‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 117 sur 130 · dents de chaque côté, savoir · texte numérisé non relu

dents de chaque côté, savoir

| lncis. | Can. 5~s °--7 Mol. (— 3-f— avant-mol. 7 principale } arrière-mol.).

Les dents que nous avons nommées intermédiaires dans le cours de ce mémoire sont donc celles qui sont comprises entre la première incisive supérieure ou inférieure et la première grosse molaire ou principale.

Quant aux caractères que l’on peut ensuite tirer du nombre et de la forme des dents de chaque sorte, nous nous bornerons à dire que leur fixité est réellement admirable; aussi, comme nous l’avions déjà constaté pour les Chéiroptères et pour les Quadrumanes , pouvons-nous assurer que c’est là seulement à défaut de l’analyse, presque impossible pour plusieurs raisons , des organes de la génération , que l’on doit chercherle critérium des véritables espèces, et je puis assurer que jusqu’ici je n’ai trouvé aucun cas où ce moyen se soit trouvé en défaut. Je ne saurais donc trop le recommander sous le rapport spécifique aux zoologistes.

Il n’en est pas de même d’une trop rigoureuse appréciation de la proportion et même de la forme de la queue , de la coloration dans son intensité, dans sa teinte, et même quelquefois dans sa distribution. M. Duvernoy s’est assuré , comme nous l’avons fait observer plus haut , que chez les Musaraignes, par exemple , genre où le nombre des espèces véritables est plus grand que dans aucun autre groupe de cet ordre , les variations sont nombreuses, suivant les sexes, l’âge et même la saison.

S 111. — De la distribution géographique des Insectivores.

Il est digne de remarque que les Taupes proprement dites n’ont été

(1) Voyez Mémoire sur quelques anomalies du système dentaire ■ Annales d’anatomie et de physiologie, tome I.

jusqu’ici trouvées que dans l’ancien continent et même principalement dans l’Europe, c’est-à-dire dans ses parties septentrionales. Toutefois Shaw met la Taupe au nombre des animaux de la Barbarie, M. Hodgson la cite dans le Népaul, et M. de Siebold en a découvert au Japon une espèce à laquelle il donne le nom de S. moogura , et dont M. Temminck a bien voulu nous envoyer un individu. Nous nous sommes assuré quelle diffère réellement de la nôtre. Nous devons en outre faire remarquer que M. Richardson assure, dans sa Faune de l’Amérique septentrionale, avoir vu dans la collection de la Société zoologique de Londres deux individus de véritables Taupes , provenues sans aucun doute de la Nord- Amérique , ce qui est reproduit dans le catalogue fort bien fait de cette collection que vient de publier M. Waterhouse. Ajoutons que M. le docteur Harlan , dans sa Faune américaine , p. 43 , cite aussi la Taupe vulgaire comme nord-américaine, mais d’après une note manuscrite du voyageur Bar tram ; et que cependant M. Lesueur, qui a vécu, pendant son long séjour dans l’Amérique septentrionale , sur les deux versants des Alleghanys , nous a assuré qu’il n’avait jamais trouvé de véritables Taupes dans ce pays.

Sauf cette exception , le nouveau monde ne possède que des Taupes- Musettes , et encore n’existent-elles que dans la partie septentrionale ; telles sont les Scalops et les Condylures. Dans tout le reste de ce vaste continent , depuis la Caroline jusqu’à l’extrémité la plus méridionale de la Patagonie , le genre Taupe n’est nullement réprésenté , pas plus , il est vrai , que celui des véritables Musaraignes et surtout des Hérissons. C’est ce que confirme de nouveau le beau travail de M. Waterhouse sur les Mammifères de la Sud- Amérique orientale , recueillis par M. Darwin. Il n’y est question d’aucune espèce d’insectivores autres que de Chéiroptères et de Sarigues.

L’ancien monde, dans sa partie méridionale, ne possède de Taupes dorées qu’en Afrique , au cap de Bonne-Espérance , et peut-être en Gambie.

Les Desmans, qui commencent la série des Musaraignes, n’ont été observés jusqu’ici que dans l’ancien continent, une espèce en Europe, l’autre en Asie, et toujours dans des pays de montagnes.

G. Insectivores. 12

Les Scalops et Condylures.

Les

Chrysochlores.

Les Desmans.

90 INSECTIVORES; TALPA, SOREX , ERINACEUS

Les Quant aux Musaraignes proprement dites , on peut dire que , sauf

Musaraignes. p^mérique méridionale, où l’on ne connaît encore ( du moins d’une manière certaine , car la Musaraigne de Surinam de Schreber paraît bien être une espèce de ce genre) que la très-grande espèce de Saint-Domingue, voisine des Desmans, et dont M. Brandt a fait le genre Solenodon , il en existe dans toutes les parties du monde , la Nouvelle-Hollande et la Polynésie exceptées.

Les différents petits groupes d’espèces de ce genre semblent même être assez limités à des circonscriptions géographiques distinctes. Ainsi les Mu- DEau. saraignes d’eau (4) sont essentiellement septentrionales, et semblent diminuer à mesure qu’on se porte davantage vers des régions plus méridionales. Nous n’en connaissons pas en effet encore d’Afrique ni même d’Asie , quoiqu’il soit fort probable qu’il en existe dans les parties septentrionales de ce dernier continent.

Terrestres. c’est le contraire pour les espèces essentiellement terrestres (^ ) à dents constamment blanches : il semble qu’il ne s’en trouve pas dans le nord de l’Europe ni même en Angleterre ; il n’est pas davantage certain qu’il en existe dans la Nord-Amérique , car le S. araneus de M. Harlan pourrait bien être le S. araneus des zoologistes anglais , et qui , d’après M. Jenny ns, est le S. vulgaris (i).

C’est le contraire à mesure que l’on se porte vers le sud et même en Europe; les Musaraignes les plus communes appartiennent à la division du S. araneus aussi bien en Europe qu’en Afrique.

Palustres. Quant aux espèces à cinq dents intermédiaires supérieures, et qui toutes ont les dents colorées , elles sont exclusivement septentrionales

(1) M. Bachman, qui termine son Mémoire sur les Musaraignes de l’Amérique septentrionale, en disant que le S. araneus est jusqu’ici une espèce européenne, assigne cependant à son S. longirostris une formule dentaire tout à fait semblable à ce qui a lieu dans notre Musaraigne terrestre ; mais comme cet auteur donne aussi comme un individu âgé du S. longirostris une Musaraignequi a \ pour intermédiaires, on voitqu’il ne faut pasavoirune confiance entière aux observations de M. Bachman, car, à tout âge, les Musaraignes ont le même nombre de dents.

dans les deux continents, depuis la Suède jusque dans l’Europe la plus méridionale, dans le nôtre, sans passer cependant au delà; mais, pour les espèces à dents blanches et à quatre fausses molaires, comme les Musaraignes d’eau, elles sont au contraire essentiellement méridionales, la première espèce commençant en Europe sur le littoral méditerranéen (5. elruscus ), et toutes les autres étant, comme elle, d’Afrique ( S . gracilis ) ou de l’Inde (S. myosurus). Nous avons aussi reçu cette dernière de l’île de l’Ascension; y aurait-elle été importée comme à l’île de France?

Les Musaraignes-Écureuils sont également d’Asie, mais principalement de l’archipel Indien; et les Musaraignes gerboises ou à longs pieds sont au contraire toutes africaines , depuis les parties les plus septentrionales en Barbarie, jusqu’aux plus méridionales au cap de Bonne-Espérance.

Les Hérissons sont encore plus limités à l’ancien monde que les Musaraignes, puisque aucune espèce n’a encore été observée dans le nouveau, même dans la Nord- Amérique ; mais il s’en trouve dans l’ancien continent aussi bien en Europe qu’en Afrique et en Asie.

L’île de Madagascar , sous ce rapport, est aussi favorisée que pour les Makis, étant seule pourvue de la division des Erinaceus que Buffon a fait connaître sous le nom de Tenrec et Tendrac, et qui constituent le genre Cenletes des zoologistes modernes. Les îles de France et de Bourbon possèdent bien aujourd’hui un assez grand nombre d’animaux de l’espèce du Tenrec , mais il est très-probable quelle y a été importée de Madagascar.

Les Glisorex ou Tupaias.

Les

Macroscélides.

Les Hérissons.

S IV. De l’ancienneté des Insectivores a la surface de la terre.

i° Chez les historiens, poètes ou mythographes, je ne connais jus- Dans qu’ici qu’un assez petit nombre de passages qui fassent allusion à un animal de cet ordre ; et cela se conçoit aisément en remarquant que tous vivent cachés . et qu’ils ne se présentent qu’assez rarement à la vue.

92 INSECTIVORES; TALPA, SOREX , ERINACEUS.

Dans la Bible.

Dans Hérodote.

Chez les l’oëtes Naturalistes.

Dans

les Œuvres artistiques.

Figurines en bronze.

A l'état de Momie.

Hérissons.

Dans plusieurs livres de l’Ancien Testament , les traducteurs grecs de la Septante, et même saint Jérôme, dans la traduction latine connue sous le nom de la Vulgate, ont quelquefois employé les mots de Talpa et de Mygale ou Sorex; mais il n’est rien moins que certain que les mots hébreux ainsi interprétés le fussent convenablement et indiquassent la Taupe et la Musaraigne.

Hérodote paraît donc l’auteur le plus ancien chez lequel il soit fait mention de la Musaraigne; et ici il ne peut y avoir de doute, puisque c’est à l’occasion des animaux que les Égyptiens considéraient comme sacrés, et qu’en effet on en trouve encore , au moins une espèce, à l’état de momie.

2° Nous avons vu , en faisant l’histoire de cette petite partie de la série mammalogique , qu’il en est de même chez les historiens naturalistes , et peut-être même chez les poètes qui ont eu à peindre les scènes de la nature, comme Oppien. Ainsi à dater d’Aristote, et depuis lui sans interruption , les trois types principaux des insectivores ont été mentionnés par les naturalistes.

Je ne connais au contraire jusqu’ici aucun monument ancien , médaille , bas-relief, ou mosaïque , qui en ait donné une figure ou une représentation quelconque.

Je dois cependant citer qu’en examinant tout dernièrement avec notre confrère , M. Bureau de la Malle, la collection de figurines qui fait partie du musée égyptien au Louvre, et dont la garde et l’arrangement sont si justement confiés à M. Dubois, j’ai cru devoir rapporter à la Musaraigne des momies deux figures assez grossières en bronze, mais dont la forme générale , les proportions et surtout le prolongement de la lèvre supérieure , indiquent évidemment un animal de ce genre.

Ce rapprochement, au reste, me semble confirmé par les animaux conservés à l’état de momie dans les vastes nécropolis remplies par les anciens Égyptiens.

Jusqu’ici toutefois on n’a encore trouvé aucune trace de Taupe ou de Hérisson momifiés; et cependant si la Taupe n’existait pas en Égypte ,

comme il paraît quelle n’y existe pas aujourd’hui, il n’en était pas de même d’une espèce de Hérisson , qui s’y trouve au contraire assez communément de nos jours.

Mais la raison qui avait déterminé ce peuple à placer la Musaraigne au nombre des animaux sacrés, c’est que, suivant Antoine Liberalis ( Fabl. 28 , p. 46), Latone, que les Égyptiens connaissaient sous le nom de Buto , avait pris la forme de ce petit animal pour échapper aux poursuites de Typhon ;oubien, suivant Plutarque (Synops., liv. IV, Problem. 5, p. 670, B.), parce que cet animal ne voit pas, et que suivant eux les ténèbres étaient plus anciennes que la lumière.

Quant aux Musaraignes , qui vivent aujourd’hui à peu près dans toute l’Afrique, on en a rencontré plusieurs fois dans les puits de Sackara.

Olivier paraît cependant être le premier qui ait reconnu les restes d’une grande espèce de ce genre au nombre des momies égyptiennes (1); on en retira même sous ses yeux six individus ayant la tête entière et provenant d’un même pot. M. Desmarest l’a signalée comme distincte dans le supplément à sa Mammalogie, et toutefois, à en juger du moins d’après la figure que le voyageur en a donnée pi. 33 , fig. 1 A B C D et E , elle ne paraît pas différer d’une espèce qui se trouve encore aujourd’hui vivante en Afrique , et qui a été décrite depuis lors.

MM. Hemprich et Ehrenberg ont , en effet, reconnu l’analogue d’une espèce actuellement vivante et même assez commune aux environs de Suez , dans une momie de Musaraigne trouvée à Sackara , et cette espèce me semble avoir tous les caractères du S. flavescens de M. Isidore G eoffroy- Saint-Hilaire.

Enfin ce dernier zoologiste a décrit et figuré, dans les Mémoires du Muséum, tome XV, p. 128, PI. 4? fig- i-3, trois momies de différentes grandeurs. La première , la plus grande , qu’il rapporte au S. giganteus indicus ou my 0 surus ; la seconde au S. cirancus , et une troisième dont il

Musaraigne*.

Suivant

Olivier.

MM. Hemprich et Ehrenbers:.

Isid. Geoffroy.

(1) Voyage dans l’empire ottoman, II, 94.

INSECTIVORES; TALPA, SOREX, ERINACEUS.

fait une espèce nouvelle à cause de la longueur et de la forme carrée de la queue, sous le nom de S. religiosus. Malheureusement M. I. Geoffroy n’ayant pu voir le crâne ni le système dentaire de ces momies , il n’a pu donner aucun détail à ce sujet , en sorte qu’il a été longtemps impossible de savoir à quelle section des Musaraignes cette dernière appartenait. Toutefois, par la taille, elle me paraissait avoir assez de rapports avec le S. etruscus de Savi, ou peut-être encore mieux avec l’espèce que j’ai nommée S. gracilis , d'après un individu envoyé du Cap par M. Verreaux , laquelle est très-différente des autres espèces de cette partie de l’Afrique qu’il m’a été possible de lui comparer ; mais j’ai constaté sur un échantillon du S. religiosus qu’il n’y a que trois molaires intermédiaires en haut comme dans le S. crassicaudus, appelé aussi S. Olivieri par M. Lesson , d’après M. Desmarest, et Suncus sacer par M. Ehrenberg.

Quant à la momie que M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire rapporte au S. araneus , ce n’est encore ,«i je ne me trompe , que d’après la taille que ce rapprochement a été fait, et par conséquent on devait d’autant plus conserver de doutes que jusqu’ici la véritableMusaraigne terrestre n’a pas été trouvée en Afrique.

Mais toutes ces incertitudes sont tombées devant l’observation rapportée par M. Ehrenberg dans un mémoire sur les Cynocéphales et les Sphinx des Égyptiens, inséré dans les actes de l’académie royale de Berlin pour i 836 , observation faite d’après les objets mêmes figurés par M. Isid. Geoffroy, et actuellement au musée royal de Berlin. En effet , M. Ehrenberg s’est assuré , d’abord que la grande momie n’est rien autre chose que son Suncus sacer , le Sorex crassicaudus , Licht., et ensuite que les deux autres n’en sont que le second âge. Dès lors, la Musaraigne momifiée par les anciens Égyptiens n’est très-probablement que le S. flavescens de M Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire , grande espèce d’Afrique , de la taille de celle de l’Inde, mais appartenant à une autre division.

OSSEMENTS FOSSILES

S Y. Des restes d’Insectivores conservés a l’état fossile.

Le premier auteur qui ait fait mention de quelque partie fossile ayant appartenu à un animal de cet ordre, est feu M. G. Cuvier, qui a en effet indiqué dans les brèches osseuses de Sardaigne, des fragments d’os de Musaraignes ; mais depuis lors on en a trouvé des trois principaux genres européens d’insectivores , et même à la fois , dans la même localité , dans les cavernes de la province de Liège.

Feu M. le D. Schmerling, auquel la science doit un très-bon travail sur ces cavernes, a découvert des restes extrêmement reconnaissables de la Taupe ordinaire dans les cavernes de Chokier, du Fond-de-Forêt , d’Engdioul , d’Engis et de Goffontaine, c’est-à-dire dans toutes les cavernes des environs de Liège qu’il a pu explorer. Ces restes, qu’il a figurés dans son ouvrage, consistaient en une tête presque entière, cinq demi-mâchoires inférieures avec une grande partie de leurs dents , une omoplate , un humérus , un cubitus , des os du bassin et un sternum , c’est-àdire les parties les plus caractéristiques du squelette, et en si bon état de conservation , que M. Schmerling a affirmé sans le moindre doute quelles avaient appartenu à un animal ne différant nullement de la Taupe actuellement vivante dans nos pays.

M. deSchlotheim cite aussi des fragments de Taupes, et entre autres une mâchoire inférieure trouvée avec des restes de beaucoup d’autres animaux actuellement vivants en Europe, et aussi de rhinocéros et d’hommes , dans la terre argileuse qui recouvre le sol de la caverne gypseuse , près Kostriz.

De Taupes ordinaires, l'ar le

1>. Schmerling.

Têtes.

de Liège.

M. de

Schlotheim.

Cavernes de Koslriz.

Au nombre des ossements fossiles , si nombreux et si curieux, découverts par M. Lartet dans le dépôt de Sansans des environs d’Auch , par MM. l’abbé Croizet etdeLaizer, dans plusieurs localités d’Auvergne, et qui font partie de nos collections ou qu’ils ont bien voulu confier à notre examen, nous avons trouvé un certain nombre de pièces qui ont appartenu à des animaux de ce genre.

Par l.artet.

Sansans.

D'une Taupe à dents aiguës.

Auvergne.

9<j INSECTIVORES; TALPA , SOREX , ERINACEUS.

Nous parlerons d’abord d’un fragment de mandibule gauche recueilli par M. Lartet à Sansans. Quoiqu’il ne porte que deux dents entières , on reconnaît assez aisément, par le nombre et la disposition des alvéoles, qu’il y en avait certainement six molaires en série, trois avant-molaires, dont la seconde seule existante a ses deux racines connexes, et trois molaires véritables , dont la première arrière-molaire seule existe encore avec tous ses caractères, En avant de l’alvéole unique de la première avant-molaire, s’en trouvent deux fort rapprochées pour la canine, ce qui , joint à la forme de l’os mandibulaire , ne peut laisser le moindre doute sur la ressemblance de ce fossile avec son analogue dans la Taupe ordinaire. Seulement les dimensions indiquent un individu de fort grande taille et très-vieux; aussi les pointes des dents sont-elles fort émoussées.

Une seconde et nouvelle espèce de ce genre nous est indiquée par un ossement fossile delà collection deM.le comte de Laizer, et qui consiste en une branche horizontale de mandibule droite , portant toutes ses dents, sauf les incisives; c’est-à-dire sept dents complètes en série non interrompue.

T Une canine à deux racines, comme dans les Taupes, mais plus élevée , plus caniniforme que dans notre Taupe d Europe.

2°, 3°, 4°. Trois avant-molaires assez bien de même forme, mais croissant en hauteur assez rapidement; la troisième à deux racines et à deux pointes fort aiguës , avec un talon très-prononcé, plus que dans la Taupe commune.

5”, 6°, 7°. La principale un peu plus petite que la première arrièremolaire; mais de même forme à deux racines, et la couronne, composée de deux parties subégales ; l’antérieure à trois pointes, la postérieure à deux ; l’externe bien plus élevée que les internes , qui sont au nombre de trois.

Quant à l’os mandibulaire, quoique plus petit que dans la Taupe commune , il est cependant un peu plus robuste ; en sorte que , si le système dentaire est plus d’une Taupe, l’os a quelque chose de celui du Scalops.

OSSEMENTS FOSSILES

Mais ce que I on rencontre le plus souvent à l’état fossile des pièces du squelette de la Taupe commune , c’est l’humérus si singulier , si remarquable , si caractéristique dans ce genre d’animaux.

Nous en possédons deux de la collection de M. Lartet, c’est-à-dire de Sansans ; trois de celle de M.deLaizer, c’est-à-dire d’Auvergne; tous du côté droit et qui ressemblent tout à fait à leur analogue dans la Taupe d’Europe ; seulement les uns sont un peu plus grands que les autres , différence qui tient sans doute au sexe, car nous avons noté la même différence entre l’humérus des individus mâles et femelles de l’espèce vivante dans nos climats.

La même forme , mais avec une taille encore moindre, s’est montrée dans un humérus de la collection de M. l’abbé Croizet, et dans un autre de celle de M. de Laizer.

Enfin, si les deux précédents peuvent être encore rapportés à la Taupe de notre pays, mais à des individus de sexe femelle et de petite taille, il est assez difficile d’en faire autant d’un autre humérus provenant encore de Sansans, et qui, non-seulement, n égale pas la moitié du plus grand, mais encore est moins court proportionnellement , et par conséquent un peu moins large, moins ramassé, ce qui indique un peu moins de disposition pour fouiller la terre.

On peut encore noter comme indiquant une forme particulière de Taupe, un humérus de la collection de M. de Laizer, et qui, par conséquent, provient des terrains d’eau douce d’Auvergne. Sa ressemblance pour la taille et la forme générales avec un humérus de Taupe ordinaire d’assez grande taille, est évidente; mais il en diffère par un peu moins de largeur totale , et surtout par la manière dont la crête d'insertion du grand pectoral est détachée , descendue et même saillante.

Je ne connais en ce moment aucune Talpa vivante qui offre ce caractère. La Taupe à museau étoilé ou Condylure est celle qui en approche davantage ; mais ce serait beaucoup trop hardi que de regarder l’humérus fossile comme ayant appartenu à une espèce de cette division.

Maintenant il s’agirait de rapporter les deux fragments de mandibule G. Insectivores. 13

Humérus :

De la Taupe commune.

De la Taupe petite.

(T. minuta.)

De la Taupe

luroïdienne ( T.antiqua).

Auvergne.

Des

Musaraignes.

S. fodiens.

Des brèches de Sardaigne.

De la caverne de Kostriz.

98 INSECTIVORES; TALPA, SOREX , ERINACEUS.

décrits plus haut à l’une des trois formes d’humérus ; mais c’est ce qu’il est beaucoup plus difficile de faire d’une manière un peu satisfaisante , parce qu’il n’y a certainement aucun rapport, aucune relation entre le système dentaire et l’humérus, instrument ou partie de l’appareil locomoteur.

Je serais cependant porté à penser que :

i Le premier fragment de mandibule doit provenir de la même espèce de Taupe que le grand humérus de Sansans, et que c’est notre T. œuropea ;

2° Que le second os mandibulaire vient de la même espèce que le très-petit humérus, et qu’on pourra la désigner sous le nom de Talpa minuta antiqua.

Quant au dernier humérus , on pourra nommer l’espèce à laquelle il a appartenu T. antiqua.

Quant aux restes fossiles de Musaraigne, nous avons déjà fait remarquer que M. Cuvier en avait signalé quelques débris dans une brèche osseuse venant de Sardaigne; mais sans autre détermination. Ayant pu étudier ces ossements qui font partie de la collection paléontologique du Muséum , et qui consistent en fragments de mâchoires supérieure et inférieure portant quelques molaires , en trois humérus et en un astragale , il nous a été facile de reconnaître qu’ils proviennent du S. rem fer ou fodiens plutôt que du S. vulgaris ou tetragonurus. En effet , les alvéoles des dents intermédiaires, car celles-ci manquent entièrement, n’indiquent que quatre dents à la mâchoire supérieure , et les arrière-molaires qui restent sont faiblement colorées à leurs parties saillantes.

M. R. Wagner, en étudiant les fossiles de petits animaux vertébrés qui se trou vent en si grand nombre dans ces mêmes brèches , a reconnu de son côté qu’une moitié de mâchoire inférieure, qu’il figure ainsique des portions d’humérus , et une autre moitié antérieure de mandibule avec ses dents, se rapportent complètement au S. fodiens actuel.

M. de Schlotheim se borne à citer comme trouvées à Kostriz , des dents de Musaraigne ordinaire, sans doute de l’espèce terrestre.

OSSEMENTS FOSSILES

M. Billaudel dit encore moins en se bornant à rapporter que, dans la caverne Avison , près St-Macaire , département de la Gironde, il a trouvé des Insectivores du genre Sorex avec des ossements d’Hyène, de Taupe et d’autres animaux.

Mais la personne qui a donné le plus de détails sur les ossements fossiles de ce genre est M. Schmerling, dans son histoire des cavernes de la province de Liège.

Il y parle d’abord (pag. 78) d’une tête presque entière avec la mâchoire inférieure, l’une et l’autre pourvues de leurs dents, et qui présente tous les caractères de la Musaraigne terrestre ( S . araneus ) ; elle a en effet toutes les dents blanches, trois intermédiaires supérieures et deux inférieures, absolument comme dans celle-ci. On ne conçoit donc pas comment M. Schmerling a pu dire que le seul point sous lequel ce fossile s’éloigne de l’espèce vivante , consiste en ce que la première a une fausse molaire de moins à la mâchoire supérieure. Jamais le S. araneus n’a plus ni moins de trois petites dents intermédiaires à la mâchoire supérieure.

Dans un second paragraphe est indiquée comme fossile dans les mêmes cavernes et d’après un crâne avec ses dents, une autre Musaraigne qui diffère de la précédente, en ce quelle a un plus grand nombre défaussés molaires ou d’intermédiaires, cinq au lieu de trois; ce qui indique évidemment un animal de l’espèce du S. tetragonurus , comme Schmerling l'a supposé ; mais nous savons par ce qui précède que cette Musaraigne n’est autre que le S. vulgaris. Au reste, toutes les deux ne sont pas rares encore aujourd’hui aux environs de Liège. Malheureusement l’auteur ne dit pas jusqu’à quel point les dents sont colorées à cette tête pourvue de cinq intermédiaires.

Les dépôts de Sansans et d’Auvergne nous ont aussi fourni des ossements fossiles qui ont appartenu à des animaux de ce genre.

Nous commencerons par signaler une partie assez considérable d’humérus du côté gauche, auquel la tête supérieure seule manque, et que M. Lartet, qui l’a décou verte malgré sa petitesse, a justement rapportée au Desman des Pyrénées ; la comparaison minutieuse que nous avons faite de ce frag-

Des cavernes de l'A vison.

Des Environs de Liège.

A’, araneus.

S. vulgaris.

Desman de Sansans.

S. araneus d’Auvergne.

b’rinaceus

soricinoïdes

d’Auvergne.

100 INSECTIVORES; TALPA, SOREX , ERINACEUS.

ment avec son analogue dans le Desman, ne permet aucune espèce de doute à ce sujet; et pour s’en convaincre, il suffit de comparer les figures du récent et du fossile que nous avons fait représenter l’un à côté de l’autre. C’est en effet la même grandeur et les mêmes particularités, seulement le fossile est peut-être un tant soit peu plus robuste, et cependant l’apophyse d’insertion du grand pectoral est un peu moins prononcée.

La collection de M. l’abbé Croizet nous a fourni, comme trouvée en Auvergne, la branche horizontale presque entière d’une mandibule gauche , provenant évidemment d’une espèce de véritable Musaraigne. On peut même, en étudiant la forme et la proportion des quatre dents qui en occupent tout le bord, savoir : la dernière avant-molaire , la principale et les deux arrière -molaires, reconnaître que ce fragment a appartenu à un individu de la Musaraigne terrestre à dents blanches.

Quant aux fragments que M. l’abbé Croizet a signalés dans son mémoire sur les débris fossiles de l’Auvergne (Bullet. Soc. Géolog. IV, p. 2 5)? comme ayant appartenu à un Mammifère insectivore analogue à la Musaraigne de l’Inde, opinion qui est reproduite par M. Jourdain dans une note lue à l’Académie des Sciences en 1738, je crois qu’il y a quelque erreur, ou du moins dans la collection que cet investigateur zélé a bien voulu céder au Muséum, je n’ai trouvé aucune pièce sur laquelle on aurait pu appuyer cette assertion. Je supposerai donc quelle pourrait reposer sur la vue d’un échantillon de la collection de M. de Laizer, qui offre une demi-mandibule armée de la plus grande partie de ses dents , et qui , au premier aspect , ressemble en effet beaucoup à la mandibule d’une grande Musaraigne.

Ce morceau, dont nous donnons la figure dans notre planche des lnsectivora antiqua. consiste, comme il vient d’être dit, en une moitié gauche et complète de mâchoire inférieure , longue de 2 3 millim. depuis l extrémité antérieure jusqu’à celle de l’apophyse angulaire. La branche horizontale , assez longue et assez étroite , est cependant assez épaisse et arrondie en dehors, où l’on remarque deux trous mentonniers l’un à

OSSEMENTS FOSSILES

1 aplomb de la dernière avant-molaire , et l’autre immédiatement avant la précédente; son extrémité antérieure, un peu atténuée et peu recourbée, est comme tronquée par l’alvéole de la première incisive. L’extrémité postérieure est au contraire dilatée en une sorte de patte d’oie inégalement trilobée, et formant la branche verticale, assez faiblement excavée à sa face externe. Des trois lobes qui la terminent, le moins saillant est formé par l’apophyse condyloïde à peine élevée au-dessus de la ligne coronaire des dents. L’inférieure ou angulaire , qui dépasse à peine la précédente, est de forme triangulaire , un peu recourbée à la pointe et dans le prolongement du bord inférieur. L’apophyse coronoïde ou supérieure est au contraire assez large, assez haute, et presque verticale dans son bord antérieur peu convexe , le postérieur étant assez excavé.

Jusque-là il est évident que cette mandibule rappelle assez celle de la Musaraigne, surtout dans la forme de l’apophyse coronoïde; mais la ressemblance diminue beaucoup dans le système dentaire.

La première incisive est cependant encore dans la direction de la mandibule comme dans la Musaraigne , le Hérisson ; mais elle est bien plus courte que dans la première et plus pointue , et un peu plus en crochet que dans la seconde ; ce qui en fait quelque chose d’intermédiaire à ces deux genres.

Les premières dents intermédiaires manquent ; mais dans l’intervalle qui sépare la première des deux avant-molaires qui existent , on reconnaît aisément trois alvéoles simples, deux antérieures fort obliques, comme chez les Hérissons, et la troisième un peu moins; ce qui prouve qu’il y avait deux incisives latérales et une petite canine peu distincte, comme dans ces derniers animaux; disposition qui n’existe jamais chez les Musaraignes.

Les deux dernières dents intermédiaires qui restent, à peu près de même forme, épaisses à la base, triangulaires et pointues, avec un petit talon aigu en arrière , quoique la seconde soit notablement plus élevée que la première, représentent en effet les deux avant-molaires des Musaraignes et des Hérissons ; mais elles ont une forme toute différente, puis-

102 INSECTIVORES; TALPA, SOREX, ERINACEUS.

que dans celles-là elles sont larges , obtuses et fort basses, et dans ceux-ci

très-inégales , la seconde étant très-élevée et à trois cornes en avant d’un

talon.

La principale, notablement plus forte que la première arrière-molaire, est du reste formée comme celle-ci d’une moitié antérieure à trois cornes, l’externe bien pins haute et plus pointue que les internes, et dune moitié postérieure en talon biscupide.

Quant à la seconde arrière-molaire , à en juger par les deux alvéoles du bord mandibulaire , on peut croire quelle n’était guère moins forte que la précédente, et quelle touchait presque au bord coronoïdien.

Quoi qu’il en soit , d’après cette description du système dentaire du petit animal fossile , on voit qu’il avait à la mâchoire inférieure une série de neuf dents: trois incisives, dont une terminale déclive et deux latérales; une canine petite et cinq molaires, dont deux avant-molaires, une principale et deux arrière-molaires ; non comme dans les Musaraignes qui n’ont que six dents en série : une incisive , deux avant-molaires, une principale et deux arrière-molaires; ni même comme dans les Tupaias ou Glisorex , qui ont au contraire la série dentaire formée de dix dents : trois incisives , une canine et six molaires ; mais plutôt , comme dans les Hérissons , seulement avec une incisive de plus.

D’où l’on peut conclure que l’animal fossile représente un degré d’organisation insectivore intermédiaire aux Musaraignes et aux Hérissons , et dont la taille était intermédiaire à celles de la Musaraigne de l'Inde et du Tupaia.

11 faut considérer comme encore plus voisins des Erinaceus, des ossements fossiles également trouvés en Auvergne dans un terrain fort analogue, d’eau douce, par M. l’abbé Croizet, et qui font aujourd’hui partie de la collection du Muséum.

Le premier morceau consiste en une partie assez considérable de tête, saisie dans une masse d’argile , de manière à montrer la face inférieure et par conséquent le palais presque tout entier , surtout du côté droit , mais sans os prémaxillaire. La moitié postérieure de la mâchoire infé-

OSSEMENTS FOSSILES

rieure du côté gauche est encore en place , ses dents en connexion avec les correspondantes de la supérieure , et l’extrémité postérieure de la mandibule droite hors place est en contact avec deux os du métacarpe, ce qui prouve que le corps de ce petit animal a été entraîné par les eaux , tout entier, et que les parties s’en sont successivement détachées.

Ce qui reste de la tête montre quelle était ovale et s’atténuait assez rapidement en pointe à son extrémité antérieure ; que la série basilaire des vertèbres céphaliques était creusée en forme de canal longitudinal comme dans le Hérisson ; que le palais était membraneux dans une partie ovale allongée , ce qui a produit sur le squelette des trous de même forme , un peu comme dans le Hérisson, et même rebordé par un bourrelet assez épais à son bord postérieur, comme dans le même animal. Que le cadre orbitaire était entièrement ouvert en arrière; particularités qui se retrouvent assez semblables à ce qui existe dans le Hérisson d’Europe.

Quant au système dentaire de la mâchoire supérieure, on peut reconnaître d’une manière à peu près certaine qu’il est assez bien, comme chez le Hérisson , du moins dans la partie maxillaire ; car la partie incisive manque tout entière.

En scrutant les traces d’alvéoles ou de racines qui sont restées , on peut déduire de l’existence de deux trous ronds qui sont à l'extrémité du maxillaire, puis d’un troisième plus petit, à égale distance du dernier des deux précédents et du suivant , et enfin d’un autre trou rond tout contre la molaire principale; ou peut déduire, dis-je, avec une grande probabilité qu’il y avait une petite canine à deux racines, comme dans le Hérisson, puis deux avant -molaires simples, comme dans cet animal.

Une molaire principale est ensuite indiquée par trois racines brisées dans les alvéoles, deux en dehors et une dedans; cependant on peut penser, d’après la place, que la couronne de cette dent était plutôt quadrilataire que triquètre, ce qui serait encore comme dans le Hérisson.

Quant aux arrière-molaires, elles sont au nombre de trois, comme dans ce même animal; les deux premières tétragones, l’antérieure nota-

104 INSECTIVORES; TALPA, SOREX, ERINACEUS.

blement plus grosse que la postérieure, et la dernière triquètre et bien

plus petite , également comme dans le Hérisson.

La même ressemblance se montre dans la forme de la mandibule, du moins dans sa partie postérieure , la seule que nous connaissions; en effet, les trois apophyses qui trilobent la branche montante ont presque la même figure et la même disposition , comme on peut s’en assurer dans la planche consacrée aux Insectivores fossiles

On peut en dire autant des trois dernières dents molaires , les seules qui existent dans le fragment de mandibule que nous avons examiné. La première est un peu plus grosse que la seconde , et celle-ci encore plus que la troisième ; l’anté-pénultième et la pénultième montrant deux fortes pointes triangulaires internes, une troisième antérieure, plus petite, était sans doute cachée par l’agencement des molaires supérieures , et la dernière dent offrant à sa couronne excavée trois petites pointes marginales , encore assez bien, comme dans le Hérisson.

Je dois même ajouter que l’on peut voir dans une dent détachée que nous possédons et dont la couronne se soulève, en se tricuspidant , l’analogue de la dernière avant-molaire du Hérisson.

Ce rapprochement se soutient même encore par la considération des deux os métacarpiens mêlés avec les os de la tête; en effet, leur forme et leur grosseur, proportionnellement à leur longueur , indiquent encore plus de rapports avec les Hérissons qu’avec les Tupaias, ou autres genres voisins qui ont au contraire les os plus grêles et plus élevés.

Nous serions tenté de rapporter à la même espèce animale deux fragments de mandibule d’un noir de jais, provenant encore de la collection de M. l’abbé Croizet, et d’Auvergne, mais d’une autre localité.

L’un, le plus grand, portant une molaire principale, une première arrière-molaire de même forme, mais un peu plus petite, et les deux alvéoles pour autant de racines de la seconde et dernière.

L’autre armé de quatre dents : la première arrière-molaire, la principale et deux avant-molaires, sub-semblables , à deux racines, surtout la postérieure , et seulement à une seule pointe médiane.

OSSEMENTS FOSSILES

Mais ce qui nous retient, c’est que nous venons d’attribuer à l’espèce représentée par la tête décrite ci-dessus, une dent isolée regardée comme une dernière avant-molaire et dont la couronne est soulevée en tricuspide ; tandis que dans la pièce dont il s’agit en ce moment , cette dent est certainement unicuspidée, comme dans la mandibule décrite plus haut, celle de Y Erinaceus soricinoïdes.

Quant au genre Hérisson proprement dit, il est représenté en paléon- Erinaceus

î , . Europœus.

tologie par des fragments qui ont été trouvés par M. Schmerling dans les cavernes cavernes d’Engihoul et d’Engis, auprès de Liège; ils consistent en trois des environs demi-mâchoires inférieures, dont une est représentée pl. V, lig. 12 de l’ouvrage cité, et dont l’examen attentif ne laisse aucun doute sur l’existence , à l’époque du remplissage de ces cavernes , d’une espèce de Hérisson qui ne diffère en rien de celle qui existe aujourd’hui dans nos climats; et, ce qui est digne de remarque, comme le fait justement observer M. Schmerling , c’est que ces os se sont trouvés brisés, dispersés comme ceux des espèces éteintes, à différentes profondeurs dans la terre à ossements et par conséquent avec des ossements d’espèces que l’on regarde comme perdues.

Enfin , le dernier ossement fossile que l’on puisse supposer avoir ap- Erinaceus partenu à un animal de cette famille des Insectivores, provient encore ^ntiquus de la collection de M. de Laizer, et par conséquent des terrains d’eau douce de l’Auvergne.

C’est encore un fragment de mandibule du côté gauche , appliqué Mandibule, dans la gangue, de manière qu’on n’aperçoit que la face interne.

Brisée brusquement en arrière où la fracture est verticale , elle l’est au contraire avec esquille en avant , sans qu’on puisse voir comme elle se terminait. On peut seulement assurer, par le fragment qui reste, que cette mandibule était assez aplatie, surtout en dedans, et assez élevée, plus que dans aucun animal de cette famille, et quelle indique une espèce de la taille environ de notre Hérisson.

Le bord de cet os est garni , dans sa partie bien conservée , de six Dents, dents maxillaires, trois avant- molaires et trois arrière -molaires, sur

G. Insectivores.

106 INSECTIVORES; TALPA, SOREX , ERINACEUS.

Avant-

Molaires.

Première.

Seconde.

Troisième.

Arrière-

Molaires.

le milieu de la dernière desquelles passe la fracture du fragment.

Des trois avant-molaires, la première, beaucoup plus petite et assez distante de la seconde , n’a qu’une racine et sa couronne est triangulaire, obtuse; la seconde notablement plus forte, et presque en contact avec la troisième, est pourvue de deux racines et d’une couronne triangulaire, un peu crochue, avec un talon postérieur bien marqué; enfin, la troisième ne diffère de la seconde qu’en ce quelle est notablement plus forte, au point de dépasser toutes les autres dents.

Les trois molaires qui suivent en série continue ont tout à fait la même forme, mais la troisième étant notablement plus forte que les deux qui la précèdent, et subégales , toutes à deux racines. Leur couronne, peu élevée, est formée de deux parties : l’une antérieure, à trois pointes assez mousses, fort serrées, l’externe, la plus forte, et l’autre, postérieure, formant un talon fort bas, à deux pointes peu élevées.

Ainsi, en supposant que dans le fragment fossile il manque la dent molaire postérieure, on trouverait assez de rapports avec ce qui existe chez les Tenrecs , pour penser qu’il provient d’une espèce de ce genre plutôt que d’une espèce de Sarigue, dans laquelle on trouve cependant sept dents en arrière de la canine , et dont une des avant-molaires est également plus forte et plus élevée que les autres dents. En effet, si moins de soulèvement dans la partie antérieure des vraies molaires leur donne évidemment moins d’étroitesse que dans les Tenrecs, c’est la dernière des fausses molaires qui est la plus forte comme chez ceux-ci, et non l’avant-dernière, comme dans la plupart des Sarigues. D’ailleurs, la première de ces dents n’a qu’une racine dans le fossile , tandis qu elle en a toujours deux dans les Didelphes.

D’après cela on pourra, au moins provisoirement, nommer l’animal auquel a appartenu la mandibule fossile , Erinaceus ( Centetes ) antiquus. Toutefois, en conservant quelques doutes , fondés sur ce que dans le fossile il y a certainement trois avant-molaires comme dans les Sarigues , au lieu de deux qui existent dans les Tenrecs , et que chez le

CONCLUSIONS GÉNÉRALES. 107

Didelphis murinus c’est Ja dernière qui est la plus élevée; la première ayant cependant toujours deux racines.

Y a-t-il quelque rapprochement à faire entre notre fossile et celui (pe M. Charlesworth , d’une part ( Magazine ofnat. hist. , sept. 1839), et M. R. Owen, dune autre {Ibid., nov., p. 192 ), ont considéré comme pouvant appartenir à une espèce de Didelphis : c’est ce qui est peu probable; mais c’est ce que je ne puis assurer? N’ayant pas vu en nature le fragment de mandibule portant une seule dent observé par les auteurs cités.

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Dans létat actuel de nos connaissances au sujet des Mammifères insectivores, nous pouvons donc donner les résultats suivants :

(à) Comme résultats historiques de zooclassie.

Les anciens naturalistes , connaissant à peine les trois types européens de cet ordre de Mammifères, ne se sont nullement occupés de leurs rapports naturels et pas davantage de leur place dans la série.

Gesner est le premier qui les ait passablement définis, au moins les deux genres Talpa et Sorex. Ray est le premier qui, sentant leurs rapports naturels , les ait rapprochés tous les trois convenablement dans un système mammalogique.

Daubenton , qui a également exécuté ce rapprochement , a commencé à distinguer les espèces , du moins dans le genre Musaraigne.

Storr et Pallas ont parfaitement senti leurs rapports naturels entre eux et avec les autres Mammifères , ce que le premier a montré dans son prodrome d’une méthode naturelle des Mammifères.

Link en a formé le premier un ordre particulier.

Lacépède surtout, et à son imitation G. Cuvier et Illiger, prenant en considération rigoureuse le système dentaire , les ont partagés en plusieurs sections génériques.

108 INSECTIVORES; TALPA, SOREX, ERINACEUS

Radies , Smith et Brandt ont ajouté les nouvelles formes beaucoup plus distinctes, fournies par l’Afrique, l’Inde et l’Amérique.

Wagler enfin a appliqué aux Musaraignes proprement dites le même principe de divisions génériques qui avait été employé par Lacépède poulies trois genres linnéens, et il a introduit ainsi les bases de la distinction et de la distribution des espèces, ce qui a été adopté par MM. Duvernoy et Nathusius.

(b) Comme résultats de classification :

1 0 Les Mammifères insectivores doivent constituer un ordre distinct.

2° Sa place est intermédiaire à celui des Chéiroptères ou Chauves- Souris et à celui des Carnassiers.

3° La disposition, la distribution des espèces, doivent être des plus anomales pour fouir et vivre dans la terre, qui doivent commencer aux plus normales et aux moins souterraines , c’est-à-dire des Talpa passant aux Sorex, et finissant par les Ennaceus , dont le système dentaire, chez les Tenrecs , devient normal comme chez les Carnassiers.

4° La distinction des espèces repose essentiellement sur le système dentaire qui , pour chacune d’elles , présente une particularité tranchée dans le nombre , la forme ou les proportions des dents.

(c) Comme résultats de répartition géographique.

î. Les trois genres principaux sont essentiellement de l’ancien monde.

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