APTÈRES, AP TE RAS
I" Famille. 6 pieds; cervelet distinct de la tête et de l’abdomen.
Forbicine, Podufa, Puce, etc.
t Trombidie, Hexapoda, Nauplices, etc.
2’ Famille. 8 pieds ; tête, cervelet et abdomen unis.
Les Acarus et Phalangium de Linné.
3* Famille. 8-14 pieds; tête et cervelet unis , abdomen ou queue distincts.
8 pieds ; Araignée.
10 pieds; Cancer.
14 pieds; Cloporte.
4* Famille. Plusieurs pieds; tête séparée du corps.
Iule, Scolopendre.
« Quoique celte méthode ne soit point raisonnée comme la vôtre et qu’elle ne soit point appuyée sur des considérations générales d’anatomie comparée, il n’est pas moins vrai qu’elle a le droit d’antériorité. Renversez la série, subdivisez les familles, ôtez-en quelques genres anormaux, et vous aurez un ordre très- semblable à celui que vous donnez; au surplus Hermann lui même n’a presque fait que suivre De Geer. Ce dernier, dans la disposilion des aptères, a procédé d’après l’ordre numérique croissant des pattes (voyez son dernier volume). Vous pourrez néanmoins donner à votre système une sorte de nouveauté par la manière dont vous étayerez ses fondements et surtout par ces vues d’anatomie comparée qui vous seront à coup sûr propres. Je vous exhorte à bien méditer les principes, à éviter les entorses et à aplanir les difficultés que vous offrira particulièrement l’ordre des entomostracés d’O. F. Müller. Quant à moi, comme j’aime singulièrement la science, je serai le premier à adopter toute méthode qui me paraîtra meilleure que la mienne. Je crois avoir assez fait pour ne jamais démériter, et ce sentiment me suffit.
a Vous me trouverez toujours prêt à vous seconder pro viribus.
a Bien des amitiés, Latreille.
a Nota. Faites attention que si vous commencez par les myriapodes, vous débuterez par des animaux qui ont des trachées, pour passer à d’autres qui ont des branchies et revenir ensuite à ceux qui ont encore des trachées. Quel que soit le degré d’importance qu’il faille attacher aux divers modes de respiration, il est cependant certain que votre méthode sous ce rapport sera irrégulière. Ne faites pas plier la nature à votre système, vous changez singulièrement mes idées sur la décroissance des systèmes organiques, pour les détruire il faut des preuves, des faits sans répliques, exposez- les et convertissez-nous. »
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
P. xciv — dans une lettre adressée au frère de G. Cuvier.
« Mon cher confrère ,
« Je reçois un mot de M. Geoffroy, qui me dit, que dans toute autre occasion vous feriez tout pour m’obliger, ce qui semble signifier qu’il se serait chargé de vous demander un service pour moi. Je vous prie de croire que lorsque j’aurai une demande à vous faire, un service à recevoir de vous, j’irai moi-même vous voir, persuadé que vous me recevrez aussi bien qu’aucune personne que je pourrais charger de ma commission. M. Geoffroy avait à vous faire une demande pour lui, dont la conséquence pouvait m’être avantageuse, s’il l’a faite pour moi il aura pensé qu’il pouvait compter sur votre bienveillance à mon égard, et je lui sais bien bon gré de ce sentiment, mais je dois vous dire et vous sentez aisément, que ce qu'il sollicitait de vous n’était qu’éventuellement dans mon intérêt et était au contraire directement dans le sien. Je trouve la démarche fort simple et fort naturelle, je l’ai même approuvée, mais mon nom y est de trop.
« Agréez, je vous prie, la nouvelle assurance de la haute considération de votre tout dévoué,
19 mai 1852.
a Frédéric Cuvier. »
A cette lettre écrite peu de temps après la mort de G. Cuvier, M. de Blainville fit la réponse suivante :
a Mob cher confrère,
a Je vous remercie de m’avoir mis à même de juger d’une manière certaine la démarche de M. Geoffroy auprès de moi. Je m’étais en effet bien douté que vous n’étiez compris dans cette combinaison que secondairement et que si vous eussiez eu quelque chose à me demander, vous eussiez bien voulu vous adresser à moi directement, comme je le ferais le cas échéant. Toutefois M. Geoffroy ne vous a peut-être pas fidèlement rapporté mes expressions et je tiens à ce que vous les connaissiez. Je n’ai pas dit que dans toute autre circonstance je serais charmé de trouver l’occasion de vous obliger, mais bien que dans toute circonstance, mais que dans cette affaire je n’étais plus le maître, m’étant mis à la disposition de mes confrères, et que malgré la répugnance que j’éprouvais à changer une position fort douce, et qui me plaît beaucoup, je me soumettrais à toute combinaison qui leur paraîtrait convenable pour remplir du mieux que nous pourrions le grand vide que laisse dans notre enseignement la mort de votre frère. M. Geoffroy m’a répondu qu’alors il ne prendrait pas la parole à notre assemblée d’aujourd’hui et qu’il laissait tomber sa proposition. Cependant en y réfléchissant je vois, ce me semble, un moyen de prendre dans la proposition de M. Geoffroy ce qui vous intéresse, ce qui m’a paru convenable à l’établissement, en vous y attachant d’une manière convenable. Ne serait-il pas en effet possible d’obtenir, sur notre demande expresse, qu’il soit créé une chaire de l’histoire naturelle des animaux domestiques, considérée sous le point de vue de leur amélioration et de leur acclimatation. Elle n’existe nulle part; elle est évidemment utile, c’est un des points de la science que vous avez plus spécialement étudié. Comme elle comprendrait nécessairement la direction de la ménagerie il faudrait peu d’augmentation pour porter votre traitement au prorata du nôtre. Voyez, mon cher confrère, si cette proposition vous sourit, je me réjouirais qu’elle me soit venue à la pensép, parlez-en à M. Geoffroy. Si M. Chevreul eût été ici je l’aurais consulté et
DE M. DE BLAINVILLE
en son absence je m’adresse directement à vous, répondez-moi un seul mot, oui ou non. Recevez de nouveau l’assurance de la haute considération de votre tout dévoué confrère.
Voici de quelle manière Frédéric Cuvier accueillit l’ouverture de M. de Blainville :
« Mon cher confrère,
« Je ne saurais trop vous remercier de la pensée que vous m’exprimez et qui a quelquefois été l’objet de mes rêves. 11 me semblait qu’une chaire semblable à celle que vous proposez serait aussi et même plus motivée, que celle de la culture des plantes; mais la difficulté du succès fait que je me suis borné à parler quelquefois de cette idée à mes amis. Je serais heureux qu’elle pût se réaliser, et ce qui ajouterait à mon bonheur, c’est que vous contribuassiez à son succès. Si vous en parlez, ce ne sera que comme une proposition qu’on renverra à examen, et alors Chevreul et mes amis pourront la mûrir sous l’influence de leurs bons sentiments pour moi. Agréez, avec tous mes remercîments, l’expression de mes sentiments bien sincères de dévouement.
o F. Cuvier. »
P. ex — Dans les discussions soulevées à cet égard au sein de l’Académie des sciences.
« Mon cher et ancien ami.
« Paris, 29 décembre 1838.
a Vous m’avez dit que vous aviez été sensible aux petits reproches que déjà ma vieille amitié s’est cru en droit de vous adresser ; j’avoue que votre indifférence m’eût beaucoup plus affecté que le motif même de ces reproches ; mais je serais désolé que vous crussiez un instant m’avoir sérieusement blessé, et que vous vous missiez martel en tête pour deviner mes griefs et pour me rassurer sur vos intentions; je connais celles-ci, elles ne peuvent être que bonnes à mon égard; aussi je m’en prends à la chaleur du combat et à la louable habitude que vous avez de ne ménager ni ennemi, ni ami, lorsque vous vous croyez appelé à servir l’intérêt de la science et de la vérité.
a Voici donc le fait. Dans le compte rendu de vos séances académiques (22 octobre 1838, n" 17, pag. 733), je vois :
« M. de Blainville passe ensuite à la description détaillée des trois pièces, nouveaux éléments « dans la résolution de la question.
« Sur la première, base du Didelphus Prevostii, dont il a dû se faire, d’après l’empreinte, une a idée plus juste et toute différente de celle qu’il avait pu prendre d’après des figures tout à fait « inexactes, surtout celle donnée par M. Prévost. » a J’appelle des coups de griffes et de dents, qui vont crescendo dans ce morceau :
« 1» Idée toute différente?
a 2“ Inexactes??
a 3° Tout à fait???
a 4“ Surtout celle, etc. ! !
« D’abord, sans accorder la parfaite exactitude de la remarque, je me demande à quoi bon celle-ci, puisque la vue des empreintes n’a rien changé à l’opinion formée d’après des figures, faites pour donner une idée toute différente.
Bl. Ost. bb
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
« Est-ce qu'en supprimant toutes les notes soulignées, la phrase seulement moins longue en eût dit moins dans l’intérêt de la cause? Non, certainement.
« Bien plus, sans avoir vu les empreintes que vous avez entre les mains, et en comparant seulement la figure donnée par M. Buckland avec celle donnée précédemment par moi, figures faites l’une et l’autre sur la pièce originale par deux personnes sans connivence entre elles, la ressemblance essentielle est telle qu’il ne peut être rigoureusement exact de dire de l’une et de l’autre qu’elles sont tout à fait inexactes, et d’ajouter que celle donnée par M. Prévost a encore la supériorité sous ce rapport.
« Ce que je puis parfaitement voir, par exemple, c’est que la figure nouvelle que vous avez donnée vous-même dans vos comptes rendus a été on ne peut plus inexactement copiée sur la mienne, et cela graphiquement et anatomiquement, malgré la description minutieuse qui accompagne et explique dans mon mémoire la figure faite, il est vrai, à la hâte, mais avec tout le soin et l’intelligence dont je suis capable, et surtout, comme vous avez bien voulu le dire dans votre premier mémoire, sans idée préconçue.
« Voici ce que je disais ( Annales des sc. nat t. 4, p. 199) : a C’est une mâchoire inférieure « adhérente par sa face interne au schiste oolitique, dans laquelle elle est fortement engagée : a la face extérieure est la seule visible j sa longueur totale est de 20 millimètres environ, ce qui a annoncerait, d’après des proportions normales, un animal de la grosseur d’une taupe au a plus; tout le tissu osseux n’est pas conservé; la forme de la branche montante n’est indiquée a que par une empreinte en creux, et il ne reste que quelques portions du tissu spongieux de a l’os, aux angles moyens et inférieurs. La portion postérieure de la branche horizontale est « la seule qui ait toute son épaisseur; quant à la partie antérieure de celle-ci, et sur une lona gueur de plus de sa moitié, la lame compacte externe a été enlevée probablement lorsqu’on a a brisé la pierre, de manière que l’on voit clairement les racines des dents implantées dans les a alvéoles. Ces dents sont au nombre de dix sur une ligne continue ; les trois plus profondes a paraissent avoir eu trois pointes à peu près égales; mais, ainsi que la quatrième, elles sont a brisées verticalement, de sorte qu’on ne voit que leur tissu intérieur, qui n’est nullement en a saillie sur la pierre dont il se distingue par sa couleur brune. Les six dents suivantes sont a presque entières et encore recouvertes de leur émail ; on distingue très-bien le collet qui a sépare le corps de la dent de ses deux racines; leur couronne est tricuspide, mais surtout a dans les quatre antérieures la pointe moyenne est beaucoup plus forte et beaucoup plus aiguë a que les deux latérales qui sont presque rudimentaires; il n’y a point de canines proprement a dites saillantes ; et quant aux incisives, la portion tout à fait antérieure de la mâchoire n'est a pas assez bien conservée pour que l’on puisse y voir autre chose, si ce n’est que cette mâa choire ne se prolongeait pas beaucoup au delà de ce qu’indique le dessin. Les dents ont bien a difficilement de doubles racines, qui sont aussi enchâssées dans des alvéoles; par conséa quent, la mâchoire dont elles font partie était bien celle d’un mammifère. — Aurais-je dû a ajouter : Ainsi que M. de Blainville me l’a indiqué?» (Voir votre remarque n° 8, p. 404, p. 6.)
a En vérité, mon très-cher ami, si je ne l’avais pas oublié, j’aurais cru que vous étiez assez riche pour me faire ce petit cadeau, et assez généreux pour ne pas me citer à restitution devant l’Académie et devant le public qui lit vos mémoires.
a Comme j’ai lu avec beaucoup d’attention la pièce du procès que vous avez engagé et soutenu avec toute la sagacité et le nerf d’un plaideur qui connaît sa procédure et ses juges, j’aurais beaucoup de choses à vous dire pour essayer de vous faire entendre et comprendre qu’il m'est impossible de me rendre entièrement à votre conclusion définitive; mais il ne s’agit ici
DE M. DE BLAINVILLE
que du fétu que vous avez aperçu dans mon œil et que vous m’avez fait l’honneur de montrer à vos illustres et bienveillants confrères.
a Maintenant regardez, je vous prie, de sang-froid, la figure dont vous avez enrichi vos annales; comparez-la à la figure et surtout à la description que j’ai donnée et d’après laquelle elle est supposée faite, et dites-moi, la main sur la conscience, si l’on peut copier et interpréter plus inexactement? Peut-on distinguer la seule portion de la mâchoire qui ait conservé sa forme extérieure du tissu spongieux, seul apparent dans les trois quarts de la pièce, et celui-ci des seules empreintes laissées dans la gangue? Et les dents, avec quelle inexactitude ont-elles été copiées? Et ces quatre dernières molaires dont il n’existe en réalité qu’une coupe verticale et que vous avez restaurées en faisant, par parenthèse, sauter les racines par-dessus le bord externe de la mâchoire, etc..., toutes choses que je puis vous dire en confidence, mais que je me garderais bien de dénoncer à vos chers collègues et autres bons amis scientifiques.
« Je terminerai en vous disant que je suis entièrement de votre avis sur ce que vous avez dignement et vertement énoncé en pleine académie: qu’il faut lire et savoir bien lire les écrits de ceux que l’on réfute; j’y ajouterai qu’il faut peut-être aussi savoir traiter avec quelques ménagements ceux que l’on cite et que l’on accuse devant l’immortel aréopage, surtout lorsque les accusés n’ont pas voix pour se défendre, et que beaucoup de juges prévenus ou endormis sont disposés à se lever et à se réveiller en criant : Haro !
« J’espère que vous ne trouverez dans ma lettre qu’un témoignage de franchise amicale ; je désire vivement qu’elle vous soit une nouvelle preuve que mon attachement pour vous est trop solidement établi sur l’estime que vous méritez, pour qu’il puisse être plus altéré par de légères égratignures qu’il ne l’a jamais été par la divergence extrême de nos manières de voir certaines choses.
« Ainsi donc croyez-moi toujours et pour toujours votre ancien et sincère ami,
Constant Prévost.