BIBLIOTHECA J
ioo SUL-MALLA DE LUMON.
disparaît clans un nuage, il n'est pas perdu pour ie monde. Il sort de temps à autre dans tout l'éclat de sa gloire et marche vers la demeure éloignée des ennemis. Sa renommée est venue, pareille au bruit des vents, à la vallée boisée de Cluba.
La tristesse habite dans Cluba des harpes : la race des rois est absente : dans les combats est mon père Conmor et Lorman, mon frère, roi des torrents. Mais ils ne sont pas seuls: prés d'eux est un rayon venu des autres terres, l'ami des étrangers dans Atha, le dévastateur des champs de bataille. Du haut de leurs brumeuses collines, les yeux bleus d'Erin (i) regardent au loin, car il est loin, bien loin, le jeune habitant de leurs âmes! Blanches mains d'Erin , redoutable est Gathmor dans les ailes de la bataille! Dix mille guerriers marchent devant lui, sur une plaine éloignée!
u Ossian, répondis-je , a vu Cathmor s'élancer de ses torrents , lorsqu'il versa sa force sur I-thorno , l'iie des vagues nombreuses ! Dans I-thorno combattirent deux rois, Culgorm et Suran-dronlo : sauvages chasseurs du sanglier, chacun d'eux était venu de sa colline retentissante. »
u Ils rencontrèrent un sanglier près d'un torrent écumant; chacun d'eux le perça de sa lance. Ils se disputèrent la gloire de cette action, et une guerre terrible s'éleva. D'île en île ils envoyèrent une lance rompue et teinte de sang, pour appeler aux armes les amis de leurs pères. Cathmor vint d'Erin vers Culgorm, le roi aux yeux enflammés: je secourus Suran-dronlo dans sa terre des sangliers. »
« Nous descendîmes sur les deux rives d'un torrent qui rugissait à travers une lande dévastée. Des rochers escarpés et brisés étaient à l'entour, avec tous leurs arbres inclinés. Près de là étaient deux
(i) «« Les yeux bleus d'Erin » pour les jeunes filles d'Erin.
iUL-MALLA DE I i mon. ,„,
cercles de Loda, et la pierre «lu pouvoir, <>u lei esprits descendent, la nuit, sur «le Bombres torrents de feu. Là, mêler au murmure dea eaux, s'élevait la \<n\ des vieillards; ils appelaient les fantômes de la nuit pour l<s assister dans leur guerre, h
ci Sans crainte, je me tenais avec mon peuple dans Fendrait «m tombe des rochers le torrent écumant. I.a lune sortit rouge de la montagne. M<»n
(liant s'élevait de temps en temps. Sombre, sur l'autre rive , le jeune Cathmor entendit rna voix, car il était coin lie sous un cliène, clans ses armes brillantes. Le jour vient : nous volons au combat: d'aile en aile, roule et s'engage la lutte. Les guerriers tombaient comme la tète des chardons sous les vents de l'automne. »
« Dans son armure s'avança une forme majestueuse. Je combattis contre ce chef. Nos boucliers sont percés tour à tour; l'acier de nos cottes d'armes résonne ; son casque tombe sur la terre. L'ennemi brilla dans sa beauté ! Ses yeux, deux flammes charmantes, roulaient entre ses cheveux flottants. Je reconnus Cathmor d'Atha et je jetai ma lance sur la terre. Sombres, nous nous séparons, et nous allons en silence, chercher d'autres ennemis.
Ce n'est point ainsi que se séparèrent les rois acharnés. Ils se rencontrèrent dans la bruyante mêlée, comme deux fantômes dans l'aile sombre des vents. Dans Je sein l'un de l'autre ils plongent leurs lances; ils ne sont point cependant étendus sur la terre! Un rocher les reçoit dans leur chute; à demi renversés, ils expirent. Chacun tenait la chevelure de son ennemi : chacun semblait encore rouler des yeux farouches. Le torrent du rocher jaillissait sur leurs boucliers et se mêlait avec leur sang. » Le combat cessa dans I-thorno. La paix rapprocha les deux étrangers; Cathmor, venu des torrents d'Atha, et Ossian, le roi des harpes. Nouspla-
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çàmes les morts dans la terre. Nos pas étaient près de la baie de Runar. Avec un navire bondissant, s'avançait au loin une longue lame blanchissante. Noir était le chevaucheur des mers; mais il portait un rayon de lumière, semblable à celui du soleil dans la flottante fumée du Stromlo. C'était la fille de Suran-dronlo , sauvage , avec des regards étincelants. Ses yeux étaient deux flammes errantes au milieu de ses cheveux en désordre. Son bras blanc portait une lance en avant; l'on voyait se gonfler son sein, blanc comme les vagues écumantes qui se lèvent l'une après l'autre au milieu des rochers. Elles sont belles, mais terribles, et les matelots appellentles vents!
— n Venez , disait-elle, habitants de Loda! Venez, Garchar, pâle au milieu des nues ! Slulthmor, qui marches dans des palais aériens! Corchtur, terrible sur les vents! Recevez les ennemis de Suran-dronlo, victimes de la lance de sa fille. Aux bords de ses torrents mugissants, ce n'était point une vaine ombre, une forme aux doux regards! Quand il prenait sa lance, les oiseaux de proie agitaient leurs ailes bruyantes , car le sang était répandu sur les pas de Suran-dronlo. Il n'a pas allumé en moi la lumière de la vie, pour quelle brillât oisive sur ses torrents. J'ai brillé comme les météores et j'ai consumé les ennemis de Soran-dronlo ! »
Sul-malla n'écouta point sans intérêt l'éloge du belliqueux Cathmor. 11 était dans son âme , comme un feu caché dans la bruyère , qui s'éveille à la voix des vents et qui répand ses flammes au loin. La fille des rois se retira au milieu des chants, comme la voix d'une brise d'été, lorsqu'elle soulève la tête des fleurs et qu'elle ride les lacs et les ruisseaux. Son bruissement léger s'étend sur la vallée ; il est agréable et doux quoiqu'il attriste l'âme.
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Pendant la nuit, un songe vint .1 Ossian : l'ombre confuse de Trenmor se tenait devant moi. Il semblait frapper son obscur bouclier sur le rocher de Selma.
Je me levai dans le blUtl de mon aeit r ; j'avais compris (|tit' la guerre était proche. Quand Lumon inonda ses torrents a la clarté du matin , aux venls nous déployâmes DOS voiles.
» Viens, n Slalviua, rayon solitaire qui Teilles au milieu de la nuit !
LA GUERRE D'INISTHONA.
POÈME
Argument.
Réflexions sur la jeunesse du poète. Apostrophe à Selma. Oscar obtient d'aller à Inis-thona, île de la Scandinavie. La triste histoire d'Argon et de Ruro, les deux fils du roi dlnisthona. Oscar venge leur mort et retourne triomphant à Selma. Soliloque du poète.
Notre jeunesse ressemble au rêve du chasseur sur la colline de bruyère. Il s'endort aux doux rayons du soleil ; il se réveille au milieu d'un orage ; les rouges éclairs volent autour de lui; les arbres secouent leurs tètes aux vents ! Il tourne avec joie les yeux vers la lumière du soleil et vers les rêves agréables de son repos ! Quand reviendra la jeunesse d'Ossian? Quand son oreille se rejouira-t-elle dans le bruit des armes? Quand mareherai-je , comme Oscar, dans la lumière de mon acier ? Venez, avec vos torrents, ô collines de Cona, venez écouter la voix d'Ossian! L'inspiration, comme le soleil, se lève dans mon âme! Je sens les joies des temps qui ne sont plus.
Je vois tes tours, 6 Selma! je vois les chênes de ta muraille ombragée! tes torrents retentissent à mon oreille; tes héros se rassemblent. Au milieu d'eux est assis Fingal : il s'appuie sur le bouclier de Trenmor; sa lance est posée contre le mur; il écoute les chants de ses bardes. Ils disent les hauts faits de son bras ; les actions du roi dans sa jeunesse.
Oscar était revenu de la chasse. Il entendit l'éloge
LA Gl l .1:1.1. h INIS-1 HOH \
fin héros. Il prend .1 la muraille le bon» lier de Bran no (i ei m- s yeux se remplissent de larmes. Rouge était la joue <lu jeune gua 1 ier, tremblante 1 l
v.n\. Il agite dans ^.1 main l.i léte brillante <l<- ma lance, <-t parle au roi de Morven . Fingal ! roi dei béroa! Ossian, !<• premier après lui dam la guerre, vous ave/ combattu dans votre jeun< noms
•ont célébrés dam les chanta. Oacai ressemble au brouillard «le (loua : je parais et m'évanouis. Le barde ne connaîtra pas mon nom; le chasseur ne cherchera point ma tombe sur la bruyère! Laissezmoi combattre, <*> béros! dans lei guerres dlnisthona. Éloigné est le lieu «lu combat, vous n'entendrez point parler de la mon d'Oscar! assis quelque barde m'y trouvera, quelque barde dans ses chants conservera mon nom. La fille de l'étranger verra ma tombe et pleurera sur le jeune guerrier qui est venu de si loin; le barde dira dans les fêtes : a Écoutez le chant d'Oscar, venu d'une terré» lointaine! »
« Oscar, fils de ma renommée, ta combattras', repondit le roi de Morven ; qu'on prépare mon vaisseau au noir poitrail pour porter mon héros à Enis-thona. Fils de mon fils, souviens-toi de notre gloire; tu es de la race des renommes! Ne permets pas que les fils des étrangers disent : » Faibles sont les enfants de Morven! » Sois, dans les combats, une tempête rugissante: calme, dans la paix, comme le soleil couchant ! Dis au roi d'Inis-thona que Fingai se rappelle sa jeunesse , quand nous luttions ensemble aux jours d'Agandecca.
On leva les voiles bruyantes, les vents sifflèrent dans les courroies (2) des mâts. Les vagues fouet-
(i) Père d'Everallin et grand-père d'Oscar. (2) Les Celtes se servaient de courroies de cuir au lieu Je exiles.
io« LA GUERRE D'INIS-THONA.
tent les rochers couverts d'algues : la force «Je 1 Océan mugit. Mon (ils, du sein des flots, aperçut la terre des forêts. Il entra dans la baie retentissante de Runa et envoya son épée à Annir des lances. Dès qu'il voit l'épée de Fingal, le héros en cheveux blancs se lève, ses yeux se remplissent de larmes; il se rappelle les combats de sa jeunesse. Fingal et lui levèrent deux fois la lance devant la belle Agandecca. Les héros se tenaient à distance, comme si deux esprits luttaient dans les vents.
« Mais maintenant, dit Annir, je suis vieux; mon épée repose oisive dans mon palais. O toi qui es de la race de Morven , Annir aussi a vu la bataille des lances; mais maintenant il est pâle et flétri comme le chêne de Lano. Je n'ai pas de fils pour aller avec joie à ta rencontre et te conduire au palais de ses pères . Argon est pâle dans la tombe et Ruro n'est plus. Ma fille est clans le palais des étrangers ; il lui tarde de regarder ma tombe. Son époux agite dix mille lances; nuage de mort, il s'avance de Lano. Fils de Morven, viens partager le festin d'Annir! r>
Ils passèrent ensemble trois jours dans les festins ; le quatrième Annir apprit le nom d'Oscar. lisse réjouirent dans la coupe (1). Ils poursuivirent les sangliers de Runa. Près de la sources des roches moussues, les héros fatigués se reposèrent. Des larmes s'échappent en secret desyeux d'Annir : il étouffe un soupir : « Ici, dit-il, reposent les fils de ma jeunesse. Cette pierre est la tombe de Ruro; cet arbre gémit sur le tombeau d'Argon. O mes enfants, entendez-vous ma voix dans votre étroite demeure? Est-ce vous qui parlez dans ces feuilles frémissantes quand se lèvent les vents du désert? »
Roi d'Inis-thona, dit Oscar, comment sont tom-
( i ) « Se réjouir dans la coupe » pour dire : assister à un festin somptueux et boue largement. (Note de Maepherson.)
l.\ ci ERHE DINIS-THON i.
ta fils de ta jeunesse? Le sanglier sauvage p •ar Jeurs tombes, mail il rie trouble point leur repos; Ils poursuivent «les cerft de nuage et baudeni leur art aérien. Ils aiment encore les jeux <l<- leui jeunesse et montent avec j « » i« • sur les vents. »
a Cormalo, reprit le roi, est le chef <!<• dix mille lances. Il demeure près «les ondes du Lano (i), qui exhale les vapeurs <le la mort. Il vint au palais de EUina, et rechercha l'honneur de la lance (2). Ce jeune homme était beau eomsde le premier rayon <ld soleil; peu «le guerriers pouvaient, dans le combat, se mesurer avec lui. Mes héros lui cédèrent et ma fille s'éprit d'amour pouf lu h Argon et Ruro 1 evinrent de la chasse -.ils versèrent des larmes d'orgueil. Ils roulaient des yeux silencieux sur tes héros de Kuna, qui avaient cédé à un étranger. Dans les festins ils passèrent trois jours avec Cormalo : le quatrième, Argon Combattit. Mais qui pouvait combattre contre Argon? Cormalo lut vaincu. Son cœur s'emplit des douleurs de l'orgueil; il résolut en secret de voir la mort de mes [ils. Ils allèrent sur les collines de Runa; ils poursuivirent les biches fauves. La flèche de Cormalo vole secrètement : mes fils tombent dans leursang. Il revint vers la vierge de son amour, vers la fille aux longs cheveux dlnisthona. Ils s'enfuirent snr le désert et Annir resta seul. l<a nuit vint, le jour parut; mais d'Argon ni de Ruro la voix ne revint pas! Enfin parut leur chien bien aimé, le léger et bondissant Runar. Il entre dans le palais, il hurle et semble tourner ses veux vers l'endroit où ils sont tombés. Nous le suivîmes : nous les trouvâmes ici : nous les enterrâmes près de cette
(1) Lano était un lac: de Scandinavie, célèbre du temps d'Ossian,par les vapeurs empestées qui s'en exhalaient en automne.
(2) Par « l'honneur de la lance », on veut parler du tournoi, en usage chez les anciens peuples du nord.
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source bordée de mousse. C'est toujours là qu'Annir vient se reposer quand la chasse des cerfs est finie. Je me penche comme le tronc d'un vieux chêne; et mes larmes coulent toujours! »
a Ronnan ! Ogar, roi des lances ! s'écrie Oscar en se levant, appelez près de moi mes héros, les enfants des torrents de Morven. Aujourd'hui nous allons au lac de Lano qui exhale les vapeurs de la mort. Cormalo ne se réjouira pas longtemps : la mort est souvent à la pointe de nos épées! »
Ils traversèrent le désert, semblables aux nuages orageux que les vents roulent snr la bruyère; leurs flancs sont teints du feu des éclairs et les forêts d'alentour pressentent la tempête. D'Oscar le cor de bataille retentit, Lano tremble dans toutes ses vagues; les enfants du lac se rassemblent autour du bouclier résonnant de Cormalo. Oscar combattit, comme il a toujours combattu. Cormalo tomba sous son épée et les enfants du funeste Lano s'enfuirent vers leurs secrètes vallées! Oscar ramena la 611e d'Inis-thona au palais d'Annir. La face du vieillard rayonna de joie : il bénit le roi des épées. Qu'elle fut grande la joie d'Ossian quand il aperçut de loin la voile de son fils! Elle ressemblait à un nuage de lumière qui se lève à l'orient, quand le voyageur est triste dans une terre inconnue, et qu'une nuit lugubre, avec tous ses fantômes, s'assied sur les ténènèbres! Nous le conduisîmes en chantant au palais deSelma. Fingal ordonne le festin des coupes, mille bardes célèbrent le nom d'Oscar: Morven répète les sons de leurs voix. La fille de Toscar était avec nous: sa voix était semblable à la harpe dont les sons éloignés arrivent dans le crépuscule, sur la brise douce et murmurante de la vallée!
Oh! placez-moi, vous qui voyez lalumière, près du rocher de mes collines, près d'un chêne an mobile feuillage! Que les coudriers touffus se penchent sur