‹ Ossian, uvres complètesChapitre 83 sur 102 · LIVRE <;i.\<m ii.mi · texte numérisé non relu

LIVRE <;i.\<m ii.mi

dans le combat : l'acier réfléchit son éclat mu l'acier. Les -il niées, bui ii plaine, In illent comme deux torrents qui, du haut de deux rocs sourcilleux, tombent ci confondenl leur écume! Voyes! il vient, le fils de |a gloire! Il couche Les hommes sur l< La morl autour «le lui a'eat assise sur les venu 1 1 pas, ô Fi lia h, soi n jonché» de guerriers 1

Kotbraar, !<■ boudier des guerriers, se tenait entre <lcii\ rochers crevassés. Deux chênes que les venta ont inclinés étendent leurs branches «le chaque «nie. Il rople «le sombres regards sur lillan, et, silencieux, il couvre ses amis. Lin;;al vil s'approcher l'in-

siaut du combat, et l'âme de ce héros en Fut émue. Mais, comme la pierre «le Loda (i) se détache et tombe toui à coup du sommet chancelant «lu Dru-

inan-anl, quand les esprits soulèvent la terre dans lepr courroux, ainsi tombaHotlunarau bleubouclier.

Non loin de là sont les pas de Culmin. Le jeune guerrier s'avance en fondant en larmes. Plein de rage, il coupe l'air de son épée, impatient de mêler ses coups à ceux de Fillan. Il avait bandé l'arc pour la première fois avec Rolhmar sur le rocher de son bleu torrent natal. C'est là qu'ils remarquaient ensemble le gîte des chevreuils, quand les rayons du soleil glissaient sur la fougère. Pourquoi, fils de Culallin, pourquoi, Culmin, te précipites-tu sur ce rayon de lumière? C'est un feu qui consume. Fils de Culallin, retire toi ! Vos pères n'étaient point égaux dans la lutte étincelante fies champs de bataille!

La mère de Culmin est restée dans sa demeure ; elle jette les yeux sur la course bleue du Strutha : un noir tourbillon se lève sur le torrent et tourne autour de l'ombre de son fils (2). Ses chiens hurlent

(1) Par la pierre de Loda, le poète fait allusion à un lieu sacré riiez les Scandinaves.

(2) On croyait que les chiens étaient sensibles à la mortde

TfeMORA.

à leur place ; son bouclier est sanglant dans son palais. — a Es-tu tombé, ô mon fils à la blonde chevelure, dans la funeste guerre d'Erin? »

Lorsqu'une biche, blessée secrètement, se couche pantelante aux bords de ses ruisseaux accoutumés, le chasseur examine ses pieds légers comme le vent et se rappelle son agilité fière et bondissante naguère : ainsi , sous les yeux de Fillan , repose étendu le fils de Cul-allin : ses cheveux roulent dans un faible torrent, son sang ruisselle sur son bouclier, et sa main tient encore l'épée qui l'a trahi au milieu du danger. — « Tu es tombé, dit Fillan, avant que ta gloire fut connue! Ton père t'envoya à la guerre ; il s'attend à entendre parler de tes exploits : vieux peut-être il se tient aux bords de ses torrents, et ses yeux se tournent vers Moi-lena; mais tu ne reviendras pas avec les dépouilles de l'ennemi vaincu. »

Devant lui, Fillan chassait Erin qui fuyait sur la plaine retentissante. Mais homme suj homme, les guerriers de Morven tombent devant la sombre et sanglante fureur de Foldath, qui répandait sur le champ de hataille le rugissement de la moitié de ses tribus. Dermid en courroux s'arrête devant lui, et les enfants de Selma se rassemblent autour de leur chef; mais son bouclier est fendu par Foldath, et son peuple s'enfuit sur la bruyère.

Enfin, dit l'ennemi dans son orgueil, ils ont fui ! ma gloire commence ! Va, Malthos, va dire à Cathmor de garder les bords de l'Océan , pour que Fingai n'échappe point à mon épée. Il faut qu'il soit couché sur la terre! Près de quelque marais on verra sa tombe; elle s'élèvera sans un chant funt-

leursmaîtresjorsmêmequ'elleavaitlieuà une très-grande distance de l'endroit où ils se trouvaient. C'était aussi une des croyances de ces temps que les armes qu'avaient laissées les j'.uerriers devenaient sanglantes quand ils succombaient dans un combat.

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l,i,. ci son ombre planera dam le brouillard mi I ci. m;; que des i useaux. »

Malthos l'écoutaii avec un doute de plus en | »l m soin lue ; il roulait ses yeux en silence; il connaissait la présomption de Foldatb. Il lève les veux el \<»ii

l'in;;al sur sa colline : il le retourne ailSSÎtôl d'un

. i i i sombre et plein de doute, el replonge son épée au milieu du combat.

Dans l'étroite vallée de (Mono, <»ù deux arbres

s'inclinent sur le torrent, smnlne dans s-i lu-'

se tenait le (ils silencieux de Dnllino. Le sanj; coule

du liane de Dermid; sou bouclier est brisé près de lui et sa lance s'appuie contre une pierre. Pourquoi, Dermid , pourquoi si triste?

» .l'entends le rugissement de la bataille, mes gueriici s sont seuls; mes pas sont lents sur la bruyère el je n'ai plus de bouclier. — Triompbera-t-il? ce ne sera que lorsque Dermid aura été renversé! Je veux te défier, ô Foldath! et te combattre de nouveau. »

Il saisit sa lance avec une joie terrible. Le fils de Morni arrive : u Arrête, fils de Dutlmo, arrête! Tes pas laissent des traces de sang; tu n'as plus de bouclier: pourquoi veux-tu tomber sans armes? » — » L'ils de Morni , donne-moi ton bouclier; souvent il a fait reculer la bataille; j'arrêterai ce chef dans sa course! Fils de Morni, vois cette pierre qui lève sa tète grise au-dessus des herbes : là repose un chef de la race de Dermid; place-moi là pendant la nuit. »

Il monte lentement sur la colline et contemple la confuse mêlée où les rangs étineelants de la bataille sont brisés et rompus de toutes parts. Comme ces feux éloignés qu'on voit la nuit sur la bruyère, tantôt paraissant perdus dans la fumée, tantôt élevant leurs torrents enflammés sur la colline, selon que les vents soufflent ou s'apaisent ; ainsi la bataille indécise se déploie sous les yeux de Dermid au large bouclier. A travers l'armée, Koldath se fraie un che-

2cjG TËAAORA.

min, semblable à quelque noir vaisseau sur les vagues d'hiver, lorsqu'il s'élance d'entre deux îles pour bondir sur le vaste Océan.

Dermid contemple sa course avec fureur ; il tâche de s'élancer vers lui , mais il s'affaisse au milieu de ses pas et de larges larmes coulent de ses yeux. Il fait résonner le cor de son père; trois fois il frappe son bouclier, trois fois il défie Foldath et l'appelle du sein de ses tribus rugissantes. Foldath voit le chef avec joie et lève dans l'air sa lance ensanglantée. Semblable à un rocher où sont restées les traces des torrents fangeux qui ont roulé sur ses flancs pendant un orage, le sombre chef de Moraa est lout souillé du sang qui a rejailli sur lui. Les armées, de chaque côté, s'écartent de la lutte des rois. Ils lèvent en même temps leurs lances étincelantes. Impétueux , arrive Fillan de Selma. Foldath recule de trois pas en arrière , ébloui par ce rayon de lumière qui semble sortir d'un nuage pour sauver le héros blessé; se recueillant dans son orgueil, il s'arrête et rassemble toutes ses forces.

Comme deux aigles aux vastes ailes se rencontrent au milieu des vents dans une lutte effrénée, tels, sur Moi-lena, les deux chefs s'élancent dans un combat horrible. Tour à tour les deux rois (i) s'avancent sur leurs rochers, car la guerre ténébreuse va bientôt descendre sur leurs épées. Cathmor, sur sa verte colline, ressent la joie des guerriers; leur joie secrète, quand les dangers s'élèvent pour atteindre à leurs âmes. Son œil n'est point tourné vers le Lubar, mais sur le terrible roi de Selma qu'il voit, se levant dans ses armes, sur le sommet du Mora.

Foldath tombe sur son bouclier : la lance de Fillan a percé le roi. Ce jeune héros ne regarde pas le vaincu, mai* poursuit sa course à travers la ba-

(i) Fingal et Cathmor.

1 1\ i;i. uv.h i \n:.

taille. Alors b'élêveni I - ce ni N"i\ de la mon. \i réte, fila de I ingal , Ruspenda la « oui a n< \ .us m paj nulle Foi me éliucelante, tel i il>l<- pi i de mort? Du roi d l-a in n'éveille poinl !«• cou»roux!

Kl virus , fiU (le ClatllO aux \< n\ bleus ! »

Maiibns vnii I o|(|;iili abattu. Ti ist. ment il 90

penche sur le héros e( la haine s'éloigne de son âme : il ressemblai I au rocher «lu désert) des Bancs aoirs

duquel IVau tombe gOUile a ;;outte quand le brouillai.I s'en esi lentement retire , et que tous ses arbres sopt Heu i> par les vents. Il interroge le liéros mourant but sa dernière demeure : u Ta pierre gi ic

li \« ia-t-elle < I a 1 1 s lllm OU dans le pa\s boisé de

Moi u a, où le soleil ne regarde qu'en secre! les «aides bleues du l>ali mlio? C'est la (jiic demeure ta fille, Dardu-lena aux veux bleus ! »

u Me la rappelles-tu . répond il Foldatb, parce que j< n'ai point de fils, point de jeune guerrier pour

nui 1er les ennemis devant lui, eu vengeance de moi? Maltbos, je suis déjà vengé! Dans le combat je n'étais pas inactif. Éléye autour de mon étroite demeure les tombeaux de ceux que j'ai tués : souvent j'abandonnerai les vents pour me rejouir sur leurs tombes, en les vovant autour de moi dispersées et couvertes de Longues herbes sifflantes, »

Squ âme s'envola vers les rêves de Dardu-lena, dans la vallée de Moma, où, de retour de la ebasse i\t's chevreuils, elle dormait près du torrent de Dalrutbo. Son arc détendu est près «le la jeune fille , et la brise couvre son sein de sa longue chevelure : vêtue de la beauté de la jeunesse reposait l'amour des héros. Sombre et se penchant vers elle, son père blessé semblait sortir de la lisière du bois; tantôt il se montrait, et tantôt il se cachait dans le brouillard. Pondant en larmes, elle se leva; elle savait (|ue le chef n'était plus. Sur elle descendit un rayon de son âme, tandis qu'elle se repliait dans son

2C)S TEMOBA.

nuage orageux,... Tu fus la dernière de sa raee . ô Dardu-lena aux yeux bleus!

Bolga en fuite se disperse et roule de tous cotes sur les bords du Lubar. Fillan s'attache à ses pas; de morts il jonche la bruyère ; Fingal se réjouit dans son fils.... Cathmor au bouclier bleu s'est levé!

Fils d'Alpin, apporte la harpe et confie aux vents les louanges de Fillan ; que ses louanges retentissent à mesoreilles, tandis qu'il brille encore dans la guerre.

« Sors, 6 Clatho aux yeux bleus! sors de ta demeure et contemple ton jeune astre ! L'armée s'est flétrie sous sa course : mais ne le regarde plus; il s'est obscurci! Réveillez les sons légers et tremblants de la harpe, réveillez-les, ô jeunes vierges! Ce n'est point un chasseur qui descend de l'humide retraite des biches bondissantes : il ne tend point son arccontre les vents; il ne lance point au hasard ses flèches aux plumes grises. Enveloppé dans la guerre sanglante, voyez contre ses flancs se briser la bataille. S'avançant au milieu des rangs de la mêlée, il verse la mort sur des milliers d'ennemis. Fillan est semblable à un esprit du ciel qui descend des ailes des vents : il marche de vague en vague et ses pas sont sentis par l'Océan troublé; il laisse derrière lui un sentier lumineux, et les îles secouent leurs tètes sur les mers bondissantes. Sors, ô Clatho aux yeux bleus, sors de ta demeure ! »

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