba. L'ennemi resta trois jours avec la jeune fille, et le quatrième elle s'enfuit dégu'rsée en guerrier. Elle se souvint qu'elle descendait de la race des rois, et sentit son âme éclater de vengeance.

Pourquoi, fille de Toscar de Lutha, te raconterai-je comment mourut Cathlin? Sa tombe est au milieu des roseaux du Lumon, dans une terre lointaine. Sul-malla y portait ses pas, aux jours de sa tristesse : elle touchait la barpe plaintive et chantait la fille de l'étranger.

Viens, ô Mal vina, rayon solitaire qui veilles au mi lieu de la nuit!

SUL-MALLA DE LUMON.

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