‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 116 sur 130 · MAMMIFÈRES INSECTIVORES · texte numérisé non relu

MAMMIFÈRES INSECTIVORES

A LA SURFACE DE LA TERRE

Précédée de l’histoire de la science à leur sujet , des principes de leur classification et de leur distribution géographique actuelle.

Si- — Histoire zooclassjque.

Les animaux qui constituent le groupe des Mammifères Insectivores, chez sont dans le cas des Chéiroptères ou Chauves-Souris , c’est-à-dire , qu’of- Ies Anc,en frant un assez bon nombre de singularités d’organisation et de mœurs, ils n’ont pu échapper , et souvent malgré leur petitesse , aux observations des naturalistes, depuis les temps les plus reculés jusqu’aux nôtres, d’autant plus que les trois espèces types, habitant toutes les parties de l’Europe, elles ont dû se présenter d’abord à l’examen des observateurs.

On trouve en effet les Taupes , les Musaraignes et les Hérissons signalés dans quelques-unes de leurs particularités par Aristote , Pline et leurs abréviateurs ou commentateurs.

Aristote s’est cependant borné à un très-petit nombre d’observations Aristote, sur les Taupes sous le nom d 'Aspalax, et sur les Musaraignes sous celui 330 a"s^vai de Mygale; encore n’est-il pas certain que son Aspalax ne soit pas une espèce de Rongeur , et d’ailleurs le peu qu’il a dit de la Musaraigne est-il controuvé. Il a été plus heureux pour le Hérisson qu’il appelle Echinos, et sur lequel il a noté quelques particularités intéressantes.

Pline, auquel nous devons les mots latins Talpa, Musaraneus elEri-

Pline ,

50 ans après

Éuen.

An moyen âge.

Isidore de Séville.

Albert le Grand.

Agricola.

■Scaliger.

A la

renaissance.

Gesner,

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naceus , ajouta fort peu de chose à ce qu’avait dit Aristote : il nous apprend seulement de la Taupe que, de son temps, on faisait des couvertures de lit avec sa peau. Du reste, il augmente encore le nombre des fables sur la Musaraigne , en rapportant que sa morsure est venimeuse en Italie, quelle ne se trouve pas au delà des Apennins, et quelle meurt lorsqu’elle a traversé ou mieux quelle est tombée dans une ornière. Quant au hérisson , il se borne à en dire avec plus de raison qu’il se cache pendant les mois d’hiver comme l’ours , etc.

Élien s’est emparé, comme de coutume, de toutes ces histoires, en laissant le peu de vrai qui avait été recueilli avant lui , pour augmenter le nombre des fables ; toutefois nous lui devons le fait de la manière dont le Hérisson trompe la voracité du renard.

Dans l’intervalle considérable qui sépare ces auteurs anciens de ceux de la renaissance des sciences naturelles en Europe , on voit Isidore de Séville, Albert le Grand, Agricola, Scaliger, rectifier ou augmenter ce que les premiers nous avaient laissé sur ces trois animaux ; mais sans s’occuper le moins du monde des espèces étrangères ou non qui pourraient en être rapprochées , et encore moins de leurs rapports naturels. Aussi Albert le Grand, adoptant sans doute à l’égard des Musaraignes l’idée que pouvait en donner le nom que leur avait donné Pline, en faisait-il une espèce de rat sous la dénomination de Mus lerraneus.

1 520. C’est donc à Gesner que commencent les idées plus justes sur ces trois insectivores ; en effet , quoique ce père de la science se borne souvent à recueillir de toutes parts tout ce qui avait été dit de bon ou de mauvais sur ces animaux chez les anciens comme chez les modernes, on trouve cependant, dans son grand dictionnaire, quelques observations nouvelles aussi bien qu’exactes. Ainsi , pour la Taupe , il commence par critiquer les auteurs, qui, comme Albert le Grand, voulaient en faire une espèce de Rat , en donnant pour raison quelle n’a pas les deux dents antérieures qui distinguent le genus murinum , comme , au reste, l’avait fait observer Scaliger; et il ajoute, en outre , à son article, une assez bonne figure.

HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 69

11 fait mieux encore pour la Musaraigne qu’il nomme, avec Pline, Musaraneus, et qu’il ne veutpas confondre avec le Sorex, comme on avait déjà commencé à le faire avant lui ; il en donne une description originale fort passable , avec une figure , non-seulement de l’animal , mais encore de la tête osseuse comparativement avec celle d’un Rat , afin de mieux faire ressortir les différences du système dentaire. Il est même à remarquer que la Musaraigne dont il parle est certainement l’espèce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Musaraigne d’eau, puisqu’il décrit quatre dents intermédiaires seulement à la mâchoire supérieure , en notant même quelles sont colorées.

Quant à ce qu’il dit du Hérisson sous le titre d 'Echinus terrestris, ce n’est guère qu’une longue compilation , mais accompagnée d’une assez bonne figure.

i552. Wotton, dans son ouvrage De differentiis animalium, ne con- wotton, naissait sans doute pas l’ouvrage deGesner, car il dit encore fort peu de chose des Taupes , qu’il place cependant dans le même chapitre que les Chauves-Souris, des Musaraignes (Mygale) qu’il range avec les Rats, et des Hérissons qu’il rapproche des Porcs-Épics. Wotton se borne, du reste , comme de coutume , à abréger avec beaucoup de soin ce que les anciens avaient rapporté d’un peu remarquable, fables et vérités, sur ces trois genres d’animaux.

i6i5. Aldrovande, et peut-être mieux Ambrosini, éditeur du livre de AWrovamie,

Quadrupedibus Digitatis de l’infatigable patricien de Rologne , n a ajouté que fort peu de chose à ce qui avait été dit avant lui ; mais , si le Mus araneus est encore au nombre des rats , la Taupe et le Hérisson ont chacun un chapitre particulier, et, de plus, la distinction de ces animaux porte , non-seulement sur quelques caractères extérieurs , mais encore sur l’organisation intérieure, grâce aux observations anatomiques que Marc- Aurèle Séverin venait de publier dans sa Zootomia Democrita. Nous devons aussi faire observer que la Musaraigne observée est le S. circineus des zoologistes récents, ce que démontre la description originale qu’il en donne.

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1657. Jonston, dans son abrégé, fort bien fait du reste, du grand ouvrage d’Aldrovande , ne donne rien de nouveau sur aucun des trois genres qui forment le groupe des Insectivores.

1668. Charleton ( Onomcisticon zooicon ) réunit bien les trois genres d’insectivores dans la même classe que ses Semiferci digitata , mais presque pêle-mêle : les Hérissons qu’il désigne sous le nom di Erinaceus étantà côté desHystrix ou porcs-épics ; les Taupes à la suite des Sorex; etsi, sous ce dernier nom, il comprend pour la première fois le Desman , Sorex moscoveticus aut odoriferus, comme Linné l’a fait depuis; la Musaraigne terrestre est, dans son genre Mus, sous la dénomination de M. araneus. Toutefois, c’est à Charleton qu’est dû l’emploi distinct des trois noms Erinaceus , Sorex et Mus , adoptés par Linné.

1693. Ray se borne également à peu près à copier ce qui avait été dit avant lui, et même sa description de la Musaraigne est évidemment prise de Gesner , et par conséquent elle appartiendrait à la Musaraigne d’eau ; mais les trois genres sont fort convenablement réunis dans une même section de sa Méthode mammalogique, et toujours sous les noms de Tcdpa , Musaraneus et d 'Echinus ou Erinaceus.

1735-1748. Linné, dans les six premières éditions du Systenia Naturœ , ne fut pas aussi heureux que Ray en ce qu’il sépara les Musaraignes des Taupes et des Hérissons, et qu’il détourna définitivement le mot Sorex de son acception naturelle pour l’appliquer aux Musaraignes; il choisit, en outre, le nom d 'Erinaceus pour le Hérisson, ce qui a été généralement adopté.

Quant à l’espèce de Musaraigne sur laquelle il établit son genre, on peut juger, d’après celle qu’il a décrite dans sa Fauna suecica, que c’est le même qu’il désigna sous le nom trivial de S. vulgaris dans sa description du Muséum du prince Adolphe Frédéric, et que dans la sixième édition du Systema naturœ , il nomma ensuite S. araneus. La détermination de cette Musaraigne paraîtra facile si l’on remarque que Linné lui donne quatre dents intermédiaires, et ce sera la Musaraigne d’eau ; mais comme il dit que ses incisives inférieures sont dentelées , on concevrait que ce

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fut le Sorex à cinq dents intermédiaires incomplètement observé.

1752. Hill suivit presque exactement Linné; comme lui il commença même à augmenter un peu le nombre des espèces. Ainsi, il rangea dans le genre Talpa sous le nom de T. acauda l’espèce du Gap dont on a fait depuis le genre Chrysocblore.

1756. Brisson, suivant la rigueur de son système mammalogique , fondé sur la considération du nombre des incisives, ne fut pas beaucoup plus heureux que Linné, dans le rapprochement des trois genres d’insectivores. Aussi, les Taupes se trouvent-elles assez éloignées des Musaraignes ; mais au moins celles-ci sont immédiatement avant les Hérissons, et par conséquent hors des dires ou Rongeurs. Le nombre des espèces de chaque genre est du reste assez augmenté et porté : celui des Taupes à six, des Musaraignes à quatre, et des Hérissons à deux; mais quelquefois par des rapprochements erronés. Toutefois, Brisson conserva encore le nom de Musaraneus pour le genre Musaraigne, et l’espèce sur laquelle il le fonda est bien certainement, d’après le nombre de dents qu’il lui assigne, le S. araneus des zoologistes actuels, et par conséquent la même que la Musaraigne d’Aldrovande.

C’est dans la même année que Daubenton travaillait à préparer les matériaux du grand ouvrage de Bulfon, qui avait commencé à paraître en 1749- Ayant porté son attention sur les Musaraignes, il reconnut et figura deux espèces bien distinctes de France, l’une terrestre et l’autre aquatique; malheureusement, dans la caractéristique qu’il en donna, il ne fit pas suffisamment attention au nombre des dents, et même il se trompa certainement en disant que la Musaraigne d’eau a le même nombre et la même disposition de dents que la Musaraigne terrestre, qu’il définit , du reste , d’après Brisson. Mais si Daubenton se trompa en ce point , il exprima parfaitement les rapports que ces animaux ont avec le Hérisson en les plaçant entre lui et la Taupe; perfectionnement qui devait bientôt se répandre dans toute l’Europe par la publication du huitième volume de l’Histoire naturelle de Bulfon, qui parut en 1760.

1761. Dans la seconde édition de la Faune suédoise, Linné revint au

72 INSECTIVORES; TALPA , SOREX, ERINACEUS,

nom trivial de S. arancus pour son S. vulgaris du Muséum du prince Adolphe Frédéric, ce qu’il fit également dans les éditions subséquentes du Systema naturœ ; mais dans la quatrième (1758), qui est indiquée comme la dixième, les Musaraignes furent placées dans un ordre distinct , qu’il établit sous le nom de Bestiœ auquel il donna pour caractères; nasus elongatus, fodiens ; dentes, semper plu res ; avec les genres Sus., Dasypus et Didelphis.

1766. 1766. Dans la cinquième, citée comme la douzième, et qui est la

dernière publiée par Linné lui-même , il accepta le rapprochement des trois genres tel que Daubenton l’avait fait, mais il les éloigna des Chauves-Souris faisant partie alors de ses Primates, pour les placer à la fin de ses Ferœ , et passer ainsi par les Erinaceus aux Hystrix, par lesquels il commence ses Glires. Du reste , le nombre des espèces fut assez peu augmenté, pas même, ce qu’il faut remarquer, de la Musaraigne d’eau, si bien décrite et figurée par Daubenton.

Fermant , 1771. S’il faut en croire Pennant, qui publia alors son Synopsis qua-

1771 drupedum , dans lequel les trois genres furent convenablement rappro¬

chés, quoique placés à la fin des Rongeurs et les espèces en même nombre à peu près que dans Linné, cette espèce de Musaraigne, signalée en 1756 par Daubenton, l’avait été un an avant, c’est-à-dire en 1755, par Pallas, aux environs de Berlin, et représentée elle seule sur une planche gravée sur cuivre, très-rare, mais non publiée, avec le nom S. fodiens, nom qu’il accepta lui-même, ce qui fut imité plus tard par Schreber. Malheureusement je n’ai pu me procurer cette planche , et j’ignore même si elle est accompagnée d’une description, et surtout de celle du système dentaire, ce qui est même assez peu probable.

Enieben , 1 777. Il faut toutefois quelle ait été fort peu connue, même en Alle-

1777 magne, puisque Erxleben, qui publia six ans plus tard le seul volume qui ait paru de son Systema regni animalis , et qui cite cependant le Synopsis quadmpedum et le nom de VF 'lier Shre-w sous lequel elle y est introduite , crut devoir donner à la Musaraigne d’eau de Daubenton le nom de son inventeur S. Daubentonii , quoique Muller l’eût déjà

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appelée S. aquaticus; mais rien n’indique encore le nombre des dénis. Erxleben, du reste, rapproche aussi les Taupes des Musaraignes ; mais il en sépare les Hérissons non-seulement par les Chauves-Souris , mais encore par les Ours. Quant aux espèces de ces trois genres , elles sont à peu près comme dans Pennant.

1778. Schreber, qui, le premier peut-être des zoologistes, fit entrer dans la caractéristique des genres le système dentaire tout entier , suivit exactement Linné pour le rapprochement et la place des trois genres d’insectivores; mais, comme nous l’avons dit plus haut, il accepta le nom de S.fodiens pour la Musaraigne d’eau de Daubenton , en sorte que ce nom n’a la priorité sur celui de S. Dciubentonii cl’Erxleben que par la citation de Pennant ; mais , ce qui est remarquable , c’est qu’il lui assigne le système dentaire du S. araneus , en sorte qu’à cette époque cette seconde espèce de Musaraigne d’Europe ne reposait que sur la considération de la taille et de la couleur.

1780 et 1783. Ce fut peu d’années après qu’Hermann , professeur d’histoire naturelle à Strasbourg, profitant du zèle investigateur du jeune Gall , alors l’un de ses élèves , et devenu depuis si justement célèbre par l’impulsion qu’il a donnée à la physiologie et à l’anatomie du cerveau, pensa avoir découvert plusieurs espèces nouvelles de Musaraignes. Il en donna en effet une phrase caractéristique linnéenne dans la Géographie zoologique de Zimmermann qui se publiait alors, puis les figures sans texte dans le grand ouvrage de Schreber ; ce que Boddart paraît avoir réuni dans son Elenchus animalium. Hermann, pour la distinction des trois espèces qu’il crut ajouter aux trois espèces européennes déjà connues, fit entrer une considération nouvelle, la coloration des dents; mais malheureusement il n’eut pas égard au nombre ; en sorte qu’avant le travail de révision de M. Duvernoy, il était réellement fort difficile de savoir ce qu’étaient les S. constrictus , te- Iragonurus et leucodon d’Hermann , même depuis que des descriptions plus étendues avaient été publiées dans son ouvrage posthume.

1781. Hermann, en augmentant le nombre des espèces européennes G. Insectivores. 10

Storr,

Jiechslein

71 INSECTIVORES; TALPA, SOREX, ERINACEUS.

de Musaraignes, s’était assez peu occupé de leurs rapports naturels; il n’en fut pas de même de Pallas c[ui, dans son excellent mémoire sur les S: moschatus et myosurus, commença d’abord par déterminer les nombreuses analogies que les trois genres Talpa, Sorex et Erinaceus ont entre eux, et reconnut ensuite qu’ils forment avec les Makis et lesCbauves-Souris une sorte d’ordre intermédiaire aux Singes d’un côté, et aux Carnassiers de l’autre. Du reste , n’ayant à introduire dans le système mammalogique que deux espèces de Musaraignes , lesquelles n’étaient même pas absolument nouvelles, il n’alla pas plus loin dans les principes de leur distinction.

1780. Cette indication de Pallas sur la place que les trois principaux genres d’insectivores doivent occuper dans la série, avait été déjà parfaitement établie par Storr ( Prodromus methodi Mammalium ) qui, le premier, essaya d’appliquer à cette classe d’animaux la méthode naturelle. En effet, il fut le premier qui disposa les Carnassiers insectivores d’une manière convenable. Aussi , les genres Sorex , Talpa et Erinaceus furentils placés les uns à côté des autres, entre les Chauves-Souris d’une part, et les Ours de l’autre, ce qui depuis a été presque généralement adopté.

1789. Gmelin dut cependant encore suivre les errements de Linné dans la place de ces trois genres, à la fin des Feras, pour passer aux Rongeurs , puisqu’il ne prétendait qu’à donner une nouvelle édition du Systema. Quant aux espèces, il se borna à peu près à copier Erxleben : seulement il donna au S. Daubenlonii le nom de S. fodiens, sous lequel Schreber en avait publié une assez mauvaise figure ; mais ce qui mérite detre signalé, c’est qu’il lui assigne encore pour système dentaire intermédiaire -f, et qu’à l’article du S. araneus il ajoute que son système dentaire est semblable à celui du S. fodiens , ce qui prouve qu’on n’avait encore d’autres renseignements sous ce rapport que ceux qui avaient été donnés par Daubenton.

Dans l’année où parut l’édition du Systema naiurœ de Linné par Gmelin, fut aussi publiée la première édition de l’Histoire naturelle pratique de Bechstein, et c’est dans cet ouvrage que la dénomination de

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S. nraneus fut définitivement appliquée à la Musaraigne de terre de Daubenton ; et du reste si complètement décrite et distinguée, que depuis lors il ne dut plus y avoir de doute à son sujet. Bechstein se borna en outre à citer les trois espèces nouvellement indiquées par Hermann, et fut le premier qui reconnut en Allemagne le S. pygmœus de Pallas.

1 793. Quatre ans après , dans la troisième partie du même ouvrage , n93.

Bechstein crut augmenter encore le nombre des espèces de Musaraigne , mais il n’augmenta réellement que la confusion qui commençait, ou mieux continuait à exister dans ce genre. Il donna en effet la description d’une nouvelle espèce , qu’il nomma d’abord S.fodiens , quoique differente de celle que Schreber avait nommée ainsi d’après Pennant, et plutôt d’après la Musaraigne d’eau de Daubenton, le S. fluviatiUs de Bechstein ; que plus tard, en 1 796, il a appelée S. eremita, Getrue Abbil. cent. Il , p. 22 pl. 1 4 f. 2 , puis enfin S. cunicularius en 1 801 , Nciturgesich. II. Ausg. Il , p. 879, et qui, d’après M. Nathusius, n’est autre chose que l’espèce reconnue anciennement en Suède par Linné, et nommée par lui d’abord S. vulgaris, puis S. araneus, c’est-à-dire le S. tetragonurus d’Hermann, ou la Musaraigne des marais à dents noires. En sorte qu’à cette époque trois espèces européennes de ce genre se trouvaient désignées sous des noms distincts, mais encore trop incomplètement définies pour être aisément reconnues.

Cependant, sauf quelques rares exceptions , tous les zoologistes généraux , acceptant le rapprochement des trois genres d’insectivores , et leur place dans la série telle que Pallas et Storr l’avaient établie (que l’on en fît une famille ou même un ordre distinct, comme Linck l’a fait le unck,

premier en 1795 sous le nom de Rosores dans ses mémoires pour servir ,795

à l’histoire naturelle, p. 79, Rostock), il n’y eut plus guère de variations sous ce rapport; mais on fut nécessairement conduit à exagérer l’emploi de la considération du système dentaire, et à établir de nouvelles divisions génériques.

1 798- G Cuvier, dans son Tableau élémentaire de l’histoire naturelle G. Cuvier,

clés animaux, commença en effet à partager les espèces de Hérissons; U98‘

Lacépède,

l’allas,

Geoffroj

76 INSECTIVORES; TALPA, SOREX, ERINACEUS.

d’après le système dentaire , en Hérissons proprement dits et en Tenrecs , les Sorex de Gmelin en Musaraignes ordinaires, qui ont les longues incisives inférieures sans intermédiaires, et en Musaraignes étrangères, qui les ont séparées par deux autres très-petites ; et il entendait par là les Scalops; tandis que Lacépède formulait nettement les genres Erinaceus, Tenrec , Sorex , Desman, Chrysochloris et Talpa , qui depuis ont été adoptés par G. Cuvier lui-même, qui les indique dans les tableaux faisant suite au premier volume de ses Leçons d’anatomie comparée , en les augmentant de celui des Scalops , que Lacépède laissait encore parmi les Talpa. Ces innovations furent aussi admises par M. Desmarest , en 1 8o4 ; par M. Duméril , en 1 8o6 , et en 1 8 1 1 , par llliger , qui trouva cependant encore à former son genre Condylura.

Dès lors , on peut dire qu’il y eut réellement autant de genres que d’espèces bien connues de Mammifères insectivores , sauf dans le genre Sorex, qui devint le sujet de travaux assez nombreux, travaux qui se sont continués presque sans interruption jusque aujourd’hui.

1 8 1 1 . Le premier qui se présente , du moins pour la date , est celui que Pallas a publié dans sa Zoographia Rosso-asiatica , et il y décrit et figure, mais malheureusement et contre son habitude d’une manière assez incomplète, six espèces de Musaraignes, dont trois anciennement connues : la Musaraigne d’eau, la plus grosse de toutes, à laquelle il donne le nom de S. hydrophilus , ce qui semblerait indiquer que ce n’est pas celle qu’il appelait S. f odieuse n 1 755 ; la Musaraigne de terre, S.araneus et le S.pygmœus; quant aux espèces nouvelles, qu’il nomma et figura sous les noms de S. Guldenstadtii , du Caucase méridional , S. suaveolens , S. Gmelini, il est véritablement assez difficile de dire ce que c’est, tant ses descriptions sont peu étendues.

Dans la même année , M. E. Geoffroy Saint-Hilaire s’occupait également des espèces du genre Sorex, mais sans principes de détermination spécifique autres que ceux tirés de la taille , de la couleur , et surtout de la forme de la queue; il crut alors reconnaître tou tes les espèces admises, et il en proposa même quelques-unes comme nouvelles , soit d’Europe ,

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soit d’Asie et d’Afrique. Il lit mieux en reconnaissant que les espèces aquatiques n’ont pas tout à fait le même système dentaire ni la même oreille que les espèces terrestres; mais il n’alla pas plus loin, et ne se servit pas de cette vue pour leur distribution. Cependant , durant un laps de temps assez considérable, toutes ces espèces furent acceptées, il est vrai, sans contrôle , par les auteurs d’ouvrages généraux et de dictionnaires d’histoire naturelle; mais ce qu’il y eut de plus fâcheux, c’est que les zoologistes qui , voulant donner à leur caractéristique générique plus de rigueur, y firent entrer la formule dentaire, ayant pris chacun pour type une espèce différente, cette formule présenta d’assez grandes variations. Ainsi Illiger (i 8 1 1), et moi (1817), ayant pris le S.fodiens , le nombre total des dents fut indiqué comme étant de 32, de chaque côté; M. Desmarest, au contraire, ayant pris les S. Daubentonii et arajieus, il descendit à 3o ou 28, l ou g de chaque côté; M. F. Cuvier ( 1825), d’après le S. myosurus, revint à 3o; et dans son ouvrage sur les Mammifères, il décrivit comme ayant aussi ce nombre , un Sorex auquel il donne des dents brunes , ce qui semblerait indiquer que c’est la Musaraigne d’eau , bien qu’il l’appelle S. araneus.

1822. La première espèce véritablement nouvelle des Musaraignes européennes fut trouvée aux environs de Pise par Savi, qui la fit connaître incomplètement cependant, et sans avoir égard , par exemple, au système dentaire , dans le Nuov. giorn. litter. I, p. 60, pl. 1 , sous le nom de S. etruscus. Nous verrons combien elle est intéressante, puisqu’elle seule rappelle en Europe , sous le rapport des dents , ce qui existe dans certaines espèces de l’Asie et de l’Afrique.

1825. C’est aussi à cette époque que les doutes que l’on pouvait encore avoir sur l’existence des Musaraignes dans le nouveau monde furent entièrement levés, d’abord par la publication du voyage de M. Long, M. Say ayant décrit dans l’appendice les S.parvus et brevicaudatus , et depuis par celle de la Faune américaine deM. le Dr. Harlan, puisqu’il en décrit deux autres analogues, suivant lui, à deux des espèces européennes; ce qui n’est rien moins que certain.

Gtoger,

Brehm .

lsid. Geoffroy

78 INSECTIVORES; TALPA , SOREX, ERINACEUS.

1826. M. Gloger, qui crut avoir retrouvé le S. etruscuse n Silésie, et cela par erreur, puisque M. Nathusius s’est assuré que ce n’était qu’un jeune individu du S. leucodon ou araneus , fut plus heureux pour le S. pygmœus de Pallas , dont il put donner une description beaucoup plus complète que celle de ce grand naturaliste; ayant découvert cette Musaraigne en Silésie, comme elle l’a été depuis par M. Gravenhorst dans le Mecklembourg , et par Bechstein dans la Thuringe, il en publia la description et la figure dans les Nova acta des curieux de la nature de Bonn , tome XI Y, pl. 2 3.

Dans la même année, Brehm pensa aussi avoir trouvé quatre et même cinq espèces nouvelles de Musaraignes d’eau en Allemagne ( Omis; 11. 26’, Iena) ; savoir : i° S. fodiens ( Brehm ) ; 20 S. amphibius (Brehm); 3° S. natans ( ejusd .); 4° S. stagnalis , auxquelles il faut ajouter le S. rivalis (Brehm), selon Spater (Isis, i83o, 1828). Mais M. Nathusius, d’après l’examen qu’il a fait des échantillons mêmes de la collection de Brehm , s’est assuré que ces prétendues espèces ne sont que des variétés d’âge ou individuelles du S. fodiens; ce que nous avions déjà admis, toutes ayant les dents colorées à la pointe, et les autres caractères donnés comme distinctifs étant certainement de fort peu de valeur.

C’est aussi à la même époque que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire commença la série de ses travaux sur les Musaraignes en décrivant les momies de ce genre qui faisaient partie de la riche collection d’antiquités égyptiennes rapportée par M. Passalacqua. Malheureusement il ne put pas étudier le crâne , et surtout le système dentaire de l’espèce momifiée , qu’il désigna sous le nom de S. religiosus.

, 1826. L’année suivante, M. Isidore Geoffroy envisagea le sujet des

Musaraignes d’une manière beaucoup plus étendue, puisqu’il comprenait toutes les espèces alors connues, d’abord dans une lecture faite à la Société d’histoire naturelle, le 17 novembre 1826, puis dans un mémoire imprimé dans le tome XV, p. 1 1 7 des mémoires du Muséum , et reproduit dans le tom. XI, p. 3 1 3, du dictionnaire classique d’histoire naturelle. Mais , dans ce travail , comme dans celui qu’il a inséré dans le voyage

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aux Indes orientales de M. Bélanger, publié en 1 834 , les principes de la distinction ou de la distribution des espèces ne sont ni établis, ni discutés, quoique plusieurs espèces nouvelles soient proposées, savoir : les S. flavescens , personatus , etc.

i83o. Les principes de la distinction et de la distribution des espèces 'Vagier, de Musaraigne étaient encore si peu arrêtés à cette époque, que Wagler lui-même, dans sa classification des Mammalia précédant son système des amphibies , partage les espèces de ce genre d’après la considération de la queue : a) carénée, b) quadrangulaire , c) ronde, d) étranglée à sa base; mais peu d’années après, il fit beaucoup mieux.

i832. 11 était, en effet, réservé à Wagler, auquel la science doit un ihm ouvrage si intéressant sur les Reptiles et les Amphibiens , de montrer comment les Musaraignes doivent être groupées d’après la considération rigoureuse du système dentaire, et spécialement de la partie intermédiaire. Il fit voir en effet , en se bornant , il est vrai , aux espèces européennes, qu’elles peuvent être partagées, d’une manière tout à fait naturelle, en trois sections, qu’il considère comme autant de genres, nommées Sorex, Crossopus et Crocidura, suivant que les dents intermédiaires sont à la mâchoire supérieure, la seule où elles varient, au nombre de 5, de 4 ou de 3 de chaque côté, et que les dents incisives surtout sont colorées , ce qui a lieu dans les deux premières sections, ou quelles sont entièrement blanches, comme dans la dernière.

Du reste , Wagler, dans un second article inséré également , comme le premier, dans l’Isis, ne fut pas aussi heureux dans la distinction d’un assez grand nombre d’espèces nouvelles qu’il pensait avoir découvertes en Allemagne. En effet , en lisant seulement les phrases caractéristiques qu’il en donne , il est aisé de voir que ses S. musculus et psilurus ne sont que le S.fodiens ; ses S. rhinolophus , concinnus et melanodon , des variétés du S. mlgaris , et enfin les S. major , riifus et poliogaster, des variétés du S. araneus ; et c’est en effet ce que M.Natbusius assure , après l’examen des échantillons mêmes de la collection de Wagler.

Melchior,

Kurster,

Duvernoy,

80 INSECTIVORES ; T A LP A, SOREX , ERINACEUS.

L’exemple donné par Wagler de chercher avec soin les espèces de Musaraignes, fut bientôt suivi dans toute l’Allemagne.

1 834- Melchior indiqua dans un mémoire sur les animaux du Danemark, publié dans un recueil imprimé à Copenhague, trois espèces de Musaraignes, dont le S. fodiens de Pallas, une seconde qu’il désigna comme nouvelle sous le nom de S. nigripes , et que M. Nathusius rapporte au S.fodiens, et enfin une troisième, qui paraît être le S. araneus de la seconde édition de la Funna Suecica de Linné, et par conséquent, le S. vulgaris.

i835. On trouve encore au nombre des quatre espèces indiquées (Isis , i 835. 75.) comme ayant été observées dans les environs de Cagliari , en Sardaigne, par Kurster, et sous une dénomination nouvelle, le 5. pachyurus, que M. TNathusius pense reposer sur un individu de S. araneus , dont la queue était de deux à trois lignes plus courte qu’à l’ordinaire.

C’est à la fin de la même année et au commencement de la suivante que parut un travail intéressant de M. Duvernoy, alors professeur de zoologie à la faculté des sciences de Strasbourg , dans lequel il eut surtout pour but d éclaircir l’histoire des espèces de Sorex établies par Hermann , son prédécesseur, et cela , d’après les individus mêmes de la collection d’Hermann. Par suite ou préliminairement à cetexamen, il fut conduit à établir parmi les espèces de ce genre trois divisions , comme l’avait fait Wagler, et sous des dénominations qui me sembleraient bien préférables , si elles étaient réellement nécessaires : Hydrosorex , A mphisorex et Sorex ; mais qui ne correspondent pas exactement à celles du zoologiste prussien , en ce quelles ne reposent pas rigoureusement sur le nombre des dents intermédiaires supérieures , mais plutôt sur la coloration. En effet , si ses divisions des Hydrosorex et A mphisorex sont calquées entièrement sur les Sorex et Crossopus de Wagler, il n’en est pas de même de son genre Sorex , auquel il assigne trois ou quatre intermédiaires, aucune dent n’étant colorée; ce n’est donc pas exactement le Crocidura de Wagler. Mais ce qu’il faut en outre considérer dans le travail de M. Duvernoy, c’est qu’ayant discuté les principes de la distinction des espèces ,

HISTOIRE ZOOCLASSIQEE. 81

il montre que la couleur du pelage varie dans la même espèce d’une manière notable, suivant lage, le sexe et même la saison; que la queue varie également en longueur, suivant l’âge, et que toujours ronde dans le jeune, elledevient carrée, à mesure quelage avance ; que letranglemen t à sa base est aussi un signe de jeunesse, et que les dents, au contraire, sont aussi remarquables par la fixité de leur nombre et de leur forme à toute époque, que par leur coloration, laquelle cependant diminue notablement en vieillissant. Dans ce mémoire , qui fait partie de ceux de la société d’histoire naturelle de Strasbourg , t. Il , M. Duvernoy place dans son groupe des Hydrosorex ou espèces à dents intermédiaires supérieures au nombre de cinq , la Musaraigne d’eau , qui n’en a réellement que quatre; il y met aussi, et avec raison, le S. tetragonurus , auquel nous laisserons le nom plus ancien de Sorex vulgaris. Son groupe , à quatre dents intermédiaires rouges, a pour espèce unique le Sorex Hermanni , Duv., donné comme espèce nouvelle d’Europe, mais qui paraît plutôt une variété de la Musaraigne d’eau , celle sans doute que M. E. Geoffroy appelait S. remifer , et qui ne paraît pas différer du S. ciliatus de J. Sowerby ; British Miscellany , tab. 49 •

Ce travail de M. Duvernoy fut suivi presque immédiatement d’un mémoire de M. Jennyns {Magazine of zoology andbotany , II, p. 24, pl. 1, 1837), dans lequel, pouvant alors s’appuyer sur des caractères positifs tirés de la considération du système dentaire, il démontre que les zoologistes anglais appliquent le nom de S. araneus au S.fodiens du mémoire de M. Duvernoy, c’est-à-dire à l’espèce à cinq dents intermédiaires supérieures. C’est ce que Linné paraît avoir fait lui-même, puisque l’espèce qu’d appelait d’abord vulgaris , il la nomma plus tard araneus. M. Jennyns remarque également que le iS.yofifoe/wdesnaturalistes anglais a quatre petites molaires intermédiaires et les dents rouges, ce qui ne pouvait pas être autrement, puisque le nom de fodiens, donné par Pallas à un animal dont nous ne connaissons pas les caractères , avait été imposé par Peu nant a la Musaraigne d'eau de Daubenton , le Water-Shrew du Synopsis of quadrupeds. M. Jennyns figure en regard la tête donnée comme S.fo- G. Insectivores. H

Jennyns ,

Nathusius,

8 2 INSECTIVORES; TALPA , SOREX, ERINACEUS.

(liens par M.Duvernoy, et que nous avons vue être le S. vulgaris , cestà-dire l 'araneus des auteurs anglais. La Musaraigne terrestre à dents blanches, ou le vrai S. araneus , ne se trouverait donc pas en Angleterre. C’est aussi ce que l’on peut induire de la description des deux espèces de Musaraignes données par M. Fleming dans son History of british animais, sous les noms de S. araneus et de S.fodiens.

Enfin, tout dernièrement, M. Nathusius vient de publier dans les Archives d’histoire naturelle de M. Wiegmann, pour i858, p. 19, la première partie d’un travail étendu sur les Musaraignes de l’Allemagne , travail auquel il se livre depuis plus de trois ans, et pour lequel il a recueilli un grand nombre de matériaux qu’ont augmentés plusieurs de ses amis. Il cite, par exemple, qu’il a pu avoir à la fois cent dix échantillons de Musaraignes d’Allemagne dans l’alcool et une douzaine de crânes. 11 a pu soumettre à son examen les collections de Wagler, de Brehm, de Bechstein ; en sorte que l’on peut avoir une grande confiance au tableau de concordance synonymique qui termine la partie historique de son travail. Nous croyons cependant qu’il n’a réellement pas eu en sa possession le véritable S. etruscus de Savi ; car s’il est certain qu’il a des dents entièrement blanches comme le S. araneus , il est également hors de doute, comme j’ai pu m’en assurer sur deux crânes retirés d’individus envoyés par M. Savi lui-même, qu’il a quatre dents intermédiaires en haut, et qu’ainsi, c’est un Crossopus dans le système de Wagler, et non un Crocidura.

H. de

Blainville ,

Nous devons aussi noter que depuis la lecture de cette partie de notre travail sur les Insectivores à l’Académie des Sciences, au mois de mai 1 838 , peu de temps avant sa publication dans les Annales d Anatomie et de Physiologie , tome 11, page 186, M. Duvernoy s’est empressé, dans une note additionnelle à son mémoire, et par suite sans doute de la connaissance qu’il a eue de ceux de MM. Nathusius et Jennyns, de rectifier l’erreur qu’il avait commise relativement au système dentaire de la Musaraigne d’eau. Aussi laisse-t-il au groupe d’espèces pourvues de quatre dents intermédiaires à la mâchoire supérieure le

HISTOIRE ZOOCLASSFQUE. 83

nom d’ Hydrosorex, qu’il appliquait d’abord aux espèces à cinq, les Sorex de Wagler. Celles-ci prennent alors le nom üAmphisorex , comme le S. tetragonurus , notre S. vulgaris. M. Duvernoy y place aussi le S. Alpinus de M. Schinz , décrit trop brièvement, dans les nouveaux Mémoires de la Société helvétique des Sciences naturelles (Tome 1er, 1837 ) , et qu’il a eu l’avantage d’observer; mais comme il admet que les Amphisorex de son Supplément peuvent avoir quatre ou cinq dents intermédiaires, et qu’il n’indique pas quelles sont les espèces qui sont dans l’un ou l’autre cas , nous savons seulement sur le S. Alpinus que c’est une espèce à dents colorées.

Outre ce qu’il dit de cette espèce , M. Duvernoy décrit deux espèces d’Afrique qu’il rapporte à sa division des Sorex , qui sont les Crocidura de Wagler, et qui par conséquent doivent avoir trois dents intermédiaires.

Depuis la publication de notre travail , nous avons encore à noter un mémoire de M. Isid. GeofFroy-Saint-Hilaire sur les Tenrecs, dans le Magasin de zoologie , 1840; celui de M. de Selys sur les petits Mammifères du nord de la France, et dans lequel il signale les trois ou quatre espèces principales de Musaraignes de l’Europe ; et enfin , la mono- 1 graphie des espèces nord - américaines de ce genre par M. Bachman ( Journ. of. nat. sc. Philad. Vil , part. II , 1 837 ), dans laquelle le nombre en est porté jusqu’à treize. Malheureusement l’auteur, qui était peu au courant de ce quia été fait en Europe à ce sujet, et surtout de l’emploi de la considération du système dentaire , paraît avoir commis plusieurs erreurs graves sous le rapport des formules dentaires , et fait plusieurs doubles emplois.

Ainsi , comme résultats de cet aperçu historique sur les Mammifères insectivores, nous voyons que, connus des anciens et dénommés par eux dans leurs types européens, ils sont heureusement rapprochés dans une même famille par Ray, puis par Daubenton , qui commence à distinguer deux espèces de Musaraignes, et surtout par Storr, en 1780, qui les dispose en outre convenablement dans la série des Mammifères; par

De Selys

sid. Geoffroy ,

En général.

Quant à leur Disposition .

84 INSECTIVORES; T A LP A, SOREX , ERINACEUS.

Pallas en 1783 ; par Linck, qui en fait un ordre distinct , en 1795; par Lacépède qui, en 1798, commence la subdivision des espèces en genres distincts , d’après la considération rigoureuse du système dentaire , subdivisions aisément augmentées par G. Cuvier, par llliger, etc., à mesure que le nombre des espèces s’est accru , et surtout quelles ont été plus complètement connues et appréciées, et que la valeur du système dentaire a augmenté aux yeux des naturalistes systématiques.

Quant aux genres étrangers à l’Europe et plus acceptables , c’est aux explorations de la zoologie de l’Asie par Rallies , Duvaucel , Diard et Siebold (1); de l’Afrique, par M. A. Smith; de Saint-Domingue, par M. Jæger, le premier qui ait recueilli le S. Paradoxus, bien décrit par M. Brandt , qu’ils sont dus, et d’où sont résultés les groupes nommés Tupaya ou Glisorex , Macroscelis, Gymnurus et Solenodon. Pour les espèces qui n’étaient pas assez distinctes pour devenir types de genres , comme il n’en restait au delà d’une ou de deux que dans le genre Sorex , c’est vers lui que se sont portés principalement les efforts des zoologistes depuis Daubenton , qui en a ajouté une aux deux déjà signalées avant lui , jusqu’à Wagler, qui a établi les principes de leur classification , et par suite ceux de leur distinction , ce qu’ont utilement confirmé MM. Duvernoy et Nathusius.

S 11 — Des principes de la classification des Insectivores.

Gomme parmi les espèces de Mammifères insectivores , il en est un certain nombre qui offrent une véritable anomalie non-seulement pour se cacher dans le sein de la terre, mais encore pour y passer leur vie presque entière et pour y chercher leur nourriture , un peu comme les Chauves-Souris dans l’air ; il est évident que c’est par elles que doit

(1) M. Temminck, dans son Prodrome de la Faune du Japon , outre la nouvelle espèce de Taupe qu’il a nommée T. moogura , annonce un nouveau genre d’insectivores intermédiaire aux Taupes et aux Musaraignes.

CLASSIFICATION

commencer la série qu’ils forment, et par contre, qu’elle doit se terminer par celles qui s’éloignent davantage des premières, et qui indiquent plus de rapprochement avec les espèces qui doivent commencer la famille suivante. Dès lors , on voit aisément pourquoi ce ne sont pas les Musaraignes qui seront à la tête des Insectivores, mais bien les Taupes, quoique le système dentaire de certaines espèces de Chéiroptères ait peutêtre plus de rapport avec celui des Musaraignes qu’avec celui des Insectivores fouisseurs. Mais la forme générale du tronc , la grande disproportion des membres, en faveur des antérieurs auxquels sont confiés les efforts violents nécessaires à la locomotion dans l’air ou dans la terre, tout milite pour le rapprochement des Chauves-Souris et des Taupes. Dès lors, la disposition sériale des Insectivores est donnée par leur indépendance du milieu terrestre et par leur rapprochement des formes normales. Or, ce sont évidemment les Tenrecs, parmi les Hérissons, qui se rapprochent le plus des Ours, par lesquels nous commencerons l’ordre des Carnassiers, qui suivra celui des Insectivores.

Les deux points extrêmes étant trouvés, les intermédiaires s’ensuivent nécessairement , et nous verrons que la conséquence peut très-bien être poussée jusqu’aux espèces.

Quant à la position des Insectivores dans la série mammalogique , il a leur Position est évident que par la présence de la clavicule, par la distribution des ans <lSent doigts, au nombre de cinq , en avant comme en arrière, par leur subégalité, par la marche entièrement palmi et plantigrade, et même par Je système dentaire , les Insectivores ne peuvent que commencer la série des Carnassiers, et être intermédiaires aux Chéiroptères qui sont encore un peu Primates par le nombre et la position des mamelles , ainsi que par la forme des organes de la génération , et aux Carnassiers qui , quoique non claviculés, sont quinquedigités pour la plupart et plantigrades. En effet, malgré la ressemblance apparente que le vulgaire aperçoit entre les Musaraignes et les Souris , rien dans l’organisation ne rapproche réellement les Insectivores des Rongeurs.

D’après ce qui vient d’être dit sur la classification des Insectivores , il est

INSECTIVORES; TALPA , SOREX , ERINACEUS.

A la Distribution et Distinction

des Espèces.

En

ayant égard :

A la Forme générale du Corps.

A l’Appareil sensorial.

Narines.

Yeux.

Oreilles.

Au Système dentaire.

Dans la Signification.

aisé de voir que la distribution et la distinction des espèces doit essentiellement porter sur la disposition des appareils sensorial et locomoteur, qui indiqueront le degré d’aptitude à vivre dans la terre , ou dans l’eau , ou hors de ces deux milieux. D’après cela, on devra prendre en considération :

iu La forme générale du corps, la longueur proportionnelle de la queue (i ) , celle des membres , et surtout celle des doigts connés , réunis par une membrane ou libres, et des ongles plus ou moins fouisseurs qui les arment.

2° L’appareil sensorial dans ses parties olfactive , visuelle et auditive, et même dans la nature du pelage qui recouvre la peau.

En eflèt , les orifices des narines peuvent être percés différemment à l’extrémité d’un museau plus ou moins prolongé en boutoir solide , résistant , propre à fouir, ou en une trompe molle , mobile et exploratrice.

Les yeux peuvent être nuis, rudimentaires, petits, médiocres ou même assez grands , suivant le degré de subterranéité de l’espèce.

Les oreilles , dans leur conque , et même dans le canal auditif externe , sont dans le même cas : celui-ci , fort petit , très-large, celle-là tout à fait nulle , ou petite , ou moyenne , mais jamais grande , quelquefois fort simple et d’autres fois pourvue à son bord externe d’un ou deux replis ou lobes qui ont quelques rapports avec ce qui existe chez les Chéiroptères.

Mais c’est surtout le système dentaire qui, présentant plus de variétés, fournit au zoologiste le plus de caractères tranchés pour la distinction des espèces et même pour leur groupement en petites sections , genres ou sous-genres , suivant l’idée qu’on se sera faite de ceux-ci. Mais une assez grande difficulté qu’offre la considération du système dentaire de presque tous les animaux de cette famille , c’est la signification de leurs dents, comparée avec ce qui a lieu chez les autres Mammifères qui pré-

(1) Il faut cependant faire observer que la queue est toujours proportionnellement plus longue dans le jeune âge que dans l’âge adulte.

CLASSIFICATION

cèdent ou qui suivent. Aussi les zoologistes sont -ils encore fort peu d’accord sur ce sujet important, les uns voyant des incisives ou même des canines là où les autres trouvent des incisives ou des molaires. La règle que l’on emploie ordinairement pour décider la question, c’est-àdire la considération des dents implantées dans l’os incisif et le croisement des canines inférieures au-devant des supérieures, toujours formées par la première dent maxillaire, ne pouvant que fort rarement être employée à cause de la soudure extrêmement prompte de l’os incisif avec le maxillaire et de la forme fort peu canine de la première dent maxillaire, il en résulte qu’il est réellement assez difficile de donner une signification exacte du système dentaire dans la très-grande partie des carnassiers insectivores.

Toute la difficulté porte cependant presque exclusivement sur les Supérieurefausses molaires , les canines et les incisives ; car pour les arrière-molaires et les principales, elles sont toujours assez faciles à reconnaître.

Les avant-molaires seront donc celles qui sont avant la principale, en DesAvantréservant le nom de canine à la première , implantée dans l’os maxillaire , Molairesquelle en ait ou non la forme , ce qui est assez rare chez les Insectivores.

Les incisives seront aussi toujours celles qui seront implantées dans Des incisives. 1 os prémaxillaire , quelles que soient leur forme et leur position terminale ou latérale.

Quant aux dents de la mâchoire inférieure , la difficulté de leur signi- inférieurement, fication est encore plus grande. On peut cependant parvenir à la lever en se rappelant que la dent d’une sorte se place toujours en avant de celle de même sorte de la mâchoire supérieure. Dès lors, la principale et la canine d’en haut étant données , leur correspondante en bas sera celle qui, dans la fermeture des mâchoires, se placera avant elles. Mais il est bien entendu que dans cette manière d’établir la signification des dents , on ne doit avoir aucun égard à leur forme.

Des Intermédiaires.

Dans

le Nombre

Des Taupes proprement

88 INSECTIVORES; T AL P A , SOREX, ERINACEUS.

Pour moi , la formule dentaire des Musaraignes , par exemple , peut être ainsi exprimée dans son système de notation ( i ) :

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