HISTOIRE DE LA ZOOLOGIE QUI CONCERNE LES PRIMATES
Les animaux qui constituent la plus grande partie de l’ordre des Primatès, ceux même qui lui ont valu cette dénomination par leur ressemblance grossière avec l’Homme, paraissent avoir été remarqués de toute antiquité, comme nous le verrons plus en détail dans une autre partie de ce travail , lorsqu’il sera question des traces histori-
Phimatès. 1
PRIMATES
Chez
les Anciens.
Aristote.
ii>0 ans avant J.-C.
ques que ces animaux ont laissées à la surface de la terre. Mais , quoique les anciens semblent avoir connu un assez grand nombre d’espèces de singes par suite surtout des conquêtes d’Alexandre, du moins, comme M. Lichtenstein croit l’avoir démontré dans sa dissertation ex professo à ce sujet, cette connaissance était au moins fort incomplète, et, dans leur manière d’envisager les êtres existants , ils avaient dû s’occuper assez peu de leur distribution méthodique.
Toutefois , on trouve déjà dans Aristote , le fondateur de la méthode dans l’art de raisonner ou la logique, qui devait conduire à la méthode d’acquérir et de conserver des connaissances nouvelles , et par conséquent aux méthodes rationnelles dans l’histoire de la nature, ce qui fait que ce grand philosophe est peut-être le seul qui , chez les anciens , puisse réellement mériter le nom de zoologiste; on trouve, dis-je, les Singes distingués en Singes proprement dits ou Pithecos , en Singes à queue , qu’il nomme Kebos , nom qui sera très-incessamment remplacé par celui de Cercopithecos , en Cynocéphalos , et même en Choiropithécos ou Cochons-Singes; distinctions établies, comme on le voit, d’après la considération de la queue et de la forme du museau , et dans un système de nomenclature si naturel et si rationnel, quelles ont été la base de tout ce qui a été fait de bon , de solide, depuis le célèbre Traité des Animaux , c’est-à-dire depuis plus de deux mille ans jusqu’ici , et qu’il a suffi d’étendre à mesure qu’un plus grand nombre d’espèces provenant de parties du monde, jusque-là inexplorées, ont été distinguées, admises, et sont venues augmenter le nombre des degrés connus de la
Pline.
0 ans après J.-C.
Parmi les auteurs anciens qui ont écrit depuis Aristote jusqu’au moyen âge, c’est-à-dire jusqu’au savant évêque de Ratisbonne, première lueur de la renaissance des sciences naturelles en Europe , nous ne remarquons presqu’aucun progrès, sinon dans l’histoire des Singes, du moins dans la partie de la zoologie qui les concerne.
Pline, par exemple, adopte les quatre divisions établies par Aristote, en employant , avec Strahon , le nom de Cercopithèque pour les Singes
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 3
à queue ; mais on trouve de plus les nouvelles dénominations de Sphinx et de Satyres, peut-être originairement tirées de la fable, mais qui pour lui désignent bien des Singes pourvus d’abajoues , dont le caractère était même plus doux , non-seulement que celui des Cynocéphales , mais même que chez les Singes proprement dits.
Ælien en cite encore un plus grand nombre que Pline, en n’em- Æiien. ployant cependant qu’un nom nouveau , celui de Callithrix, qui n’indique nullement une forme nouvelle , mais seulement une particularité du pelage.
Solin , s’il nous apprend quelques particularités géographiques sur SoIil1 quelques-unes des espèces indiquées avant lui , ne désigne réellement que celles qui avaient été signalées par Pline.
En compulsant Strabon, Oppièn , Arrien , ISicéphore ou mieux Phi- strahon.
lostorge, c’est-à-dire tous les auteurs anciens qui n’ont parlé des ani- Arrien'
maux qu’en passant, et pour caractériser les régions des pays qu’ils Phiiostorgc. voulaient décrire , plutôt que les animaux eux-mêmes , on peut encore mieux trouver à faire la même observation , et les signalements qu’ils en donnent étant à peine suffisants pour faire soupçonner l’espèce , il est impossible d’y rien trouver qui puisse indiquer leur distribution.
C’est ce que l’on ne peut pas dire d’Albert le Grand, qui devance le- Au moyen âge: poque de la renaissance; en effet, il a très-bien vu que les Singes se dégradent depuis le Pygmée, sans doute le Magot, jusqu’au Simia , certainement le Papion; mais il n’en indiqua pas de nouvelles espèces. 11 n’en fut pas de même peu de temps après la découverte de l’Amérique , c’est-à-dire au commencement du seizième siècle , époque à laquelle non-seulement de nombreuses espèces nouvelles , mais même des formes particulières furent découvertes. Aussi Gesner, dans son importante compilation , réunit-il , sous le titre commun de Simia , nonseulement les Pilhecus, Cebus, Cynocephalus, Choeropithecus d’Aristote , et les Sphinx , Callithrix , Satyrus , et Cercopithecus de Pline ; mais encore les Singes, que les descripteurs du IN ou veau-Monde désignaient sous
Albert le Grand.
A la
Renaissance :
Gesner.
PRIMATES
Aldrovandi.
Jonston.
Nieremberg.
Charleton.
le nom de Sagouins , et qu’il appelle scientifiquement , Galeopithecus , et même le Paresseux, qu’il nomme Arctopithecus.
Gesner, par l’invention de ces noms et par la réunion des Singes du nouveau continent, et même du Paresseux, avec ceux de l’ancien continent, montrait donc que, malgré l’ordre alphabétique qu’il a suivi dans son ouvrage, il comprenait parfaitement bien Aristote et sa nomenclature.
Cela ne fut peut-être pas aussi évident chez Aldrovandi ou mieux chez Ambrosini, qui mit en ordre et publia en 1645 les notes recueillies par le premier sur les Singes. On n’y trouve en effet rien de bien nouveau en faits et peu de chose en science.
1 657. Jonston , dont l’abrégé fut , avec juste raison , considéré comme un ouvrage classique et presque manuel , comparativement à ceux d’Aldrovandi et de Gesner, s’il n’ajouta rien à la partie scientifique , puisqu’il suit assez rigoureusement celui-là , augmenta au contraire , d’une manière notable, la partie historique des faits, en recueillant tout ce qui venait d’être publié par Pison , Margrave , de Laët , Pierre Martyr, Oviedo, Garsillasso , Nieremberg et autres historiens de l’Amérique. La seule innovation scientifique, c’est que les Singes du nouveau continent furent tous réunis , comme cela devait être alors, parmi les Cercopithèques des anciens , ce qui a été imité pendant assez longtemps , et même par des zoologistes encore assez modernes.
Je dois cependant noter que Nieremberg, en intitulant une figure de Maki, Similis zambus, a le premier senti les rapports de ces animaux singuliers, que Madagascar va bientôt fournir en abondance, avec les Singes ; rapports que nous allons voir adoptés par les premiers zoologistes qui aient cherché une classification et une nomenclature zoologiques.
1 668. Charleton , dont la méthode n’est qu’une copie de celle qui avait été essayée au commencement du quinzième siècle, fit des Singes le premier genre de sa classe des Semiferi , comprenant avec eux pêle-mêle les carnivores, les insectivores et les rongeurs, et cherchant à peine à en
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distribuer les espèces ; mais , au nombre de ses divisions , il comprit l’Orang-Outang , que Tulpius venait de faire connaître, et sur la nature duquel il commença les exagérations dont s’empara depuis une fausse philosophie.
1693. C’est à Ray, ce me semble, qu’est due la première distribution méthodique des animaux un peu complète , et quoiqu’il n’ait encore cherché dans cette distribution qu’à faciliter la mémoire et leur reconnaissance, il est cependant juste de le citer avec éloge. La famille ou le groupe que nous examinons en ce moment contient , dans le même chapitre, non-seulement les Singes et les Sapajous, mais aussi un ou deux des animaux qui seront plus tard distingués sous le nom générique de Maki ou de Lémur.
Quant aux Singes proprement dits , dont il donna à la fois les caractères extérieurs et intérieurs, d'après les observations des anatomistes de l’ancienne académie des sciences , Ray indique déjà très-bien leur division d’après la double considération de la queue et du museau , et même en appliquant à chacune des sections les noms , qui depuis ont été considérés comme génériques, de Simia , Cercopil/iecus , Cynocephalus et Papio, celui-ci correspondant évidemment aux Chéropithèques d’Aristote.
1735-1748. Toutefois Linné aussi bien que Klein, dans sa critique du Systema naturœ , en 1743, ne profita qu’assez peu de cette heureuse indication dans les trois premières éditions du Systema naturœ , où les espèces de singes réunies sous le nom d ' Anthropomorplia avec l’Homme et le Paresseux , sont cependant disposées dans un ordre déterminé par la longueur de la queue, d’abord nulle , puis de plus en plus longue , et d’après l’absence ou l’existence de la barbe.
11 en fut à peu près de même de Ilill , en 1 y 52 ; en sorte qu’il faut descendre jusqu’en 1756 , époque de la publication du R'egne animal de Brisson, pour voir un perfectionnement tout à fait important dans la séparation des Makis, en un sous-ordre distinct sous le nom heureux àe Prosimii , par suite de l’emploi rigoureux du nombre des dents inci-
Chez
Moderne
Ray.
Mil).
Brisson.
PRIMATES
sives. Du reste, pour les Singes proprement dits, Brisson n’ajouta aux quatre divisions établies par Ray , que celle des Cricocynocéphales, assez peu importante, et qui plus tard sera désignée sous le nom de Macaques.
1766. Depuis lors Linné , suivant les errements de Brisson, adopta à peu près les mêmes principes et les mêmes subdivisions , seulement il changea le nom de Propithecus en celui de Lemur. C’est ce qui eut lieu dans la quatrième édition du Systema nalurœ ; le nom d’ordre est également changé en celui de Primates , renfermant les Chauves - Souris , au lieu des Paresseux.
1767. L’année suivante l’histoire naturelle des Singes et leur distribution systématique firent un grand pas dans les mains de Buffon et de son excellent collaborateur Daubenton , en ce qu’ils introduisirent la considération nouvelle de la disposition des narines rapprochées ou distantes , ce qui donna la division célèbre des Singes de l’ancien continent et de ceux du nouveau continent ; celle de l’existence ou de l’absence de callosités iskiatiques et des abajoues; en sorte qu’en y joignant la considération ancienne de la queue nulle , courte ou longue , et dans ce cas prenante ou non prenante, et celle de la forme du museau, ils distinguèrent les Singes, les Babouins et les Guenons parmi les Singes à narines rapprochées, et les Sapajous et les Sagouins parmi ceux à narines écartées.
Les Makis avaient été également étudiés avec attention par ces grands naturalistes , et se trouvèrent partagés par eux en Makis proprement dits, en Tarsiers, et en Loris, d’après la considération des dents et des membres.
1771. Les travaux de Buffon et de Daubenton sur les Primatès servirent d’abord de guide à un certain nombre de zoologistes, et par exemple à Pennant , qui publia quelques années après son Systema Quadrupedum; mais s’il y mêla à tort le Kainkajou, comme on a cependant proposé de le faire encore il y a peu d’années , il y plaça le Galéopithèque beaucoup plus heureusement.
1777. Erxleben, le premier zoologiste qui abandonna le système linnéen , profitant des travaux de Buffon , adopta complètement sa manière
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de voir pour les Mammifères du premier degré d’organisation ; seulement il érigea en genres auxquels il donna les noms latins de Simia , Papio , Cercopit/iecus , Cebus , Callilhrix et Lemur, les divisions auxquelles Buffon s’était borné à donner des noms français ; et dans cette nomenclature la dénomination de Cebus , appliquée par les anciens à un Singe d’Afrique , se trouva employée pour désigner les Sapajous, qui, étant exclusivement américains, ne leur étaient certainement pas connus.
1 778. C’est sans doute cet inconvénient, du reste fort peu important Biumenbach au fond , qui détermina Biumenbach à donner le nom de Cercopit/iecus 17/8 aux Singes du nouveau continent , réservant celui de Simia à ceux de l’ancien ; mais , du reste , en suivant Buffon linnéisé , si l’on peut employer cette expression , par Erxleben.
1780. Storr, dans sa grande réforme de la mammalogie, réforme storr.
dans laquelle il eut le premier l’idée d’appliquer aux animaux cette mé- li80
thode naturelle si recherchée dès assez longtemps en phytologie, fit, avec les animaux qui nous occupent , la seconde section de ses Manati , en la désignant par le nom composé de Palmi-plantares , et en y plaçant les genres Simia , Prosimia, Procebus , Tarsius et Lemur pour les Galéopithèques, innovation qui ne consistait guère que dans l’établissement définitif de ces trois derniers genres adoptés depuis.
1785. Boddaert imita également à peu près Erxleben ou mieux Buff on Boddaert.
pour les Singes ; pour les Makis, il les sépara en Lemur et en Lori; mais ,/8îi' il réunit le tout sous la dénomination commune de Quadrimana, inventée, à ce qu’il me semble, par Buffon, et qui a été presque généralement adoptée , quoiqu’au fond assez inexacte.
1792. Daubenton , dans le système mammalogique qu’il a fourni à Daubent™. Vicq-d’Azyr pour l’Encyclopédie méthodique , a dû suivre les mêmes errements que dans l’Histoire naturelle de Buffon ; seulement il propose , d’après la considération du nombre des dents incisives , l’établissement des genres Lori et Tarsier, et la dénomination de Pédimanes en remplacement de celle de Quadrumanes , et en effet moins sujette à exception , mais également applicable aux Sarigues et aux Singes.
PRIMATÈS.
E. Geoffroy et
G. Cuvier.
G. Cuvier.
De Lacèpède.
1795. MM. Geoffroy et Cuvier conservèrent cependant cette dénomination pour le premier ordre des Mammifères, et, du reste, suivant l’impulsion donnée par Brisson, et depuis par Daubenton, dans l’emploi rigoureux du nombre des incisives, ils proposèrent d’établir dans les Makis les genres Indri, Cucang et Khoyak (Galago), outre ceux des Loris et des Tarsiers déjà proposés par leurs prédécesseurs. Du reste tous les Singes sont encore compris sous le nom de Simia , et n’admettant pas l’heureux rapprochement du Galéopitlièque des Lemur, comme l’avait fait Linné et confirmé Pallas, ils renvoient ce genre dans les Chauves- Souris , ce que n’avait même pas cru devoir faire Pennant , le fondateur réel de la division des Chauves-Souris ou Chéiroptères.
1798. C’est peu de temps après la publication de ce premier travail, qu’en exagérant l’emploi d’un caractère désigné depuis longtemps, la longueur du museau , mais en le mesurant avec Camper sous la dénomination d’angle facial, M. G. Cuvier, dans son Tableau de l Histoire naturelle des Animaux , rompit tous les rapports naturels , et brouilla l’excellente distribution de Buffon. En effet, dans sa subdivision du genre Simia L., après les Singes viennent les Sapajous, puis les Guenons, les Macaques et les Babouins, et enfin les Alouates sont à la fin et entièrement séparés des Sapajous.
Le seul avantage que cette considération de l’angle facial ait produit , ça été de mettre les Magots , quoique sans queue , avec les Macaques, en les éloignant du Chimpanzé et de l’Orang-Outang; mais un plus grave inconvénient , c’est que le Pongo se trouve à côté du Mandrill et fort loin de l’Orang-Outang, dont il n’est cependant que l’âge adulte, quoique Camper l’eut déjà désigné sous le nom de grand Orang-Outang.
Cette malheureuse innovation de l’emploi rigoureux de l’angle facial pour la distribution des espèces de Singes, fut adoptée d’abord par M. de Lacèpède qui, toutefois, imita Buffon, en distinguant les Sagouins des Sapajous, comme en adoptant la distinction des Alouates de ceuxci, mais sans les en éloigner. Quant aux Makis, M. de Lacèpède suivit Daubenton et M. E. Geoffroy.
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M. G. Cuvier, dans les tableaux joints au premier volume de ses Leçons d anatomie comparée, persista dans son système, qu’il sembla même confirmer en donnant des noms latins à ses subdivisions, dès lors élevées au rang de genres. Mais, par inadvertance sans doute, il renversa les noms donnés par Erxleben aux Singes du nouveau continent, appelant Callithrix les Sapajous et les Sagouins, et Cebus les Alouates seulement.
Malgré cette espèce de tendance qu’ont la plupart des hommes à suivre une innovation introduite par celui qui s’est posé comme réformateur, Audebert , dans son travail iconographique sur cet ordre de Mammifères , imita encore complètement Buffon , mais en donnant plus de rigueur à ses divisions, quoiqu’il ne crût pas devoir les distinguer sous des dénominations particulières. Aussi retomba-t-il dans l’inconvénient de mettre le Magot avec les premières espèces, le Chimpanzé , etc.
U n en fut pas de même de M. Desmarest , et de quelques autres zoologistes, qui suivirent presque exactement le système de M. Cuvier. Seulement le premier crut devoir établir une division de plus parmi les Sapajous à queue non prenante , pour les Sakis , qu’il nomma Pithecia.
181 1. Enfin, après la fausse direction donnée pendant plus de dix ans à la distribution systématique des Singes par la considération de l’angle facial, llliger le premier revint aux principes de Buffon et de Daubenton , toutefois en caractérisant d’une manière plus complète les subdivisions proposées par Audebert , et cela par l’introduction de la considération non-seulement du nombre des dents, mais encore de leur forme et du nombre des tubercules des dents molaires, qu’il montra être au nombre de cinq dans la dernière inférieure chez certaines espèces. C’est également à llliger que l’on doit l’emploi de la considération de l’existence ou de 1 absence du pouce aux mains de devant pour les espèces de l’ancien continent, comme M. E. Geoffroy venait de le faire peu de temps auparavant pour celles du nouveau. Il prit également en considération , dune manière rigoureuse, l’existence ou l’absence des callosités iskiatiques ; aussi poussa-t-il peut-être à l’exagération le nombre des subdivi-
Primatês. 2
G. Cuvier.
Audebert.
Desmarest.
llliger.
PRIMATES
sions génériques. Mais le plus grand tort d’illiger, c’est d’avoir porté le purisme de la composition des noms au point qu’il a cru devoir changer la plupart de ceux qui avaient été imposés avant lui , sans se rappeler que Linné lui-même avait dit qu’il y avait plus d’inconvénients à changer de mauvais noms , quand ils étaient admis , qu’à les conserver. Malgré cela , depuis le travail d’illiger, la distributipn des Quadrumanes n’a plus éprouvé que de faibles modifications, si ce n’est peut-être dans la circonscription des genres, dans le nombre des espèces, et surtout dans leur distribution géographique.
oc Biainviiie. 1 8 1 6. Ainsi dans mon Prodrome dune nouvelle distribution du règne
,810' animal, publié en 1 8 1 6 , en introduisant de nouvelles considérations supérieures à celles qui avaient été tirées du système digital et du système dentaire, les seules qui eussent prédominé jusqu’alors, je fus conduit à considérer le premier degré d’organisation des Mammifères , ou les Primatès, comme devant renfermer non-seulement les Singes de l’ancien continent et ceux du nouveau, que je désignai, les premiers sous le nom de Pitheci, les seconds sous celui de Pitheciœ, mais encore à faire rentrer dans les Makis le Galéopithèque et l’Aye-Aye, que MM. E. Geoffroy et G. Cuvier en avaient distraits, et de joindre à cet ordre, comme anomalie encore plus profonde , les Paresseux, que plusieurs zoologistes anciens avaient en effet considérés comme des espèces de Singes. La nature de la publication que je fis alors ne me permettait pas d’aller plus loin.
oken. Quoique dans le système mammalogique de M. Oken il y ait souvent une sorte de confusion assez difficile à éclaircir, on peut cependant remarquer que dans son premier ordre , ici le dernier, parce qu’il a renversé la série animale à la manière de Hill et de M. de Lamarck, il comprend, on ne sait véritablement pourquoi , les Damans mêlés avec les Paresseux , les Marsupiaux rongeurs et carnassiers; les deux premiers manipules renferment, l’un les Galéopithèques et l’Aye-Aye avec les Lemur de Linné, et le second , les Singes subdivisés en Cebus ou Singes du nouveau continent, Cercopithecus ou Singes de l’ancien continent pourvus d’une
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 11
queue, quoique, par inadvertance sans doute, il y range le Magot, qui n’en a pas trace, et en Simia, comprenant, avec l’Orang-Outang, le Chimpanzé, les Gibbons et le S. Sylvanus , reconnu dès lors pour un jeune Magot. En sorte que de son côté M. Oken tendait évidemment à circonscrire cet ordre à peu près comme nous l’avons fait.
1817. Aussi M. G. Cuvier, dans la première édition de son Règne animal , revint-il à la méthode de Buffon en ne parlant plus de l’angle facial, quoique le Pongo ou Orang-Outang adulte soit encore après les Mandrills; du reste il suivit à peu de chose près le tableau méthodique de la famille des Quadrumanes que venait de publier M. E. Geoffroy-Saint- Hilaire dans les Annales du Muséum , et qui ne diffère guère de celui d’Illiger que par les noms. Seulement, comme on le pense bien, les innovations proposées par moi sont loin d’être acceptées, et l’Aye-Aye reste parmi les Rongeurs à côté des Écureuils, le Galéopithèque dans les Chéiroptères, quoique ses mains ne soient pas en ailes, et le Paresseux avec les Édentés.
Malgré cette persévérance de M. Cuvier à n’abandonner son ancien système au sujet des Quadrumanes qu’à moitié, en revenant à la méthode de Buffon perfectionnée par llliger, et adoptée à peu près par M. Goldfuss dans son Manuel de zoologie , et par M. l’abbé Ranzani dans ses Eléments de zoologie , les zoologistes paraissent être aujourd’hui à peu près d’accord pour accepter au moins plusieurs des redressements proposés par moi, d’abord en considérant positivement le Pongo comme le mâle adulte de l’Orang-Outang , ensuite en comprenant définitivement l’Aye-Aye et le Galéopithèque dans les Primatès. Quant aux Paresseux , cela était plus difficile , et , en effet , cette manière de voir n’a été jusqu’ici, que je sache du moins, adoptée par aucun zoologiste, si ce n’est par Wagler, et avant lui par M. Oken.
Depuis la publication de la première édition , et même de la seconde de l’ouvrage de M. Cuvier, dans laquelle le Pongo est mis pour la première fois à sa place , le nombre des espèces de Quadrumanes a été notablement augmenté , peut-être cependant encore plus nominativement
G. Cuvier.
E. Geoffroy.
Goldfusn.
Ranzani.
G. Cuvier.
12 PRIMATES
que d’une manière réelle ; et parmi ces espèces , plusieurs sont venues remplir des lacunes entre des sections déjà établies; et même M. F. Cuvier, dont le travail sur les Mammifères de la ménagerie du Muséum a fourni à la science des éléments souvent d’un véritable intérêt, comme on pourra fréquemment le remarquer dans le cours de cet ouvrage, a cru trouver dans une de ces nuances le type d’un genre qu’il a nommé Semnopithecus , en appliquant aux Guenons la considération du cinquième tubercule de la dernière molaire inférieure, qu’llliger avait employée pour caractériser les Cynocéphales.
MM. Spix, Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, Bennett, Jourdan, ont aussi considéré d’autres nuances différentielles tirées de la queue et du museau ou du pouce, comme devant servir de base à quelques autres genres distincts; mais ces genres étant peut-être encore moins caractérisés que ceux établis précédemment , ils me semblent assez peu susceptibles d’être admis.
Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel de nos connaissances sur le premier degré d’organisation des Mammifères, après la succession des efforts des zoologistes qui se sont occupés de la classification des Primatès , le résultat peut être résumé ainsi qu’il suit :
Aristote établit la division des Singes d’après la considération de la queue et du museau, en même temps qu’il fonde leur nomenclature par l’emploi d’un nom composé de celui du type et d’une particularité.
Gesner, admettant ces errements, indique comment les espèces nouvellement découvertes dans le Nouveau-Monde pourront être introduites dans le système , ce qu’imite en partie et surtout régularise Ray , à la fin du dix-septième siècle.
1756. Brisson, en étudiant avec plus de rigueur le système dentaire incisif, fait encore un pas plus important en partageant cet ordre en deux sous-ordres: les Singes ( Simii ), et les Makis ( Prosinui ).
1767. Buffon et Daubenton en font encore un plus grand, nonseulement en adoptant cette division , en doublant ou triplant le nombre des espèces, mais en introduisant pour leur séparation en petits groupes
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 13
la considération de la forme des narines , des callosités iskiatiques , des abajoues et de la queue lâche ou prenante , et enfin la distribution géographique.
Ce qu’imitent, en lui appliquant la nomenclature linnéenne, Erxleben en ï 777, et Audebert en 1800, malgré l’espèce d’écart dans lequel l’application trop rigoureuse de la considération de l’angle facial de Camper avait entraîné un moment MM. G. Cuvier et E. Geoffroy.
Après un temps assez court d’imitation en France , plus même qu’à l’étranger, llliger, en 1 8 1 1 , rentré dans la direction donnée par Buffon , ajoute une considération nouvelle, celle du nombre des dents molaires et de leurs tubercules, en sorte qu’en employant encore plus rigoureusement qu’on ne l’avait fait avant lui toutes les considérations énumérées ci-dessus, et en outre celles de la longueur proportionnelle du pouce des mains , dont l’introduction , faite peu de temps auparavant, est due à M. E. Geoffroy Saint-Hilaire, il en est résulté un système de Pithécologie presque complet, auquel depuis lors on n’a guère ajouté que la réintroduction par moi dans cet ordre de certains genres qui en avaient été éloignés à tort , ainsi qu’une distinction plus complète des espèces , avec leur distribution plus assurée, ce à quoi n’ont pas peu contribué les publications de M. Frédéric Cuvier sur les Mammifères de la ménagerie du Muséum.
En sorte qu’aujourd’hui les zoologistes sont à peu près d’accord :
i° Pour la position de cet ordre à la tête des Mammifères, et par conséquent au commencement de la série animale ;
2° Pour sa circonscription , sauf peut-être pour les Paresseux ou Braclypus ;
3° Pour la disposition , commençant par le Chimpanzé , le plus voisin de l’Homme, et terminant par le Galéopithèque , le plus rapproché des Chauves-Souris, qui commencent les Secondatès;
4° Pour la circonscription des groupes principaux ou distribution intérieure, sauf pour la nomenclature.
PRIMATES
Considérés en général.
Mesurés et rapprochés de l’Homme,