‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 12 sur 130 · DE LA SECONDE RESTAURATION A LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE RESTAURATION A LA RÉVOLUTION DE

La paix rétablie dans toute l’Europe eut pour résultat l’apaisement des esprits en France comme ailleurs, et tandis que nous Français nous faisions l’essai des libertés publiques reconquises au prix de tant de sang , les sciences et les lettres semblaient elles-mêmes profiter de la liberté d’examen et de discussion dont le despotisme impérial les avait si longtemps privées.

Nous avons anticipé sur le cours des événements pour faire connaître les résultats du voyage de M. de Blainville en Angleterre et raconter ensuite les principales circonstances de la rupture survenue entre G. Cuvier et lui ; nous allons maintenant revenir un peu sur nos pas pour reprendre le fil des principales circonstances de la vie de ce dernier.

Peu d’années lui avaient suffi, comine il a été facile de le voir, pour lui mériter

DE M. DE BLAINVILLE

une place considérable au milieu des savants illustres qui avaient été ses maîtres ou de ses condisciples devenus eux-mêmes les auditeurs empressés des leçons qu’il avait données successivement à l’Athénce, à la Faculté des sciences de Paris, au Collège do France et au Muséum d’histoire naturelle. En un an ou à peu près, du U février 1807 au 30 août 1808, il avait passé tous ses examens de médecine et soutenu sa thèse de docteur avec distinction. L’année suivante il s’était senti assez sûr de lui-même pour professer publiquement l’anatomie humaine, faire un cours de zoologie à des étrangers, tandis qu’il obtenait l’entrée des collections et du laboratoire d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle. Déjà professeur à l’Athénée en 1811 à la demande expresse de G. Cuvier, son suppléant au Collège de France l’année suivante, il obtenait la place de professeur adjoint de zoologie à la Faculté des sciences. Admis au sein de la Société philomathique dont le lieu de réunion servait en quelque sorte de salle d’attente à l’Institut, 1813 le voyait remplacer G. Cuvier et de Lamétherie au Collège de France : en 18U il achevait le cours du premier au Muséum d’histoire naturelle et le poursuivait même l’année suivante; enfin, à la mort de l’entomologiste Olivier, il obtenait à très-juste titre la troisième place sur la liste des candidats présentés par la section de Zoologie à la place vacante dans le sein de l’Académie des sciences par la mort de ce naturaliste. L’année 1816 le vit occuper le second rang sur une liste semblable dressée après la mort de Tenon, mais l’Académie lui préférait la première fois Latreille, et la seconde, Duméril, sans aucun doute plutôt à cause du petit nombre de publications faites par M. de Blainville à cette époque qu’en raison de l’infériorité d’un mérite scientifique attesté déjà par do nombreux travaux et que d’autres allaient suivre.

Outre les mémoires dont nous avons déjà parlé, dès l’année 1815 il avait fait insérer dans le Bulletin de la Société philomathique une note Sur une nouvelle espèce d’ours de l’Amérique du Nord ( l'ursus griseus ), et une autre Sur l'existence des nerfs ou lobes olfactifs dans le Dauphin , et par analogie dans les autres cétacés : cette dernière note, lue à la même société, figure également dans son Bulletin. Ce petit fait, alors inaperçu, montrait que, si dans un degré d’organisation déterminé, chaque organe peut acquérir un développement très-différent, il ne disparaît jamais complètement. Pendant le cours de l’année 1816, M. de Blainville publia quelques-uns de so3 plus importants travaux, parmi lesquels nous pouvons citer :

1° Un mémoire Sur la Vénus hottcnlote lu à la Société philomathique, dont M. de Blainville était alors l’un des secrétaires, et publié par extrait dans le Bulletin

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de celte société pendant la même année; mémoire dans lequel il a le premier reconnu, d’une manière certaine, que l'organe connu sous le nom de tablier, dans cette variété de l’espèce humaine, n’est autre chose que les mjmplies; ce qui l’a conduit à penser que le scrotum des individus mâles est le même organe parvenu à un degré de développement semblable.

2° Un article très-étendu sur l’organisation des mammifères considérée d’une manière générale, inséré dans le tome XIX du Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle de Déterville, page 75, et dans lequel on trouve exposés les principes de M. de Blainville en matière d'anatomie comparée.

a. Sur la composition vertébrale de la tête, analogue à celle de la colonne vertébrale, déduite de la similitude du système nerveux qui est contenu dans les deux parties du canal vertébral ; idée proposée pour la première fois, d’abord dans les cours de M. de Blainville, et ensuite dans le prodrome de classification des ani maux dont il va être question, et qui depuis a été assez généralement adoptée en France et dans les pays étrangers.

b. Sur la disposition générale des pièces du squelette, divisées en pièces centrales supérieures ou inférieures au canal intestinal, et en pièces appartenant à des appendices ou latérales au canal intestinal, ce qui conduit M. de Blainville à considérer [’lujoïde comme une partie avancée du sternum et à envisager les mâchoires comme des appendices auxquelles appartiennent les osselets de l’ouïe, et par suite à montrer que les animaux vertébrés ne sont pas si éloignés des animaux articulés qu’on le pense.

c. Sur la comparaison des membres antérieurs et des membres postérieurs dans les os, les muscles, les vaisseaux et les nerfs, où il a fait voir notamment, contre l’opinion établie par Vicq-d’Azir, que le tibia ne représente pas, comme il le croyait, le cubitus, mais bien le radius.

d. Sur la disposition générale des muscles, qui suit celle des os et qui a également pour point de départ le canal intestinal ; idée qui permet de suivre la dégradation du système musculaire dans la série animale, car dès lors M. de Blainville avait été amené à ne voir dans le règne animal tout entier qu’une série continue d’êtres qui, devenant à chaque degré plus animés, plus sensibles, plus intelligents, s’élèvent des animaux les plus inférieurs jusqu’aux plus élevés, et toute sa vie scientifique sera consacrée à réunir des preuves à l’appui de cette grande vue.

e. On y observe aussi l’idée de considérer la rate , dont le rôle est assez peu connu encore aujourd’hui, comme un ganglion du système veineux, analogue

DE M. DE BLALN VILLE

aux ganglions du système lymphatique, en même temps qu’une sorte de corps pampiniforme.

/. Enfin M. de Blainville y montre l’identité du tissu artériel et de celui qui compose ce qu’on nomme les ligaments jaunes en général, ce qu’il nomme système fibreux élastique, qui peut se trouver dans un grand nombre de parties de l’économie animale. Dès l’année 1809, M. de Blainville avait avancé que les artères sont formées de ce tissu élastique, sui generis, qui se trouve constamment le même dans tous les animaux vertébrés partout où la nature a besoin de faire revenir une partie sans effort à l’état antérieur et fixe, dont une action musculaire l’a momentanément tirée.

C’est également en 1816 que M. de Blainville donna le Prodrome d’une nouvelle classification du règne animal inséré dans le Bulletin de la Société philomathique de la même année, page 105. Quoique éloigné de regarder comme entièrement terminée, et encore beaucoup moins comme parfaite, cette nouvelle distribution des corps organisés désignés communément sous le nom de règne animal , il ne crut pas moins utile de la publier en tableaux , c’est-à-dire sous la forme la plus concise possible, en se réservant de la développer successivement dans autant de dissertations particulières.

Le dessein de M. de Blainville n’avait pas été d’innover ; mais ayant envisagé la zoologie générale pour un but particulier, celui de l’enseignement de l’École normale, dont les élèves étaient tenus de suivre les leçons qu’il faisait à la Faculté des sciences, il s’était pour ainsi dire établi à priori une manière propre de la considérer, sans rechercher si d’autres zoologistes avaient pu arriver à la même idée et au même résultat que lui. Ce prodrome contenait l’exposition concise des choses nouvelles qu’il avait professées dans les différents cours publics faits à Paris depuis l’année 1810.

Ainsi se trouve justifié ce que nous avons avancé plus haut, c’est que bien avant sa rupture avec G. Cuvier et durant le temps même de leurs rapports les plus fréquents, M. de Blainville avait sur certains points adopté des opinions opposées à celles de ce célèbre naturaliste, uniquement parce que l’étude de toutes les parties de l’organisation des animaux, considérée sous le rapport spécial de la physiologie générale, l’avait déterminé à ramener à un certain nombre de types principaux toutes les anomalies qu’on peut y rencontrer, et par conséquent à se rendre compte des modifications qu’un appareil peut éprouver dans toute la série animale. Ces groupes naturels une fois constitués, il s’était occupé de chercher à établir l’ordre systématique dans lequel ils doivent être rangés en choisissant celui des organes

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ou appareils qui , en même temps qu’il rompt le moins de rapports naturels, est aussi le plus facilement traduit à l’extérieur, quand par hasard il ne s’y trouve pas.

Remettant à une autre époque le soin d’établir une véritable nomenclature, ce qu’il croyait réellement possible en zoologie et ce qu’il fera plus tard, il arrivait ainsi à l’idée qu’il n’a jamais abandonnée, celle de mettre en première ligne :

1° La forme générale des animaux, qui concorde toujours avec celle du système nerveux quand il existe ;

2° L’organe qui soutient cette forme ou la peau et ses annexes;

3° Les appendices ou les membres qui s’y ajoutent et s’y développent ;

4° Enfin les différentes modifications et combinaisons de ces appendices, c’est-àdire des organes des sensations, de la locomotion , de la mastication et jusqu’à un certain point de la respiration dans les différentes espèces animales.

En sorte que toutes les principales subdivisions qu’il proposait , les seules que M. de Blainville regardât comme tout à fait bonnes dans son système, se trouvaient entièrement établies sur les organes de la vie animale. Aussi dans ce prodrome il n’est plus question de circulation, de cœur à un ou deux ventricules, de sang chaud ou froid , rouge ou blanc , de respiration aquatique double ou simple, caractères qui, outre qu’ils ne sont pas perceptibles par eux-mêmes sans auatomie, sont à peine traduclibles et ont une importance secondaire, parce qu’ils offrent des caractères zoologiques d’une moins grande valeur qu’on ne le pense communément.

Nous croyons devoir reproduire ici le tableau analytique de la nouvelle classification proposée par M. de Blainville.

DE M. DE BLAINVILLE

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