‹ Ossian, uvres complètesChapitre 3 sur 102 · Livre des Juges · texte numérisé non relu

Livre des Juges

Les filles d'Israël s'assemblaient une fois l'année pour pleurer la fille de Jephté de Galaad, pendant quatre jours.

ne Livre des Rois.

Jamais laflèche de Jonathas n'est retournée en arrière ; elle a toujours été teinte du sang des tués , de la graisse des puissants, et l'épée de Savil n'a jamais été tirée en vain.

Ils étaient plus vites que les aigles et plus forts que les lions.

Comment es-tu tombé sur nos montagnes? Comment le puissant est-il tombé?

OSSIAN BATAILLE DE LonA.

Les filles de Morven la pleuraient (Lorma) tout un jour dans l'année, au retour des sombres vents d'automne.

OSSIAN, MORT DE CcTHDLLIN.

Mais il est couvert du sang des ennemis, ô sœur de Calmar! Sa lance et son arc, sans être teints de sang, ne sont jamais revenus de la bataille des puissants.

OSSIAN, MORT DE CcTHCILLIN.

Ta force était semblable à la force des torrents, et ta vitesse pareille à celle des ailes de l'aigle.

lus POÈMES POSSI kH iii

entenditdes ministres puritains, dea vieillards, <1( is paysans, etc., en un mot, s'acquitta <!<• sa

mission arec toute la minutie, tout l'appareil des formes légales, comme s'il se lut agi d'une enquête judiciaire. La société, munie des pièces du procès, publia en -1805, le résultat de ses travaux : les commissaires, avec plusieurs autres lambeaux poétiques , avaient retrouvé la description d'un char, d'un combat, d'un bouclier et quinze cents vers environ presque entièrement semblables à la version anglaise du poème de Fingal (-1). Cependant la société termine son rapport par les conclusions suivantes :

(i) About fifteen hundred verses, in words almost the same with the poem ofFinga] werp transmitted to the highland Society. Voyez le rapport de cette société, appendice n° i5. Quelle plus forte preuve en faveur de l'authenticité peut-on désirer ? dit J. Sinclair; n'est-il pas avéré par là qu'une grande partie du poème de Fingal existait dans la tradition orale (diss. p. IXXV) ? Ailleurs il ajoute, a propos de Johnson qui prétend n'avoir pas trouvé six lignes d'ancienne écriture dans tout son voyage au nord de l'Ecosse : « Les préjugés les plus aveugles pourraient seuls porter un homme de sens et de probité ordinaires à publier des assertions aussi peu fondées. Quoique bon nombre de manuscrits galiics soient perdus, il en existe encore plusieurs , et si le docteur Johnson, dans son voyage, avait manifesté le moindre désir à ce sujet, au lieu de six lignes, il aurait trouvé beaucoup de personnes en état de lui réciter aix cents ligues de poésie gallique (Diss. p. IV .

xx • DE L'AUTHENTICITÉ

\° 11 est hors de doute que la poésie ossinnique a existé, qu'elle était généralement répandue en Ecosse, qu'elle avait un caractère touchant et sublime.

2° Dans les fragments de poèmes que la commission a pu se procurer, elle a retrouve la substance et quelquefois même l'expression littérale des poèmes traduits par Macpherson, mais aucun poème identique par le titre et par le sujet. Elle est portée à croire que cet écrivain avait pour habitude de remplir les lacunes par des passages qui ne se trouvaient point dans le texte, de lier des fragmentsépars, d'élaguer des phrases, d'adoucir quelques incidents, de changer enfin ce qui lui paraissait trop simple ou trop rude pour des oreilles modernes. La commission ne peut toutefois déterminer jusqu à quel point il a usé de cette liberté.

« Voilà, dit M. Villemain, voila un aveu qui , sorti de la bouche de juges éclairés, consciencieux, et cependant animés d'une sorte de partialité patriotique, a sans doute une grande force contre l'authenticité des poèmes d'Ossian. Aussi, l'amour-propre écossais qui, suivant Johnson , est un des plus grands amours-propres nationaux qui existent dans

DES POÈMES DOSSI \.V *sj

le monde, l'anjour-propre écossais lui trèsmôoootenl de cette conclusion; et quelque temps après on qssura que des manuscrits légués par Macpherson renfermaient le véritable texte des poésies d'Osstan, et qu'on allait enfin le voir par litre il).»

lui effets la société écossaise de Londres le publia en 1807. (Test une magnifique édition du texte gallic (2 , avec une traduction littérale lat ne en regard, par Macfarlane, et une nouvelle dissertation dans laquelle sir John Sinclair repond à toutes les objections qui ont été soulevées contre l'existence du barde, et qui peuvent être réduites à ces cinq chefs principaux :

1° Les mœurs décrites dans les poésies d'Ossian sont trop raffinées pour une société qu'on suppose barbare.

2° La constante imitation des saintes écritures et des auteurs classiques prouve sufû-

(i) Villemain, Coins de littérature.

(2) Cette édition ne donne point le texte de onze poèmes. Il paraît, par un extrait du journal de John Mackenzie, que Macpherson emporta avec lui en Amérique, les oriyinauxgallies d'Ossian; de sorte que quelques-uns des plus petits poèmes, eu partie ou en totalité, ont été égarés. Depuis ils n'ont jamais été retrouvés (Dissert. p. XC1).

xxij DE L'AUTHENTICITÉ

sa m ment que ces poésies sont d'une fabrication moderne.

5° Dans une poésie aussi antique il est singulier qu'on ne rencontre aucune trace de culte religieux , aucun détail de rite et de cérémonies, mais seulement un vague respect pour l'ombre des aïeux, une sorte de déisme purifié, substitué au culte grossier d'une époque barbare.

4° Les prétendus manuscrits qui nt servi de base au travail de Macpherson, n'ont jamais existé, car on ne peut recueillir de manuscrits dans un pays où on n'écrivait pas, et où il serait impossible de rencontrer quelques lignes d'ancienne écriture; si le compilateur avait eu en sa possession des pièces originales, il les aurait publiées lorsqu'il en a été si vivement mis au défi par ses antagonistes.

5° Enfin, le texte gallic publié par la société de Londres ayant été imprimé sur une copie presque en entier écrite de la main de Macpherson et n'ayant paru que près d'un demisiècle après sa traduction, il peut fort bien se faire que ce texte ne soit que le produit d'un lent travail du traducteur lui-même, destiné à défendre un mensonge qu'il avait soutenu toute sa vie.

DES POÈMES D'OSSÎAN iiiij

Nous allons répondre successivement à ces

objections :

I" On sait < 1 1 1 <> les Romains, à lOli on à raison , représentaient comme barbares les peuples avec lesquels ils étaient en guerre et qu'ifs

entretenaient contre eux les [/lus hostiles préjugés; mais les historiens et les hardes (le l'Ecosse et de l'Irlande s'accordent à représenter les tribus de ces pays comme nourrissant les sentiments les plus purs et les plus exaltés. Tacite lui-même ne parle-t il pas de l'espèce de culte des Germains pour les femmes? Ne raconte-t-il pas que les hommes du Nord voyaient en elles quelque chose de saint et de sacré? 11 n'est plus étonnant dès lors que ce religieux respect passant de leurs mœurs dans les chants de leurs bardes, leur poésie ne se se soit élevée à un caractère de pureté chevaleresque qui peut surprendre chez les peuples qu'on est habitué à regarder comme barbares, mais qui n'en est pas moins naturelle à leurs mœurs et conforme à l'histoire.

2° Nous lavons déjà dit plus haut, Macpherson est seul responsable des plagiats dont on accuse Ossian. Nous avons comparé sa traduction du premier chant de Fingal avec la version littérale anglaise que M. Tho

xxiv DE L'AUTHENTICITÉ

mas Ross en a faite sur le texte même, et nous n'avons point rencontré dans celle-ci les i iées et les expressions qui, dans celle du premier, ont légitimé l'accusation d'emprunts. Il résulte de cet examen comparatif que Macpherson ne s'est point contenté d'ajouter au texte, mais qu'il a omis des passnges remarquables, de belles expressions qui se retrouvent dans la traduction de Thomas Ross, et qu'en demeurant moins près que celui-ci de l'original, il n'a pas donné, quant à l'ensemble, une juste idée de la nerveuse simplicité du poète calédonien, et lui a fait un tort que ne rachètent pas toujours les beautés de sa diction etl'harmonie de ses périodes.

5° Il est singulier, il faut l'avouer, qu'on ne rencontre aucune trace de religion dans les chants d'Ossian, car les compositions des autres peuples se rattachent toutes fortement à leurs croyances mythologiques. Il serait sans doute plus conforme à l'histoire des anciens chefs du Nord, de voir auprès d'eux, dans le camp et à la salle dès coup s , le prêtre avec le barde, car ce dernier n'était lui-même qu une sorte de prêtre d'un rang inférieur ; mais qu'on se rappelle la guerre d'extermination

Dl S POÈMES D'OSSIAN. uv

que Trenmor (-1 , bisaïeul <!<• Fingal, lit aux Druides qui voulaient !<• renverser de la magistrature suprême; qu'on se rappelle leur destruction, !«■ «User, dit et l'oubli où tombèrent après <'ii\ leurs cérémonies relîgv use Ton comprendra < | • 1 < * Pîngal, intéressé à leur perte, ail partagé contre eux la haine et le mépris publics; qu'Ossian son lils n'ait point cherché à l<s aeleverdana l'esprit du peuple, en rappelant dans ses poèmes les liU's' d'un

(i) La forme «lu gouvernement chez les Celtes était un mélange d'aristocratie el de monarchie, comme dans tons \<- pays on les Druides jouissaient de l'autorité suprême. Leur magie et leur divination, leur prétendu commerceavecle ciel jointà leurs connaissances étendues, leur avaient gagné une très-haute réputation parmi le peuple. Ils eu profitèrent pour s'emparer peu à peu de la direction souveraine de toutes les affaires civiles aussi bien qne religieuses. Des chefs étaient nommés pour faire exécuter les lois, mais le pouvoir législatif reposait entièrement entre leurs mains; c'était par leur ordre que tes tribus, au jour du danger, se réunissaient sous un seul chef. Ce roi temporaire ou Vergobr'ete était choisi par eux, et il se démettait de ses pouvoirs à la tin de la guerre, comme les dictateurs chez les Romains. Les Druides jouirent longtemps dece privilège extraordinaire parmi les nations celtiques. C'est dans le deuxième siècle que leur pouvoir commença à décliner chez les Calédoniens. Les traditions concernant Trathal et Cormac, ancêtres de Fingal, sont remplies de particularités relatives à leur chute.

Les guerres continuelles des Calédoniens contre les Romains, empêchèrent la noblesse d'entrer, comme auparavant.

xxvj DE L'AUTHENTICITÉ

ordre ennemi de sa race et de son hérédité au pouvoir. Le silence du barde avait encore d'autres motifs qu'on s'explique difficilement quand on est étranger aux mœurs guerrières des anciens poètes écossais. Ils portaient jusqu'à l'extravagance le point d'honneur martial. Un secours dans un combat , de quelque côté qu'il vint, portait atteinte à la réputation d'un héros ; et les bardes lui refusaient la gloire du triomphe pour la transmettre à celui

dans l'ordre des Druides. Les préceptes de leur religion n'étant plus connus que d'un petit nombre d'individus, furent négligés et bientôt oubliés par le reste du peuple. Le Vergobrète fut choisi sans leur concours et continué contre leur volonté. Ce pouvoir continuel affermit tellement son autorité parmi les tribus, qu'il put léguera sa postérité, comme héréditaire, un pouvoir qu'il n'avait reçu que par élection.

A l'occasion d'une nouvelle guerre contre le roi du inonde ^nom emphatique que la tradition donne aux empereurs romains), les Druides, revendiquant les droits de leur ordre, voulurent choisir eux-mêmes le chef suprême. Garmal,fils de Tarno, fut député vers Trenmor qui était alors Vercjobrète, pour le sommer au nom de tout leur ordre, de se démettre de sa dignité. Le refus de Trenmor alluma une guerre civile qui se termina bientôt par l'extinction totale des Druides. La destruction des prêtres fut suivie d'un mépris général pour leur religion. L'autorité du Vergobrète, qui jusque-là n'avait été qu'élective et temporaire, devint perpétuelle et héréditaire et le nom de Verqobrète fut changé en celui de roi.

(Tiré de Macpherson).

DBS POÈMES D'OSSl IH kivij

qui l'avait aide. De là vient sans doute que

l'aveugle de la Calédonie D a point fait, comme

le poêle grée, intervenir les I > i «mi x en faveur »lc ses guerriers. Les héros (l'Oman sont de la

taille des héros d Homère : comme I "audacieux

\j;i\, défiant le Dieu des (lots, Fingal affronte et combat dana la nuit le redoutable Esprit dé Loda. Loin d'implorer le secours d'un être surnaturel, le roi de Morven se serait plutôt

écrie avec T intrépide f.ls de Télamon :

O Dieu ! rends-moi le jour et combats contre moi !

D'ailleurs, ceux qui ont écrit en langue celtique, parlent rarement de religion dans leur poésie profane; et quand la religion fait le thème principal de leurs chants , ils ne mêlent jamais les actions des héros à leurs compositions sacrées. Cette coutume seule, antérieure à la chute des Druides, expliquerait suffisamment le silence de Fauteur sur la religion de son temps.

Conclure du silence d'Ossian que ce barde vivait au milieu de tribus étrangères à toute idée religieuse serait trahir une complète ignorance de l'histoire de l'homme. Le cœur humain, à défaut de croyances, se nourrit de superstitions. Quel peuple, si barbare qu'il soit,

xxnij DE L'AUTHENTICITÉ

ne s'est point élevé à quelque faible notion d'un être supérieur? On s'explique l'indifférence d'Ossian par celle de son temps, car l'œuvre d'un grand poète est le miroir fidèle des connaissances de son siècle et des mœurs de ses contemporains. Ossian chantait a Tune de ces époques de tiédeur religieuse où, a un culte qui s'éteint, succède un culte qui vient de naître ( 1 ). Le jour du Christianisme ne s'était point encore levé sur les peuples du Nord. Ils ne croyaient plus au pouvoir mystique des Druides, mais ils ne croyaient point encore dans cette foi nouvelle dont l'aube

(i) Macpherson pense qu'Ossian vivait à la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième et qu'il est demeuré étranger aux dogmes du christianisme. Il est certain que ses poèmes n'en font nulle part mention. La persécution commencée par Dioclétien l'an 3o3 est l'époque présumable de l'introduction du christianisme dans le nord de la Bretagne. Le caractère doux et humain de Constantius Chlorus qui commandait alors en Angleterre et dans les Gaules, porta les Chrétiens persécutés à y venir chercher un refuge. Quelquesuns d'entre eux, soit par zèle de prosélytisme, soit par crainte des persécuteurs, sortirent du giron de l'empire romain et vinrent s'établir chez les Calédoniens dont les esprits alors devaient être disposés à de nouvelles doctrines, car le culte druidique était depuis longtemps universellement méprisé.

Ces missionnaires, ou par choix ou pour donner plus de poids aux doctrines qu'ils soutenaient, prirent possession des

DES POÈMES DOSSI w xv.x

blanchissait à peine le Iront impérial d<- la Rome de Dioctétien.

4°S'iI est impossible que Macpherson .'lit pu recueillir des manuscrits dans un pays où Ton n'écrivait pas, il n'est pas impossible qu'il ait écrit, sous la dictée des chanteurs ou des récita teurs qu'il a rencontrés, les poèmes dont il a donné la traduction : ce n'est qu'ainsi que nous entendons ajouter loi i\ l'existence de ees manuscrits. La déclaration de la société highlandàise est formelle : elle a retrouvé des lambeaux poétiques contenant souvent la substance, quelquefois même l'expression littérale des poèmes traduits par Macpherson. 11 est incontestable, d'après son rapport , qu'il a existé une poésie ossianique et

cellules et des forêt*, anciennes demeures des Druide?. De cette vie de solitude leur vint le nom de Cttldées (cultorcs Dei) nom qui, dans la langue du pays, signifiait: personnes retirées.

C'est avec l'un de ces Culdées qu'Ossian, dans l'âge le plus avancé, eut dit-on, sur le christianisme une discussion qui existe encore et qui dévoile de sa part la plus enlière ignorance des dogmes «lu nouveau culte ; ceci prouve que le Christianisme venait à peine de s'introduire dans la Calédonie; car, autrement, comment concevoir qu'Ossian, le premier par son rang et ses lumières, eût complètement ignoré une religion connue depuis quelque temps dans son propre pays. (Macpherson).

^s DK L'AUTHENTICITÉ.

qu'il n'en reste des traces dans les montagnes de l'Ecosse. La tradition y parle sans cesse de l'aveugle Ossian; Ossian dall; elle se souvient de Fingal et des exploits de ses guerriers ; elle compare encore les jeunes épousées à la belle Agandecca la fille de la neige.

On ne peut nier que la langue gallique, encore parlée dans quelques parties de l'Irlande et de l'Ecosse, n'ait possédé une sorte de littérature populaire, conservée aux \ 5e et 16e siècles, puisque Buclianan lui même en faitmention :

Carmina autem non inculla fundunt, qiuc rhapsodi proceribus , aut vulgo audiendi cupido récitant, aut ad musicos organorum modos canunt.

Peut-on supposer qu'un juge tel que Buclianan, d'une érudition si vaste, d'un goût si éclairé, si nourri des lettres grecques et latines, peul-on supposer qu'un tel juge eût loué les chants (carmina non inculta) des anciens bardes écossais, s'il ne les eût trouvés dignes de ses éloges? Si des poèmes existaient de son temps, si la mémoire du peuple les avait retenus, s'ils étaient récités par les rhapsodes du 16e siècle, nous ne voyons pas d'impossibilité à ce que la tradition les ait conser-

DBS mi. mi s P068IAN. xxxi

\«'s oenl cinquante ou deux cents hm de

plus.

Le docteur Smith , de son cote, cous offre quelques | reuves ;« l'appui «le cette poésie traditionnelle. H avait, lui aussi , recueilli des

chants gallics et les avait traduits ; il produisit en 4780, quatorze poèmes parmi lesquels onze sont attribués à Ossian. Pour le sujet et pour la forme, ils offrent une telle ressemblance avec ceux qu'a donnés Afacpherson, qu'il est difficile de ne pas admettre que les deux traducteurs aient travaillé sur un même fonds primitif. Cependant le docteur Smith avoue avec bonne foi qu'il a usé dans son travail d'une grande liberté. Que Macpherson ait ou non procédé de la même manière, c'est une déclaration qu'il n'a jamais faite et à laquelle d'ailleurs se refusait la vanité connue de son caractère. C'est là peut-être la véritable cause de son mauvais vouloir à publier le texte d'Ossian, car nous ne pouvons accepter comme tels, les empêchements cités par ses défenseurs : ses longs voyages outre-mer et les frais considérables que celte édition devait nécessairement entraîner. Dès 4766 notre voyageur était de retour en Angleterre et le temps ne lui avait pas manqué depuis pour donner plu-

xxiij DE L'AUTHENTICITÉ

sieurs ouvrages de longue haleine; mais tantôt pour un motif, tantôt pour un autre, il a toujours retardé l'impression de ces textes. Cependant, au dire de J. Sinclair, il lui eût été facile d'en faire paraître un très-grand nombre dont la version latine était achevée depuis longtemps (4).

Quant aux frais de cette publication, l'objection était déjà levée en 4 784 (douze ans avant sa mort). Il lui avait été remis, à cet effet, une somme de vingt-cinq mille francs provenant d'une souscription faite dans les Indes. On le voit, la conduite de Macpherson, en différant l'heure de sa justification littéraire, tendait à laisser planer des doutes sur l'authenticité d'Ossian, et ne peut guère s'expliquer que d'une manière : il savait qu'il ne pouvait être raisonnablement regardé comme faussaire dans une question où il avait pour lui tant d'honorables témoignages; mais il savait aussi qu'en mettant au jour les matériaux de son travail c'était dévoiler son infidélité au texte et se reconnaître lui-même l'interprète inexact des chants qu'il avait donnés comme entièrement originaux. Ces considérations ont

(i) M. Macpherson, still, however déclinée! sending nny considérable par tof the original to thepress.(disser. p. ixxxixi.

DES POÈMES POSSIAN vxxi.j

pu le retenir; mais à ces motifs de pure vanité de traducteur, il serait peut être juste d'en joindre un dernier |>lus puissant et plus coupable, le désir de laisser la question dans un mystère flatteur pour son orgueil, s'il est vrai , comme quelques-uns l'ont pensé, que Macpherson n'eût pas été fiché de passer pour l'auteur des po sies qu'il avait ressuscitées de l'oubli et qui avaient mérité l'admiration de toute l'Europe. (I)

5° Quant à la dernière objection, tendant à infirmer comme preuve de l'authenticité, le texte pallie lui-même, il n'appartenait qu'aux seholiastes les plus versés dans la connaissance de cet idiome d'y répondre. Eh l)ien ! tous les savants qui jusqu'ici ont parcouru l'original , assurent que la langue dans laquelle sont écrits les poèmes d'Ossian, est de la plus haute antiquité. Ils affirment qu'il serait aussi difficile à un lettré moderne de faire passer ses compositions grecques ou latines pour celles d'Homère ou de Virgile, qu'il eût été difficile à Macpherson et à tout autre

(1) Some hâve ihought that Macpheison was not averse to be thought theauilior of poems which had become so much eelebrated and admired throughout Europe (J. Sinclair , dissert. p. ixxvn).

xxxiv DE L'AUTHENTICITÉ

d'écrire des poésies galliques qu1 on n7eût pu tout d'abord reconnaître des chants composés à une époque aussi reculée (1).

Maintenant, et en se rappelant ce que nous avons dit plus haut du caractère vaniteux de Macpherson, peut-on croire qu'il ait pu avoir Tidée de s'imposer la pénible tâche de convertir en vers celtiques un grand nombre de poèmes originairement composés par luimême en prose anglaise, composition dont il avait le désir secret d'être considéré comme l'auteur et non le traducteur? Peut-on croire qu'il eût ainsi détruit de ses propres mains l'objet de ses vœux et de son ambition, en invalidant le seul titre sur lequel il put fonder sa prétention à l'originalité? (2)

Un dernier fait que J. Sinclair rapporte dans tous ses détails tendrait à satisfaire la curiosité la plus susceptible : Sir John avait appris qu'un évèque catholique d'Edimbourg, M. Cameron , avait eu connaissance d'un ancien manuscrit gallic qui se trouvait avant la révolution française au collège écossais de Douai. Il lui écrivit le priant avec instances de

(i) Rapport de la Société bighlandaise, p. i3o,. (2) Lettre de J. Sinclair aux curateurs de la Bibliothèque des avocats d'Edimbourg.

DES POEMKS D'OSSl IN. «nv

lui donner à ce mij«'I <!<■> renseignements précis. L'évêque l<" satisfit pleinement dans <l«^ lettres qui existent encore et m trouvent annexées i d'autres pièces justificatives. Il résulte de l'examen <!<• «rs nouveaux documents :

I" Que le révérend Jonfa Farqubarson s recueilli dans la liante Ecosse vers 1743 un grand nombre d<> poèmes gallics auxquels il avait lui-même donné le nom de : Poèmes d'Ossian, et qu'il affirmait n'être point inférieurs à ceux d'Homère et de Virgile.

2° Que ces manuscrits restèrent en sa possession au collège écossais de Douai, ensuite à celui de Dinan depuis 4760 ou Go jusqu'en 4775, année de son retour en Ecosse.

3° Que, se rendant de Dinan en Ecosse, il alla passer quelques jours à Douai auprès de ses compatriotes et leur laissa son manuscrit.

4° Qu'en 4766 ou 67, M. Glendoning de Parton lui ayant envoyé la traduction des poésies ossianiques de Maepherson, il les compara avec celles de sa collection et revit de cette manière tout le poème de Fingal et de Témora et quelques-uns des autres.

5° Enfin, que M. Farquharson reprochait souvent à la version de Maepherson de faire

xxxvj DE L'AUTHENTICITÉ

perdre à l'original une partie de sa force el de

sa beauté.

11 n'y a donc point dans l'histoire, dit John Sinclair, de fait plus avéré que celui de l'existence du manuscrit ossianique de Douai, antérieurement à la traduction de Macpherson , ni rien qui prouve mieux que les poèmes qu'il a donnés pour authentiques le sont en effet.

Maintenant que nous venons de faire passer sous les yeux du lecteur les principales pièces (i) de cet étrange procès, si nous étions requis de donner notre sentiment à ce sujet, nous dirions sans hésiter que nous croyons à un fonds riche et primitif dont les inspirations se retrouvent partout dans la version de Macpherson ; mais déterminer d'une manière précise ce que le travail moderne doit au thème antique , dire quels matériaux ont remplacé les lacunes de la tradition, reconnaître en un mot les broderies poétiques sur le canevas original; c'est là une tache devant laquelle nous nous récusons, tout en avouant que nous inclinons un peu, avec Walter-Scott, à voir dans

(i) Aux personnes désireuses de plus amples renseignements nous indiquerons les dissertations de Cesarotti, de Clair, de J. Sinclair, de J. Mac Arthur, etc.

1)1. S POÈMES DOSS1 \.v xun,

Macpherson plutôt un poétique compilateur qu'un traducteur Gdèle. L'œuvre ossia nique <>t potr nous quelque chose <!<• semblable ■ an tiques édifices que les années ont entamés dans leurs parties les plus vulnérables , mais qu'elles ont respectés dans leurs vastes proportions, et dont les magnifiquesdébris, chargés de lierre et de vétusié, dominent encore le passé. Les limites voulues d'une notice ne nous permettent pas d'entrer dans de plus grands détails : le lecteur trouvera peut-être que nous n'avons point suffisamment éclairé son jugement; peut-être aussi trouverait-il que nous n'avons pas épargné à sa patience une aride nomenclature; dans ce dernier cas notre excuse serait l'importance même du sujet. Quelle plus curieuse étude en effet que celle de l'origine dune poésie qui a si puissamment agi sur toute l'Europe, qui a éveillé de si vivaces admirations dans tous les rangs de la société moderne? Toutes les littératures du dernier siècle se souviennent de cette muse mélancolique qui, venue du nord . a laissé partout des traces de son passage. Goethe et Napoléon étaient des admirateurs enthousiastes d'Ossian : l'un en faisait le compagnon de ses victoires; l'autre l'ami, le confident, le conso-

xxxviij DE L'AUTHENTICITÉ

Jateur de sou malheureux Werther. A des régions moins élevées , le barde calédonien compte encore une foule d'admirateurs non moins passionnés. Cesarotti, le célèbre traducteur d'Homère, le met en vers italiens et va jusqu'à le préférer au chantre de l'Odyssée. Dans des temps plus rapprochés, Byron lui paie à son tour un tribut d'admiration, en imitant sa forme et sa manière dans un morceau en prose. Anglais et étrangers , poètes et prosateurs, tous à l'envi l'imitent ou le traduisent. Du cabinet du poète et du palais de l'empereur, si cette poésie descend au foyer calme des familles, elle y trouve de si vives sympathies que les mères lui empruntent pour leurs enfants, les noms mélodieux d'Oscar et de Malvina. Celui qui pénètre ainsi dans les masses, qui subjugue à la fois l'artiste et le conquérant, l'homme de peine et l'homme de lettres, celuilà ne peut être qu'un poète de premier ordre, j'ai presque dit un de ces poètes-mères dont parle Chateaubriand, qui alimentent à eux seuls plusieurs siècles de poésie. La muse moderne porte un vague reflet du génie triste et méditatif d'Ossian : sa grande ombre rêveuse domine toute la poésie de notre siècle. C'est la même forme avec ses images hardies, c'est

DRfl l'OIMI.S HHS^I W xx\.x

le inrinc esprit, grave et contemplatif. Qu'on étudie avec soi h les compositions des plus grandi noms de eotte époque et, q quelques exceptions près, on verra dans le courant d<- L'œuvre te dessiner la veine osaiauiqueion dirait ees larges nappes souterraines qu'on est sûr (le rencontrer dans le sein de la terre de quelque point qu'on la sonde.

Comme Homère est le représentant de la poésie aux jours épiques de la Grèce, Ossiau est la personnification de l'ancienne poésie du Nord. Les grands poètes ont eela de commun qu'ils absorbent et s'assimilent toute la substance poétique de leurs devanciers et de leurs contemporains. Ils sont comme le résumé des idées et des clioses de leurs temps; l'écho qui doit en perpétuer le souvenir. 11 est plus que probable qu'Ossian s'est inspiré des ebants de ses prédécesseurs, et que dans les poèmes que l'Ecosse nous a légués sous son nom, il est des parties qui, altérées et confondues par la tradition, appartiennent à des émules contemporains ou à des bardes antérieurs que l'éclat de son nom a fini par éclipser entièrement. Il est des jours et des peuples où, tantôt pour une cause , tantôt pour une autre , la poésie , loin d'atteindre à tout son luxe de développement,

il DE L'AUTHENTICITE

est comprimée ou méconnue, et peut à peine se soutenir au-dessus de la médiocrité : alors rhapsodes, bardes, trouvères, s'en vont déclamant de froides mélopées dont la tradition daignera tout au plus conserver des fragments. Mais ces fragments, qu'un grand poète se lève et il s'en emparera! Ce seront ses matériaux pour ériger un monument que l'avenir admirera et nommera d'un grand nom générique. Ce n'est là qu'une pure hypothèse à propos d'Ossian, mais peut-être n'est-elle pas loin de la vérité. Ne point reconnaître de transition entre un grand homme et ceux qui l'ont précédé, en faire un être à part, isolé, exclusif, un Dieu enfin ! c'est admettre qu'il est des époques de mort et de résurrection pour la poésie : ce qui n'est pas , ce qui ne peut être , car la poésie ne meurt jamais! Il est des temps où elle se déplace, il est des temps où elle sommeille , mais elle vit toujours, mais elle ne s'éteindra qu'avec l'humanité, car sa vie à elle, c'est le cœur même de l'homme, c'est la création tout entière. Oui! comme l'électricité dans 1 air, la poésie est partout dans la nature et dans l'homme; toute chose créée contient eu soi une parcelle plus ou moins grande de cette émanation céleste : mais qu'il surgisse

Di 8 POÈMES D'0881 M d,

mu • tête haute de génie! el aussitôt toute Iparties éparses de cette poésie universelle lèvent, semassent se condensent sur cette cime intellectuelle, et le monde se gloriGe dans un grand poète de |>lus.

CÀTH-LODA

POÈME

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