LA MORT DE CUTHULLIN
Tel était le chant de Garril quand parut un fils de l'ennemi. Il jeta par terre sa lance sans pointe et répéta les paroles de Torlath; de ïorlath, chef de héros, venu des noires ondes courroucées du Lego. Contre Connac il conduisait au combat ses milliers de guerriers. Cormac, bien loin alors, était dans le palais de Témora : il apprenait à bander l'arc de ses pères et à lever la lance. Tu ne l'as pas levée longtemps, ô doux rayon de jeunesse! La mort se tient sombre derrière toi, comme la moitié obscurcie de la lune derrière sa croissante lumière. Cuthullin se leva devant le barde envoyé par le généreux Torlath. Il lui offrit la coupe de la joie ; car il honorait les fils de l'harmonie. « Douce voix du Lego, lui ditil, quelles sont les paroles de Torlath ?Le fds de Cantela vient-il à notre fête où vient-il nous combattre?
« Il vient, répondit le barde, il vient pour te combattre dans la lutte bruyante des lances. Quand le matin blanchira le Lego, Torlath combattra sur 3a plaine. Dans tes armes, iras-tu à sa rencontre, roi de l'île des brouillards? Terrible est la lance de Torlath ! C'est un météore de nuit. Il la lève et les peuples tombent! La mort s'assied au milieu des éclairs de son épée! » — u Moi , craindre la lance de Torlath! répondit Cuthullin. Il est brave comme mille héros: mais mon âme se réjouit dans la guerre. Barde des temps passés, cette épée ne dort point au côté de Cuthullin ! Le matin me rencontrera dans la plaine et brillera sur les armes d'azur du fils de Semo. Mais assieds-toi sur la bruyère , ô barde, et fais-nous entendre ta voix. Partage la joie de la coupe, et prête l'oreille aux chants de Temora! »
h Ce n'est point le moment, répondit le barde, d'écouter les chants de la joie, quand les puissants doivent se rencontrer dans la bataille, avec l'impétuosité des vagues du Lego. Pourquoi es tu si sombre, ô Slimora, avec tous tes bois silencieux? Nulle
LA MOUT DE Cl IIMI.II> étoile ne tremble Bur ta cime; du] rayon de lunesui
te^ lianes; maïfl | \ vois les méleun s <•<: la mnil : \&
formes humides et grises des fantômes. Pourquoi < sombre, ô Slimora, avectes bois silencii barde
ge retira an murmui e d j.ii;;nn la sienne, et cette musique était com souvenir des joies <|ui ne sont plus, agréable mais ! Pâme. Les ombres des bardes décédés 1 entendirent sur les lianes du Slimora; les doux SOUS Se
prolongèrent le long de la forê( . et les silencû oses vallées de la nnii se réjouirent. Ainsi, quand dans Je silence «In jour, Ossian est assis dans la vallée de ses brises, le bourdoi • de l'abeille des monta-
gnes arrive à son oreille : la brise emporte dai course l'agréable murmure, mais il revient encore! Le >( .1» il regarde obliquement sur la plaine et par étend Pombrede la montagne.
u Entonnez, dit Cuthullin à ses cent bardes, le chant de Fingal, ce chant qu il écoute la nuit, quand descendent les songes de son sommeil ; quand les bardes touchent leurs harpes à distance , et qu'une faihle lumière brille sur les murs de Selma. Ou plutôt chantez la douleur de Lara ; les soupirs de la mère de Calmar, quand on chercha vainement son fils sur ses collines et qu'elle aperçut son arc dans le palais. Carril, suspends à cette branche le bouclier de Caitbbat, et place auprès la lance de Cuthullin, pour que le signal des batailles s'élève avec le blanc rayon de l'Orient. »
Le héros s'appuya sur le bouclier de son père. Le chant de Lara commence. Les cent bardes se tiennent à quelque distance. Carril seul est auprès du chef. Les paroles de l'hymne étaient de lui, et triste était le son de sa harpe.
«' Alcletha aux boucles de vieillesse, mère du