I.ATIIMON
bruil de la guerre ? Pinçai ne se plaît point dans les combats, quoique son bras soil fort! Ma renommée ;;ian<lii de la chute du supei fit e! l'éclair de mon épée jaillit Mu l'orgueilleux. Les batailles se succèdent ci 1rs tombes des braves -élèvent : les tombes «le mon peuple s'élèvent, ô mes pères, et moi, a la lin, il me faudra rester seul! Mais je resterai avec ma gloire, <*t le* départ «le mon âme sera un torrent
<!e Inmière! Lathmon, retire-toi dans ton pays!
Tourne tes armes (outre d'autres terres ! La race de Moiven est renommée, et malheureux les pères de nos ennemis! «
DAR-THULA.
POÈME
Argument.
Il n'est peut-êire pas inutile de donner ici, telle que la tradition nous l'a conservée, l'histoire sur laquelle est fondé le poème qu'on va lire. Usnoth, seigneur d'tëiha (qui est probablement cette partie du comté d'Argyle qui est auprès du bras de mer deLoch-Eta), eut deSlissama, fille de Semo et sœur du célèbre Guthullin, trois fils, Nathos, Altlios et Ardan. Les trois frères étaient encore très-jeunes lorsqu'ils furent envoyés en Ii lande par leur père, pour apprendre le métier des armes sous leur oncle Cuthullin, qui jouait alors un grand rôle dans ce royaume. Ils venaient de débarquer dans Ulster, quand arrivèrent les nouvelles de la mort de Cuthullin. Nathos, quoique très-jeune, prit le commandement de l'armée de Cuthullin, fit tête à l'usurpateur Cairbar et le défit dans plusieurs batailles. Cairbar ayant enfin trouvé le moyen de se défaire de Cormac, le roi légitime de l'Irlande, l'armée de Nathos abandonna son parti, et il fut lui-même obligé de retourner dans Ulster p outrepasser en Ecosse.
Dar-lhula, fille de Colla, que Cairbar aimait, habitait alors le château de Selama en Ulster. Elle vit Nathos, s'éprit d'amour pour lui et s'enfuit avec lui. Mais une tempête s'élevant en mer, ils furent malheureusement rejetés sur cette partie de la côte d'Ulster où Cairbar campait avec son armée. Les trois frères, après s'être quelque temps défendus avec bravoure, furent accablés par le nombre et rois à mort. L'infortunée Dar thula se tua sur le corps de son aimé Nathos.
Le poème s'ouvre la nuit qui précéda la mort des fils d'Usnoth, et raconte, en forme d'épisode, ce qui s'est passé avant. Le poète ne rapporte pas la mort de Dar-thula, comme la tradition. Son récit est pins vraisemblable, car
DAR- l m l \ !<• iiiiciilo ne parait |> >> i\<in pté con iant re* tentiM re-
. nie ; (lu moilH 011 Il «'H ll'OUVe .un mu- H .ni- (laitl \i - .m-
oiennei poésies.
Que tu es belle, ô fille du ciel, ei de tou visage que !<■ Bilence esl agréable ! Tu t'avance* dans ta beauté, et les étoiles, dans l'Orient, suivent ta course bleue. Les nuages, ô lune, ge réjouissent en t.i présence, <-i leurs flancs ob& m- s'éclairern .1 tes rayons. Qui, dans les cieux, est semblable a loi, lumière <!<• la silencieuse nuit? Les étoiles, honteuses en ta présence, détournent leurs yeus e'tincelants. Où i<- retires-tu , pour te reposer de (a course, quand lis ténèbres s'étendent sur ton orbe? As-tu la demeure, comme Ossian? Habites-tu , comme lui, l'ombre de la tristesse? Tes sœurs sont-elles tombées du ciel? Ne sont-elles plus, relies qui, la nuif, se réjouissaient avec toi?C)ui ! elles sont tombées, ô belle lumière, et souvent tu te retires pour les pleurer. Mais, une nuit, tu t'évanouiras toi-même, et tu abandonneras dans les cieux ton sentier azuré. Alors les étoiles, honteuses en ta présence , se réjouiront et lèveront leurs têtes. Maintenant tu es revêtue de toute ta lumière : montre-toi dans les cieux, aux portes de ton palais! O vents, déchirez les nues pour que la fille de la nuit puisse apparaître, pour que les montagnes chevelues s'éclairent et que l'Océan roule sous sa lumière ses vagues blanchissantes !
Nathos est sur l'abîme avec Althos, ce rayon de jeunesse. Ardan est près de ses frères. Dans les ténèbres ils poursuivent leur course. Les fils d'Usnoth fuient au milieu des ombres, la colère de Cairbar d'Erin. Quelle est celle qui se tient auprès d'eux? La nuit a voilé sa beauté! Ses cheveux soupirent aux vents de l'Océan, et sa robe déroule ses plis dans l'obscurité. Elle ressemble à l'esprit charmant
àé6 DAR-THULA
du ciel au milieu de son brouillard obscur. Qui estce autre que Dar-thula, la première des jeunes filles d'Erin? Pour se dérober à l'amour de Cairbar, elle s'est enfuie avec Natbos au bleu bouclier. Mais les vents te trompent, ô Dar-tbula! Ils refusent à tes voiles la verdoyante Etba. Ces montagnes ne sont point celles de Natbos, et ce rugissement n'est point celui de ses vagues bondissantes! Près de toi sont les salles de Cairbar; près de toi lèvent leurs tètes les tours de l'ennemi. Erin avance sur la mer sa cime verdoyante, et la baie de Tura reçoit ton navire. Où étiez-vous, vents du midi, quand les fils de mon amour étaient ainsi déçus? Vous étiez à jouer sur les plaines et à poursuivre la barbe des chardons. Ob! que ne souffliez-vous plutôt dans les voiles de Natbos, jusqu'à ce que les collines d'Etba se levassent dans les nues et vissent venir leur roi ! Tu as longtemps été absent, ô Natbos, et il est passé le jour de ton retour!
INlais elle te vit charmant la terre des étrangers, et tu parus beau aux yeux de Dar-tbula. Ton visage était comme la lumière du matin , et ta chevelure comme l'aile du corbeau. Ton âme était tendre et généreuse , comme l'heure du soleil couchant. Tes paroles étaient douces comme la brise des roseaux, comme le murmure du ruisseau de Lora. Mais quand s'allumait la fureur des combats, tu ressemblais à la mer au milieu d'une tempête. Le bruit de tes armes était terrible : les armées s'évanouissaient au seul bruit de ta course. Ce fut alors que Dar-thula te vit du sommet de sa tour couverte de mousse; de la tour de Selama où demeuraient ses pères.
« Tu es beau, ô étranger, disait-elle dans l'émotion de son âme^ tu es beau dans les combats, ô ami du malheureux Cormac ! Pourquoi te précipitestu dans ta valeur, jeune guerrier au visage charmant? De ton armée les mains sont peu nombreuses
DAJt illl I \
contre Le sombre Cairbar. Obi si je pouvais m'affranchir de son amour, que je me réjouirai
ricede Nathos! Heureux sont les ro< liera d Etba! IU verront ses pas à la chasse, ils verront sa blan« (lie poitrine quand lu.- venti soulèveront sa 11 «(tante cbevelure! » —Telles furent tes paroles, Dar-thula, dans les tours de Selama. Mais la nuil maintenant t'environne et les vents mit trompé tes voiles. IU mu trompé t»'s voiles, Dar-thula, <•! leur souffle est impétueux. ( Sesse un moment, «'» vent du nord, laisse înui entendre la voix de la beauté. Ta voix est douce, Dar-thula, au milieu «lu sifflement des vents !
» Sont-ce là les rochers de Nathos, dit-elle, estce là le rugissement de ses torrents de montagne? Ce rayon de lumière vient-il du nocturne palais d'Usnoth? La clarté en est faible et distante, < I le brouillard s'étend autour de nous. Mais c'est dans le chef d'Etha qu'habite la lumière de l'âme de Darthula! I ils du généreux Usnoth, pourquoi ce soupir étouffe? Chef d'Etha, sommes-nous sur la terre des étrangers? »
« Ces rochers ne sont point ceux de Nathos, répondit-il , et ce rugissement n'est point celui de ses torrents. Nulle lumière ne vient du palais d'Etha, car il est trop loin de nous. Nous sommes sur la terre des étrangers, sur la terre du cruel Cairbar. Les vents nous ont trompés, Dar-thula ; Erin lève ici ses collines. Àlthos , marche vers le nord; que tes pas, Ardan, longent la côte, de peur que l'ennemi ne vienne dans les ténèbres et ne détruise notre espoir de voir un jour Etha. Moi, j'irai vers cette tour couverte de mousse, pour voir ceux qui se trouvent auprès de cette lumière. Repose-toi, Dar-thula, repose-toi sur le rivage ! repose en paix, charmante lumière ! l'épée de Nathos est autour de toi , semblable à l'éclair du ciel ! »
Il partit. Seule, elle s'assied : elle écoute le roule-
2o8 DAR THULA
nient des vagues. De grosses larmes sont dans ses yeux. Elle regarde si Nathos revient. Son âme tremble au souffle du vent. Elle ineline l'oreille vers le bruit de ses pas; mais le bruit de ses pas ne se fait point entendre. « Où es-tu, fi4s de mon amour? Le vent rugit autour de moi. La nuit est sombre et nuageuse, et Nathos ne revient pas! Qui te retient, chef d'Etha? Les ennemis ont-ils rencontré mon héros dans un combat nocturne? »
Il revint, mais sa figure était sombre; il avait vu son ami décédé ! C'était la muraille de Tura et l'ombre de Cutïiullin s'y promenait, seule et à grands pas. Les soupirs de son sein étaient fréquents. La flamme ternie de ses yeux était encore terrible! 8a lance était une colonne de brouillard, et les étoiles brillaient, ternes, à travers sa forme. Sa voix était semblable au vent dans une caverne profonde, et son œil à une lumière vue de loin. Il disait l'histoire de ses malheurs.
L'Ame de Nathos était triste, comme le soleil dans un jour de brouillard, quand sa face est humide et voilée. — « Pourquoi es-tu triste, 6 Nathos, dit la charmante fille de Colla. Pour Dar-thula tu es une colonne de lumière, et la joie de ses yeux est dans le chef d'Etha. Je n'ai d'ami que Nathos ! mon père, mon frère sont tombés! Le silence demeure dans Selaina; et la tristesse s'étend sur les bleus torrents de mon pays. Mes amis sont tombés avec Cormac ; les braves ont péri flans les guerres d'Erin. Ecoute, fils d'Usnoth, écoute le récit de mes douleurs! »
« Le soir obscurcissait la plaine ; les bleus torrents disparaissaient devant mes yeux; le vent, à de rares intervalles, venait gémir dans les cimes des bois de Selama. Sous un arbre, j'étais assise sur les murs de mes pères. Truthil , le frère de mon amour, passa devant mon âme; Truthil qui, ahsent alors, était allé combattre l'orgueilleux Cairbar. Appuyé
DAn i iii LA.
m ,.i lance, s'avance Colla aux cheveux blancs son visage est sombre et penché, <-i la douletn i il dam ^<>ii âme; son i i son côté, l<- casqne de
ses pèi < esi -ni ~.i tête L'in i em-
plit son ;niir; il cherche .1 me « a< hei Bes larmes.
n Dartthula, ma fille, <lii il, tu es la dernière de la race de < lolla ! Truthil est tombé dans !<• combat. Le chef de Selama n'est plus ! Cairbar s'avance avei Bes milliers vers les 1 's de Selama. Colla bravera >"ii orgueil el vengera bob Bis. Mais où trouverai-je ton saint. Dar-thula. ma fille à la brune chevelure? Tu es belle comme !<■ rayon du ciel, et tes amis ne soni plus!'» — u Est-il topibé l'enfanl <l<la bataille? m'ccriai-je en poussant un soupir; l'âme «In généreux Truthil a-t-<-ll<- <<•>-»• de briller dans l< champ des combats? Colla, mon salut est dans cet are! J'ai appris à percer le cerf. Père du mal heu rem Truthil, Cairbar n'est-il pas semblable au cerf du désert ? •
Le visage du vieillard rayonne de joie; les larmes tombent »à flots pressés de ses yeux; ses lèvres tremblent et sa barbe grise siffle au vent, u Tu es la sœur de Truthil, s'écria Colla; tu brûles du feu de son âme! Prends, Dar-thula, prends cette lance, ce bouclier d'airain et ce casque étincelant; ce sont les dépouilles d'un guerrier enfant de la jeunesse ! Quand la lumière se lèvera sur Selama , nous irons à la rencontre de Cairbar; mais tiens-toi près du bras de Colla, à l'ombre de 1110:1 bouclier. Ton père, Dar-thula, pouvait jadis te défendre, mais la vieillesse tremble maintenant sur ses mains; la force manque à son bras, et son aine est obscurcie par la douleur.
Nous passâmes la nuit dans la tristesse. La lumière du matin se leva. Je brillais sous les armes de la guerre. Le héros aux cheveux gris marchait devant moi. Les enfants de Selama se rassemblèrent au-
2io DIR-THULA.
tour du bouclier retentissant de Colla ; mais ils étaient en petit nombre sur la plaine, et leurs cheveux étaient blancs; les jeunes guerriers étaient tombés avec Truthil, en combattant pour Cormac. — u Amis de ma jeunesse, leur dit Colla, ce n'est point ainsi que vous m'avez vu jadis sous les armes ; ce n'est point ainsi que je marchais au combat quand périt le grand Confaden. Mais vous êtes chargés de douleur; les ombres de la vieillesse descendent comme le brouillard du désert. Mon bouclier est usé par les années, et mon épée est suspendue à la muraille (i). J'ai dit à mon âme : « Ton soir sera calme, ton départ sera semblable à une lumière qui s'éteint! » Mais la tempête est revenue : je m'incline comme un vieux chêne; mes rameaux sont tombés sur Selama. Je tremble à chaque pas. Où es-tu, avec tes guerriers tombés, ô mon bienaimé Truthil? tu ne me reponds pas du sein de ton tourbillon. L'âme de ton père est triste; mais bientôt je ne le serai plus ! Il faut que Cairbar ou Colla tombe! Je sens revenir la force de mon bras, et mon cœur bondit au bruit de la guerre.
Le héros tire son épée et les guerriers lèvent aussitôt leurs glaives étincelants. lis s'avancent le long de la plaine et leurs cheveux blancs flottent sur les vents. Cairbar était assis à une fête dans la plaine silencieuse de Lona. Il voit venir nos héros; il appelle ses chefs au combat. — Mais pourquoi dirais-je à Nathos comment s'engagea la lutte? Je l'ai vu, au milieu de milliers d'ennemis, semblable au feu du ciel : il est beau mais terrible, et les peuples tombent
(i) Dans ces temps anciens, lis guerriers avaient coutume, lorsqu'ils avaient atteint un certain âge et qu'ils se sentaient incapables de combajtre, d'attacher leurs armi s dans la grande salle où se réunissait toute la tribu aux jours de réjouissance. Ils ne paraissaient plus dans les combats, et cette période de la vie s'appelait le temps d'attacher les aimes.
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son - " eout enflammée. La lance de Colla volai ( autour ilê lui- Il se rappelait 1rs combats île •> i< u nesse. Mais une flèche vient en BilHant, elle perce le flanc du héros! Il tombe sur son bouclier : mon âme tressaille d'épouvante ; j'étends sur lui mon bouclier e( mon sein se découvre. Gai rbar accourait avec Ba lance. Il voit la vierge <lr Selama ; la |<»ir brille sur son visage sombre et il relient son glaive déjà l<v»;. Il lit élever la tombe de Colla et m'amena, pleurante, à Selama. Il me «lit les paroles de l'amour,
niais mon âme était triste. Je \«»\ai> les bouche i g de
mes pères et l'épée de TruthiL Je voyais les armes
des morts el les pleins étaient sur mes joues. Tu vin> alors , ô NatllOS , et le sombre ( lairhar s'enfuit. Il s'enfuit comme le fantôme du désert devant le rayon du matin. Son armée était loin de lui et Faible était son bras «outre ton glaive!... Mais pourquoi es-tu triste, ô Natbos, disait la fdle charmante de Colla?(i)*
« Dès ma jeunesse, répondit le héros, j'ai affronté les combats. Mon bras ne pouvait encore porter la lance quand le danger se leva devant moi pour la première fois. Mon «âme brillait en présence de la guerre, comme une étroite et verdoyante vallée où le soleil verse à flots ses rayons avant de cacher sa tète dans un orage : le voyageur solitaire ressent une joie triste et voit les ténèbres s'avancer lentement. Mon âme avait déjà brillé dans les dangers quand je vis la beauté de Selama; quand je te vis, semblable à l'étoile qui brille la nuit sur la colline. Mais un nuage s'avance ; il menace la charmante lumière! Nous sommes sur la terre des ennemis. Les vents nous ont trompés, ôDar-thula, et loin de nous sont les forces de nos amis et les montagnes d'Étha !
(i)Ossian répète souvent à la fin d'un f1 j > i s : dp la phrase pai laquelle il l'a commencé* — Note du traducteur.
2 12 DAR-THULA.
Où te trouverai-je un asile, fille du puissant Colla ! Les
frères de Nathos sont braves, et mon épée à moi, a brillé clans les batailles ; mais que peuvent les fils d'Usuoth contre l'armée de Cairbar: Oh! (jue les vents n'ont-ils conduit ici tes voiles, ô Oscar, roi des hommes ! Tu avais promis de venir combattre pour le malheureux Cormac ! Ma main serait alors puissante comme le bras flamboyant de la mort. Cairbar tremblerait dans son palais et la paix environnerait la belle Dar-thula. Mais pourquoi t'affaisses-tu, ô mon âme ! Les fils d'Usuoth peuvent triompher! »
« Et ils triompheront, ô Nathos, s'écria la jeune fille dans le transport de son âme. Dar tlmla ne reverra jaamis le palais du farouche Cairbar. Donnemoi ces armes d'airain que fait briller le météore qui passe : je les vois obscurément dans ton navire au noir poitrail. Dar-thula veut entrer dans les rangs d'acier de la bataille.., Ombre du noble Colla, estce toi que j'aperçois sur ce nuage? Quelle est près de toi cette forme obscure *? C'est Truthil! Et je verrais le palais de celui qui a tué le chef de Selama ! Non! ombres de mon amour, non je ne le verrai pas !
A ces paroles de la blanche jeune fille, la joie se leva sur le visage de Nathos. a Vierge de Selama, tu brilles sur mon âme! Viens, Cairbar, viens avec tes mille guerriers! La force de Nathos est revenue! Et toi, vénérable Usnoth , tu n'entendras pas dire que ton fils a fui. Je me rappelle tes paroles sur Etna, quand mes voiles commençaient à s'eufler, quand je les déployais vers Erin, vers les murailles de Tura. « Nathos, me dit mon père, tu vas vers le roi des boucliers, tu vas vers Cuthullin , le chef des hommes, qui n'a jamais fui dans les dangers. Que ton bras ne soit pas faible ; que tes pensées ne soient peint ce!h s de La fuite ! de peur que le fils de Semo ne dise que les enfants d'Ltha sont des lâches. Ces paroles
DAR- nu l.\
pourraient venir jusqu'à moi, et, dans ioii palau attrister l'âme d'Usnoth. » Des pleurs étaient lui les joins de mon père. Il me donna cette brillante épée !
J'arrivai dans la baie de Tura ; mais ses murailles étaient silencieuses. Mes yeux autour <l«' moi cherchèrenl en vain quelqu'un pour me parler du fils du généreux Semo. Je me renais à la salle des coupes . où jadis étaient suspendues lei armée de ses pères. Mais elles n\ étaienl plus : l<- vieux Lamhor s'y trouvail seul et assis dans ses larmes. « D'où viennent ces armes? dit Lamhor en se levant L'éclat «le la lame a longtemps <:ié absent des sombn b murailles de Tura. Venez-vous de la mer roulante ou du triste palais de Temora? n
« Nous venons de la mer, lui dis-je, et des tours élevées d'Usnoth. Nous sommes les fils de Slissama, Ja fille de Semo. Enfant de ce silencieux palais, où est le chef de Tura? Mais pourquoi le demanderaisje? Ne vois- je pas tes larmes! Comment le puis tant est-il tombé, fils de la solitaire Tura? » — u 11 n'est point tombé, répondît Lamhor, comme l'étoile silencieuse de la nuit, oui vole à travers les ténèbres et n'est plus; mais comme le météore qui tombe dans une terre lointaine : la mort suit sa course terrible ; il est lui-même le signal des guerres. Testes sont les rives du Lego, triste est le murmure du torrent de Lara! Fils du noble Usooth, c'est là qu'est tombé le héros! »
« Le héros est tombé au milieu du carnage, lui dis-je en soupirant; sa main était redoutable dans le combat, et la mort sombre était toujours assise derrière son épée. »
Nous allâmes vers les rives du Lego. Nous trouvâmes la tombe de Guthullin; tout auprès étaient ses compagnons de guerre et ses bardes aux chants nombreux. Trois jours nous pleurâmes sur le héros :
(| DAR-THULA.
le quatrième je frappai le bouclier de Caithbat; autour de moi les guerriers se rassemblèrent avec joie, en agitant leurs lances étincelantes. Près de là , avec son armée , était Corlatb , l'ami de Caiibar. Cumuie un torrent, nous vînmes pendant la nuit. Ses guerriers tombèrent devant nous, et quand s'éveilla le peuple de la vallée, il vit leur sang à la lueur du matin. Ensuite, pareils à des colonnes de brouillard , nous nous avançâmes vers le palais de Cormae. Nos épées étaient levées pour défendre le roi ; mais les salles de Teniora étaient vides ; Cormac avait péri dans sa jeunesse , le roi d'Erin n'était plus !
La tristesse s'empara des enfants d'Erin. Ils se retirèrent lentement et d'un air sombre, comme des nuages qui, ayant longtemps menacé de la pluie, s'évanouissent derrière les montagnes. Les fils d'Usnoth marchèrent, dans leur douleur, vers la baie retentissante de Turo. Nous passâmes près de Selama. Caiibar se retira devantnous comme le brouillard de Lano quand les vents le chassent devant eux. Ce fut alors que je te vis, ô Dar-tbula! semblable à la lumière du soleil dEtha ! — « Charmant est ce rayon, me dis-je, et des soupirs s'échappèrent de mon sein. Tu vins, dans ta beauté, ô Dar-thula , vei#le triste chef d'Etha !... Mais les vents nous ont trompés, fille de Colla, et l'ennemi est près de nous ! »
« Oui, l'ennemi est près de nous! dit la force accourue d'Althos. J'ai entendu sur la côte le cliquetis des armes , et j'ai vu les noires ondulations de letendart d'Erin. Distincte est la voix de Caiibar; bruyante comme la chute des eaux du Cromla. Il avait vu notre noir vaisseau sur la mer, avant que l'obscure nuit descendit. Son peuple veille sur la plaine de Lona et lève dix mille épées. » — « Qu'il lève dix mille épées, repondit Nathos, avec un sou-
DAH TI11 I \
rir< ; les i i i -» <l ( snoth ne trembleront jamais d i dangeri Pourquoi roule -tu tes onde* ccumanl
ante mer d'Erin ? Pourquoi mogiss» z-vnus' sur \.>^ ailes ténébreuses, ô bruyantes tempêtes du i ii ! ? Pensez-vous, ô tempêtes, que < <>i voua qui n tenez Nathos sur le rivage? Non, enfants de la nui( son âme qui l'y retient! Althos, porte-moi les armes de mon père, tu les vois brillera la clarté des étoiles. Porte-moi la lance de Semo, elle] est dans le vaisseau au noir poiti ail ! n
Althos apporte 1rs aunes. Nathos, <l«' leur acier brillant a revêtu ses membres. La démarche du chef
es| ;;i ;ui.'iise, et la joie de ses yeux est terrible. I!
regarde s'il voit venir Cairbar. Le vent siffle dans ses cheveux. Dar-thola est silencieuse à ses côtés, et son regard est attaché sur le chef. Elle s'efforce de cacher ses soupirs, et deux larmes tremblent dans ses yeux brillants.
« Althos, dit le chef cVEtha, je vois une caverne dans ce rocher, placcs-v Dar-thula et que ton bras, mon frère, soit fort. Ardan , nous irons à la rencontre de l'ennemi ; nous appellerons au combat le farouche Cairbar. Oh! que ne vient-il dans ses armes bruyantes, attaquer le fils d'Usnoth !... Darthula , si tu peux t'échapper, ne jette point les yeux sur Nathos ! Lève les voiles, ô Althos, vers les bois de mon pays ! Dis à Usnoth que son fils est tombe' avec gloire, que mon épée n'a point évité le combat. Dis-lui que je suis tombé au milieu de milliers d'ennemis. Que la joie de sa douleur soit grande. Fille de Colla , appelle les jeunes filles au palais d'Etna et que leurs chants s'élèvent pour Nathos quand reviendra la nuageuse automne. Oh! si la voix de Cona, si Ossian se faisait entendre à ma louange! Mon ombre alors se réjouirait au milieu des vents impétueux !» — «Et ma voix te louera , ô Nathos, chef de la verte Etha! la voix d'Ossian s'élèvera à ta
216 DAR-THL'LA.
louange, fils du généreux Usnoth î Pourquoi n'étaisje point à Lena quand eut lieu la bataille L'épée d'Ossian t'aurait défendu , ou lui-même il aurait succombé ! )>
Nous étions assis cette nuit même dans Selma , autour de la force delà coupe. Le vent était dans les chênes; l'esprit de la montagne mugissait, (i) Une bouffée de vent traversa la salle et toucha légèrement ma harpe. Le son en fut sourd et plaintif, comme le chant de la tombe. Fingal l'entendit le oremier et de fréquents soupirs s'échappèrent de son sein. » Quelques-uns de mes héros ont péri, dit le roi de Morven ; j'entends sur la harpe le son de la mort. Ossian touche la corde tremblante et dis a la douleur de s'éveiller, pour que leurs âmes puissent, avec joie, s'envoler vers les collines boisées de Morven ! » Je touchai la harpe devant le roi; les sons en étoient sourds et plaintifs. « Penchezvous du haut de vos nuages, ombres de mes pères, penchez-vous ! Ecartez de vous les feux et les terreurs de votre course, et recevez le héros qui succombe, soit qu'il vienne d'une terre lointaine, soit qu'il s'élève de la mer roulante. Qu'on prépare sa robe de brouillard et sa lance de nuage. Placez à son côté un météore à demi éteint sous la forme de son épée. et que son visage soit serein pour que ses amis puissent se réjouir de sa présence. Penchez- vous du haut de vos nuages, ombres de mes pères, penchez-vous ! »
Tel fut mon chant dans Selma, aux sons légers de la harpe tremblante. Mais Nathos était sur la cote d'Erin environné de la nuit, il entendit la voix de l'ennemi au milieu du rugissement des vagues bon-
(ï) Par l'esprit de la montagne, le poète entend ee bruit sourd et mélancolique qui précède la tempête et qui est bien connu de ceux qui habiten" les montagnes.