XXV. Agastraires
Le nombre total des classes dans lesquelles M. de Blainville distribuait le règne animal était ainsi de vingt-cinq, lesquelles se trouvaient elles-mêmes rangées dans sept tableaux :
Le premier comprenait les Mammifères, Pilifères ou Mastozoaires ;
Bl. Ost. a
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Le second, les Oiseaux, Pennifêres, Ornilhozoaires ;
Le troisième, les Reptiles Hétéro ou Erpétozoaires , Squammifères et Nudipcliifèrcs ;
Le quatrième, les Poissons Icthyozoaires ou Brancliifères ;
Le cinquième, les Mollusques ou Malacozaires ;
Le sixième, les Insectes et les Vers;
Le septième enfin les Radiaires et les Infusoires ou Aclinozoaires et Hélérozoaires.
Ce prodrome, comme il est facile de le voir, contenait plusieurs innovations importantes qui, môme aujourd’hui, dans l’état actuel de la science, doivent être regardées comme acceptées par un grand nombre de zoologistes. M. de Blainville a fait connaître en partie, dès l’année 1816, dans des notes succinctes placées au bas de chaque tableau, les motifs sur lesquels il se fondait pour adapter ces importantes modifications aux classifications alors en vigueur, innovations, au surplus, que lui-même ne considérait que comme provisoires.
Parmi les changements qu’il proposait, nous signalerons : la subdivision des Mammifères en deux sous-classes, d’après la considération des organes et du produit de la génération (Monodelphes et Didelphes ) , l’idée d’établir des groupes ou familles naturelles en considérant l’ensemble de l’organisation, surtout le système nerveux encéphalique et les os qui l’enveloppent, et en regardant comme des anomalies les modifications que quelques animaux, ont éprouvées dans les organes de sensation et de locomotion. C’est ce qui l’a conduit à placer non-seulement YAye-Aye, mais encore les Galéopithèques et les Paresseux dans le second degré; à définir l’ordre des Amphibies et des Cétacés; les premiers n’étant que des animaux du degré des Carnassiers et les seconds de celui des Édentés; à séparer des Cétacés le Lamantin , qui n’est qu’un animal anomal, du degré d’organisation contenant les Éléphants, destiné à chercher sa nourriture végétale dans l’intérieur de l’eau, etc. M. de Blainville avait à tort placé cet animal dans les Ongulogrades , au lieu de le mettre parmi les Gravigrades.
D un autre côté, dans le même Prodrome, la base de la classification des Oiseaux repose sur la forme du sternum et de ses annexes, c’est-à-dire de la clavicule (os furculaire), et de l’iskion antérieur (clavicule), sans que M. de Blainville se soit dissimulé à lui-même que le sternum étant tout à fait intérieur, ne peut être traduit par quelque organe qui en dépende, et conséquemment que l’emploi de ce caractère seul et purement anatomique ne peut pas servir à déterminer la place des Oiseaux dans la série animale.
Le sternum, en effet, offre des différences assez grandes dans des espèces qui paraissent voisines, et conséquemment, malgré l’importance de cet os, dans sa
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classification nouvelle proposée par M. de Blainville, à la tête de laquelle il a cru devoir placer les Preliensores ou Perroquets, il a dû avoir recours, comme tous les ornithologistes, à la proportion des membres, à la disposition des doigts.
Comme nous l’avons vu plus haut, M. de Blainville, non-seulement dans ses leçons, avait traité de la classe des Reptiles à la Faculté des sciences, mais il s’était livré en outre à des recherches anatomiques très-approfondies sur cette classe d’animaux; ces recherches servent à établir les bases de la classification, tirées de la considération du crâne, telles qu’on les trouve exposées dans son Prodrome. Comme nous aurons l’occasion de parler ailleurs de la classification des Reptiles proposée par M. de Blainville, dans un mémoire beaucoup plus récent , nous n’en dirons pas davantage ici.
A l’égard de la classe des Poissons, nous avons vu que M. de Blainville s’occupait très-sérieusement de ces animaux au moment où G. Cuvier lui avait proposé de devenir son collaborateur; il avait même déjà cherché à expliquer les anomalies qu’elle présente, car dès avant 1816, il avait lu à la Société philomatique un mémoire publié plus tard, sur l'opercule des Poissons, dans lequel il avait cherché à établir que cet opercule n’est autre chose qu’un démembrement d’une partie de la mâchoire inférieure des Mammifères; à la même époque, le mode d’implantation des dents dans ces animaux lui servait à les diviser en deux sousgrandes classes.
A l’égard des Mollusques qui composent le cinquième tableau, les bases de leur distribution sont les mêmes que celles qu’il avait établies dans un mémoire lu à la Société philomatique, et dont nous avons déjà parlé.
Les Insectes et les Vers forment le sixième tableau, et la distribution nouvelle qu’en propose M. de Blainville avait fait le sujet d’un mémoire communiqué à Latreille, le 19 juin 1815, et lu à la Société philomatique le 24 du même mois, mais publié seulement en 1817 sous le titre de Considérations générales sur le squelette des Animaux Vertébrés et Articulés. Cette nouvelle distribution des animaux articulés reposait sur un principe unique tiré des organes de la locomotion ou de la combinaison des différentes espèces d’appendices dont peut être accompagné chaque anneau du corps, caractère excellent parce qu’il est tout à la fois extérieur et sérial.
Enfin lesRadiaires et les Infusoires ou Actinozoaires et Hélérozoaires, sont rangés dans le septième tableau du même prodrome ; mais à celte époque l’organisation de ces animaux n’était pas encore suffisamment connue, et nous verrons M. de Blainville leur consacrer des recherches importantes et neuves lorsque nous parlerons
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du Manuel de zoophytologie publié en 1827. Parmi les Hétérozoaires figurent les corallinaires, qui ont été placées pour ainsi dire hors de rang parce qu’elles n’ont paru offrir à M. de Blainville aucun signe d’animalité.
L’exposé que nous venons de faire des principales publications de M. de Blainville pendant l’année 1816 nous montre avec quelle ardeur il poursuivait ses travaux. L’année suivante ne fut ni moins occupée ni moins féconde. M. de la Métherie avait, de son vivant, abandonné à M. de Blainville la propriété du Journal de physique. Celui-ci prit la direction de ce journal au commencement de l’année 1817, qui vit mourir ce savant auquel M. de Blainville avait voué une véritable affection. L’un de ses premiers soins, en devenant propriétaire du Journal de physique, fut de rendre à la mémoire de son ancien directeur l’hommage que méritaient ses vertus, et d’essayer en même temps de communiquer au recueil l’intérêt et la vie qui semblaient s’en retirer au fur et à mesure qu’il vieillissait. Aussi, non content d’y insérer un assez grand nombre de mémoires, M. de Blainville crut devoir signaler, au commencement de chaque année, dans un résumé substantiel, les progrès des sciences physiques accomplis durant l’année précédente, non-seulement en France, mais encore dans les autres parties de l’Europe. Ces résumés, écrits un peu trop négligemment, ont été continués par M. de Blainville pendant plusieurs années, et ils ont contribué , sans aucun doute , à faire envisager par M. de Blainville la science en général sous l’aspect le plus élevé et le plus grand tout à la fois. Ils ne furent donc inutiles ni au public ni à leur auteur, qui, lorsque l’occasion s’en présentait, ne négligeait pas de présenter les objections, que les œuvres des savants les plus remarquables de l’Europe faisaient naître dans son esprit.
N’est-il pas regrettable que le monde savant, enrichi chaque année de ces résumés historiques, n’ait pas encouragé de ses souscriptions la publication du seul journal qui traitât, en France, des sciences physiques en général, et qui a cessé de paraître à partir de l’année 1823, le libraire, qui l’éditait, n’ayant pas voulu continuer une publication qui lui était réellement onéreuse. D’autres publications scientifiques, mais plus spéciales, l’ont remplacé, sans aucun doute; mais, généralement, c’est à peine si elles peuvent traîner quelque temps une précaire existence, et elles ont le défaut assez grave de ne pas embrasser la science tout entière.
Une organisation moins forte que celle de M. de Blainville n’aurait jamais pu permettre, même au savant le plus heureusement doué, de suffire à tant de travaux. En effet, faire chaque année deux cours, l’un à l’Athénée, 1 autre à la Sorbonne, donner des répétitions aux élèves de l’École normale, assister aux examens
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