‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 19 sur 130 · I.XïXl · texte numérisé non relu

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étude, nous devrions nous arrêter ici, mais nous n’avons pas cru devoir le faire, par des motifs trop faciles à comprendre pour qu’il soit besoin de les énumérer.

Dans la deuxième partie du même cours, M. de Blain ville après avoir examiné l’inflnence des agents extérieurs auxquels il a donné le nom de modificateurs externes généraux sur l’organisme en masse mort et vivant, commença l’analyse et l’explication des phénomènes qu’offrent les animaux en eux-mêmes, par l’action réciproque des organes qui les constituent et des circonstances extérieures qui les environnent. Ces phénomènes sont distingués en : Phénomènes de Propriétés ou de Facultés inhérents à un tissu particulier, et Phénomènes de Fonctions produits par des organes déterminés. Ces derniers phénomènes se subdivisent eux-mêmes en Phénomènes de Fonctions propres ou organiques et en Phénomènes de Fonctions communes ou animales. Les phénomènes de fonctions propres ou organiques se rapportent à la nutrition, à l’accroissement, à la génération et au décroissement, c’est-à-dire à tous les étals dynamiques par lesquels passent les corps vivants, depuis leur naissance jusqu’à leur mort. Les Phénomènes de Fonctions communes ou animales forment la succession des Phénomènes qui sont le résultat des Fonctions locomotrices, incilatrices et intellectuelles.

Les premiers répondent à ce que, depuis Bichat, on est convenu d’appeler la vie végétative, les seconds à la vie animale. Les Phénomènes des Fonctions animales constituent, dans le plan de M. de Blainville, deux ordres. Dans le premier il renferme les Phénomènes des mouvements sensibles ou de locomotion ; dans le deuxième, les Phénomènes de Sensibilité. Ce dernier ordre est subdivisé en trois sous-ordres: Sous-ordre I, Phénomènes de sensibilité extérieure; sous-ordre II, Phénomènes de sensibilité exléro-inlerne; sous-ordre III, Phénomènes de sensibilité intérieure.

Dans le premier sous-ordre, on doit comprendre notammeut le toucher, la gustation, l’odoration, la vision, l’audition.

Dans le second, les besoins tels que la faim, la soif, etc.

Daus le troisième enfin, les penchants, les affections ou sentiments, les phénomènes intellectuels.

Pour juger la marche suivie par M. de Blainville, il est absolument nécessaire de se rappeler son point de départ. Je le prendrai chez moi, a-t-il dit, et avec beaucoup de raison, parce que les phénomènes de la vie me sont mieux connus par ceux que je sens, que j’observe en moi, dans les individus de mon espèce, que par ceux que présentent les autres êtres plus ou moins éloignés de l’organisation humaine. Il m’est plus aisé de descendre de ces phénomènes vers ceux qui se Bl. Ost. li

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rapprochent de plus en plus des phénomènes généraux de la nature, jusqu’à se confondre enfin avec eux. La marche opposée à celle qu’a suivie M. de Blainville, celle du plus simple au plus composé, est également philosophique, mais elle est à peine applicable à la physiologie, dont le but est d’analyser les phénomènes qui se passent dans toutes les parties de l’univers que peuvent atteindre nos sens dirigés, guidés par notre intelligence.

Cette science est purement humaine, puisqu’elle remonte par la généralisation des faits aux lois qui les régissent, des effets à des causes de plus en plus générales, et elle s’arrête à l’essence des choses. En effet, les phénomènes de sensibilité intérieure donnent naissance aux idées de la propriété, de la liberté, du droit, du juste, de l’amour, de l’amitié, de la sympathie, de la bienveillance, du patriotisme, de l’humanité, du beau, de la prévoyance, de l’amour de la gloire et de l’immortalité de l’âme qui conduit à la religion ou au culte de la divinité. C’est la part de l’âme, du cœur, elle est grande; reste celle de l’intelligence d’un ordre plus élevé encore. Les phénomènes nommés par M. de Blainville intellectuels et qu’il a rangés dans une troisième catégorie, les deux premiers étant, comme nous l’avons vu, réservés aux penchants et aux affections, forment quatre genres : G. 1, d’attention; G. 2, de mémoire ; G. 3, de rapports ; G. 4, de volition.

M. de Blainville place les beaux-arts, l’éloquence, la poésie, et même le devoir, la vertu, la morale parmi les sentiments du beau, avec l’amour de la gloire, l’immortalité de l’âme et l’idée de Dieu. Ce sont pour lui des choses de sentiment. Mais il range la création, l’invention, le génie, le courage, l’enthousiasme au nombre des phénomènes intellectuels, et l’on serait presque tenté de se demander si ces derniers sont réellement aussi distincts des premiers? le pectus diserlosfac.it, les grandes pensées viennent du cœur, le génie, l’enthousiasme ne sont-ils pas vivifiés, épurés par le cœur, et l’analyste qui sépare ces deux ordres de phénomènes ne ressemble t-il pas à l’anatomiste qui cherche au bout de son scalpel l’union secrète et mystérieuse de l’âme et du corps que nous sentons, mais que nous ne savons ni démontrer ni définir?

Cependant pour M. de Blainville il existait en outre un certain nombre de phénomènes communs aux trois ordres précédents, soit d’irritabilité et de sensibilité; ce sont : les phénomènes auxquels il a donné le nom d 'intermittence d'action, comme le repos, le sommeil, la torpeur; de phénomènes de répétition d'action, l’habitude; de phénomènes d'association d'actions : celte association nous paraîtrait mieux placée parmi les phénomènes de sensibilité extéro-interne avec lesquels ils paraissent se confondre; de phénomènes d 'exagération d'action, lassitude, fatigue.

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douleur; de phénomènes d' insuffisance d'action qui produisent l’ennui; et enfin de phénomènes d'équilibre d'action qui engendrent le plaisir, la satisfaction, le bonheur.

M. de Blainville, dans le plan qu’il a cru devoir suivre, termine par l’analyse des phénomènes résultats , ainsi nommés parce qu’ils sont le résultat de l’existence des fonctions d’absorption et d’exhalation, activées par l’irritabilité et la sensibilité, et ayant lieu dans tous les tissus, dans tous les organes; et des phénomènes définitifs ou subséquents , c’est-à-dire qui sont une conséquence plus ou moins rigoureuse de la vie, dont les deux termes sont la naissance et la mort, laquelle est suivie de la putréfaction et de la pétrification ou fossilisation.

Dans une quatrième partie, le professeur devait examiner les questions générales que la physiologie envisagée convenablement fait naître dans l’esprit de l’homme assez intelligent pour comprendre que la science du gouvernement des hommes, comme celle des animaux, repose en grande partie sur la physiologie, dans laquelle il faut comprendre l’histoire naturelle des uns et des autres. A quelque distance que nous soyons des animaux, même du plus parfait, du plus élevé d’entre eux, nous ne devons pas moins convenir que, sous certains rapports au moins, il est difficile de ne pas trouver entre tous les êtres créés et nous-mêmes une parenté physique et morale très-reconnaissable.

Ces questions générales agitées, et, si ce n’est résolues, au moins éclaircies et posées comme elles devaient l’être, M. de Blainville s’est trouvé conduit à montrer quelle a été l’histoire de l’esprit humain dans la Physiologie; nous verrons, en parlant plus loin de son Histoire des sciences de l'organisation, comment dix ans plus tard il a cru devoir envisager les difficultés du sujet, difficultés proportionnelles à son importance et au grand intérêt qu’il inspire.

Comme nous l’avions déjà fait précédemment, nous avons dû encore une fois anticiper de quelques années sur le cours de la vie de M. de Blainville, afin de pouvoir appeler l’attention de nos lecteurs sur l’un des cours les plus intéressants qu’il ait faits, lequel, interrompu au bruit du canon de juillet, ne fut achevé qu’en 1832. Nous allons retourner maintenant en arrière.

C’est au commencement de l’année 1829, le 3 février, que M. de Blainville reçut les derniers soupirs de Lefèvre-Gineau, qui, le premier, avait accueilli M. de Blainville peu de temps après son arrivée à Paris, et lorsqu’il cherchait encore sa voie. Le jour des funérailles de cet homme de bien, en présence d’une grande affluence, M. de Blainville fit l’éloge de son protecteur, de cet « excellent homme, « autant oublieux des injures que reconnaissant des bienfaits, bon ami, généreux

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« appui de la jeunesse qu’il sut constamment s’attacher par une bienveillance et « une aménité aussi gracieuse qu’inépuisable. »

Aucun mémoire n’est sorti de la plume de M. de Blainville pendant le cours de la même année dont il employa les vacances à parcourir la Hollande et les contrées adjacentes; ce défaut de publication s’explique par la nécessité où il se trouvait d’instituer des expériences très-nombreuses relatives à la composition physique, chimique, anatomique et microscopique des animaux, expériences faites soit pour confirmer celles qui avaient été entreprises par d’autres physiologistes et chimistes sur le même sujet, soit pour combattre celles dont le résultat lui paraissait contestable. Il ne rapporta de ce voyage que des impressions peu favorables à la Hollande, celle singulière et monotone Hollande, sans vie, sans souvenirs historiques un peu anciens, mais fière de s' être presque créée elle-même, comme l’écrivait M. de Blainville durant son voyage à une dame de ses amies. Peu de temps après son retour Lamarck cessait de vivre.

Le genre de travaux de M. de Blainville l’avait, du vivant de cet homme éminent, désigné depuis longtemps à la chaire des Animaux sans vertèbres, occupée au Muséum d’histoire naturelle, depuis la fondation de cet établissement, par cet illustre zoologiste, pour lequel M. de Blainville avait en tout temps manifesté la plus grande estime. Depuis quelques années, Lamarck atteint d’une cécité complète avait interrompu ses leçons, et il avait été remplacé par Latreille, qui s’était plus particulièrement occupé des insectes. Mais bientôt ce dernier, à cause de son âge et de ses infirmités, ayant été obligé d’interrompre le cours qu’il faisait au nom de Lamarck, crut devoir se faire suppléer à son tour par un jeune homme inconnu jusque-là, Audouin, aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle, gendre du minéralogiste Brongniart, et qui a été enlevé prématurément aux sciences naturelles.

Ce fut sans doute à l’occasion de ces diverses suppléances, que M. de Blainville crut devoir écrire à son ancien maître la lettre suivante :

« Mon digne et illustre maître,

« Dans la dernière visite que j’ai eu l’honneur de vous faire mardi dernier, j’ai « renouvelé auprès de vous la demande que je vous avais exposée l’année dernière,

« de faire au Muséum vos leçons sur tout ou partie de l’Histoire naturelle des « Animaux sans vertèbres. L’intérêt que vous avez bien voulu me porter dans deux « occasions solennelles : mon concours à la Faculté des sciences (de Lamarck « était au nombre des juges de ce concours), et dernièrement, ma candidature à

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« l’Académie, à la place de Lacépède, me faisaient espérer que vous pourriez me « voir avec plaisir devenir votre suppléant; de nombreux travaux sur les parties « de la Zoologie que vous avez lès plus illustrées, un enseignement de plus de « quinze ans sur tous les points de la science et dans tous les établissements scienti- « fiques les plus célèbres, me donnaient quelque droit à P espérer de votre justice. Je « pouvais également croire que votre bienveillance et votre équité pourraient « être éclairées par la considération qu’un parti très-puissant, composé de « MM. Cuvier etBroDgniart, travaille avec ardeur, l’un par haine contre moi, l’autre « par prédilection intéressée pour le jeune homme que je suis obligé, à la honte de « toute équité, de regarder comme mon rival, à m’empêcher d’entrer au Muséum. « Ils craignent, sans aucun doute, non pas, quoi qu’ils en disent, mon caractère, « car ils savent bien que je fais partie de la Faculté des sciences depuis plus de « douze ans, sans avoir eu l’apparence d’altercation avec qui que ce soit, mais mon « inflexible sévérité pour admettre tout ce qui me paraît juste et repousser tout ce « qui ne l’est pas. Ils savent bien que, par goût, j’ai, comme vous, consacré tous « les moments de ma vie à l’étude de la science et de l’enseignement, et que je ne « puis être l’humble flatteur d’un homme parce qu’il se dit ou se croit puissant.

« Comment se fait-il donc, mon cher maître, que vous sembliez donner les « mains à l’injustice humaine qui me poursuit ? Ne voyez- vous pas que la science, « dont vous avez été le généreux promoteur pendant votre longue carrière « en botanique comme en zoologie, est menacée d’une destruction prochaine, par « l’introduction du despotisme le plus hardi, du népotisme le plus absurde? Jetez « les yeux autour de vous, interrogez les personnes qui ont quelque indépendance « dans l’esprit, et vous verrez si je me trompe. Vous saurez aisément l’existence «d’une sorte de congrégation de jeunes gens qui, peu occupés de mériter les « places, le sont beaucoup de s’y glisser avec adresse pour s’y cramponner avec « ténacité. Et moi, que l’énergie seule des membres indépendants de l’Académie a « pu faire arriver dans son sein, malgré vingt ans de travaux, contre les intrigues « calomnieuses de M. Cuvier, abusant de la faiblesse des autres, je ne suis encore, « à l’âge de quarante-cinq ans, qu’un pauvre professeur adjoint à 3,000 francs « d’appointements, et qui n’est pas même certain, d’être titulaire, si la science avait « le malheur de perdre M. Geoffroy avant moi.

« Ayez donc la bonté d’y réfléchir mûrement avant de confier à un autre qu’à « moi votre suppléance. Je me suis adressé à M. Latreille, que votre amitié et la « justice avaient dû vous faire choisir tant que sa santé lui permit de professer ; je lui « ai fait même des propositions que je ne vous ai pas cachées l’autre jour, pour le

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« déterminer à ne voir en moi qu’un rival généreux, mais j’avais été adroitement « prévenu par M. Cuvier, que je suis habitué à trouver partout comme ob- « stacle. J’agirai avec la même franchise avec vous, monsieur et cher maître, parce « que je ne crains pas que vous pussiez soupçonner mes intentions. Il n’est per- « sonne qui ait plus honoré votre personne, estimé votre noble manière d’envisager « la science, la valeur et l’importance de vos travaux. L’état de cécité absolue « dans laquelle vous vous trouvez, étant malheureusement, à ce qu’il paraît, in- « curable et ne vous permettant plus d’espérer de vous revoir dans votre chaire, « la santé de M. Latreille paraissant trop délabrée pour que, de son aveu même, il « puisse vous remplacer dorénavant, et le calme d’une vie tranquille à la campagne « étant le remède le plus certain pour prolonger son existence, je vous fais de non- « veau la proposition de m’accorder votre suppléance en remplacement de M. La- « treille, et je m’engage à faire sur mes appointements, si jamais j’obtiens la place « une pension de \ ,800 francs à tel de vos enfants que vous voudrez me désigner,

« Quoique ma proposition n’ait rien que d’honorable sans doute (M. Cuvier « lui-même a employé ce moyen vis-à-vis deM. Mertrud), excusez-moi cependant « d’y avoir recours. N’y voyez, je vous prie, rien qui sente l’intrigue, elle me ré- « pugneet m’a toujours répugné horriblement; mais l’argent n’est que très-secon- « daire pour moi, et je tiens à pouvoir m’asseoir un jour à côté ou aux lieux où « se sont assis mes maîtres, et de contribuer à l’avancement de la science qu’ils « m’ont transmise, et que je dois transmettre à mes successeurs. Quand l’action de « l’injustice devient exorbitante, la réaction doit être au moins proportionnelle « pour l’empêcher, et j’ai du, pour cela, compter sur la générosité et la noblesse « du caractère de M. de Lamarck dont je me vante d’avoir été et d’être le respecte tueux et reconnaissant élève. »

Nous ignorons si de Lamarck fit une réponse à M. de Blainville, qui avait cru devoir, dans une lettre adressée le 23 mai 1826 aux professeurs du Muséum d’histoire naturelle, s’exprimer en ces termes :

« Messieurs, je me présente pour avoir l’honneur de suppléer M. de Lamarck, que « son état de cécité empêche de professer, et que la santé de M. Latreille ne lui « permet pas non plus de faire. Vingt ans de travaux assidus, et plus spécialement « dans la partie de zoologie qui doit faire le sujet du cours de cette année, me « donnent peut-être quelques droits à espérer que vous voudrez bien inviter M. de a Lamarck à me choisir comme suppléant. En témoignage de mon respect pour

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« mes maîtres et en preuve de ce que j’avance, veuillez bien agréer pour la biblio- <c thèque du Jardin-du-Roi un exemplaire de l’ouvrage que je publie sur les Mol- « lusques, etc. »

La noble franchise deM. deBlainville qui signalait sans ménagement la véritable cause de la décadence qui menace depuis longtemps l’établissement célèbre fondé en 1793 sous le litre de Muséum d’histoire naturelle, avait dû plutôt augmenter que diminuer le nombre de ses partisans au sein de l’assemblée des professeurs qui jouit du droit de présenter des remplaçants aux chaires vacantes et en même temps de choisir les aides naturalistes, c’est-à-dire les personnes chargées du rangement et de la garde des collections d'histoire naturelle. Se plaindre des abus du népotisme à ceux-là même qui avaient intérêt à les maintenir et qui dans le fait les ont soigneusement maintenus, c’était marcher au combat contre un ennemi sur ses gardes, irrité, discipliné et conduit par un chef habile. Ce chef, G. Cuvier, aimait à s’entourer pour ses travaux d’aides qu’il prenait volontiers parmi les collègues qu’il se donnait là comme ailleurs. M. de Blainvilje rencontrait devant lui son ancien adversaire qui s’était montré très-favorable aux prétentions d’Audouin, et sa proposition, répétée une seconde fois, ne fut pas acceptée, cela se conçoit facilement.

A la mort de Lamarck, les choses semblaient devoir se passer de même, et en effet, il y eut au Muséum d’histoire naturelle une foule de petites intrigues habilement conduites pour empêcher M. de Blainville de recueillir l’héritage scientifique auquel il pouvait raisonnablement prétendre; mais les circonstances politiques servirent ici les intérêts de la science dans la personne de M. de Blainville. Celui-ci, cette fois mieux avisé, s’adressa directement au ministre de l’instruction publique, en même temps qu’il écrivait aux professeurs administrateurs du Muséum chargés de présenter un successeur à Lamarck, et à Latreille lui-même, afin qu’il n’ignorât pas que M. de Blainville se posait comme candidat à la place laissée vacante par Lamarck. Latreille était incapable de remplir désormais cette place, mais on voulait lui en assurer momentanément la jouissance pour que la survivance en fût dévolue plus facilement à Audouin. Voici la lettre de M. de Blainville au ministre de l’instruction publique, alors M. de Montbel :

« Monseigneur,

« Avant que vous décidiez dans l’intérêt du gouvernement du roi et de la science « quel parti vous jugerez convenable de prendre au sujet de la chaire laissée vacante

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« par la mort de M. de Lamarck, au Muséum d’histoire naturelle, soit de la con- « server telle qu’elle est, soit de la partager en deux, l’une pour l’histoire des ani- « maux sans vertèbres articulés, l’autre pour l’histoire des animaux sans vertèbres « inarticulés, comme doit vous le proposer l’administration, j’ai l’honneur de vous « demander un moment d’entretien. Obligé de récuser l'homme que sans cela je « ne craindrais pas d’invoquer comme le juge le plus compétent dans celte aflaire,

« j’ose espérer que V. E. voudra bien suspendre sa décision sur le choix des per- « sonnes qu’elle croira devoir présenter à l’approbation du roi jusqu’à ce qu’elle « ait eu la bonté de m’entendre. »

Cette lettre fut remise à M. deMonlbel par M. d’Haussez, ministre de la marine à la même époque, auquel les amis politiques de M. de Blainville l’avaient trèsvivefhent recommandé. Il ne faut pas oublier qu’au moment où elle fut écrite la France tout entière était en proie à une véritable fièvre politique , et c’est presque à regret que nous voyons M. de Blainville lui-même placer les intérêts de la politique avant ceux de la science, dans la demande qu’il adressait à l’autorité. Mais cette fois, heureusement pour M. de Blainville, l’union était loin de régner dans le camp de ses adversaires : les démêlés scientifiques de E. Geoffroy- Saint-Hilaire et de G. Cuvier les avaient refroidis mutuellement, et le premier fit tout ce qui était en son pouvoir pour faire réussir la candidature de M. de Blainville, auquel il ne craignait pas d’écrire alors : «Vous nous convenez toujours et vous arriverez, malgré ce petit grain d’orage contre le vaisseau qui « porte votre fortune. » Il n’avait pas toujours tenu un langage aussi amical à M. de Blainville ; mais les temps étaient changés, le vent avait tourné, et malgré l’intérêt que MM. les professeurs du Muséum portaient à Audouin , qui n’avait réellement rien fait d’important, surtout à l’époque où il fut choisi pour suppléer Latreille, qui lui-même remplaçait de Lamarck très-mal, ces professeurs comprenaient bien, et G. Cuvier lui-même avec eux, que les épaules du jeune suppléant n’étaient réellement pas en état de porter la succession entière de l’illustre mort. Ils adoptèrent volontiers l'idée, qui leur avait été habilement suggérée, de demander au ministre de l’instruction publique la division de l’enseignement de la chaire des animaux sans vertèbres. Les amis scientifiques de M. de Blainville, qui le tenaient au courant de toutes les intrigues qu’on tramait autour de lui, appuyèrent fortement cette idée i et comme elle était juste et parfaitement raisonnable, l’administration ayant manifesté un désir dans ce sen&là, le ministre de l’intérieur, très-bien disposé en faveur de M. de Blainville,

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