I. IV III. SIM. Ml
(i Chef de l'orageuse Morven, dit la jeune fille an*
liras <l«- neige, laisse-moi un- reposeï dans I tavire
bondissant loin de l';i. de Corla < ai il est terrible pour [uibaca comme !«• tonnerre du désert. Il m'aime dans son farouche orgueil el lève dix mille lances. » — « U»jh »><• en paix, drt !<■ puissant Trenrnor, repose à l'ombre «lu boucliei <!<• uns pères. le ne fuirai poiul devant ce chef quoiqu'il lève dix mille lances, n Trois juins il attendit sur !<■ rivage. Il lit au loin retentir son cor, el du haut de ses collines il invita Corlo à descendre au combat : mais Corlo ne vint pas. Alors le roi de Lochlin descendit de son palais : il fit uut- fête bui !<• rivage et donna la jeune fille à Trenmor. "
Roi «le Lochlin, dit l'in;;al , (on sang roule dans
les veines de ton ennemi. Nos pères se rencontrèrent dans la bataille parce qu'ils aimaient la lutte des lances; mais souvent ils se donnèrent des fêtes dans leurs palais, et firent circuler la coupe de la joie. Laisse la gaité éclairer ton visage et la harpe enchanter ton oreille. Terrible comme la tempête de ton Océan, tu as répandu ta valeur; et ta voix a été semblable à la voix de mille guerriers quand ils engagent le combat. Lève demain, lève tes blanches voiles au vent, ô frère d'Agandecca! Brillante comme le rayon du midi, elle descend sur mon âme affligée, l'ai vu tes larmes pour cette jeune beauté, et je t'ai épargné dans les salles de Starno, quand mon épée était rouge de carnage et mon œil plein de larmes pour la jeune fille. Préfères- tn le combat? Je te l'offre, comme tes pères jadis l'ont offert à Trenmor; pour que tu puisses t'en aller plein de gloire, comme le soleil qui se couche dans l'Occident! »
Jioi de la race de Morven,dit le chef de Lochlin, jamais Swai an ne co. s. battra contre toi, ôle premier des héros! Je t'ai vu dans les salles de Starno : tes an mis dépassaient de peu les miennes. Quand doue, di-
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sais- je a mon aine, pourrai-je lever la lance comme le noble Fingal? Depuis, ô guerrier, nous avons combattu sur les pentes touffues de Malinor; quand mes vagues m'eurent porté vers tes salles et que le festin des mille coupes eut été étalé. Que le barde envoie aux âges futurs le nom du vainqueur, car ce fut un noble combat que celui de Malinor! Mais plusieurs des navires de Lochlin ont perdu leurs jeunes guerriers sur Lena : prends-les, roi de Morven, et sois l'ami de Swaran! Quand ton fds viendra a Gormal, le festin des coupes sera étalé et le combat lui sera offert sur la vallée. »
« Fingal, reprit le roi, ne prendra ni vaisseau, ni terre aux nombreuses collines. Le désert me suffit avec ses daims et ses bois. Monte de nouveau sur tes vagues, noble ami d'Agandecca; ouvre tes blanches voiles au rayon du matin et retourne vers les collines du Gormal. »
u Renie soit ton âme ! roi des coupes, dit Swaran au bouclier bruni. Dans la paix tu es la brise du printemps; dans la guerre, l'orage des montagnes. Maintenant, prends ma main en signe d'amitié, roi de la retentissante Sel m a. Que tes bardes pleurent sur-ceux qui sont tombés et qu'Erin confie à la terre les enfants de Locblin. Elevez dans l'air les pierres moussues de leur gloire, pour que les fils du nord puissent un jour contempler l'endroit où combattirent leurs pères. Le chasseur dira peut-être, appuyé sur la mousse d'un tombeau : a Ici combattirent Fingal et Swaran, héros des anciens temps. » Ainsi dira-t-il dans l'avenir, et notre gloire durera pour toujours, n
u Swaran, dit le roi des collines, notre renommée ne sera jamais plus grande qu'aujourd'hui. Nous passerons comme un rêve. Nul bruit ne restera dans nos champs de bataille. Nos tombes seront perdues dans la bruyère, et le chasseur ne connai-
i i\ UE SIXIÈME
tra pas la place de notre repoi Nos noms w roui en tend tu dans les « liants; mais qu importe! notre force lera éteinte! Ossian, «.uni « i Ullin, vous ia> vas l'histoire des héros qui n«' —* » ■ » i plui : donnei nom l«s chants des autres années ; que la nuit s'écoule aux 10m <l<- rotre harpe, et que !<• matin i evienne ai ec la joie, n
Nous donnâmes dea chants aux rois. Cent harpes uuissaienl leurs bous à n"> v<>i\. Le visage de ran brillait comme la plaine lune dans le ciel, quand les nuages s'cvanouissenl pour la laisser calma et large au milieu du firmament.
h Carril, dil !<• grand Fingai, Carril des autres temps, où est l<- fils de Semo, 1< roi de l'Ile des brouillards? S'eet-il retiré, comme le météore de la mort, dans la sombre caverne de Tura? » — I !u« ihullin , «lit Carril des autres temps, repose dans la sombre caverne de Tura. Sa main est sur l'épee <l< sa force, et ses pensées sur les batailles qu'il a perdues. Triste est le roi des lames, jusqu'alors invaincu dans les Combats. 11 envoie son épée pour qu'elle repose au côté de Fingai qui, semblable à l'orage du désert, a dissipé tous ses ennemis. Prend-, ô Fingai, l'épée de ce héros! Sa gloire s'est évanouie comme le brouillard qui vole devant la brise, le long de la brillante vallée. »
« Non, dit le roi, Fingai jamais ne prendra son épée. Son bras est puissent dans la guerre, et sa renommée ne s'éteindra jamais. Beaucoup ont été vaincus dans les combats; mais c'est de leur chute que s'est levée leur gloire. O Swaran , roi des forêts retentissantes, oublie toute ta tristesse. Les vaincus, s'ils sont braves, restent renommés. Ils sont comme le soleil dans un nuage , qui cache sa face dans le midi, mais qui bientôt regarde le gazon des collines. »
G m m al était chef de Cona-r il cherchait les com-
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bats sur tous les rivages. Sou âme se réjouissait dans* le sang, son oreille dans le fracas des armes. Il répandit ses guerriers sur Craca.Le roi de Craca, pour venir à sa rencontre, sortit de la forêt où il parlait alors, dans le cercle de Brumo, à la pierre du pouvoir (1). Terrible fut la lutte des héros, pour la jeune fille àja poitrine de neige! La renommée de la fille de Craca était parvenue jusqu'à G ramai, près des torrents de Cona. 11 jura de posséder la jeune fille aux seins blancs ou de mourir sur la terre de Craca. Trois jours ils luttèrent ensemble, et le quatrième, Grumal fut vaincu et enchaîné. On le plaça, loin de ses amis, dans l'horrible cercle de Brumo, où souvent l'on dit que les fantômes des morts hurlaient autour de la pierre redoutable. Mais il brilla bientôt, comme une colonne de lumière céleste. Ses ennemis tombèrent sous sa puissante main, et Grumal reconquit toute sa gloire!
« Elevez, bardes des anciens temps, continua le grand Fingal, élevez bien haut la louange des héros, pour que mon âme se calme au récit de leur gloire, et que l'esprit de Swaran cesse enfin d'être triste. » Swaran et Fingal se couchent sur la bruyère de Mora : les vents de la nuit soufflent sur les deux chefs. Cent voix s'élèvent en même temps; cent harpes sont accordées ; elles chantent les jours passés, les chefs puissants des années écoulées.
Quand donc entendrai-je le barde? quand donc me réjouirai-je de la gloire de mes pères? La harpe ne vihre plus dans Morven ; la voix de la musique ne s'élève plus sur Cona. Le barde est mort avec les héros. Il n'est plus de gloire au désert!
Les rayons du matin tremblent à l'Orient; ils scin-
(») Allusion à la religion du roi de Craca. Par la pierre du pouvoir, le barde entend l'image de quelque divinité'; et par le cercle de Brumo, l'enceinte de pierre où on l'adorait,
I i\ i.l SIXfl Ml
lillcnt sut !<-s I lu us du ( romla (in ent< ni mii I - i a le cor <!<■ Sw.uiiu : Ici lil- de I < >< i in - issemblent autour de lui. Silencieux ei tristes il* mont< nt lurles \ . i ; ; 1 1 1 (g, I .i brise «Il i in est derrière leuri ruilei : blanches, comme !<• brouillard <l«- Morven, elles
\ o;;iicnt le Ion;; (Je l.l mer.
». Appelés, « 1 1 1 r'ui;;;il, appelei mes chiens, Ici fils bondissants «l«- la chasse. Appelés Bran ;i la blanche poitrine cl l<- fort et menaçant Luatli. Fillan, et i«>i Rynol - mais il n'est point i<i ! mou til- repose mu le lii de la mort ! Fillan et Perçus, sonnes !<■ cor; que la joie «le la chasse s'éveille^ que l<» cerfs «lu («romla l'entendent et tressaillent près da lac des chevreuils. '»
Le son aijui se prolonge le long du bois et les fildu Cru. nia se lèvent. Mille chiens s'élancent alarbiaet bondissent à travers la bruyère. Chaque chien atteint un chevreuil et trois sont pris par Bran. Haletants, il les chasse vers Fingal, pour que la joie «lu roi soit grande; mais l'un deux va tomber sur la tombe de Ryno. Alors se révrille la douleur deFingal; il voit combien est paisible la pierre de celui qui fut toujours le premier à la chasse ! n Jamais plus tu ne te lèveras, ô mon fils, pour prendre part aux Fêtes «lu Cromla ! Ta pierre sera bientôt cachée et 1 berbe poussera épaisse sur t.i tombe. Les fils du faible passeront auprès de toi et ne sauront point ou le puissant repose ! n
« Ossian et Fillan, fils de ma forée ! Gaul, chef aux armes bleues! montons la colline jusqu'à la caverne de Tura. Allons trouver le chef des combats d'Érin. Sont-ce là les murailles de Tura.' Tristes et solitaires elles s'élèvent sur la bruyère. Le chef des coupes est triste et ses >alles sont désertes et silencieuses. Venez, allons trouver Cuthullin et qu'il ; artage notre joie! Mais, est-ce là Cuthullin, ô Fillan, ou n'est-ce qu'une colonne de fumée sur la bruyère? La brise
\<y, FINGAL. •
du Cromla souffle sur mes yeux el je ne distingue pas mon ami. »
h Fin gai, répondit le jeune guerrier, c'est le fils de Semo! le héros est triste et sombre; sa main est sur son épée. Salut au fils des batailles, salut au briseur de boucliers! n — « Salut à toi, répondit. Cuthullin, salut à tous les enfants de Morven ! Agréable est ta présence, ô Fingal! C'est le soleil sur le Cromla, quand le chasseur, qui toute une saison a pleuré son absence, le revoit entre les nuages. Tes fils sont comme des étoiles qui accompagnent ta course; dans la nuit ils répandent la lumière. Ce n'est point ainsi que tu m'as vu , ô Fingal, revenant des guerres de ton pays, quand les rois du monde avaient fui et que la joie revenait sur la colline des biches ! »
« Nombreuses sont tes paroles, ôCutbullin, dit Conan à l'obscure renommée; tes paroles sont nombreuses, fils de Semo; mais où sont tes hauts faits dans les armes? Pourquoi sommes-nous venus sur l'Océan pour aider ta faible épée? Tu fuis à ta caverne de douleur et c'est Conan qui combat tes batailles. Donne-moi ces armes de lumière; cède-les moi, chef d'Érinî »
« Jamais, reprit le chef, jamais héros n'a prétendu aux armes de Cuthullin! Et quand mille héros l'eussent osé, ils l'eussent osé en vain, ô jeune et farouche guerrier! Je n'ai fui à la caverne de douleur que lorsque Érin eut succombé aux bords de ses torrents. *>
Conan, dit Fingal, jeunehommeaubras débile, cesse tes discours! Cuthullin est renommé dans les combats; il est terrible dans le monde. Oui, chef impétueux d'Inis-fail , j'ai souvent entendu vantertagloire. Maintenant, déploie tes blanches voiles vers l'île des brouillards. Vois Bragela appuyée sur son rocher : ses doux* veux sont en larmes et les vents soulèvent
1 !\ Il . 191
toi Mm iein 1a longue chev< lure. Elle prèle 1 on ill .1 la brise de la nuil poui • ntendre la \<»i\ de les ra> meurs; pout . ntendre l<- chant de la mei e( le ion de ta harpe <!.,i;;u
« Et longtemps elle écoutera eu vain : Cuthullio ne reviendra jamais. Comment pourrais-je revoit Bragela ei réveiller les soupirs de son sein ' Fingal, je nia toujours victorieui dans !<• combat des lan- ! 1 m le gei as encore . repril FingaJ , roi les coupes généreuses. La renommée «l<- Cuthullin grandira comme l'arbre touffu du Cromla. Bien des batailles t'attendent, 6 chef! bien des blessun ronl Faites par ta main! Os ar, apporte ici le chevreuil et prépare le Festin des coupes. Que Dosâmes - ■ réjouissent après le danget « 1 que u< - .unis Boient heureux en notre présent <-! n
Nous nous assîmes; nous | » 1 1 1 1 1 * ■ -< part au festin; nous chantâmes. L'âme de Cuthullin se releva. La Force de son bras revint et la joie éclaira son \ Ullin nous donna ses chants, Carril éleva la voix; je me joignis aux bardes et je chantai les batailles de la lame : batailles où j'ai souvent combattu ! Mas aujourd'hui je ne combats plus" La gloire <le mes anciens exploits s'est évanouie; et, triste, je m'assieds sur les lombes de mes amis!
Ainsi la nuit se passa dans les chants et le matin nous retrouva dans la joie. FingaJ se lève sur la bruyère et agite sa lance brillante. Le premier il s'avance vers les plaines de Lena et nous le suivons avec nos armes. « Déployez les voiles, dit le roi, et profitez des vents qui descendent de Lena. » En chantant nous montons sur les vagues; avec joie nous volons sur l'écume de l'abîme.
LATHMON.
POÈME
Argument.
Lathmon, prince breton, profitant de l'absence de Fingaf . qui était en Iriande, bt une descente dans le pays de Morven, et s'avança jusqu'en vue de Selma, re'sidence royale. Fingal arriva alors, et Lathmon se re.ira sur une colline où son armée fut surprise par la nuil , et lui-même fait prisonnier par Ossian et Gaul, fds de Morni. Le poème commence au moment où Fingal paraît sur la côte de Morven, et finit, comme on peut le supposer, vers la moitié du jouisuivant .
Selma, tes salles sont silencieuses; il n'est aucun bruit dans les bois de Morven, et la vague seule se brise sur la côte. Le silencieux rayon du soleil est sur la plaine. Les filles de Morven s'avancent, belles comme l'arc de la pluie : le regard tourne' vers la verte Erin, elles cherchent sur les flots les blanches voiles du roi. Il a promis de revenir, mais le vent du nord s'est levé.
Qui descend delà colline de 1 est, comme un torrent de ténèbres? C'est l'armée de Lathmon. Il a appris l'absence de Fingal; il se fie sur les vents du nord, et son âme brille de joie. Pourquoi vienstu, ô Lathmon? les puissants ne sont point dans Selma. Pourquoi viens-tu avec ta lance levée? les filles de Morven combattront-elles? Mais arrête-toi dans ta course, ô superbe torrent! Lathmon, ne vois-tu pas ces .voiles ? Pourquoi disparais - tu comme le brouillard du lac ? Mais le vent de la tempête est derrière toi : Fingai est sur tes pas !
L<- roi <l< Morven s'était réveillé subitement . tan <h^ que nous roulions sur la vague lombrc et bleue. Il porta ^.i main •> sa lant < . et tei licroi m levèrent autoui «I»' loi. Nous comprimer qu'il avait vu ses pères, car souvent ils descendent dans » quaud l'épée <l<- l'ennemi est levée sur son pays et que la bataille s'assombrit autour de noua. — * Pourquoi as-tu lui, ô vent? s'écria le roi d<- Morvenj frémis-tu dans les vallons du midi, ou poursuis-tu la pluie dans les autres contrées? Pourquoi ne bou£ iles-tu point dans mes voiles et sur la surfa e bleue de mes vagues1? L'ennemi est dans la terre de Morven et h- roi est absent. Que ebacuo se couvre de sou armure et saisisse sou bouclier. Étendi lames sur les Bots, et que chaque < pé« -"if tirée «lu fourreau. Latbraon est devant ooua avec son armée j Latbmon, quia Fui devant FiugaJ sur les plain Lona. Mais il revient comme un torrent grossi, et son rugissement est entre nos collines, s
Telles furent les paroles de Fingal. Nous entrâmes dans la baie de Camion. Ossian gravit la colline et trois fois il frappa les bosses de son bouclier. Le rocher de Morven répondit et les biches s'enfuirent en bondissant. L'ennemi se troubla en ma présence et rassembla son armée. Je me tenais comme un nuage sur la colline, me réjouissant dans les armes de ma jeunesse.
Morni était assis sous un arbre , près des eaux rugissantes de Strumon. L'âge a blanchi ses cheveux : il s'appuie sur son bâton ; le jeune Gaul est auprès du héros, prêtant l'oreille aux combats de son père. Souvent, dans le feu de son âme, il se lève au récit des hauts faits de Morni. Le vieillard entendit le son du bouclier d'Ossian : il reconnut le signal de la guerre. Aussitôt il se lève de sa place: ses cheveux blancs se partagent sur ses épaules : il se rappelle les actions des années évanouies.
n,'f LATIlMOrv
u Mon fils, dit-il au blond Gaul, j'entends le son de la guerre. Le roi de Morven est de retour; ses signaux sont répandus sur le vent. Va, dans les salles de Strumon , chercher les armes de Morni; apportemoi le bouclier des dernières années de mon père, car mon bras commence à s affaiblir. Pour toi, prends ton armure, 6 Gaul! et vole à ta première bataille. Que ton bras atteigne à la gloire de tes pères, et que ta course, dans le champ des combats , soit rapide comme les ailes de l'aigle! Pourquoi craindrais-tu la mort, ô mon fils! Les braves tombent avec gloire; leurs boucliers détournent le noir torrent des dangers, et la renommée repose sur leurs cheveux blanchis. Ne vois-tu pas, é Gaul! combien sont honorés les pas de ma vieillesse? Morni s'avance, et les jeunes hommes le rencontrent, sur sa route, avec une joie silencieuse. Aussi, mon fils, je n'ai jamais fui le danger : mon épée a brillé dans les ténèbres de la guerre; l'étranger s'évanouissait de vaut moi, et ma présence- consumait le superbe.'»
Gaul apporta les armes de Morni : le vieux guerrier est couvert d'acier. 11 prend dans sa main la lance encore tachée du sang des braves, et s'avance vers Fingal : son fils accompagne ses pas. Le fils de Coinhal se leva avec joie en le voyant s'approcher sous ses boucles de vieillesse.
« Chef de la rugissante Strumon , dit l'âme émue de Fingal , est-ce toi que je vois en armes, toi que la force a abandonné? Morni a souvent brillé dans les combats comme le rayon du soleil levant, quand il disperse les orages de la colline et qu'il apporte la paix aux plaines étincelantes; mais pourquoi, dans ta vieillesse, ne te reposes-tu pas? Ta renommée est dans les chants; le peuple te contemple et bénit le départ du puissant Morni : pourquoi , dans ta vieillesse, ne te reposes-tu pas ? L'ennemi s'évanouira devant Fingal ! n
un H MON. ..,.
h Fils de Coin bal, répondit Le cbef , la i<»n < man - <l »• .m bras de Morni. J'essaie de tiret l'épéedema jeunesse , mais elle reste immobile. .!<• jette ma lance, mais (•II»' tombe avant le l>ui , ei je sens le poids de mon bouclier. Nous nniis flétrissons comme l'herbe de la colline : notre force m- revienl plus. J'ai un fils, ô Fingal ! son âme s'est réjouie «les
li.i il- laits de Mm ni; mais son épée ne S eSl point
encore levée contre l'ennemi; sa renommée n'a point encore commencé. Je viens avec lui à la guerre pour diriger son bras dans le combat. Sa gloire sera une lumière pour mon âme à l'heure
Sombre de mon départ. OU ! puisse le nom «le Moi ni
être oublié parmi les guerriers ! puissent les héros se «lire seulement : Regardez le père de Gaul ! ■
« Roi de Strumon, répondit Fingal, Gaul lèvera l'épée dans le combat; mais il la lèvera pus de Fingal : mon bras défendra sa jeunesse. Mais reposetoi dans les salles de Selma et prête l'oreille à notre renommée. Dis qu'on accorde la harpe et que la voix du barde s'élève, afin que ceux qui vont tomber se réjouissent dans leur gloire, etque la joie rayonne dans l'âme de Morni. Ossian, tu as combattu plus d'une fois; le sang des étrangers est sur ta lance; que ta course dans la mêlée soit la course de Gaul; mais ne vous éloignez pas de Fingal de peur que l'ennemi ne vous surprenne seuls etque vjtrc gloire ne s'éteigne en ma présence. »
Je vis Gaul soua ses armes et mon âme se confon* dit avec la sienne. Le feu des combats était dans ses yeux! avec joie il regardait l'ennemi. Nous nous disions en secret les paroles de l'amitié; les éclairs de nos épées jaillissaient ensemble, car nous les tirions derrière la forêt pour essayer la force de nos bras dans le vide de l'air.
La nuit descendit sur Morven. Fingal s'assit devant la lumière d'un ebéne. Morni, à ses côtés, était
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assis sous ses boucles ondoyantes et blanches. Us parlaient des temps passés et des grandes actions de leurs pères. Trois bardes, de temps à autre , touchaient la harpe : Ullin se tenait près d'eux avec ses chants. Il chante le puissant Coin bal, mais les ténèbres s'amassent sur le front de Morni. Il rouie sur Ullin un œil enflammé, et le chant du barde cesse aussitôt. Finjjal observe le vieilhrd et lui dit avec douceur : « Chef de Strumon, pourquoi cet air sombre? Que les jours des autres années soient oubliés. Nos pères ont lutté dans la guerre: mais nous sommes ensemble, assis au même festin. Nos épées sont tournées contre l'ennemi de notre terre -.devant nous il s'évanouira sur la plaine. Oublions les jours de nos aïeux, ô héros de la verte Strumon! 5)
u Roi de Morven, répondit le chef, c'est avec joie que je me souviens de ton père. Il était terrible dans le combat et sa colère était mortelle. Mes yeux furent pleins de larmes lorsque tomba le roi des héros! Le brave tombe, ô Fingal, le faible reste sur les collines. Que de héros ont passé dans les jours de Morni ! Cependant, je n'aijamais évité le combat; je n'ai jamais fui la lutte des braves! Fingal, la nuit nous environne, que tes amis se reposent afin de selever plus forts pour combattre Lathmon. J'entends le bruit de son armée semblable au tonnerre qui se meut sur les montagnes. Ossian, et toi Gaul aux blonds cheveux, vous êtes jeunes et rapides à la course : allez, et de cette colline boisée observez les ennemis de Fingal, mais n'approchez pas ; vos pères ne seront point là pour vous couvrir de leurs boucliers. Que votre gloire ne s'éteigne pas subitement, car la valeur peut trahir la jeunesse ! »
Nous entendîmes avec joie les paroles du chef. Nous partons dans le bruit de nos armes. Déjà nos pas sont dans les bois de la colline. Le ciel est illuminé de toutes ses étoiles. Les météores de la mort