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Ils entendirent les pas de Fingal : les deux guerriers se lèvent en armes. « Swaran, terrasse cet aventurier, s'écria Starno, dans son orgueil; prends le bouclier de ton père; c'est un rocher dans la bataille. » Swaran jette sa lance étincelantc ; elle reste plantée dans l'arbre de Loda. Alors les deux ennemis s'avancent avec leurs épées. Ils croisent leurs fers bruyants. A travers les courroies du bouclier de Swaran s'enfonce la lame de Luno (i); le bouclier roule par terre. Fendu, le casque tombe; mais Fingai retint son glaive levé. Furieux Swaran reste desarmé, il roule ses yeux en silence. Il jette son épée par terre et marchant à pas lents il repasse le torrent et s'éloigne en sifflant.
Mais Swaran a été vu de son père. Starno se retire courroucé : Ses sourcils hérissés se froncent sombrement sur sa rage concentrée. De sa lance il frappe l'arbre de Loda et murmure un chant sourd. Tous deux regagnent l'armée de Lochlin, mais chacun de son côté et d'un pas sombre; tels deux torrents couverts d'écume descendent de deux vallées pluvieuses. Fin gai retourne à la plaine deTurthor.Beau, se lève leravon de l'orient; il brille sur les dépouilles de Lochlin dans la main du roi. De sa caverne, sortit dans sa beauté, la fdle de Torcul-torno. Elle rassemblait ses cheveux qui flottaient sur la brise et faisait entendre son chant sauvage; le chant de Lulan des coupes où son père demeurait autrefois. Elle vit le bouclier sanglant de Starno et la joie répandit une lumière sur son visage. Elle vit le casque fendu de Swaran et, désespérée, elle s'éloigna de Fingal. a Tu es donc tombé près de tes cent torrents, ô amour de la vierge éploréee ! »
U-lborno , qui t'élèves sur les vagues et dont les
(i) La lame de Luno — l'épée de Fingal, ainsi nommée du nom de celui qui l'avait faite, Luno de Lochlin.
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.(.m, s sont <•> luii <• ■ pai les méléoi i de i i i voit la lu ne obscurcie descendre derrière [es forêts retentissantes. Sur ta cime est l.i brumeuse Loda, la demeure des esprits des hommes. Au bord de son palais nuageux -- penche le belliqueux Cruth-loda. Sa (orme se \'>it confusément dans .<•- values de hronillard. Sa m. un droite est sur son bouclier et
dans sa v.uicli- est la COUDC a moitié visible. Le toit de son terrible palais est éclairé de feux nocturnes. File d*ombres sans forme, s'avance la race de Cruth-loda. Il présente la coupe a ceux qui ont brillé dans la guerre; mais, entre le lâche et lui, son bouclier, orfee obscurci, se lève, l'om- ceux qui furent faibles dans les armes, il est comme un météore couciiant. — Brillante comme l'arc-en-ciel sur les eaux, ^'avance la blanche vierge de Lulan.
CHANT DEUXIÈMK.
Fingal revient avec le jour et donne le commandement de l'armée à Duth-maruno, qui engage le combat avec l'ennemi et le chasse de l'autre côté du torrent de Turthor. Fin<;al rappelle ses gens et félicite Dulh-maruno sur son succès; mais d s'aperçoit que ce héros a été blessé mortellement pendant l'action. Duth-roaruno meurt. Dllin le barde, en l'honneur du mort, introduit 1 épisode de Colgorm et de Strina-dona, qui termine ce chant.
« Où es-tu fils du roi? disait Dutli-uiaruno aux
cheveux noirs; où es-tu tombé, jeune rayon de Sel-
ma? Il ne revient pas du sein de la nuit! Le matin
étend sur U-ThornOj dans son brouillard le soleil
est sur la colline. Guerriers, levez vus boucliers
8 CATH-LODA.
devant moi ! Il ne tombera pas comme le feu du ciel, dont la chute ne laisse point de traces sur la terre! — Mais il vient, tel que l'aigle qui descend du tourbillon des vents. Dans sa main sont les dépouilles de l'ennemi. Roi de Selma, nos âmes étaient tristes! a
« Les ennemis sont près de nous, Duth-Maruno ; ils s'avancent comme les vagues au milieu du brouillard, quand leurs têtes écumantes se montrent audessus des lourdes et flottantes vapeurs. Le voyageur suspend sa course; il ne sait où fuir. Mais nous ne sommes point de tremblants voyageurs! Fils de héros, tirez le glaive ! Est-ce l'épée de Fingal qui vous guidera, ou celle de l'un de ses guerriers? »
O Fingal! répondit Duth-Maruno, les hauts faits du passé sont comme des sentiers à nos yeux. Nous voyons Trenmor au large bouclier briller encore au milieu de ses sombres armées. L'âme du roi n'était pas faible et ne couvait point dans le secret de ténébreuses actions. De leurs cent torrents descendirent les tribus sur la verte Colglancrona : leurs chefs marchaient à leur tête; chacun d'eux disputait le commandement de l'armée. Souvent leurs épées étaient à moitié tirées. Les yeux de leur courroux roulaient enflammés. Ils se tenaient séparés et murmuraient des chants menaçants. — « Pourquoi céderaient-ils l'un à l'autre? Leurs pères étaient égaux dans la guerre. » — Trenmor était là, au milieu de son peuple, majestueux sous sa jeune chevelure. Il vit s'avancer l'ennemi, et la colère de son âme se réveilla. Il ordonne aux chefs de commander tour à tour : ils le firent, et tous furent repoussés. Alors, Trenmor au bouclier bleu descend de sa verte colline ; il conduit l'armée aux vastes flancs , et les étrangers disparaissent. Autour de lui s'assemblent ses guerriers, et de joie ils frappent sur leurs boucliers. Les ordres des rois arrivaient toujours de
CIIAM IH I Ml. Ml.. g
Selma, comme une brise agréable; mail l<s < h«f^ devaient , chacun à leur tour, commander dam le combat j jusqu'à ce < | n<- le danger devint plus grand : alors c'était l'heure du roi pour vaincre sur la plaine.* h Les actions de nos pères ne nous sont point ioconnues, répondit Crotnma-glas; mais aujourd'hui qui commandera l'armée avant L'heure <ln roiî la; brouillard descend sur ces quatre sombres collines caché dans ces brumes, que chaque guerrier frappe sur son bouclier, les esprits descendront peut-être au milieu des ténèbres pour designer parmi nous celui qui doit commander.
Ils montèrent chacun sur sa brumeuse colline. Les bardes «'coûtèrent les sons des boucliers : le tien, Dutli-maruno, résonna le plus haut; c'est donc à toi de nous conduire dans le combat.
Avec un bruit pareil au murmure des eaux, la race d'U-thorno descendit dans la plaine. Starno conduit l'armée avec Swaran, roi des lies orageuses. Au-dessus de leurs boucliers de fer ils regardent devant eux, semblables à Cruth-loda, l'esprit aux yeux de feu, lorsqu'il se montre derrière la lune obscurcie et qu'il répand ses signes sur la nuit. Les ennemis se rencontrèrent près du torrent deTurtbor. Ils se pressent et se heurtent comme les sillons enflés des vagues, leurs coups retentissants se mêlent; la mort plane et promène son ombre sur les deux armées; tels deux nuages de grêle portant les vents impétueux dans leurs plis : leurs ondées tombent et rugissent ensemble, et au-dessous d'eux l'abîme s'enfle etroule sombrement. Lutte sanglante d'Utborno , pourquoi compterais-je tes blessures? tu es avec les années évanouies , tu t'effaces de mon âme!
Starno conduisait l'arrière-garde et Swaran l'aile sombre de l'armée. Ton épée, Dutu-maruno, n'est point un feu inoffensif. Les guerriers de Lochlin sont
io CATII-LODA.
repoussés au-delà du torrent; leurs chefs courroucés, perdus dans leurs pensées, roulent des yeux silencieux sur la fuite de leur peuple. Le cor de Fingal se fait entendre, et les enfants d'Albion reviennent; mais combien sont restés couchés, muets dans leur sang, sur les rives du Turthor?
«Chef de Crathmo, dit le roi, Duth-maruno, chasseur des sangliers, de la plaine des ennemis mon aigle ne revient pas vierge de sang! A cette nouvelle, Lanul auxseins blancs rayonnera de joie, etCandona se réjouira dans les champs de Crathmo. »
Colgorm, répondit Duth-maruno, Colgorm, le chevaucheur de l'Océan, à travers ses liquides vallées, fut le premier de ma race dans Albion. Il tua son frère dans 1-thorno (*), et quitta la terre de ses aïeux; il alla en silence se choisir une demeure près des rochers de Crathmo- craulo ; ses descendants, dans la force de leur âge, ont tous marché au combat, mais toujours ils y succombèrent : comme celle de mes pères, ma blessure est mortelle, 6 roi des iles retentissantes! »
A ces mots, il arrache une flèche de son flanc et tombe pâle sur une terre inconnue : son âme s'envole vers celle de ses pères, dans l'île orageuse, où ils chassent des sangliers de vapeur sur la lisière des nuages. Les chefs se tenaient autour de lui , muets comme les pierres de Loda sur leur colline. Le voyageur, de sa route solitaire, les voit à travers le crépuscule et les prend pour des fantômes de vieillards, rêvant de guerres futures.
La nuit descendit sur U-thorno. Debout, dan> leur tristesse, les chefs se tenaient immobiles. Le vent sifflait par moments dans les cheveux de chaque guerrier. Fingal échappe enfin aux pensées de son âme; il appelle le barde Ullin et lui ordonne
(i) I-thorno, île de la Scandinavie.
CHANT DKUXiEM n
Je i ■oiiiiiii'iii 'i je» ( haut -. I !elui «pu . i ! i coi mu |a terre , n étaii point un météore pré( û nouir; un feu qui se montre el disparaît au dans la niiii : il était comme le »«>!• il aux i.; puissants, «|ui B'eal réjoui longtemps iur sa colline ; de leurs antiques demeun a évoque les noms <!■ ancêtres ! »
[-thoruo, 'lit !«' barde, qui te lèves dn sein des vagues agitées! pourquoi ta tête est-elle breuse au milieu des brumes de l'Océan? J)« te vallons descendit une race audacieuse comme les aigles -aux fortes ailes: la race de Colgorm aux boucliers de fer, les habitants «In palais de Loda.
Dans Pile retentissante deTormotb s'élève Lurilian, la colline <l<\s torrents; elle penche sa tète boisée sur une vallée silencieuse. l,à, près de la source écumeuse du Cruruth, demeurait Rurmar, le chasseur des sangliers; sa fille, Strina-dona aux seins blancs, était belle niinme le rayon du soleil.
Plus d'un roi fils de héros, plus d'un héros aux boucliers de fer, plus d'un jeune guerrier à la riche chevelure, vinrent au palais de Rurmar. Ils y vinrent pour courtiser la jeune fille, la superbe chasseresse de la sauvage Tormoth. Mais insoucieuse, tu les regardais à peine, ô belle et blanche Strinadona!
Errait-elle sur la bruyère, sa gorge était plus blanche que le duvet de la cona (*); sur le rivage battu des vagues, plus blanche que 1 écume de la mer. Ses yeux étaient deux étoiles de lumière; son visage, Tare du ciel dans la pluie; ses noirs cheveux descendaient comme des nuages flottants. Tu fus l'habitante des âmes, ô Strina-dona aux blanches mains !
Colgorm vint dans son navire avec son frère
(i) La cona est une plante qui croit abondamment sur les landes marécageuses du nord.
la CATH-LODA.
Corcul-suran, le roi des Coupes. Ils vinrent d'Ithorno pour courtiser le doux et charmant rayon de la sauvage Tormoth. Elle les vit dans leur résonnant acier, et son âme s'arrêta sur Colgorm aux yeux bleus : l'œil nocturne d'Ul-lochlin (*) contemplait Strina-dona et la voyait, dans ses songes, agiter ses beaux bras.
Les frères irrités froncent le sourcil ; leurs yeux enflammés se rencontrent en silence. Ils s'éloignent et frappent sur leurs boucliers ; leurs mains frémissent sur leurs épées, et ils engagent une lutte de héros pour Strina-dona aux longs cheveux.
Corcul-suran tomba dans son sang. Le courroux de son père s'étendit sur toute son île : il bannit Colgorm d'I-thorno et le condamna à errer au gré des vents. Celui-ci vint s'établir près d'un torrent étranger, sur la plaine rocailleuse de Crathmo-craulo : mais il n'était pas seul dans sa tristesse; Strina-dona, ce rayon de lumière était auprès de lui; Strmadona, la fille aux bras blancs de la retentissante Tormoth.