LIVRE SIXIÈME
La nuit descend. Fin^al donne à son armée ane fête à laquelle Swaran assiste. Le roi ordonne à son barde Hlinde chanter le chant de la paix, coutume toujours observée à la fin
d'une guerre. Ullin raconte les actions de Trenmor bisaïeul de Fingal, dans la Scandinavie, et »o:i mariage avec Inibaca. tille du roi de Lochlin , un des ancêtres de Swaran. Cette considération jointe à ce qu'il e'tait hère d A;;andecca, que Fingal aima dans sa jeunesse, décide le roi de Morven à lui rendre la liberté et à lui permettre de retourner dans Lochlin , avec les restes de son armée, sur sa promesse de ne jamais revenir en Irlande d'une manière hostile. La nuit se passe dans les préparatifs du départ de Swaran , dans les chants des bardes et dans une conversation où Fingal introduit l'histoire de Grumal. Le jour parait et Swaran part. Fingal fait une partie de chasse tt, trouvant Cuthullin dans
, g2 FINGAL.
la caverne de Tura, il le console et rort à la voile îe jour suivant pour l'Ecosse ; ce qui termine le poème.
Les nuages roulants de la nuit descendent et les ténèbres se posent sur le front du Cromla. Les étoiles du nord se lèvent au-dessus des vagues houleuses d'Erin et montrent leurs tètes de feu à travers le brouillard qui vole dans le ciel. Un vent éloigné rugit dans la forêt. Silencieuse et sombre est la plaine de la mort! La voix de Carril, sur l'obscure Lena, montait encore à mes oreilles. Il chantait les amis de notre jeunesse ; les jours de nos années premières; alors que nous nous réunissions sur les rives du Lego et que nous faisions circuler la coupe de la joie. Le Cromla répondait à sa voix. Les fantômes de ceux qu'il chantait descendaient sur leurs brises frémissantes et on les voyait se pencher avec joie, vers la voix de leurs louanges!
Bénie soit ton âme, ô Carril, au milieu des vents qui tourbillonnent ! Oh! si tu voulais venir dans ma demeure quand je suis seul, la nuit! Mais tu y viens, ô mon ami, souvent j'entends ta main légère sur ma harpe, lorsqu'elle est suspendue à la muraille lointaine et que ses sons affaiblis arrivent à mon oreille. Pourquoi ne me parles-tu pas dans ma douleur et ne m'apprend s-tu pas quand je reverrai mes amis? Mais tu passes dans ta brise murmurante et le vent siffle à travers les cheveux blanchis d'Ossian.
Cependant, sur les pentes du Mora, les héros s'assemblaient au festin. Mille chênes antiques brûlent au souffle des vents. Les coupes de la force circulent autour de nous. Les âmes des guerriers brillent de joie; mais le roi de Lochlin est silencieux. La douleur a rougi les yeux de son orgueil. Souvent il se se tournait vers Lena et se souvenait de sa défaite. Fingal s'appuyait sur le bouclier de ses pères : ses boucles grises ondoyaient lentement à la brise et
i.ivi;i: SIXIE il i83
brillaient au rayon de la nuit. Il vit la doutent Je (!<■ Swaran et pariant au premier de §ei bardes : « Ullin, dit-il, entonne le chant «le paix. Oh tappaise mon âme après l.i guerre! Que mon oreille oublie, ;i tes accents, le bruil terrible «les armes: que cent bardes Rapprochent pour distraire leioideLoclilin.il (ii m qu'il nous quitte joyeux ; car triste, jamais p< rsonnene B'éloigna de Kingal. Oscar, l'éclair <l«- mon épée esl contre le fort dans le combat ; mais elle i epose paisible à mes côtés quand les guerriers m'ont cédé dans la guerre. »
u Trenmor, <lii la bouche aux (liants mélodieux,
vivait dans les joins des années évanouies. Il bondissait sur les va;; ies du nord , compagnon de la tempête! Les liants rochers de la tcnc de Locblin,
ses bois pleins de murmures, à travers le brouillard, apparaissent au héros : il serre ses voiles arrondies comme le sein blanc des femmes. Trenmor poursuivit le sanglier qui rugissait dans les bois du Gormal.
Beaucoup de guerriers avaient fui devant lui; mais il roula mourant sous la lance de Trenmor. Trois chefs, (jui virent Cet exploit, parlèrent du puissant étranger. Ils disaient qu'il était semblable à une colonne de Feu dans les armes brillantes de sa valeur. Le roi de Locblin prépara la fête, il y convia le jeune Trenmor. Trois jours il fut fêté dans les tours de Gormal, et dans le combat il eut le choix des armes. Le pays de Locblin n'eut pas de héros qui ne cédât à Trenmor. La coupe de la joie circula avec c\e^ chants à la louange du roi de Me.rven: de celui qui était venu sur les vagues, du premier entre les bommes puissants! »>
« Quand se leva le quatrième matin, le béros lança son navire et se promena le long du rivage silencieux, appelant les vents rapides qu'il entendait au loin murmurer derrière les bois. Couvert de ses armes d'acier . parut alors un fils des forêts du
i$4 1LNGAL.
Gormal. Rouge était sa joue et blonde sa chevelure. Sa peau était semblable à la neige de Morven. Son œil bleu et souriant roulait avec douceur lorsqu'il s'adressa au roi des épées.
.i Arrête, Trenmor, arrête, toi le premier des hommes; tu n'as pas vaincu le fils de Lonval. Mon épée souvent a rencontré le brave et le sage évite la force de mon arc. » — Jeune homme aux blonds cheveux, répondit Trenmor, je ne combattrai point le fds de Lonval. Ton bras est faible, 6 rayon de jeunesse! Retire-toi, et va poursuivre les biches brunes du Gormal. » — « Je me retirerai, répliqua le jeune homme, mais avec i'épée de Trenmor, et me réjouissant dans le bruit de ma gloire. Les vierges environneront en souriant celui qui vainquit le puissant Trenmor. Elles soupireront avec des soupirs d'amour; elles admireront la longueur de ta lance quand je la porterai au milieu d'elles, et que j'en lèverai au soleil la pointe étincelante. »
Jamais tu n'emporteras ma lance, dit le roi courroucé de Morven. Ta mère te trouvera pale, sur le rivage, et, regardant sur l'abîme sombre et bleu, elle verra les voiles de celui qui a tué son fils! » — « Je ne lèverai point la lance, dit le jeune homme, la force des années manque encore à mon bras. Mais, de ma flèche ornée de plumes, j'ai appris à percer de loin mon ennemi. Jette cette lourde cotte d'armes qui te protège contre la mort. Le premier je poserai la mienne sur la terre. Lance maintenant ton trait, roi de Morven ! » Trenmor vit le gonflement de son sein : c'était la sœur du roi de Lochlin. Elle l'avait vu dans le palais et avait aimé la jeunesse de son visage. La lance tombe des mains de Trenmor : il baisse vers la terre sa joue vermeille. Elle était pour lui ce. rayon de lumière qui rencontre les enfants de la caverne, lorsqu'ils revoient les plaines du soleil et qu'ils baissent leurs veux blessés.