DES HOMMES
Puisque Aristote , comme nous l’avons vu dans leur histoire zooclassique, a parlé des Chauves-Souris, on peut déjà en conclure que de-
puis deux mille ans au moins ces animaux sont connus d’une manière Dans positive : mais avant ce célèbre philosophe en a-t-il été question ? c’est ce nttèraires qu’il est aisé de démontrer.
D’abord les lois de Moïse mettent au nombre des animaux impurs, et chez dont les Israélites ne pouvaient se nourrir, les Chauves-Souris, qu’il désigne les Israélltes
1 1I V7J 1 , moïse.
par le mot hébreu Ataleph, et sans doute qu il faut entendre par là les Roussettes, que Strabon nous apprend se trouver en grand nombre dans les environs d’une ville de la Babylonie , voisine de la Mésopotamie, et servir à la nourriture des habitants. L’on trouve encore, dans plusieurs de nos livres sacrés les plus anciens, des passages et des comparaisons reposant sur quelques particularités de mœurs où d’habitudes de ces singuliers animaux.
Pilpaï, ou l’auteur original des fables d’Ésope, paraît n’avoir jamais chez mis en action un animal de cette famille ; cependant on trouve dans le *es Indous
Pilpaï ,
recueil attribué à celui-ci un apologue dans lequel une Chauve- ésopk
Souris entre en société avec le Canard et avec le Buisson , et cela même avec assez peu de sel, comme on l’a déjà fait observer. Mais le même animal a été plus heureusement mis en scène dans cette autre fable où la Chauve-Souris , tirant profit de sa nature énigmatique, se donne alternativement comme Souris ou comme Oiseau, montrant à l’appui son poil ou ses ailes, suivant ce quelle a besoin de paraître être pour sauver sa vie menacée par une Belette , ennemie de l’un ou de l’autre de ces deux genres d’animaux , conduite que notre bon La Fontaine a proclamée digne du sage , disant suivant les gens : Vive le roi ou vive la Ligue !
Homère est l’auteur grec le plus ancien qui ait parlé des Chauves-Souris cheziesGrecs: dans deux endroits de l’Odyssée; d’abord dans le quinzième livre, où il HoMÈRBest question du Nyctéris à l’occasion d’une comparaison; et ensuite dans le vingt-quatrième livre , quand il compare les cris des ombres des prétendants à la main de Pénélope, conduits dans les enfers par Mercure, aux cris aigus des Chauves-Souris retirées dans les anfractuosités profondes d’un rocher élevé , lorsqu’une d’elles tombe au milieu de ses compagnes , avec
88 CHÉIROPTÈRES; FESPER TILIO.
lesquelles elle ne forme qu’un seul bloc. Mais ce dernier chant de
l’Odyssée remonte-t-il certainement au temps d’Homère ?
Hérodote. Il ne peut y avoir de doute sur le passage du liv. III d’Hérodote , où il raconte qu’en Asie de grandes Chauves-Souris incommodent beaucoup les hommes qui vont recueillir la casse dans les marais, au point qu’ils étaient obligés de se couvrir de cuir le corps et le visage pour se garantir de leurs morsures. Mais n’était-ce pas un conte fait à plaisir pour vendre plus cher la casse comme marchandise? On peut cependant admettre que plus tard, lors de l’expédition d’Alexandre dans l’Inde, les Grecs eurent l’occasion de voir des Roussettes. Aussi, dans la lettre apocryphe , il est vrai , de ce conquérant à Olympias sa mère , trouve-t-on rapporté que dans l’Inde existent des Chauves-Souris grandes comme des pigeons, ce qui a été recueilli, comme on le pense bien, par l’auteur des Merveilles de l’Inde , composées dans le moyen âge. les Égyptien Les anciens Égyptiens nous ont laissé également des preuves qu ils horos. avaient observé communément les Chauves-Souris. On trouve , en effet , rapporté dans Horus ( Hiéroglyph. , 2, 53), que dans leurs écritures hiéroglyphiques ils représentaient un de ces animaux pour indiquer une femme allaitant et nourrissant son enfant. Le même auteur ajoute que ces peuples regardaient la Chauve-Souris comme le type dun homme insensé et étourdi, parce quelle vole, quoiqu’elle soit dépour-
, vue de plumes.
Chez les r
Mytographes Les mythographes grecs ont également fait entrer dans quelques-uns grecs. jeurs mythes ies animaux de cet ordre; par exemple, dans la fable
rapportée par Ovide ( Métam. IX) , des Filles de Minée ou de Minyas, que Mercure changea en Chauves-Souris en les touchant de son caducée , pour avoir négligé de célébrer la fête de Bacchus , tant elles étaient appliquées au travail; d’où les noms de ces filles Leucippe, Arsippe et Alcithoé , ont été employés , dans ces derniers temps , pour désigner des espèces de Chauves-Souris.
uaus les Malgré cela , les anciens Grecs ne paraissent nous avoir laissé aucun ouvrages (i art- monument qui représente matériellement un animal de cette famille,
à moins de supposer que l’image qu’ils ont quelquefois donnée des Harpies n’ait été tirée de la Chauve-Souris , dans ce quelle a d’approchant de la réalité ; mais c’est ce qui ne semble cependant pas avoir eu jamais lieu. En effet , les artistes ont presque toujours représenté ces êtres fantastiques avec un visage de femme , des pattes d’oiseaux terminées par des ongles crochus , et des ailes d’oiseaux de proie , ou plus rarement avec ces sortes d’ailes , et les mains , les pieds et la tête d’homme , à laquelle ils donnaient seulement des oreilles d’Ours.
Toutefois, je dois dire que M. J. de Xivrey, dans son ouvrage sur la Tératologie , a accepté l’opinion admise par plusieurs zoologistes , et entre autres par M. E. Geoffroy Saint-Hilaire , dans son cours de l’Histoire naturelle des Mammifères, XIII0 leçon, pag. 22, que les Harpies signalées par Hésiode et mises en scène par Virgile , pourraient bien être des Chauves-Souris; parce que, dit-il, la double tradition de Chien et d’Oiseau s’applique parfaitement à la double nature des Chauves-Souris ; et ce qui achève , suivant M. J. de Xivrey, de rendre ce rapport tout à fait palpable, c’est la superstition du moyen âge, et même des modernes au sujet des Vampires, dont l’existence fantastique paraît avoir sa source réelle dans la terreur causée par la Roussette.
Mais si les anciens Grecs n’ont pas laissé de traces artistiques sur les Chauves-Souris, il n’en est pas de même chez les Égyptiens. M. Rosellini a donné dans les figures 5, 6, de la planche XIV, de ses monuments de l’Égypte et de la Nubie , la copie de trois dessins coloriés qu’il a trouvés dans un des tombeaux de Beni-Hassan , celui d’un capitaine nommé Névothph, sous le roi Osortasen II , tombeau qu’il fait remonter à l’époque des rois pasteurs , vers le commencement de la dix-septième dynastie diospolitaine , dans le vingt-et-unième siècle avant l’ère vulgaire. Il les rapporte sans aucun doute ( Monumenti avili, tom. I, page 188) au Pteropus Ægyptiacus , ressemblant par la forme et la couleur à ceux qui existent encore aujourd’hui, en si grande abondance, dans les catacombes de Thèbes. Cela est probable , sans doute ; car la forme de la tête et l’absence de membrane interfémorale ne peuvent appartenir qu’à une Rous- G. Vespertilio. 12
Chez les Grecs.
Des Harpies.
Chez
les Égyptiens.
sette, et les figures représentent une queue fort courte, au moins dans l’une , comme dans la Roussette d’Égypte ; mais il faut convenir que ces figures ne donnent que quatre doigts aux ailes , et ne montrent pas de doigt indicateur complet et onguiculé ; il est vrai quelles sont assez grossières. Les figures 4 et 6 ont un nom égyptien , que M. Rosellini interprète , l’un par Taki et l’autre par Setascmu , qui n’ont aucuns rapports avec le mot Kallou , employé dans le Lévitique , cap. IX , 19.
Mais, quoique les anciens Égyptiens aient ainsi fait entrer dans les peintures de leurs tombeaux ( M. Rosellini ne nous dit pas dans quel but ou à quel sujet) les grandes Chauves-Souris qui se trouvent encore aujourd’hui communes en Égypte , et malgré même que le prophète Isaïe ait prédit quelque part que l’homme se fera des idoles de son argent , des images de son or , afin d’adorer les Taupes et les Vespertilions , on ne voit cité dans aucun auteur que les Égyptiens aient jamaig rangé ces animaux au nombre de ceux qu’ils considéraient comme sacrés; aussi ne paraît-on pas en avoir encore rencontré à l’état de momie.
Mais, si les Chauves-Souris paraissent n’avoir laissé de traces de leur existence ancienne à la surface de la terre dans les œuvres de l’homme , que dans des écrits et dans des peintures qui remontent, il est vrai, à une très-haute antiquité , elles en ont laissé en nature dans les couches mêmes qui constituent l’écorce de la terre , et dans des couches assez anciennes.
§ V. — Des ossements fossiles de chauves-souris.
générai. Ces animaux sont cependant en général d’une taille si petite, leurs os sont si fragiles, que les traces qu’ils ont laissées dans le sein de la terre 11’ont pu être aperçues que depuis que l’attention des naturalistes s’est portée d’une manière plus spéciale sur les fossiles en général , dans la dernière moitié du xvn' siècle par les Anglais, dans le xvme par les Aile-
OSSEMENTS FOSSILES
mands, et dans le xxixe surtout par les Français, et entre autres par M. G. Cuvier.
Ces traces , comme on le pense bien , ne consistent que dans une partie plus ou moins considérable des os du squelette, ou dans leurs empreintes, lorsque les os par une cause quelconque ont disparu.
Le premier des ossements fossiles de Chauves-Souris qui ait été signalé, du moins à ma connaissance actuelle , l’a été en 1 8o5, par Karg, dans les Mémoires de la Société des naturalistes de Souabe , I R. 1 8o5 , mais à ce qu’il me semble , sans description ni figure, et en rapportant le fragment fossile au V. murinus. Mais cette observation, quoique relevée par M. de Schlotheim, passa pour ainsi dire inaperçue.
Il n’en fut pas de même d’un fragment depuis longtemps dans la collection de M. de Bournon , et dont M. Cuvier n’a fait mention cependant que dans la seconde édition de son Discours sur les révolutions du globe publiée en 1825. Sa position géologique dans la formation gypseuse des environs de Paris , avec les Anoplothériums et les Palæothériums dont on ne connaît pas encore les analogues à l’état récent, rendait cette découverte d’un grand intérêt. M. de Lamétherie, dès 1 8o3 (brum. an XI) , avait bien décrit et figuré dans le Journal de Physique un fragment de mâchoire inférieure fossile dans le plâtre de Paris , comme ayant appartenu à une Chauve-Souris; mais M. G. Cuvier avait pu démontrer aisément que cet ossement fossile devait plutôt être rapporté à l’animal du genre Didelphe , dont il eut le bonheur de rencontrer une partie de squelette montrant encore les os marsupiaux.
Le fossile de véritable Chauve-Souris dont il est question dans l’ouvrage de M. G. Cuvier consiste dans une moitié antérieure de squelette , déprimée, écrasée, comprenant les premières vertèbres du dos, la tête presque entière , sauf son extrémité antérieure , et enfin les deux membres thoraciques à l’exception des doigts , c’est-à-dire les omoplates , les clavicules, l’humérus et le radius; mais ce qui nous intéresse le plus, ce sont les mâchoires armées de leurs dents molaires en connexion au moins du côté droit , et susceptibles d’être lues assez complètement.
Signalés :
Par Karg , en 1805.
Par G. Cuvier, en 1822.
Par
de Lamétherie, en 1803.
Provenant de terrains tertiaires ; gypse de Paris.
Décrit dans le système dentaire,
et rapporté à nne Sérotine.
Dans le passage de son Discours qui a trait à ce fossile, M. G. Cuvier se borne à dire qu’il a appartenu à une véritable Chauve-Souris , ce qu’il était facile de voir, et du reste parfaitement vrai, mais sans montrer sur quoi repose cette assertion, et en en donnant même, sans aucune description, une figure si incomplète et si peu nette, qu’il serait presque impossible d’assurer que c’est une Chauve-Souris , si les membres thoraciques n’étaient là avec leur disproportion caractéristique. Au reste , voici textuellement le passage du Discours sur les révolutions du globe, p. 1 5g : « A la tête des Carnassiers, je place une Chauve-Souris, tout récemment découverte à Montmartre et du propre genre Vespertilion , et comme je ne l’ai pas décrite dans mon grand ouvrage , j’en ai donné une figure PI. II , fig. 1-2. L’existence de ce genre, à une époque si reculée, est d’autant plus surprenante que , ni dans ce terrain ni dans ceux qui lui ont succédé, je n’ai vu d’autres traces ni de Chéiroptères ni de Quadrumanes ; aucun os, aucune dent, ni de Singe ni de Maki, ne se sont jamais présentés à moi dans mes longues recherches. »
Comme j’ai pu avoir à ma disposition l’échantillon qui a été le sujet de ce passage de M. G. Cuvier, j’ai pu le faire nettoyer, et mieux encore, le nettoyer moi-même avec le plus grand soin , ce qui a permis d’en faire une figure fort exacte. On y reconnaît aisément que le nombre, la proportion et la forme des dents molaires , les seules qui existent dans ce fragment, sont tout à fait comme dans les Yespertilions sérotinoïdes, c’est-àdire au nombre de quatre seulement en haut, une unique avant-molaire et trois molaires vraies , dont la première ou principale et la dernière sont assez épaisses, comme dans la Sérotine; à la mâchoire inférieure, il y a cinq molaires , dont deux fausses et trois vraies , également comme dans la Sérotine : en sorte que la grandeur étant à peu près la même, on peut présumer fortement que la Chauve-Souris fossile était , sinon identique, du moins fort rapprochée de la Chauve-Souris Sérotine, qui vit encore aujourd’hui aux environs de Paris. Ce n’est même qu’une légère différence dans les proportions de l’avant-bras qui nous empêche d assurer l’identité d’espèce , quoiqu’au fond il y ait plus de variations
OSSEMENTS FOSSILES. 93
qu’on ne pense dans la proportion des membres des Chauves-Souris, suivant l’âge, peut-être même, les sexes et les individus, ainsi que MM. Harlan etE. Gray l’ont déjà fait remarquer.
La Chauve-Souris fossile , dont il vient d’être question , a été trouvée dans le gypse même des environs de Paris , et par conséquent dans un terrain tertiaire assez ancien ; tandis que les autres ossements fossiles de Chéiroptères n’ont été , en général , rencontrés que dans le diluvium , comme nous allons le voir tout à l’heure.
Je dois cependant faire mention auparavant de deux autres fragments attribués à des Chauves-Souris , et indiqués aussi comme provenant de terrains tertiaires.
Ainsi , outre le fait que j’ai rapporté plus haut , d’après Karg , dans son Coup d’œil sur les ossements de Mammifères dans les schistes d’OEningen , inséré dans les Mémoires de la Société de Souabe , d’ossements du V. murinus trouvés dans le schiste tertiaire et d’eau douce d’OEningen , je dois dire que , depuis que j’ai communiqué à l’Académie des sciences, il y a déjà près de trois ans , l’extrait de mon travail sur l’ancienneté des Chéiroptères, M. R. Owen a décrit, comme provenant d’un petit Mammifère et extrêmement ressemblantes à celles des Chauves-Souris insectivores, deux dents molaires, qu’il rapproche de l’antépénultième et de la dernière molaire d’une grande Chauve-Souris, mais sans indiquer la mâchoire ni le côté. La première , suivant la description et la figure données par M. Owen , a sa couronne renflée subitement à sa naissance., et hérissée de quatre prismes triangulaires pointus au sommet , l’angle en dehors et la base en dedans , les externes les plus gros , avec un petit talon transverse en avant , et un très-petit tubercule externe entre les deux prismes extérieurs. La seconde , qui n’a évidemment que deux racines fort longues, coniques et sub-égales, diffère essentiellement de la première , en ce que la moitié antérieure de la couronne offre les deux prismes bien plus élevés que la seconde qui est en forme de talon aplati et triangulaire. Du reste, il paraît quelle présente aussi un petit tubercule externe entre les deux parties de la dent ; et c’est sur
Des schistes d’OEningen , par Karg ;
de l'Argile de Londres , par
M. R. Owen.
Du Calcaire de Solenhaufen,
par Kruger.
Dans
le Diluvium
des Cavernes,
ce caractère que M. R. Owen insiste le plus pour distinguer ces deux dents de celles des Chauves-Souris récentes. En effet , je ne connais aucune espèce de cette famille qui présente cette particularité ; et c’est ce qui , joint à la forme même de la couronne de ces dents, me porte un peu à douter de la légitimité du rapprochement proposé par M. R. Owen.
Le terrain dans lequel ces dents ont été trouvées est l’argile de Londres, regardée comme l’analogue de notre terrain gypseux des environs de Paris ; mais ce qui serait plus étonnant , ce serait qu’on eût trouvé des ossements de Roussettes (i) dans le calcaire fissile de Solenhaufen , comme on le trouve rapporté dans Kruger ( Histoire de ï ancien monde en allemand, I, pag. 159), qui dit qu’en exploitant la pierre calcaire des environs de cette localité , on trouva , il y a quelques années , deux vertèbres du dos, et deux os des extrémités, ayant le plus de ressemblance avec les os du milieu des doigts d’une Chauve-Souris , et qui lui semblent avoir appartenu à une espèce de Vampire : aussi , doit-on présumer que l’on aura considéré comme tels des ossements de Ptérodactyle; et ce qui me porte à penser ainsi , c’est que Sœmmering a soutenu toute sa vie que ces derniers ossements devaient être considérés comme ayant appartenu à un genre de Chauves-Souris , et que la citation d’ossements fossiles de Roussettes porte sur les Mémoires de l’Académie des sciences de Munich , à laquelle Sœmmering appartenait.
Mais s’il existe des doutes fondés sur l’existence d’ossements de Roussettes dans un terrain aussi ancien que celui de Pappenheim , il n’en est pas de même pour ceux attribués à des Chauves-Souris , et qu’on rencontre dans le diluvium , soit dans les cavernes , soit dans les brèches osseuses.
On trouve indiqué au nombre des ossements fossiles de Mammifères de la collection de M. le comte de Munster , dans le Bulletin des sciences naturelles et de géologie , IX , pag. 275 , un os des membres de Chauves-
(1) Kruger dit de Vampire, mais sans doute en pensant au V. vampirus de Linné , qui prend les Roussettes des zoologistes modernes.
OSSEMENTS FOSSILES. 95
Souris , trouvé dans une caverne de Saxe , avec d’autres os de Musaraigne , de Taupe , d’Oiseaux , de Serpents et de Crapauds, ainsi que d’Ours , de Gloutons , d’Hyènes, de Campagnols , etc.
On cite aussi des fragments de Vespertilions dans le diluvium des environs de Kostritz ; mais surtout Wagner décrit un autre fragment dans les mémoires de l’Académie royale de Munich, pour i832 , pag. 755, avec une figure, pl. I, fig. i , que nous avons fait copier. Ce fragment consiste dans une demi - mâchoire inférieure du côté gauche portant quatre dents ; les trois vraies molaires postérieures , la dernière arrièremolaire avec une petite alvéole simple avant celle-ci , et une plus grande pour la canine.
En comparant ce fragment avec son analogue dans les Chauves-Souris récentes, M. Wagner crut d’abord que c’était du Vampire ( Phyll . hastatum ) qu’il se rapprochait le plus , quoique le fossile fût plus mince ; cependant la forme et la grandeur lui parurent avoir plus de rapports avec le V. discolor, espèce de Murin , qui est d’Europe ; alors il faudrait supposer qu’avant la petite alvéole, il y en avait une autre pour une première avant-molaire; sans cela ce serait une Noctuloïde, peut-être un Pipistrelle.
Ce fossile a été trouvé dans une brèche osseuse de Cagliari en Sardaigne , avec des ossements de Lagomys.
M. Wagner a rencontré dans une autre brèche des environs d’Antibes , en Provence , un autre fragment de mandibule portant deux des molaires vraies , et qu’il rapporte , à cause de sa petitesse , au V. pipistrellus , c’est-à-dire encore à une espèce européenne.
Mais c’est surtout dans les cavernes à ossements des environs de Liège, et si convenablement explorées et décrites par feu M. le docteur Schmerling , que l’on a le plus rencontré d’ossements fossiles de Chauves-Souris.
M. Schmerling décrit et figure en effet (i) des crânes, des mandibules et quelques autres os du squelette moins importants.
en Saxe.
Aux environs de Kostritz.
Dans
les brèches osseuses :
Par Wagner de Sardaigne.
de France , près Antibes.
Dans
les cavernes de Liège; par
Schmerling.
(1) Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège; par le docteur P. C. Schmerling. Liège, 1833.
CHÉIROPTÈRES; VESPËRTILIO.
En général. Parmi les têtes ou crânes assez complets , sauf le rocher qui manque ^equ/num™ ® toutes > M. Schmerling indique trois formes principales.
Dans la première (PL Y, f. i, A. B.), on peut aisément reconnaître à la taille, et surtout au renflement bulleux des os du nez, à l’absence complète de prémaxillaire, ainsi qu’au système dentaire, formé seulement de quatre dents molaires, parce que la première avant-molaire gemmiforme externe a été sans doute inaperçue, tous les caractères du grand Rhinolophe de nos pays. V.ferrum equinum, L.
M. Schmerling en a trouvé plusieurs individus , dont un assez jeune, qu’il rapporte à cette sorte.
v.'Mysta- Une seconde dont il a figuré un exemple dans la même Pl. V, fig. 2 A. émus. (je propq et 2 g en dessous , et dont il a recueilli plus de trente échantillons, ne peut avoir appartenu qu’à une espèce de Chauve-Souris murinoïde ; en effet , outre les quatre dents molaires postérieures qui s’y trouvent bien conservées, on voit , par les alvéoles des autres dents , qu’il y avait deux incisives de chaque côté, une canine médiocre et trois avantmolaires; en sorte qu’en joignant à cette considération la taille et la forme assez particulière de la tête , relevée à la racine du nez, il est extrêmement probable quelle a appartenu au V. mystacinus assez commun en Belgique.
La tête que figure seulement en dessous, PL Y, f. 3, M. Schmerling r comme type de sa troisième sorte , offre encore un autre système dentaire que les deux précédentes ; on y remarque en effet deux alvéoles de chaque côté pour les incisives , une bien plus forte pour la canine , et quatre molaires dont une avant-molaire seulement, dans la grosseur et les proportions de ce qui existe dans la Sérotine. v. seroiims. M. Schmerling joint à ces têtes trois mandibules trouvées dans les mêmes cavernes , et également en grande abondance. L’une, représentée PL V, f. 8, en dehors seulement, et qu’il dit parfaitement s’adapter à la tête, 1 A, B, ne porte que quatre dents (1), les trois molaires vraies et la der-
(1) M. Schmerling n’attribue que trois molaires dans son texte à cette mandibule : mais il en figure réellement quatre.
OSSEMENTS FOSSILES. 97
nière avant-molaire ; maison voit, entre l’alvéole de la canine et cette dent, une autre alvéole qui indique qu’il n’y avait que deux avant-molaires, ainsi que deux incisives, comme en effet cela a lieu dans les Rhinolophes. Ainsi le rapprochement de cette première sorte de mandibule avec la première sorte de crâne fait par M. Schmerling, serait à peu près certain, d’autant plus que la forme générale de l’os et de l’apophyse angulaire est bien comme dans le grand Rhinolophe.
La seconde mandibule représentée d’un seul côté en dehors, PI. V, f. 7, ne porte que les deux dernières molaires dans la proportion ordinaire; mais on peut aisément s’assurer, par les cinq alvéoles qui sont près de celle de la canine , qu’il y avait trois avant-molaires comme dans les Murinoïdes. Dès lors, cette mandibule conviendrait à la tête de la figure 2 A B, si elle ne paraissait pas un peu forte.
Enfin la troisième mandibule, figurée en dehors et en dedans sous le n° 3, et dont M. Schmerling possédait un très-grand nombre de semblables, s’ajuste parfaitement à cette tête , au point qu’on les trouve toujours ensemble, suivant cet auteur : son système dentaire presque complet est en effet tout à fait murinoïde, étant composé de six molaires, dont trois vraies et trois fausses , celles-ci toutes aiguës , la seconde étant un peu plus petite que les autres.
E11 sorte que, sans nous arrêter à décrire les autres ossements fossiles de Chauves-Souris, comme vertèbres, omoplates, humérus, cubitus, bassin , fémur, que nous avons cependant fait représenter d’après M. Schmerling, et recueillis en si grande abondance par lui dans les cavernes des environs de Liège, et dans une position telle qu’il ne peut pas y avoir de doutes sur l’ancienneté de leur conservation , on peut assez bien assurer qu’ils doivent être rapportés à des espèces actuellement vivantes dans le pays, comme l’avait admis d’une manière générale M. Schmerling, et particulièrement, suivant moi, aux V. ferrumequinum, V serotinus et V. mystacinus.
Je pense qu’on en peut dire autant de la demi-mâchoire inférieure, figurée par M. Mac Enry dans la PI. I, fig. 1 2 , d’un ouvrage qu’il est en
G. Vespertjlio. 43
En Angleterre, par Mac Enry.
En Russie .
par Fischer.
train de publier sur les ossements fossiles d’une caverne découverte il y a peu d’années en Angleterre, à Kent, aux environs de Torbay, comté de Devon. Malheureusement, j’ai égaré cette planche qu’avait bien voulu me donner M. Mac Enry à son voyage à Paris, et je ne puis assurer à quelle espèce récente doit être rapportée cette mandibule.
M. Fischer de Waldheim cite aussi, dans le Bulletin de la société impériale des naturalistes de Moscou, tom. VII, p. 1 86, 1 834, parmi les fossiles de Mammifères trouvés dans les cavernes à ossements des rives du Tcharich et du Khankhan, dans le gouvernement deTomsk en Russie , le bassin d’une petite espèce de Chauve-Souris , mais sans autres détails.
Enfin , pour ne rien oublier de ce qui a trait au sujet que je traite dans ce chapitre , quelque peu important que cela soit , je dois noter que M. Marcel de Serres annonce aussi avoir trouvé des ossements de Chauves- Souris dans le diluvium des cavernes du département de l’Aude, avec des restes d’animaux récents et perdus , mais sans aucune indication à l’appui de cette assertion.