‹ Ossian, uvres complètesChapitre 73 sur 102 · LIVRE ir.niHi.ML · texte numérisé non relu

LIVRE ir.niHi.ML

Des brumes épaisses du Mora, les enfant» de Morven entendent la voix de Fin^al. Les bardes versent leurs chants, comme la rosée, sut les guerriers qui reviennent

h Qui vient de Strumon, disaient-ils, an milieu de ses boucles Bottantes? Elle est triste dam ta démarche, elle lève ses veux bleus sot Erin. Pourquoi es-tu triste, Evir-chomar En renommée, qui est semblable a ton chef ? Terrible il est descendu au

c bat, il revient, comme d'un nuage remonte une

lumière. Dans sou courrons il a levé l'épée et les ennemis ont recuit' «levant le bouclier bleu deGaul !

La joie, comme nne brise frémissante, vient sur rame du roi. Il se rappelle les batailles d'autrefois, les jours où ses pères ont combattu. Les juins d'autrefois reviennent a l'esprit de Pinçai, lorsqu'il contemple la gloire de son fils. Comme Je soleil, sur son nuage, se réjouit dans L'arbre que ses rayons ont fait croître, lorsqu'il balance sur la plaine sa tête solitaire; ainsi le roi se réjouit dans Fillan!

u Comme le roulement du tonnerre sur les montagnes, quand les plaines de Lara sont tranquilles ei sombres, tels sou* les pas des guerriers de Sclma, agréables mais terribles a l'oreille! Ils reviennent dans le bruit de leurs armes, connue des aigles vers leurs rocs sourcilleux, quand ils ont, sur la plaine, déchiré leur proie, les fils au poil fauve dc^ niches bondissantes. Vos pères, enfants de Selma, se réjouissent sur leurs nuages! »

Telle était la voix nocturne des bardes sur Mora «les chevreuils. La flamme s'élève de cent chênes que les vents ont arrachés du sommet du Cormul. l.e festin est étalé : autour sont assis les chefs étincelants : Fingal s'y montre dans sa puissance. La plume d'aigle de son casque s'agite avec bruit. Les vents d'ouest se lèvent et soufflent par intervalles à travers la nuit. Longtemps le roi promène en silence

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ses regards autour de lui ; enfin, ses paroles se font entendre :

u Mon âme ressent une perte dans notre joie. Je vois un vide au milieu de mes amis. La tête d'un arbre est à bas. Les vents orageux se répandent dans Selma. Où est le chef de Dun-lora?Connal au festin devrait-il être oublié? Quand oublia-t-il l'étranger au sein de son palais? Vous êtes silencieux en ma présence! Connal n'est donc plus! Que la joie, comme un fleuve de lumière, aille à ta rencontre, ô guerrier! Que ta course vers tes pères soit rapide sur les vents mugissants! Ossian, ton âme est de feu, rallume la mémoire du roi ! Rappelle les batailles de Connal, quand pour la première fois il brilla dans la guerre! L'âge avait blanchi ses cheveux; mais les jours de sa jeunesse se sont mêlés aux miens, et le même jour Duth-caron- tendit nos premiers arcs contre les cerfs de Dun-lora. »

u Nombreuses, m'écriai-je, sont les traces de nos combats dans Erin, aux vallées verdoyantes! Nos voiles se levèrent souvent sur les vagues bleues et agitées, lorsqu'aux jours du passé nous allions secourir la race de Conar.

«Jadis dans Alnpcma la bataille rugissait près des torrents écumeux de Duth-ula. Avec Cormac, Duthcaron descendit pour combattre des collines de Morven. Mais Duth-caron n'en descendit pas seul : à ses côtés était son fils, le jeune Connal [aux longs cheveux, levant la première de ses lances. Tu leur commandais, ô Fingal, de secourir le roi d'Erin!

u Semblables à la force impétueuse de l'Océan, les fils de Bolga se précipitèrent au combat. A leur tète était Colc-ulla, le chef d'Atha aux ondes bleues. La bataille s'engagea sur la plaine. Cormac brillait dans la mêlée, rayonnant comme les esprits de ses pères. Loin du reste de l'armée, Duth-caron abattait les ennemis. Près de son père, Connal ne restait point

LIVHE TROISIEME.

le ln.is oisif; mais Colc-ulla triompha sui la plaine, et, pareils aui brouillards dispersés, l'eufuirent l< is guerriers <le < kirmac.

« alon Duth-caronet Connal au large boucliei lèvin! leurs épées; ils couvrent la retraite «l«- leurs amis, semblables à deui rochers couronnés de sapins. La ii ii î i descendit surDutb-ula: les chefs en silence s'éloignèrent à grands pas sur la plaine. Un torrent des montagnes rugissait à travers l<- sentier ; Duth-caron ne pouvait le franchir. «PourquoU'arrète ninn père, «lit Connal? J'entends venir l'ennemi.M — «Fuis, ( ii m nal, «lit-il, la force <lc ton père commence a l'abandonner ; je reviens blessé du combat. Laissa -

moi rep08er i< i pendant la nuit, h — u Mais tn ne

resteras pas seul, reprit Connal avec un profond

soupir. Mon bouclier est une aile d'aigle pour (ouvrir le roi <lc Dun-lora! » Sombre, il se penche sur son père : Je puissant Duth-caron expire.

h Le jour parut, la nuit revint et pas un barde, méditant profondément, ne parut sur la plaine. Connal pouvait-il abandonner la tombe de son père avant qu'il n'eût reçu sa renommée! 11 bande l'arc contre les cerfs de Duth-ula et prépare son repas solitaire. Sept nuits il posa sa tète sur la tombe de son père et le voyait dans ses rêves. Sombre, il le voyait roulant au sein d'un tourbillon, semblable à la vapeur des roseaux du Lcgo. Enfin arriva Colgan, le barde de la baute Témora. Dutb-caron reçut sa renommée et resplendit en montant sur les vents, n

u Agréable à l'oreille, dit Fingal, est la louange des rois des hommes, quand leurs arcs sont redoutables dans les combats et qu'ils s'attendrissent à la vue de l'affligé. Que mon nom soit ainsi célébré quand les bardes éclaireront le vol de mon âme! Carril, fds de Kinfena! prends avec toi les bardes et érige une tombe. Que Connal entre cette nuit dans son étroite demeure, et que lame du brave n'erre point sur les

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vents. La faible lueur de la lune tremble sur Moilena à travers les larges tètes des arbres de la colline ! A sa lumière, élève des tombes à tous ceux qui sont tombés dans la bataille. Quoique tous ne lussent pas des cbefs, leurs bras cependant étaient puissants dans le combat: ils étaient mon rocher dans le danger; la montagne d'où je déployais mes ailes d'aigle. C'est par eux que je suis célèbre! Carril, n'oublie point ceux qui sont tombés! «

Tous à la fois les cent bardes entonnent .les ebants de la tombe. Carril devant eux marche à pas solennels; et leurs voix, à sa suite, murmurent comme les torrents. Le silence babite les vallées de Moi-lena où chacune, avec son ruisseau ombragé, serpente à travers les montagnes. J'entendais la voix des bardes s'affaiblir à mesure qu'ils s'éloignaient. Penché sur mon bouclier, je sentis se rallumer le feu de mon âme, et à demi formées, les paroles de mes chants jaillissaient sur la brise. Ainsi un arbre, dans la vallée, entend autour de lui la voix du printemps; il étale ses vertes feuilles au soleil et balance sa tète solitaire : auprès de lui est le bourdonnement de l'abeille des montagnes, et le chasseur, de la bruyère dévastée, le contemple avec joie.

Le jeune Fillan se tenait à quelque distance. Son bouclier brillait sur la terre ; sa brune chevelure était livrée au vent. Le fds de Clatho est un astre de lumière! Appuyé sur sa lance il écoutait avec joie les paroles de Fingal.

u Mon fils, lui dit le roi , j'ai vu tes exploits, et mon ame en a été réjouie. La gloire de nos pères jaillit de leurs nuages amoncelés. Fils de Clatho, tu es brave mais téméraire dans le combat. Quoiqu'il n'ait jamais craint l'ennemi, Fingal n'avançait point ainsi. Que ton peuple soit un rempart derrière toi : c'est là ta force dans la bataille ! C'est ainsi que tu

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