‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 40 sur 130 · CC1II · texte numérisé non relu

CC1II

« Vous fûtes chargé, comme conseiller de l’Université, d’aller à Mayence et à Strasbourg.

« Le renversement de Buonaparte arriva quelque temps après.

a Aussitôt que les relations furent rétablies entre la France et l’Angleterre , je me disposai à faire un voyage à Londres, pour y visiter les collections et par conséquent pour y recueillir des matériaux scientifiques dont je manquais presque totalement dans ma position à Paris.

« Je fus obligé d’attendre la fin de mon cours à la Faculté , et je ne partis qu’au mois d’août déjà assez avancé.

a Avant de partir, je vous demandai si l’administration du muséum ne voudrait pas consentir à m’indemniser en partie de mes frais de voyage, en me chargeant pour elle de quelque acquisition; vous me dites de m’adresser directement à elle, ce que je fis peut-être par écrit, ce que je ne puis assurer, toutefois ce fut sans aucune espèce de succès et mon voyage fut entièrement à mes frais, vous eûtes seulement la complaisance de me donner deux lettres de recommandation, l’une pour sir Jos. Banks et l’autre pour sir E. Home, de même que M. Huzard et quelques autres savants français voulurent bien m’en donner pour quelques autres personnes.

« Les vôtres me furent cependant plus spécialement utiles, parce que chez le premier je fis la connaissance du docteur Leach et chez le second celle de M. Brodie. Aussi M. Ord a eu complètement tort de répandre dans le monde, sans votre participation, j’en suis bien certain, que vous m’aviez envoyé en Angleterre, et qu’à mon retour je n’avais pas voulu vous communiquer le résultat de mes travaux. Le fait est qu’à mon retour, lorsque je vous annonçais quelques observations nouvelles que j’avais eu l’occasion de faire sur les mollusques, vous me demandâtes de vous les communiquer et que je vous répondis que j’allais m’empresser de les publier, afin de les mettre le plutôt possible à votre disposition ; ce que je fis, en effet, dans le Bulletin de la Société philomathique.

«Cependant nos relations scientifiques ne cessèrent pas, et je continuai non-seulement à faire la myologie, la névrologie et l’angéiologie des animaux qui mouraient à la ménagerie, à les faire dessiner sous mes yeux; mais encore à en présenter la description détaillée sur un plan déterminé et uniforme qui m’était propre. Ces manuscrits doivent être dans vos portefeuilles.

« Nos relations sociales continuèrent également au point que, d’après la promesse que vous avez bien voulu me faire avant mon départ, vous me chargeâtes de continuer le cours sur la sensibilité que vous ouvrîtes le 20 octobre 1814, ce que j’exécutai cette année et l’année suivante à la même époque.

«J’avoue que je commis l’imprudence de faire ce cours suivant un plan qui m’était propre et de ne pas m’astreindre à suivre votre ouvrage, et que, lorsque l’occasion s’en présentait, sans affectation et par amour pur de la vérité, non-seulement je n’adoptais pas votre opinion dans certains points de doctrine, mais que je la combattais, quoique avec toutes les précautions oratoires et la déférence qui vous était due dans votre chaire et par un homme de votre choix. Aussi l’un de vos confrères, au Jardin du roi, qui me fit plusieurs fois l'honneur de venir m’entendre, m’annonça-t-il que c’élait la première et la dernière fois que je professerais à votre place, et sa prédiction s’est vérifiée d’une manière complète, malgré vos promesses réitérées.

« Cependant mon cours, tel que l’avais entrepris, n’ayant pu être fini dans une année, vous ne vous opposâtes pas à ce que je le terminasse l’année suivante, ce que je fis.

« Toutefois nos relations, de quelque nature qu’elles fussent, se ralentissaient et se refroidissaient d’une manière remarquable. Je n’étais plus appelé quand il mourait un animal à la ménagerie, et si je ne me fusse pas présenté d’une matière un peu forcée pour la dissection du dernier éléphant mort au Jardin, je crois bien que je n’aurais pas eu l’avantage de connaître

ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX par moi-même l’organisation de ce singulier animal; mais un jeune homme que vous aviez pris à cette époque pour vous aider à vérifier les recherches de M. Dutrochet sur l'œuf des mammifères et qui travaillait, je n’ose pas dire à ma place, n'étant pas en état de faire une inyologie en harmonie avec celles si nombreuses que j’avais faites précédemment, je pus encore en être chargé, mais ce fut la dernière, le plan était fait, il avait été exécuté sous mes yeux un grand nombre de fois, il suffisait de le répéter pour chaque animal nouveau et cela n’était d’aucune difficulté et pouvait être fait par le premier manœuvre.

«C’est à cette époque que cessèrent nos relations scientifiques; la cessation de celles de société ne tarda pas à suivre; en effet, m’étant -plaint à vous dans votre salon devant madame Cuvier, et peut-être un peu trop vivement, du tort que vous aviez pu faire à MM. Lesueur et Desmarest, deux de mes amis, en accordant à M. Savigny la découverte des ascidies ou hiphores agrégés, elle vous fit une observation à haute voix qui ne put que me blesser, vous aviez tort sans doute; mais j’avais également tort d’avoir pris le parti de mes amis avec trop de chaleur et d’avoir excité la susceptibilité bien excusable de votre femme, dans son salon, au milieu d’un assez bon nombre de personnes. Dès lors furent rompues toutes nos relations, et après quatre ou cinq ans de travaux je me trouvais mon grand travail sur les poissons interrompu et hors d’état d’être repris par ma position fausse auprès de M. Duméril, et mon travail anatomique sur la myologie étendu sans doute et perfectionné, je le veux bien, passé entièrement entre vos mains, et dont je ne pouvais plus seul disposer sans manquer à ma parole, c’est-à-dire deux beaux sujets de travail et d’un travail de longue haleine de moins, et, au contraire, un ennemi et un ennemi puissant de plus, voilà à quoi la nature de mon caractère en rapport avec celle du vôtre conduisit nécessairement, et ce que cependant je voyais depuis les premiers mois de notre alliance hétérogène.

« Toutefois je ne me regardai pas comme étouffé par l’ensemble de ces circonstances défavorables et qu’il ne m’appartenait plus de raccommoder, j’abandonnai ces deux longs travaux, reconnaissant, mais trop tard, que vous aviez été plus fin que moi, lorsque je vous vis vousmême entreprendre, toujours aidé, votre Histoire naturelle des Poissons et m’ayant débusqué si adroitement, et je me retournai vers d’autres parties de la science en choisissant celles mêmes qui demandaient une plus grande intensité d’efforts et de persévérance. J’ai réussi et je suis parvenu à mes fins, de m’asseoir à côté de vous, malgré vous, à l’Académie des sciences et au Jardin des plantes.

« Je dis , malgré vous , et en vérité je suis bien certain que cette expression ne vous paraîtra pas trop forte, vous qui savez tout ce que vous avez fait contre moi pour vous opposer à ce que je rrçussele prix d’une vie entièrement consacrée aux sciences naturelles.

« A l’Institut, quand vous travailliez pour votre frère, il n’y a trop rien à dire, dans un siècle où un homme d’honneur pouvait me dire en face : je sais que vous méritez, que vous devez avoir la place, mais je ne puis vous donner ma voix, elle est à tel ou tel , mon ami de trente ans. En effet, si l’honorable M. Ramon qui vous connaissait si bien, n’eût agi avec force pour contrebalancer votre influence, je serais encore aux portes de l’Académie, et bientôt le temps et mes leçons même ayant fait germer des jeunes gens meilleurs que moi, je m’en serais trouvé écarté à jamais comme tant d’autres qui auraient mérité ou qui méritent un meilleur soit.

a Mais au Jardin du roi où vous connaissiez mieux qu’un autre les besoins de la science dans la création d'une nouvelle chaire, et la spécialité de mes travaux pour la remplir, que n’avezvous pas fait pour m’empêcher d’y arriver? et à quoi a-t-il tenu que vous n’ayez réussi, à la délicatesse scrupuleuse de M. de Montbel, le seul ministre que j’ai vu encore n’écouter que sa

DE M. DE BLAINVILLE. - NOTES

conscience , après l’avoir éclairée par tous les moyens mis à la portée de la nature humaine.

Mais enfin j’y suis, et tant qu’il suffira pour conserver une place acquise par de longs travaux, de cette probité rigoureuse qui fait que l’on regarde comme un devoir de faire ses leçons avec exactitude , j’ai droit d’espérer d’y mourir, comme nos prédécesseurs, ainsi plus de rancune. Si je meurs avant vous, j’aurai l’avantage que vous apprécierez ma vie et mes travaux avec quelque impartialité, quoique avec cette rigoureuse justice que je suis en droit d’attendre après le conflit où nous nous sommes trouvés; si vous avez le malheur de quitter cette vie avant moi, je m’efforcerai de remplir la même tâche à votre égard, non pas seulement dans l’intérêt des hommes, mais dans celui de la science qui lui est bien supérieur. C’est alors que je chercherai à montrer quelle influence défavorable sur ses progrès peuvent exercer des hommes que l’opinion publique à tort ou à raison paraît placer au-dessus de leurs collaborateurs dans la même partie , et combien, tout en rendant justice à qui de droit, il faut craindre d’aider à dresser un piédestal disproportionné avec la statue dont il doit former la base (1). »

P. xxix — nous le rapportons plus loin .

« Goëttingue, ce 2 août 1811.

« Je n’ai point osé vous écrire jusqu’à présent, parce que je n’avais rien de bon à vous dire touchant les êtres qui vous intéressent le plus au monde, c’est-à-dire touchant les poissons, et que je pensais que tout ce que je pourrais d’ailleurs vous apprendre vous ferait infiniment moins de plaisir, que si je vous eusse dit que je vous envoyais ou vous apportais une nouvelle espèce de Squale ou de Raie, mais puisque vous avez prononcé mon arrêt (lequel m’a été transmis eu toute lettre par M. Curie), je n'ai plus rien à risquer. Je ne puis d’ailleurs me refuser au plaisir de vous féliciter sur l’heureux succès de votre première leçon au Collège de France. Un professeur de la Faculté des sciences, membre de l’Institut, en a fait un rapport très-avantageux à M. Cuvier. Il lui dit que vous avez parlé de lui (M. Cuvier) d’une manière qui fait autant d’honneur à votre esprit qu’à votre cœur, et que de plus vous avez montré à votre début que vous êtes déjà un professeur consommé (ce sont ses propres expressions), il fait encore plusieurs louanges de vous, mais comme entre autres belles choses qu’il débite sur votre compte, il vante surtout votre modestie, je dois, pour ne pas offenser chez vous cette précieuse qualité, vous taire une partie de ce qu’il dit : c’est d’ailleurs par indiscrétion que je sais ce que je vous écris, et j’espère acquitter ma conscience en ne vous faisant qu’une demi-confidence.

« J’espère aussi que vous aurez autant de succès au concours, et même que celui-ci vous préparera les voies, et cela à plus juste titre que saint Jean ne préparait celles du Seigneur, car selon l’Écriture il prêchait dans le désert, et vous (selon le professeur en question) vous prêchez au milieu d’un nombreux auditoire. Je vous avoue cependant que j’ai quelque crainte au sujet de ce concours; je vois par une lettre que vous avez écrite à M. Cuvier, qu’il n’en est point encore question, et cependant il y a très-longtemps que M. Cuvier a envoyé au grand maître l’annonce qu’il lui proposait de publier. J’ai peur qu’on ne veuille en traînant cette affaire en longueur, donner le temps à votre antagoniste de se préparer assez, pour faire croire à ceux qui ne sont pas grands connaisseurs qu’il en sait autant que vous et que l’égalité de moyens étant une

(I) La présente lettre, qui n’est pas datée, ayant été reproduite d’après un brouillon trop souvent illisible, il a pu se glisser quelques mauvaises leçons dans la copie exécutée cependant avec toute l’exactitude possible.

ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX

fois reconnue, on ne choisisse de préférence celui qui a déjà un pied dans la faculté. Au reste peut-être ce retard vous sera-t-il avantageux, si M. Cuvier doit être président du concours, il n'y a pas de mal qu'il soit de retour, avant qu’il soit commencé.

« Ce retour se fera en peu de temps, car ces messieurs sont allés vite en besogne, c’est même cela qui m’a empêché de rechercher des poissons dans plusieurs villes, nous n’avons séjourné que quelques jours, quelques heures même, et la pêche est si peu de chose, depuis que les pêcheurs n’osent s'éloigner des côtes, qu’on ne mange presque dans toute la Hollande que le poisson du Zuiderzée, qui ne fournit que des limandes.

« Nous avons été plus heureux pour les fossiles, M. Cuvier a eu le bonheur de trouver que les conjectures qu’il avait formées sur 1 ’homo diluvii testis de Scheuchzer étaient vraies ; ce morceau m’a été remis pour le travailler à la pointe, et j’ai découvert en effet les deux plus beaux petits bras de Salamandre qu’on puisse voir, et toutes les côtes. Je n’ai jamais vu M. Cuvier si content; le possesseur du morceau M. Van Marum y a trouvé son compte aussi, car cela double le prix de l’objet. Nous avons trouvé quelques autres petites choses dans les cabinets de MM. Brugmann et Camper. Le premier surtout est très-beau, dans un ordre parfait, mais cependant contient peu de choses que nous n’ayons. Au reste M. Brugmann doit être actuellement à Paris, et sûrement vous aurez fait sa connaissance et vous aurez été content de lui. Nous allons voir les cabinets de Goettingue, peut-être ajouterons quelque chose à notre récolte.

« J’ai écrit dernièrement à M. Rousseau ; s’il n’a point encore écrit àM. Cuvier, vous devriez bien l’engager à lui adresser une petite lettre à Strasbourg où nous serons dans quinze jours ou trois semaines au plus tard, M. Cuvier ne serait pas content que M. Rousseau ne lui écrivit pas, car il est très- sensible à ces sortes de marque d’attention.

« Si vous voyez M. Curie, je vous prie de lui dire que je me propose de répondre en détail à sa lettre, car je crois qu’on peut répondre à tous les sophismes qu’il m’a débités sur l’inconstance en amour. Bien des choses s’il vous plaît à MM. Rousseau père et fils et à Charles.

« M. Cuvier me charge de vous dire qu'il n’a reçu votre lettre que quelques instants avant de quitter Strasbourg, qu’il vous remercie des détails que vous lui donnez, et qu’il écrira au grand

maître à votre sujet.

Laurillard. »

P. xxxu — dans une note entière de sa main .

« Je prie M. Blainville d’employer tous les animaux qui seront mis à sa disposition par la ménagerie, à faire des préparations relatives à l’angéiologie et à la névrologie. Il y emploiera également tous ceux que M. Rousseau pourra lui procurer. M. Rousseau est chargé de lui fournir tout ce qui sera nécessaire pour les injections.

a J’excepte le Castor. S’il en meurt un, il sera, après avoir été écorché, mis tout entier dans l’esprit-de-vin jusqù’à mon retour.

« Je prie M. de Blainville de ne pas toucher aux objets contenus dans les bocaux, parce que chacun d’eux a une destination que je peux seul savoir.

G. Cuvier.

DE M. DE BLAlN VILLE. — NOTES.

P. u — le sujet d’un mémoire communiqué à Latreille.

Paris, le 20 juin 1815.

« A peine m’aviez-vous quitté, mon cher monsieur, que je me suis rappelé d’avoir vu, dans un auteur moderne, une méthode basée sur vos principes. Ma mémoire m’a renvoyé J. F. à Hermann et voici un extrait de sa distribution publiée à la tête de son Mémoire aptérologique.

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