‹ Ossian, uvres complètesChapitre 93 sur 102 · TÛMOHA · texte numérisé non relu

TÛMOHA

ni (i), le descendant de Duthno (2), et le barde de Cona (3). Nous nous tenions à l'écart, chacun sous notre arbre : nous évitions les yeux du roi; nous n'avions pas triomphé dans le combat. On ruisseau coulait à mes pieds ; de ma lance je touchais ses ondes légères; je les touchais de ma lance, mais lame d'Ossian était ailleurs; sombre, elle s'élevait de pensée en pensée et soupirait profondément.

« Fils de Morni , dit le roi , et toi , Dermid , chasseur des chevreuils, pourquoi restez-vous sombres, ainsi que deux rochers d'où l'eau tombe et ruisselle? Nulle colèr3 ne s'amasse sur mon âme contre les chefs des hommes. Vous êtes ma force dans le comhai et ma joie dans la paix. 31a voix était, le matin, une brise agréable à vos oreilles, lorsque Fillan préparait son arc; mais le fds de Fingal n'est 'point ici ; ce n'est pas non plus une chasse aux chevreuils bondissants! Mais pourquoi, tristes et sombres, les briseurs de boucliers se tiennent-ils loin de moi? » Majestueux, ils s'avancèrent vers le roi; ils le virent tourné vers le vent du Mora, et ses larmes coulaient pour son fils aux yeux bleus qui dormait dans la caverne des torrents; mais, offrant à leurs yeux un visage serein, il parla ainsi aux rois aux larges boucliers :

« Ci ommal aux rochers verdoyants , à la cime brumeuse, le séjour des vents, verse devant nous le bleu et bruyant torrent de Lubar. Derrière cette montagne le Lavath roule ses eaux claires et si nueuses dans la tranquille vallée des chevreuils. Dans un rocher est une caverne sombre : au-dessus habitent les aigles aux fortes ailes; à l'entrée, les larges têtes des chênes gémissent aux vents de Clu-

(1) Gaul.

(2) Dermid.

- I tssian.

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na. ('/csl là, qu'au milieu dis bouclet «le l.i je|l

nette, demeure Ferad-artho , le roi «•"* veux Liens, le lils de Gairbar d'OHin. Il «(-unie la voix de Con-

dan, <|ui, vieux, se penebe dans l.i faible lumieie

de la caverne; il l'écoute, car ses ennemis habitent le palais de Témora, De temps en temps il sort tout

le VOÎle des bruuil lai ils pour percei les daims hnn- <li-s.iuts; mais <|uaml le soleil re;;arde la plaine, il n'est ni sur les melieis, ni sur les rives des torrents. Il ('-vite la rare de llolga, qui demeure dans le j>;ilais de son père. Dites- lui que l'ingal lève la lance et que ses ennemis succomberont peut-être. () Gaul, lève ton bouclier devant, lui! Derinid, présente-lui la lance de Témora! Quêta voix, ôCarril! raconte à ses oreilles les exploits de ses pères! C.onduisez-le sur la verte Moi-leua, sur la plaine oIj.m nie (\c> fantômes; car c'est là qu'à travers les rangs de la guerre je vais me précipiter au combat. Avant que la nuit obscure descende, montez sur la bautc cime de Dun-mora (1), et, à travers les voiles gris du brouillard , jetez les yeux sur Lena des torrents; si vous y voyez mon étendard flotter dans le vent sur les eaux brillantes du Lubar, c'est que Fingal alors n'aura pas succombé dans sa dernière bataille. »

Telles furent ses paroles , et, sans répondre, les rois s'éloignèrent en silence. De côté , ils regardaient l'armée d'Erin et devenaient plus sombres à mesure qu'ils s'en allaient. Jamais, avant ce jour, ils n'avaient quitté le roi dans le champ orageux des batailles. Derrière eux, touchant sa harpe de temps en temps, marchait Carril aux cheveux blancs : il prévoyait la chute des guerriers, et son chant était lugubre comme la brise qui souffle par moments

(1) Dun-mora : montagne de mora. De ce mot Dun dérive notre mot Doues, amas ou montagnes de sable.

32 2 TEMORA.

sur les roseaux du lac de Lego, quand le sommeil descend à moitié sur le chasseur couché sur la mousse de sa caverne.

u Pourquoi, dit Fingal, le barde deCona se penchet-il en silence aux bords de son torrent. Est-ce ici le temps de la tristesse, ô père d'Oscar qui n'est plus ! Que le souvenir des guerriers ne revienne qu'avec la paix et lorsqu'on n'entend plus le bruit des boucliers! Dans ta tristesse, penche-toi alors sur le torrent où souffle la brise de la montagne ; et que les habitants de la tombe, les ombres aux yeux biens, passent alors sur ton âme ï Mais Erin aujourd'hui roule au combat ses flots vastes, sombres et courroucés. Lève, Ossian,lève le bouclier : je suis seul, ô mon fils ! »

Comme à la voix subite des vents, le navire, retenu par le calme dans la baie d'Inis-huna, vole au large et chevauche les flots noirs de l'abîme; ainsi, à la voix deFingal, Ossian, majestueux, s'élance sur la bruyère.

Il lève, dans l'aile sombre de la guerre, son bouclier brillant, semblable à la lune large et pâle, dans les plis d'un nuage, avant que la tempête s'éveille.

Du Mora, que couvre la mousse, descend à grand bruit la guerre aux vastes ailes. Fingal, roi des torrents de Morven, conduit son peuple au combat. Son aile d'aigle se balance dans l'air et ses cheveux blancs flottent sur ses larges épaules. Sa marche puissante retentit comme le tonnerre. Souvent il s'arrête et regarde rouler derrière lui tes vastes flots des brillantes armures. Il ressemble au rocher que la glace a blanchi et dont les bois s'élèvent dans les vents : des torrents brillants jaillissent de son front et répandent leur écume dans les airs.

Fingal arrive à la caverne où Fillan dort son noir sommeil. Bran est encore couché sur le bouclier brisé : l'aile d'aigle est dispersée par le vent ; bril-

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