‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 80 sur 130 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Ainsi donc , de cette comparaison détaillée de toutes les parties de la tête de l’Aye-Aye avec celle des Rongeurs, il résulte :

i° Que tout ce qui tient aux organes de l’intelligence, comme le grand développement du cerveau et de ses différentes parties, la situation du grand trou occipital, la proportion de son diamètre avec celui du crâne , la disposition et la proportion des trous pour la sortie des

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nerfs cérébraux , se réunissent pour éloigner l’Aye-Aye de l’ordre des Rongeurs et pour le rapprocher des Quadrumanes , ou mieux du premier degré d’organisation des Mammifères et surtout des Makis;

2° Qu’il en est tout à fait de même sous le rapport des organes des sens.

Ainsi , dans l’appareil de l’ouïe , la non -séparation de la caisse du tympan , et surtout du rocher, la grandeur du canal auditif interne , celle de l’externe, la non-existence de canal auditif externe osseux, et la forme même des osselets de l’ouïe.

Dans l’appareil de la vision, la grandeur et la direction de l’orbite, l’état complet de son cadre , et sa composition , dans laquelle n’entre pas l’os maxillaire supérieur , la disposition de l’os lacrymal et l’ouverture de son canal hors de l’orbite.

Dans l’appareil de l’olfaction , la petitesse proportionnelle des cavités nasales , la grande complication des cornets supérieurs et en général de l’ethmoïde , et au contraire la simplicité et la petitesse du cornet inférieur, la grandeur des sinus frontaux et sphénoïdal , l’étendue du vomer et la séparation osseuse presque complète des deux cavités nasales; enfin la petitesse des os du nez.

Dans la cavité du sens du goût,

La petitesse du palais en général et des os palatins antérieurs et postérieurs, sont autant de caractères qui font de l’Aye-Aye un Maki et non un Rongeur , tandis qu’au contraire on trouve des indices apparents de rapprochement avec ceux-ci dans les organes de la mastication.

i° En ce que les os incisifs ( dans la supposition qu’ils existent réellement) sont très-forts et s’articulent largement avec les os du nez et avec le frontal, comme dans tous les Rongeurs ; mais aussi, doit-on faire observer que ce caractère ne peut pas être regardé comme très-important, puisqu’il se retrouve chez certains carnassiers, l’Hyène et l’Ours, chez l’Eléphant , le Lamantin , et même , comme il a été déjà indiqué , dans le Tarsier.

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2° En ce que les dents incisives, au nombre de deux seulement à chaque mâchoire , sont très-fortes et surtout très-épaisses ; tranchantes à leur bord libre , et implantées très-profondément jusque dans les os maxillaires pour les supérieurs , comme cela a lieu chez les Rongeurs.

3° En ce qu’il n’y a pas de dents canines, ni de fausses molaires , mais à leur place un grand espace vide formant barre entre les incisives et les vraies molaires. Nous devons cependant ajouter qu’il est fort probable que dans le jeune âge il y a quelques dents intermédiaires.

4° Enfin que les molaires sont petites et à couronne plate ; toutefois nous avons également montré que cela dépend de l’usure , et que trèsprobablement elles avaient auparavant quatre tubercules , comme celles des Loris.

Mais nous avons trouvé , dans le peu que nous connaissons de l’appareil passif de la locomotion , la confirmation de ce que la considération des appareils de l’intelligence et des sens avait déjà indiqué , et cela dans la forme de la tête supérieure du radius , dans l’existence de quatre os à la première rangée du carpe , et de l’os intermédiaire, caractéristique des Quadrumanes (i). Il en a été de même pour les mœurs et les habitudes, à quoi on doit peut-être ajouter la considération de la patrie, Madagascar , presque exclusive des Makis : en sorte que nous pourrons , ce me semble, conclure qu’indubitablement l’Aye-Aye appartient au premier degré d’organisation des mammifères par les organes de l’intelligence , par ceux des sens , par ceux de la locomotion , c’est-à-dire , par tous ceux qui constituent la vie animale , et qu’il ne semble s’en éloigner un peu que sous le rapport de l’appareil masticateur, pour se rapprocher des Rongeurs.

Mais dans la supposition où les organes de la mastication seraient véritablement semblables à ce qu’ils sont chez les Rongeurs , on pourrait tout au plus en conclure que l’Aye - Aye tiendrait à la fois de ces ani-

(1) A quoi nous pouvons ajouter aujourd’hui le calcanéum et le scaphoïde, allongés comme dans le Tarsier.

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maux et des Quadrumanes; et, comme en définitive, il faut qu’il soit placé quelque part, il reste donc maintenant, pour résoudre complètement la difficulté , à déterminer dans quel groupe il doit être décidément placé , ce qui ne sera pas difficile , à l’aide de quelques principes.

Si, dans la disposition méthodique des mammifères en groupes secondaires, on veut essentiellement prendre en considération les organes de la nutrition , et parmi ceux-ci le système dentaire , il est probable , toujours dans l’hypothèse que, dans l’Aye-Aye, il est semblable à ce qu’il est dans les Rongeurs, que cet animal pourra être placé parmi ceux-ci , c’est-à-dire parmi les mammifères onguiculés à deux sortes de dents, des molaires et des incisives, mais alors il est évident que l’on suivra un ordre tout à fait systématique, tout à fait artificiel , en prenant un seul organe en considération, et que l’on rompra les véritables rapports naturels. Encore devons-nous ajouter que , dans cette manière de voir, il faudra donc quel’Aye-Aye se trouve à la tête des Rongeurs, et que cet ordre soit précédé par celui des Quadrumanes, comme M. de Lacépède a fait ; ce qu’on ne fait pas dans la méthode mammalogique de Storr. Car, je dois le dire en passant , dans cette méthode où l’on emploie la considération des dents pour classer les mammifères onguiculés , on commet une sorte d’inconséquence en plaçant l’Homme et les Quadrumanes à leur tête , c’est-à-dire en ayant égard aux fonctions intellectuelles. Dans un système bien fait qui prenait en première considération les dents , et par conséquent la nourriture des animaux , il fallait mettre à la tête un animal tout à fait carnassier ou tout à fait herbivore, et placer intermédiairement les omnivores. Alors les Carnassiers étant au premier degré pour l’appareil masticateur , seraient venus ensuite les Quadrumanes comme intermédiaires , puis ensuite au troisième degré les Rongeurs : alors l’Aye-Aye semblerait placé convenablement à la tête de ceuxci; mais il est aisé de sentir qu’en agissant ainsi , il eût été pour ainsi dire ridicule de mettre l’Homme, qui doit nécessairement précéder plus ou moins immédiatement les Singes, après les Carnassiers; et comme ils ne

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sont avant eux que par les organes de l’intelligence , ou mieux par plus de développement du système nerveux céphalique , on voit comment il vaut mieux disposer et former les groupes de mammifères d’après la considération de ce système.

Si donc on doit prendre en première considération , pour l’établissement des groupes naturels, les organes de la vie animale, c’est-à-dire ceux qui se trouvent le plus en rapport avec le système nerveux, on voit que l’Aye-Aye doit être rangé parmi les Quadrumanes.

Il s’agit donc maintenant de déterminer à quel système d’organes il faut donner la préférence, et cela sera facile quand on viendra à réfléchir que le système nerveux , et par conséquent les organes qui en sont le plus puissamment influencés, doivent être pris en première considération , puisque c’est là ce qui constitue essentiellement l’animal , et que plus il sera développé, et plus celui-ci devra être rapproché de l’être qui est à la tête de toute la série, c’est-à-dire de l’Homme; et, en effet, c’est la considération de la disposition de ce système et des proportions de ses différentes parties , qui conduit à rompre le moins de rapports naturels.

Cette considération n’offre point d’anomalies qui ne puissent être aisément expliquées ; mais il n’en est pas de même dans la méthode qui prend le système dentaire en première considération : en effet , l’on sait très-bien que plusieurs animaux carnassiers , que l’on range parmi les mammifères aux trois sortes de dents, n’en ont cependant que de deux , comme plusieurs Chéiroptères, et aussi quelques espèces de la famille des Amphibies ou Phoques. Et si la classification qui repose sur le système nerveux et les organes des sens n’offre pas des coupes aussi tranchées, en apparence du moins, et par conséquent plus artificielles ( car plus on avance dans la connaissance des animaux , plus on est convaincu de la vérité de cet axiome de Linné , natura non facii saltuni ) ; elle est , on peut le dire hardiment , plus naturelle et par conséquent plus philosophique.

Je sais bien que l’on fait cette objection , que l’emploi de la consi-

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dération du système nerveux est beaucoup plus difficile à faire que celle du système dentaire, parce qu’il est entièrement et profondément anatomique ; mais je répondrai d’abord que la première qualité d’une bonne disposition des animaux n’est pas la facilité de son emploi , mais celle qui permet le mieux l’application de la voie d’analogie et d’induction , et par conséquent la possibilité de grouper les animaux d’après le plus grand nombre de leurs rapports. Nous pouvons dire ensuite qu’il y a deux sortes de méthodes, l’une pour l’enseignement élémentaire, et l’autre pour le perfectionnement de la science. A quoi nous pouvons ajouter que la disposition du système nerveux , qui n’est nullement traduite par l’appareil masticateur , quoique celui-ci ne soit qu’une partie de l’appareil locomoteur et sensorial annexé à l’appareil de la digestion, l’est au contraire parfaitement par la tête, et même par la disposition des loges des sens et surtout de celle de l’encéphale, et, parmi les pièces qui le supportent , par le sphénoïde et ses annexes. C’est , au reste , ce qui pourrait être soutenu d’une manière que je crois irrécusable, dans un mémoire ad hoc , dans lequel je me propose de traiter de la tête , ou mieux du crâne proprement dit, comme composé non pas d’une seule vertèbre, comme M. Oken paraît l’avoir fait (i), ainsi que M. Duméril , celui-ci en l’envisageant uniquement dans ses mouvements , mais d autant de vertèbres qu’il y a de ganglions ou de systèmes nerveux particuliers dans l’encéphale. En ce moment il nous suffira de rappeler : i 0 que l’Aye-Aye , sous tous les rapports de fonctions évidemment animales, ainsi que par les mœurs et les habitudes qui en dépendent, na aucuns rapports avec les Rongeurs, et au contraire en a autant que possible avec les derniers Quadrumanes ; 2° que les caractères tirés des organes de la vie animale doivent , dans les rapports naturels des animaux , être d’un bien plus grand poids que ceux tirés des organes

(1) C’était une erreur. Le célèbre programme de M. Oken m’était totalement inconnu lors de la composition de ce mémoire. Je n’en avais entendu parler que fort vaguement à M. Cuvier, presque en badinant ( octobre 1839 ).

G. Lemür. .

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de la digestion ; d’où nous pourrons conclure que le Cheiromys , que l’on pourrait appeler plus convenablement Myspithecus , doit être placé parmi les mammifères du premier degré d’organisation, en y formant, si on le veut, une petite famille distincte , qu’il sera cependant toujours assez difficile de séparer des Tarsiers.

Il nous reste maintenant à faire voir que cette manière de voir à laquelle je suis parvenu d’une manière d’autant plus sûre , qu elle est plus rationnelle , était celle d’un assez grand nombre de zoologistes que l’on a taxés, on ne sait vraiment pas trop pourquoi, d’être systématiques , c’està-dire de ne pas suivre la méthode naturelle.

$ Vil. — Histoire de la place assignée à l’ Aye-Aye par les zoologistes

Sonnerat est, comme nous avons déjà eu l’occasion de le faire remarquer plus haut , le seul observateur qui ait parlé de cet animal vivant , dans son Voyage aux Indes Orientales , tom. II, pag. i3 7 , d’après deux individus , l’un mâle et l’autre femelle , qu’il s’était procurés à Madagascar, et qu’il a gardés pendant deux mois en captivité. C’est de lui que nous tenons le peu que nous savons de ses mœurs et de ses habitudes rapporté ci-dessus ; mais jamais Sonnerat n’a cherché ses rapports naturels avec d’autres animaux connus.

M. de Buffon , tom. XIV de ses Suppléments publiés après sa mort , par M. de Lacépède , en 1789, donne une description détaillée de la peau bourrée de l’individu femelle rapporté par Sonnerat , et cela à la suite de celle de plusieurs espèces de véritables Écureuils; ce qui a pu faire supposer qu’il le regardait comme un animal de ce genre , et déterminer les zoologistes à l’y placer. Cependant Buffon , qui compare assez justement les dents, mais tout à fait à tort la tête, à celles des Écureuils, dit expressément à la fin de son article que c’est avec les Tarsiers qu’il a le plus de rapports par l’aplatissement du pouce des pieds de derrière, la queue longue et touffue , les oreilles droites , nues et transparentes , la nature laineuse des poils, et la longueur des doigts.

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On ne doit cependant pas s’étonner que Gmelin , le premier éditeur du Systema naturœ , après la mort de Linné , et conséquent à la marche rigoureusement systématique de ce grand maître, ait placé l’Aye-Aye parmi les dires ou Rongeurs, puisqu’en effet cet animal n’a pas de canines et seulement deux incisives à chaque mâchoire , et dans le genre Sciurus ou Écureuil , à cause de sa longue queue touffue. Toutefois il faut remarquer que, suivant sa louable et modeste coutume dont ses successeurs ont souvent profité, tout en le flétrissant de l’épithète de compilateur , Gmelin ajoute dans se§observations : Dubii generis , gressu moribusque Bradypodi affinis , dentibus, caudâ , pedibus pentadactylis Sciuro propior.

Schreber, quoique ayant suivi à peu près également le système mammalogique de Linné, fut plus heureux ou mieux avisé : en effet, il plaça sans hésitation l’Aye-Ayedans le genre Lemur ou Maki, sous la dénomination fort convenable de L. Psilodactylus . mais aussi sans en donner les raisons déterminantes; et en effet, cet animal n’avait certainement pas les caractères qu’il avait assignés à ce genre.

Assez longtemps après la publication de la treizième édition du Systema naturœ de Linné et du cahier des Saugethiere de Schreber , les zoologistes ne paraissent pas avoir fait grande attention à l’Aye-Aye, au point qu’eu 1795 MM. Cuvier et Geoffroy, dans l’exposé de leur méthode mammalogique, inséré dans le Magasin encyclopédique , n’en firent aucune mention; mais peu après, ce dernier, revenant sur cet animal, dans un Mémoire ad hoc, publié dans le n° 28 de la Décade philosophique , fit voir aisément qu’il ne pourrait être conservé dans le genre Sciurus où Gmelin l’avait placé , et qu’il devait en former un distinct pour lequel il proposa le nom de Daubentonia ; mais il n’eut ou ne manifesta du moins aucun soupçon sur sa place dans la série des Mammifères , et le regarda comme appartenant à l’ordre des Rongeurs ou Glires, ainsi que Gmelin l’avait fait. Cependant M. Geoffroy fait observer que le nombre des doigts et le pouce des pieds de derrière en feraient un genre assez voisin des Didelphes , s’il ne s’en éloignait beaucoup par la forme de la tête

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et les caractères tirés des dents; à quoi il ajoute, que les Loirs, les Gerboises sont plus rapprochés que lui des Écureuils , du moins si l’ensemble des caractères est consulté et estimé , parce qu’en effet ces animaux s’approchent par un très-grand nombre de traits analogues, tandis que l’on aperçoit à peine dans l’Aye-Aye quelques caractères isolés , poulie mettre en rapport avec quelques-uns des genres de Rongeurs.

M. Cuvier admit en effet cette manière de voir dans son Tableau des animaux, puisqu’il le laissa dans ce dernier ordre; mais en disant qu’il devait être séparé des Écureuils , et que par son pouce opposable il était aux Rongeurs ce que les Pédimanes, c’est-à-dire les Sarigues, sont aux Carnassiers. Aussi, dans les tableaux ajoutés au premier volume de ses Leçons d’anatomie , publié en 1800, il remplace le nom de Daubentonia, proposé par M. E. Geoffroy, par celui de Cheiromys , ou de Rat à mains , en le plaçant toujours après les Écureuils.

Tous les zoologistes qui depuis lors publièrent en France des abrégés ou des éléments d’histoire naturelle ou de zoologie , comme MM. Desmarest, Duméril, admirent les principes de la classification des Mammifères de Storr, modifiée par MM. E. Geoffroy et Cuvier, c’est-à-dire la considération rigoureuse du système dentaire avant tout, et continuèrent à placer l’Aye-Aye parmi les Rongeurs. M. Desmarest le mit cependant un peu hors de ligne avec les Phascolomes et les Kanguroos.

Mais il n’en fut pas de même des zoologistes qui prenaient en première considération les organes de la locomotion , et qui ainsi rapprochèrent plus ou moins notre animal de sa véritable place.

M. de Lacépède, par exemple, dans sa classification des Mammifères proposée en l’an VI (1798), en fait un genre distinct, qu’il place dans la sous -division des Mammifères désignée sous le nom de Pédimanes; mais au lieu de le mettre à la tête de cette sous-division , ce qui l’aurait placé au moins à la suite du Galago, par lequel il finit la première, il le range à la fin , dans l’ordre caractérisé par la présence de dents incisives et molaires seulement, et cela avec les Kanguroos, qui sont des Didelphes.

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Les zoologistes étrangers furent en général plus heureux ; ainsi Shaw suivit complètement l’exemple de Schreber, dans sa Zoologie générale ( vol. I, part, i, page 109), en plaçant l’Aye-Aye dans le genre Lemur, sous le nom de L. Psilodactylus , et sans faire plus attention que lui que cet animal n’a réellement aucun des caractères qu’il assigne à ce genre.

Enfin, Illiger, en 1811, ayant, comme M. de Lacépède, pris l’existence du pouce dans l’une ou l’autre des deux paires de membres pour établir le second ordre des Mammifères, s’est, pour ainsi dire, trouvé forcé de rapprocher notre animal de sa véritable place; mais il le fait bien plus complètement que le zoologiste français, puisqu’il en forme une famille particulière sous le nom de Leptodactyles , qu’il place à la suite de celle des Macrotarsiens , c’est-à-dire des Tarsiers et des Galagos, et avant les Marsupiaux, au contraire de ce qu’avait fait M. de Lacépède.

M. Fischer de Waldheim, dans ses Tableaux de zoographie , publiés en 1 8 1 3 , a imité Illiger.

Ainsi nous voyons par cette esquisse historique sur la place qui a été assignée à l’Aye-Aye dans la série zoologique , que plusieurs auteurs se sont pour ainsi dire laissé entraîner à le placer comme nous le proposons; et, supposé que les zoologistes trouvent dorénavant mes raisons assez bonnes pour se déterminer à adopter mon opinion , on pourra en conclure que le système dentaire , envisagé d’une manière trop rigoureuse, ne peut servir à l’établissement d’une méthode mammalogique parfaite , puisqu’elle peut rompre quelquefois des rapports naturels évidents, à moins que d’admettre dans le cas actuel que le système dentaire de l’Aye-Aye ne soit pas suffisamment connu , ce qui est loin d’être invraisemblable.

Tel était mon travail lorsqu’il fut communiqué à la Société philomatique , le 16 mai 1816, c’est-à-dire il y a plus de vingt ans, et depuis lors je n’ai eu rien ou presque rien à y ajouter , si ce n’est ce que j’ai

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dit dans la partie descriptive des os du tarse , dont la forme et la disposition sont venues corroborer d’une manière si complète tout ce que le reste de l’organisation nous avait démontré. Aussi déjà un certain nombre de zoologistes en sont-ils revenus à retirer tout à fait cet animal de l’ordre des Rongeurs, pour le ranger dans la famille des Makis; cependant M. G. Cuvier, quoiqu’il connût la particularité si caractéristique des os du carpe et du tarse, a persisté à placer l’Aye-Aye dans et au milieu de l’ordre des Rongeurs, comme une division du genre Écureuil , entre les Polatouches et les Porcs-Épics , sans aucune réflexion, dans la première édition de son Règne animal de 1817 ; entre les Écureuils et les Marmottes , dans la seconde, publiée en 1 829 , et en disant seulement « que » la structure de la tête de l’Aye - Aye est d’ailleurs très-différente de » celle des autres Rongeurs , et a plus d’un rapport avec les Quadru- » mânes , » ce qu’il aurait pu dire , avec encore plus de raison peutêtre , du carpe et du métatarse , et de tout ce que l’on connaît de cet animal. Aussi, comme je l’ai dit plus haut, une partie des zoologistes, même français, ont accepté ma manière de voir.

M. Oken , qui ne connaissait sans doute pas mon mémoire, puisque son Manuel de zoologie parut en Allemagne la même année (1816) que mon travail fut lu à la Société philomatique , suivit à peu près llliger, et plaça, comme lui, le genre Aye- Aye, qu’il nomme en latin Psilodactylus , dans le premier ordre des Mammifères , entre les Galéopithèques et les Galagos, en le séparant de ceux-ci par le genre Kinkajou , on ne voit pas trop pourquoi.

Mais en France, dès la même année 1816, M. Desmarest, dans la seconde édition du Nouveau Dictionnaire d Histoire naturelle , et M. F. Cuvier , dans le supplément du troisième volume du Dictionnaire des sciences naturelles , revenaient aussi, mais d’après les arguments donnés dans mon mémoire , à l’opinion de Schreber, et , ce qu’il y a de curieux, c’est que M. F. Cuvier rectifiait ainsi ce que son frère avait mis dans le corps du même volume du même dictionnaire.

Cependant les zoologistes étrangers qui se bornèrent à abréger ou à

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étendre le Règne animal de M. Cuvier, le copièrent sous ce point de vue comme sous tous les autres; ainsi firent, en 1820, M. Goldfuss, dans son Manuel de zoologie , et M. l’abbé Ranzani, dans ses Eléments de zoologie : mais au moins celui-ci fit connaître qu’il y avait dissentiment a ce sujet ; ce que ne fit pas même celui-là.

Je trouve aussi que M. F. Cuvier, qui, dans son ouvrage sur le système dentaire des Mammifères, était revenu à l’opinion de son frère au sujet des Cheiromys,ce que l’on conçoit jusqu’à un certain point, puisqu’il 11’envisageait rigoureusement que les dents, y persista dans l’article zoologie du Dictionnaire des sciences naturelles , en 1829. Toutefois, en le plaçant à la tête des Rongeurs, il ajouta qu’il aurait aussi bien pu le mettre à la fin des Lemurs ; ce qui ne laisse pas que d’être assez singulier quand on a connu la rectitude d’esprit qui distinguait M. F. Cuvier.

Wagler, en i83o, et M. Duvernoy, en 1 834 » dans leur Système de classification des Mammif ères , l’un et l’autre sans faire aucune observation critique ni d’aucune sorte, placent encore l’Aye-Aye parmi les Rongeurs; le premier au milieu, sous le nom de Chiromys , entre les Capromys de M. Desmarest et les Pteromys ou Écureuils volants ; le second, au commencement de l’ordre , à l’imitation de M. F. Cuvier.

Toutefois, et malgré ces oscillations qui ne tiennent peut-être pas au fond des choses, M. Desmarest, dans son Traité de Mammalogie , dans f Encyclopédie méthodique , 1820; M. Lesson, dans son Manuel de Mammalogie , en 1827; M. E. Geoffroy- Saint -Hilaire, dans un de ses derniers cours ; et surtout M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire , dans son cours au Muséum, en i835, ont enfin reconnu que l’Aye-Aye est un véritable Maki, plus voisin peut-être des Tarsiers que d’aucun autre genre de cette famille, et qui ne fait nullement passage aux Rongeurs, lorsque ceux-ci sont définis convenablement.

M. Ogilby lui-même, qui, dans son mémoire sur le pouce opposable, considéré comme caractère zoologique chez les Mammifères, publié en extrait dans les Proccedings de la Société zoologique, mars i836, avait cherché à établir que l’Aye-Aye devait former un groupe distinct, qu’il

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