‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 83 sur 130 · DES PRINCIPES DE LA DISTRIBUTION MÉTHODIQUE DES PRIMATES · texte numérisé non relu

DES PRINCIPES DE LA DISTRIBUTION MÉTHODIQUE DES PRIMATES

Les Singes , en étendant ce nom à l’ordre des Primatès , et en faisant abstraction de quelques espèces singulièrement anomales, présentent dans l’ensemble de leur organisation , soit extérieure , soit intérieure , un si grand nombre de points de ressemblance avec la partie matérielle de l’espèce humaine , les actes principaux qui en résultent ont une similitude si approchée, que les hommes les plus civilisés comme les plus sauvages ont admis qu’il y avait une véritable parenté entre ces animaux et nous. Bien plus , des hommes , qui se sont décorés du nom de philosophes, ont pu voir dans les premiers Singes un Homme dégénéré, ou dans l’Homme un Singe perfectionné suivant les uns , dégénéré suivant les autres ; imitant en cela les peuples de la Polynésie , qui pensent que l’Orang-Outang est un Homme paresseux qui ne veut pas parler pour ri 'être pas forcé de travailler.

Que ces animaux soient physiquement construits sur le même plan que l’Homme, c’est ce que démontrent la forme générale du tronc, beaucoup moins comprimée que chez les Quadrupèdes; celle de la tête, plus ou moins arrondie et articulée avec la colonne vertébrale plus ou moins avant l’extrémité postérieure de son diamètre antéro-postérieur; la forme et la direction des yeux; celle des narines, des oreilles; la construction des membres antérieurs complètement dégagés , et terminés par une véritable main pourvue d’un pouce le plus souvent opposable aux autres doigts; celle des membres postérieurs, du moins jusqu’à un certain point, quoiqu’ilssoient toujours bien moins charnuset renflés à leur origine , ainsi que dans le cours de leurs parties principales ; car leur terminaison en main plus parfaite même qu’en avant les distingue nettement de l’espèce humaine.

Ce qu’un examen presque superficiel de l’extérieur suffit pour faire reconnaître, cette espèce d’anthropomorphisme des Singes se trouve confirmée par l’ensemble de l’appareil sensorial , locomoteur, digestif, respiratoire , circulatoire , et même générateur.

CLASSIFICATION

Mais le degré de ressemblance apparente des Singes avec l’Homme est bien loin d etre le même dans toutes les espèces qui constituent cet ordre nombreux ; et quoiqu’il y ait un hiatus immense entre la première espèce et la race la plus inférieure de l’espèce humaine , cette différence se prononce d’une manière de plus en plus tranchée à mesure que l’on descend.

Ce qui fait qu’une espèce de Primatès est plus ou moins élevée dans la série, est déterminé par les considérations suivantes :

i° La tête est en général plus grande, par rapport à la masse totale du corps, et surtout sa capacité cérébrale proportionnellement avec la capacité maxillaire ;

2° Elle est articulée plus en avant de l’extrémité postérieure du diamètre antéro-postérieur ou longitudinal';

3° Le diamètre du canal vertébral est proportionnellement plus petit, par rapport à celui de la cavité cérébrale ;

4° Le tronc est moins comprimé et plus large , surtout dans sa partie thoracique ;

5° Le front est plus distinct , plus renflé , plus élevé , moins fuyant en arrière , ce qui contribue à augmenter l’ouverture de l’angle facial ;

6° Les yeux sont plus antérieurs et davantage dans le même plan ;

7° Les orbites, toujours complètes dans leur cadre, sont plus fermées ou séparées de la fosse temporale ;

8“ Les narines sont moins terminales et moins en forme de mufle;

9° Les oreilles sont moins remontées à leur origine , et leur pavillon , plus arrondi et plus rebordé à son extrémité supérieure , dépasse moins la ligne oculaire ;

i o° Les lèvres sont plus épaisses et plus débordées en dehors ;

1 1 0 La direction des poils est plus partagée dans ses deux directions opposées , soit au tronc , soit aux membres antérieurs ; c’est-à-dire de la nuque vers le museau et vers la queue, au tronc, et de l’épaule aux doigts pour le bras, et des doigts à l’épaule pour l’avant-bras;

dans des degrés différents;

la Tête;

articulation ;

le diamètre du trou occipital ;

le Tronc ;

le Front ;

les Yeux ; les Orbites ;

les Narines; les Oreilles ;

les Lèvres ;

la Direction des poils;

la disposition du Tronc , des Membres ; des Doigts ;

le Système dentaire ;

l’étendue des Clavicules ;

la saillie du Calcanéum.

D'où Se déduit :

La Position du groupe.

La Disposition et

la distribution en familles.

Les Singes. ( Pilhecus .)

Les Sapajous.

( Cebus .)

16 PRIMATES

12” La disposition du tronc et des membres est plus favorable à la station bipède et iskiatique ;

1 3° La préhension digitale est plus complète aux membres antérieurs, et moins complète en général en avant comme en arrière ;

1 4° Le système dentaire plus serré , plus continu et moins inégal ; les incisives plus transverses , plus verticales ; les molaires plus carrées , et à tubercules plus mousses ;

1 5” Les clavicules plus longues et plus complètes ;

i6° Le calcanéum plus saillant, et plus recourbé en dessous à sa tubérosité.

D’après cette énumération des particularités de l’organisation , qui font qu’un Primatès est plus rapproché de l’espèce humaine , il est aisé de voir quels sont les principes qui devront diriger dans leur classification.

Pour la position dans la série , cette énumération seule montre que dans la véritable méthode naturelle il ne peut y avoir de doute ; ce sont les animaux les plus élevés, puisque ce sont ceux dont l’organisation et les actes se rapprochent davantage ou mieux s’éloignent le moins de ce qui existe dans l’espèce humaine.

La disposition des espèces est nécessairement déterminée par le degré de ce rapprochement ; et comme un Singe est d’autant plus anthropomorphe que sa marche est moins quadrupède , que son tronc est moins horizontal , plus relevé en avant ; que la tête est plus articulée en avant, que la main est plus complète par la séparation du pouce , que le pied s’appuie plus complètement sur le talon , que les dents sont plus serrées et moins nombreuses, que les ongles sont plus plats et moins en griffes, on voit comment la série doit commencer par les Singes proprement dits, qui ont toujours les pouces opposables en avant comme en arrière, les ongles plus ou moins plats, et dont le système dentaire est, dans la disposition et dans le nombre, comme dans l’espèce humaine.

La série doit continuer par les Sapajous ou Singes du nouveau continent , chez lesquels le pouce de devant devient de moins en moins

CLASSIFICATION

opposable , et finit par ne plus letre du tout ; les ongles se compriment de plus en plus, et deviennent des griffes; la marche quadrupède devient de plus en plus forcée et habituelle , et enfin chez lesquels la dégradation se manifeste par le système dentaire qui augmente dans le nombre des avant-molaires.

Enfin les Makis , chez lesquels le pouce opposable n’existe plus guère qu aux pieds de derrière, dont les ongles , même quand ils sont plats , ont toujours une pointe aiguë ; dont le tarse se relève dans la marche quadrupède , et dont le système dentaire, toujours plus ou moins anomal, n’a jamais aucune des particularités de celui de l’Homme , doivent terminer la série ; et , en effet , si le Chimpanzé est le plus voisin de l’Homme , les Makis sont plus voisins des Carnassiers et surtout des Insectivores ; et en effet ils sont tout à fait quadrupèdes ; la station est horizontale , et leurs narines terminales dépassent la bouche comme dans les Chiens.

Une fois le principe de la disposition des trois familles ou grands genres qui constituent cet ordre reconnu et admis, il peut être employé avec le même avantage dans l’intérieur de chacune d’elles.

A la tête des Singes sont les espèces qui ont la poitrine et le sternum de l’Homme, c’est-à-dire les Chimpanzés, les Orangs-Outangs et les Gibbons; ceux-là avant ces deux derniers, à cause de la proportion plus humaine des membres.

Viennent ensuite les Soulilis et les Semnopithèques , qui sont de véritables Guenons à longue queue , à face courte et à membres fort grêles ; puis les Guenons proprement dites, dont les membres se raccourcissent au contraire du museau et des dents canines; puis les Macaques, chez lesquels tous ces caractères se prononcent de plus en plus, en même temps que la queue se raccourcit, au point de devenir des Magots; et enfin cette famille se termine par les Babouins , chez lesquels les mêmes particularités atteignent leur maximum , et dont les narines deviennent terminales.

La famille des Sapajous se dispose avec autant de facilité, en ayant égard au pouce , à la forme des ongles , et même à la disposition des in- Primatès. •*

Les Makis.

( Lemur. )

Des espèces de Singes.

Chimpanzé.

Orang-Outang.

Gibbons.

Soulilis.

Semnopi¬

thèques.

Guenons.

Macaques.

Magots.

Babouins.

De Sapajous.

PRIMATÈS.

Alouattes.

Sagouins.

A télés.

Sajous.

Douroucoulis.

Sakis.

Ouistitis.

Des Makis.

En général .

En particulier

oisives, au nombre des dents molaires et à la queue prenante ou non.

A la tête sont les Sapajous hurleurs, quoique par une anomalie due au développement avec lage du corps de l’hyoïde , l’angle facial diminue; mais leur système dentaire rappelle mieux celui des Gibbons, parmi les singes; puis viennent les Sagouins, qui ont le même système dentaire que les Alouattes, mais dont la queue n’est pas nue, quoique prenante; viennent ensuite les Atèles et les Sajous, dont le système dentaire prend la forme normale des Primatès du Nouveau-Monde , et dont la dernière molaire postérieure devient notablement la plus petite ; leur distribution intérieure porte ensuite sur la considération de la disposition des dents , et surtout des incisives qui tendent à devenir de plus en plus déclives. On marche ainsi des Douroucoulis aux Sakis, en pouvant assez bien caractériser par la considération de la queue prenante ou non , nue ou non, et par celle du développement du pouce, les subdivisions établies par les zoologistes les plus récents.

Enfin la famille est terminée par les espèces chez lesquelles le pouce n’est plus opposable ni aux mains ni aux pieds, dont les ongles sont en forme de griffes , si ce n’est au pouce postérieur , dont le tarse devient long et étroit , et dont les dents incisives prennent la déclivité la plus prononcée, et dans ce groupe les dernières espèces, les Ouistitis proprement dits , ont même les narines subterminales.

La famille des Makis se laisse également, aussi bien et même mieux que celle des Sapajous, disposer dans un ordre sérial par la considération de l’appareil digital, qui, encore à peu près quadrumane dans les premières espèces, ne l’est plus du tout dans les dernières, qui ont les doigts subégaux et à ongles tous en griffes, comme les Galéopithèques.

L’ordre à établir dans la première section, la plus nombreuse, se prend très-bien du système dentaire, qui d’abord est le plus normal possible dans ce groupe, où il est en effet toujours plus ou moins anomal, par l’existence des trois sortes de dents bien distinctes , comme dans les Makis proprement dits, dont les dents incisives se rapprochent le plus de

CLASSIFICATION

ce qui existe dans les Ouistitis ; dès lors les Indris doivent venir après et

les Ayes-Ayes à la fin, comme les plus anomaux. cheziesMakis.

Parmi les Makis, en ayant égard encore au nombre et à la disposition Loris, des dents et surtout des incisives, on arrive à les placer dans un ordre Makls

1 Galagos.

convenable, les espèces sans queue d’abord ou les Loris, puis les espèces Tarsiers, à queue fort grande et à jambes et oreilles très-longues, les Makis pro-

o x Chez les Indris.

Indris.

Cheiromys.

Les Galéopithèques.

Chez

les Paresseux.

Considérés

parmi les Primatès. Mais plus tard, entraîné par le système de mammalogie établi rigoureusement sur la considération du système dentaire incisif, il le comprit parmi ses Bruta , ce qu’imitèrent à peu près les comme Brul" zoologistes qui ont accepté cet ordre sous le nom d’Édentés. Toutefois la considération de la forme et de la proportion du tronc, presque sans queue, à poitrine large, déprimée plus que comprimée; celle de la tête, dont la capacité cérébrale l’emporte beaucoup sur celle de la face , à cause de la brièveté des mâchoires; la forme et la proportion des membres, ceux de devant bien plus longs que ceux de derrière; la mobilité des mains et des pieds, pouvant également saisir, quoiqu’un peu autrement que les Singes et les Sapajous, et porter la nourriture à la bouche;

prement dits, les Galagos et les Tarsiers, et enfin les Indris.

Les animaux les plus embarrassants à classer parmi les Primatès ne sont pas le Cheiromys ou Aye-Aye, ni même le Galéopithèque , quelque anomaux qu’ils paraissent, puisqu’en effet le premier est un véritable Maki sous tous les rapports de l’organisation extérieure et intérieure, avec une seule anomalie portant sur le système dentaire, et que le second est encore aisément ramené à cette même famille par la considération de l’ensemble de l’organisation , quoiqu’on y voie évidemment le dernier degré des Primatès , et le passage au sous-ordre des Chéiroptères , qui commence l’ordre des Secundatès ; mais il est plus difficile de démontrer les rapports naturels du groupe des Paresseux, si anomaux dans presque toutes les parties de l’organisation, avec les Singes ou les Sapajous. Les premiers zoologistes qui connurent ces singuliers animaux les considérèrent cependant sans hésitation comme anthropomorphes , et Linné , en établissant le genre Brcidypus , le plaça

PRIMATES

à part.

Distinction des espèces,

établie sur la considération

de la dernière molaire inférieure ou supé-

enfin la position et le nombre des mamelles, nous ont conduit, ce qui a été imité dans ces derniers temps par Wagler, à placer les Paresseux- parmi les Primates , et , dans cette manière de voir, à les mettre , comme anomalie encore bien plus forte que celle des Atèles, au commencement ou à la fin des Sapajous. De cette manière on rompt moins, ce nous semble, les rapports naturels que si on les intercale aux Makis et aux Galéopitbèques : et en effet ce sont des animaux exclusivement phytophages , comme les premiers Sapajous. Peut-être même pourrait-on les comprendre dans les Sapajous eux-mêmes, à côté et comme anomalie des Atèles, ou entre les Sapajous proprement dits, et les Ouistitis, comme l’a fait Wagler; mais en définitive, c’est une question que nous avons traitée à cause de sa difficulté dans un fascicule particulier.

Si maintenant l’on veut arriver jusqu’aux principes de la distinction des espèces des Primatès, on le peut assez difficilement peut-être, en n’ayant égard qu’au pelage et à la couleur, parce que, en cela, les limites de variations sont fort lâches , suivant l’âge , le sexe et les localités ; mais l’on peut assez aisément y parvenir par la considération de quelques particularités de proportion et de forme des oreilles , de la queue , des membres et de leurs parties, et d’une manière encore plus certaine par l’étude de quelques particularités du squelette et du système dentaire, qui se laissent lire fort aisément dans les nuances différentielles qu’offrent les dents incisives et canines, la première avant-molaire, et surtout la dernière des arrière-molaires supérieures et inférieures; dans le développement du talon qui termine celles-ci en arrière, entièrement nul ou rudimentaire, ou plus ou moins développé, et, dans ce cas, simple ou lobé à sa circonférence.

Toutefois, pour se servir avec quelque certitude du système dentaire comme élément caractéristique ou spécifique, il faut soigneusement avoir égard aux changements qu’il éprouve avec lage, et que nous avons signalés dans notre Odontographie.

Page 1