C. Ranzani
Temminck,
1817. M. G. Cuvier ne se laissa cependant pas toujours entraîner dans cette nouvelle direction. Ainsi , pour le groupe des Mammifères qui nous occupe, il revint d’abord à le considérer comme une simple et première famille des Carnassiers, mais toujours en y comprenant les Galéopithèques, qu’il place même à la fin de la famille. Quant aux espèces du genre Vespertilio , et après en avoir d’abord séparé les Roussettes, il les distribue dans les mêmes genres que M. E. Geoffroy; mais pour les ranger eux-mêines , il a égard à une considération nouvelle (1), le nombre des phalanges ossifiées du doigt médian : trois dans la première tribu , comprenant les Molosses , les Nyctinomes, les Sténodermes, les Noctilions, et les Phyllostomes , et deux seulement dans la seconde , renfermant les Mégadermes, Rhinolophes, Nyctères, Rhinopomes, Taphiens, Vespertilions et Oreillards.
1820. C’est ce que n’imita cependant pas entièrement M. Goldfuss, d’abord parce qu’il fit des Chauves-Souris un ordre distinct, qu’il commença par les Galéopitbèques , et ensuite parce qu’il partagea les espèces en quatre familles : les Chauves-Souris proprement dites à nez simple; les Roussettes, qui sont dans le même cas; les Chauves-Souris à nez garni d’une feuille, et enfin les Galéopithèques ; c’est-à-dire sans avoir égard au nombre des phalanges du doigt médian.
1820. Quoique M. l’abbé Ranzani ait plus complètement accepté la disposition des Chauves-Souris proposée par M. G. Cuvier, il n’a cependant pas cru devoir adopter la considération des phalanges du doigt médian. Du reste , M. Ranzani , dans son plan , n’a eu à introduire aucun aperçu nouveau.
11 n’en fut pas de même de M. Temminck, qui vers cette époque avait entrepris de traiter de toutes les espèces de la classe des Mammifères sous la forme de monographies ; méthode qui , avec quelques avantages , ne laisse pas que d’avoir aussi un grand nombre d’inconvénients, et
(1) Je crois cependant que cette considération est due au docteur Leach. Au reste, M. G. Cuvier l’a appliquée d’une manière erronée : il n’y a certainement que les Sténodermes et les Phyllostomes qui aient trois phalanges ossifiées au doigt médian.
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 69
entre autres, celui de ne laisser apercevoir que difficilement le système qui sert à lier toutes les parties, d’autant plus que les espèces sont distribuées suivant l’ordre géographique.
Quoi qu’il en soit, M. Temminck n’a encore traité successivement et dans autant de monographies spéciales , que des genres Roussette , Molosse, Rhinolophe, et Yespertilion ; mais il a fait précéder son premier mémoire de considérations générales sur les Chéiroptères, dans lesquelles sont exposées ses idées à ce sujet. D’ahord, comme plusieurs autres zoologistes , il n’y comprend pas les Galéopithèques , et il a particulièrement insisté sur le système dentaire des Chéiroptères proprement dits, aux différents âges. Il montre, par exemple, que le genre Nyctinome , anciennement établi par M. E. Geoffroy, doit être réuni aux Molosses, parce que la différence dans le nombre des incisives, qui a servi à distinguer ces deux genres , tient à une différence d’âge. Mais n a-t-il pas été trop loin lorsqu’il a dit que le système dentaire des Chauves- Souris sort des règles habituelles et générales, qu’il se refuse à être employé comme premier moyen de classification méthodique, et que son extrême anomalie dans les différentes périodes de l’âge est un des phénomènes les plus nouveaux en zoologie? En effet, s’il est difficile de ne pas admettre le second point de cette proposition , il n’en est pas de même des deux autres : le système dentaire des Chéiroptères, même sa partie incisive, sur laquelle seule porte l’observation de M. Temminck, conserve toute sa valeur ordinaire, quand il est convenablement interprété, et que l’on a fait, par exemple, la remarque que les dents incisives des deux âges peuvent se trouver à la fois à une époque sans doute fort courte de la vie de l’animal ; et ce fait se retrouve pour les canines chez les véritables Carnassiers, et quelquefois même pour les molaires, dont la série peut être composée dans un moment des dents du premier système dentaire et d’une partie de celles du second.
Au reste les monographies des Chéiroptères, par M. Temminck, ont en outre considérablement augmenté le nombre des espèces connues et sou-
vent débrouillé leur histoire en même temps que quelques-unes lui ont paru susceptibles de former des genres nouveaux. Quant à la disposition qu’il a cru devoir donner aux genres de l’ordre des Chéiroptères, dans son tableau méthodique des Mammifères, publié en 1827, je n’ai pu apercevoir le principe qui l’a déterminée. Les Molosses sont à la tête, sans doute parce qu’il sont les plus marcheurs; puis viennent les Roussettes ; les TNoctilions précèdent les Phyllostomes et les Rhinolophes ; enfin lesVespertilions terminent.
k. Gray. 1829. Vers la même époque environ où M. Temminck se livrait l8M' ainsi à l’histoire des espèces nombreuses de Chéiroptères , plutôt qu’à leur systématisation, M. E. Gray, se trouvant aussi dans des conditions extrêmement favorables, et ayant à sa disposition les richesses zoologiques du Muséum britannique , faisait justement le contraire ; c’est-à-dire qu’il étudiait les Chéiroptères sous le point de vue d’ensemble , en s’arrêtant aux coupes génériques établies par ses prédécesseurs. Sa classification portant d’abord sur l’existence ou sur l’absence de la conque nasale, ce qui produit ses Istiophores et ses Anistiophores , n’offre du reste aucune considération nouvelle , et rompt souvent des rapports vraiment naturels. Ainsi dans la première section , les Rhinolophes sont à part et séparés des Mégadermes par les Phyllostomes. Les Chauves-Souris proprement dites commencent la série des espèces sans feuille sur le nez ; elle est terminée par les Roussettes , qui sont ainsi à la fin de la famille.
Toutefois la partie de la zoologie qui nous occupe en ce moment doit à M. E. Gray d’avoir éclairci autant que cela était possible les genres assez nombreux que son compatriote , le docteur Leach , avait établis d’une manière extrêmement peu circonstanciée, et surtout d’avoir considéré d’une manière plus attentive que ses prédécesseurs la membrane interfémorale en elle-même et dans ses rapports avec la queue.
Frèd. cuvier, 1829. En portant au contraire son attention sur le système dentaire, 1829 qu’il avait spécialement étudié, M. Frédéric Cuvier fut conduit nonseulement à accepter toutes les coupes génériques établies avant lui , mais encore à en augmenter le nombre parmi les Roussettes , aussi bien que
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 71
parmi les Chauves-Souris ; du reste il se borna à établir ces deux familles et ne paraît pas avoir été guidé par aucun autre principe que le nombre total des dents pour disposer les trente genres qu’il caractérise , mais , à ce qu’il paraît , sans les avoir tous étudiés en nature.
1830. Wagler, dans son nouveau système d’amphibiologie , en fit pré- Wa8,er> céder l’exposition, de sa classification des Mammifères et des Oiseaux.
Parmi les premiers, les Chauves-Souris, sous la dénomination de Vespertilionides , ont conservé leur place accoutumée depuis Storr, entre les Lemurs et les Insectivores. Quant à la disposition des genres, il est assez difficile d’en apercevoir le principe , s’il y en a un dominant.
Les Roussettes commencent ; suivent les Molosses et les Noctilions , puis les Phyllostomes et les Rhinolophes ; et enfin les Vespertilions sont suivis des Emballonures, qui terminent, on ne voit pas trop pourquoi.
1 83 1 . La manière dont M. Charles Bonaparte a cru devoir disposer ch. Bonaparte, les Chéiroptères dans son essai d’une distribution méthodique des animaux Vertébrés, ne semble pas davantage reposer sur des considérations nouvelles, ni pour la position dans la série des Mammifères, ni pour la disposition des genres distribués en ce qu’il nomme des sous-familles, au nombre de cinq : les Noctilions, les Vespertilions, les Roussettes, les Phyllostomes et les Rhinolophes, dans l’ordre à peu de chose près qu’avait proposé M. Gray, mais renversé.
Dans les additions au même ouvrage, M. Charles Bonaparte distribue ,83Sces cinq sous-familles en deux familles , les Ptéropiens et les Vespertilionides, ce qui rentre davantage dans les errements adoptés; mais dans son Synopsis vertebratorum systematis publié en 1 83 8, l’auteur, acceptant les modifications importantes apportées au système mammalogique par la considération du produit de la génération et par celle du cerveau , comme cela avait été fait avant lui , recule considérablement 1 ordre des Chéiroptères , en le plaçant dans la première série des Mammifères Monodelphes qu’il nomme avec M. R. Owen Placentctlia, et dans sa sous-classe des Ineducabilia entre les Paresseux terminant les Edentés et les Taupes commençant les Insectivores. Du reste ces changements
dans la position des Chéiroptères n’ont guère porté sur leur division intérieure. Ils sont seulement partagés en trois familles au lieu de deux : les Roussettes, les Vespertilions et les Vampires , dans lesquelles les genres sont assez bien disposés, comme dans le premier essai. h. de 1837. Avant que je ne connusse en aucune manière le travail premier
Blli837,le (le M. Charles Bonaparte, j’avais publié dans les comptes-rendus des séances de l’Académie des sciences les principes qui m’avaient conduit à la classification des Chauves-Souris, telle que je l’avais suivie dans la rédaction de la partie de mon système du Règne animal qui les regarde; comme l’exposition détaillée de ces principes a fait le sujet du paragraphe qui va suivre , je terminerai cette histoire zooclassique des Chéiroptères par le résumé suivant.
Résumé. 370. av. J. C. à x555. Belon, détaillant le coup de pinceau contracté par Pline , de tout ce qui avait été dit avant lui, et surtout par Aristote, sur la nature des Chauves-Souris, distingue complètement ces animaux, et par opposition avec ce que sont les Oiseaux avec lesquels il les range cependant dans ses Volatilia ; il désigne les parties dont les différences deviendront les caractères distinctifs des espèces , et entre autres le système dentaire de la Noctule, qu’il énumère d’une manière fort complète et fort exacte ; précédent trop longtemps oublié après lui.
1599. Aldrovandi démontre aux yeux les caractères mammalogiques des Chéiroptères, en donnant la figure du squelette d’une Chauve-Souris ordinaire à côté de celui d’un Oiseau; et cependant, c’est encore pour lui des êtres intermédiaires aux Oiseaux et aux Quadrupèdes.
1698. J. Ray, le premier systématiste un peu complet, les range définitivement parmi les Quadrupèdes, ce qui n’a plus varié depuis lors; mais en les mettant encore hors de rang.
1736 à 1768. Linné les fait entrer dans la série à leur place à la fin des Primatès ou avant les Carnassiers, et comme conséquence de son système mammalogique artificiel , basé sur la considération du système dentaire incisif, Brisson et ensuite Linné lui-même commencent à y in-
[HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 73
troduire quelques coupes génériques avec dénominations (. Pteropus et Noctïlio).
1759, 1766. Daubenton d’abord, mais surtout Pallas ensuite, dans le but de distinguer des espèces nouvelles , définissent rigoureusement et dénomment la plupart des parties , dont les différences serviront à les caractériser; ils font spécialement attention au nombre, à la forme, à la proportion des dents incisives , parmi lesquelles le dernier montre en effet sept combinaisons concordantes avec un certain nombre d’autres caractères extérieurs, et dont les zoologistes, à l’imitation de Brisson et de Linné, pourront former autant de genres; mais dont Erxleben, et à son exemple Gmelin , se sont bornés à faire des divisions tranchées pour la distinction des espèces.
Pallas met en outre hors de doute par des raisons de valeur appréciée, la position des Chauves-Souris dans la série des Mammifères.
1778. Blumenbach enfin en fait une famille ou un ordre particulier, qu il place entre les Primatès et les Glires et pour laquelle il imagine le nom de Chéiroptères généralement adopté.
1780. Storr les sort également de la première division des mammifères, les Quadrumanes; mais, pour les placer au commencement de la seconde et à la tête des Plantigrades carnassiers, et suivies par les Insectivores non volants.
1795 kl 806. MM. G. Cuvier et E. Geoffroy, d’abord en commun, puis celui-ci en particulier, acceptent tout ce qui avait été fait avant eux; la position , le nom de la famille , les subdivisions parmi les espèces ; mais de plus , le dernier donne définitivement des noms de genres aux divisions indiquées par Pallas , et malgré l’espèce d’anathème que le grand naturaliste avait porté d’avance contre cette innovation.
1812. M. Frédéric Cuvier, suivant l’impulsion donnée par llliger, en portant son attention plus directement qu’on ne l’avait généralement fait avant lui sur la partie molaire du système dentaire, introduit un nouvel élément de distribution des Mammifères , qui, s’il n’est pas suffisant , suivant nous, pour 1 établissement des genres, comme il a cru trop souvent G. Vespertilio.
Considérés en général.
Il CHÉIROPTÈRES; FESPERTILIO.
devoir le faire , m’a du moins offert un des caractères les plus certains
pour la confirmation des espèces.
Depuis lors , les travaux sur les Chéiroptères ont été fort nombreux , mais n’ont pas eu la même importance zooclassique; ainsi, MM. Leach, Spix , Temminck, Gray, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Wagler, Charles Bonaparte se sont occupés de systématiser les espèces de ce groupe en poussant encore plus loin qu’on ne l’avait fait avant eux, l’emploi des différences minutieuses quelles peuvent offrir surtout dans le système dentaire ; mais au fond, sans qu’il en soit résulté des progrès bien essentiels pour la zooclassie, seule partie dont je puis m’occuper ici. Je passerai donc sous silence, comme je l’ai fait dans l’histoire zooclassique desPrimatès, les travaux nombreux et souvent fort étendus dans lesquels les zoologistes ont eu pour but de faire connaître les espèces nouvelles recueillies depuis trente ans dans toutes les parties du monde, et décrites , celles d’Europe, par MM. Kuhl, Charles Bonaparte, Blasius; d’Afrique, par MM.Ruppell, Andr. Smith ; d’Asie, par MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Temminck , Horsfield , Hogdson ; de l’Amérique méridionale , par d’Azzara , Spix, de Neuwied, Rangger ; de l’Amérique du nord , par MM. Le Comte, Harlan, Robertson, Frédéric Cuvier, Kupers, etc.
§ 11. - DES PRINCIPES DE LA DISTRIBUTION MÉTHODIQUE DES CHAUVES-SOURIS.
Comme par distribution méthodique nous entendons quelque chose de fixe qui repose sur l’existence d’une série animale réelle , et qui n’a par conséquent rien d’arbitraire , il est évident que le zoologiste n’a atteint le but qu’il doit se proposer, que lorsque dans un groupe naturel d’animaux, quelque dénomination qu’on lui donne, la première espèce est la plus rapprochée de celle qui termine le groupe précédent, et la dernière celle qui s’éloigne le moins de la première du groupe qui doit suivre ; la disposition des espèces intermédiaires devenant une conséquence rigoureuse de ces deux points préalablement établis.
CLASSIFICATION
Or, les Chauves-Souris occupant nécessairement dans la série mammialogique la place entre les derniers Primatès que nous avons vus être les Galéopithèques et les Insectivores , que nous verrons commencer les Carnassiers, c’est d’abord sur le système dentaire de plus en plus carnassier, par le nombre des incisives et par la forme des molaires et tubercules de plus en plus aigus, que devra porter la disposition sériale de ces animaux. Les premières espèces seront celles dont les incisives seront le plus semblables , de nombre et de forme , à ce qui existe chez les Primatès , et les dernières celles où ce sera le contraire , c’est-à-dire où les incisives augmenteront en nombre, deviendront plus aiguës, aussi bien que les molaires. Ainsi les Roussettes qui n’ont jamais plus de deux paires d’incisives, en haut comme en bas, et dont les molaires seront presque simples et tuberculeuses, devront être à la tête de l’ordre, et les Vespertilions qui ont au moins trois paires d’incisives inférieures comme dans tous les véritables Carnassiers , et dont toutes les dents molaires sont hérissées de pointes aiguës plus ou moins nombreuses, devront le terminer pour passer aux insectivores qui vont suivre dans l’ordre des Secundatès.
Mais une particularité qui constitue encore mieux peut-être la nature anomale des Chauves-Souris, c’est de voler plus ou moins bien dans les airs, pour chercher, poursuivre et atteindre leur proie, à l’aide des membres antérieurs, déformés, pour ainsi dire, pour cela, et disproportionnés comparativement avec les membres postérieurs , et avec le tronc lui-même. On voit donc comment la disposition sériale des animaux de cet ordre pourra encore porter sur l’étendue des membranes, ou expansions dermiques qui servent au vol, et par conséquent sur les parties de l’appareil locomoteur qui les soutiennent, comme les doigts des mains devenues des ailes , et la queue, qui, en se prolongeant en arrière et au delà des membres protecteurs raccourcis , étendra d’autant la membrane dite interfémorale , parce qu’en effet elle sert à réunir ces membres entre eux. Les premières espèces seront donc celles où les mains seront, proportionnellement avec le tronc, le moins déve-
Dans
le système dentaire.
Dans
les Membres et le Tronc.
76 CHÉIROPTÈRES; FESPER TILIO.
loppées, où il y aura le plus de doigts complets, et où la queue sera plus courte, comme on le remarque chez les Roussettes ; et les dernières celles où le tronc sera le plus petit, comparativement avec les ailes, dont les doigts seront le plus déformés , et où la queue sera la plus longue , portant ainsi la membrane interfémorale au maximum de son développement , ce qui met encore, comme le demande aussi la considération du système dentaire , les Yespertilions à la fin des Chéiroptères.
En particulier. La disposition, la distribution et la distinction des espèces de ce groupe devant porter sur la considération de ces deux parties importantes, il ne sera donc pas inutile de les envisager sous ce point de vue.
sous le rapport Nous avons exposé plus haut, dans l’article consacré à l’Odontodes Dents. . . ,
graphie, tous les details necessaires pour etre aisément compris
incisives, dans les considérations nouvelles dont nous avons besoin en ce moment, supérieure Les Incisives qui ne manquent peut-être jamais, même à la mâchoire supérieure, si ce n’est par suite de l’âge, et encore fort rarement, fournissent , quand elles sont étudiées convenablement dans leur nombre, dans leurs proportions entre elles, dans leurs formes et dans leur disposition , des caractères qui ne sont pas sans importance , aussi bien pour établir la série que pour les coupes génériques et subgénériques , et même pour distinguer les espèces.
Jamais au-dessus de deux paires à la mâchoire supérieure, et dans ce cas plus ou moins inégales , plus ou moins dissemblables , plus ou moins écartées, disposées en cercle ou en ligne droite , elles ne sont quelquefois qu’au nombre d’une paire , et quelquefois même elles manquent tout à fait, tant elles sont rudimentaires et caduques.
inférieurement. A la mâchoire inférieure, jamais nulles, si ce n’est par suite de lage;
elles sont rarement au nombre de deux en une paire ; plus souvent il y en a deux paires plus ou moins semblables, bi ou trilobées à leur tranchant , et encore plus souvent peut-être elles sont au nombre de six , en trois paires, et alors constamment trilobées à leur bord. Cette disposition est essentielle à considérer à cause de sa constance.
CLASSIFICATION
Les canines , qui ne manquent jamais dans aucune espèce de Chauve- Souris, et qui sont même toujours assez développées, ne peuvent guère offrir des caractères spécifiques que dans le développement et la forme du collet , son élévation lente et graduelle qui détermine la chute des incisives et quelquefois même de la première avant-molaire.
Les molaires sont d’une bien plus grande importance dans la distribution systématique des Chauves-Souris, et surtout dans leur spécification ; mais leur emploi est plus compliqué et plus difficile que celui des deux sortes précédentes.
Le nombre total n’en dépasse jamais six en haut et six en bas (i) ; il est assez souvent de cinq en haut et de six en bas, plus rarement de cinq en haut comme en bas, encore plus de quatre aux deux mâchoires, et enfin, dans le seul cas anomal offert par le Desmodus , de deux à la supérieure , et de trois à l’inférieure.
En ne comptant pas cette anomalie, on peut trouver trois formes générales seulement parmi les Chéiroptères : celle des Roussettes, dont les molaires sont toutes à peu près tuberculeuses, et presque simples aux deux mâchoires, surtout les terminales; celle des Sténodermes , où les terminales seulement sont tuberculeuses et fort petites, les intermédiaires ayant la couronne hérissée de tubercules sub-aigus , mais peutêtre susceptibles d’usure ; enfin , celle que présentent toutes les autres espèces depuis les Phyllostomes jusqu’aux Vespertilions, et où toutes les dents molaires simples ou complexes, sauf quelquefois la première avant-molaire, qui est obtuse et gemmiforme, sont pointues ou hérissées de pointes, non susceptibles de s’user.
La distinction des espèces de chacune de ces trois formes du système molaire repose sur la considération minutieuse de la dernière dent supérieure surtout; mais dans la dernière forme où les quatre dernières molaires, savoir : l’avant -molaire, la principale et les deux arrière -
(1) On doit se rappeler que je ne les compte que d’un seul côté, et que la petite dent fixe anterieure, formant la septième dans les Glossophages , est une dent conservée de la première dentition .
Canines.
Molaires.
1” forme :
Roussettes.
2' forme :
Sténodermes.
3' forme :
Phyllostomes, Vespertilions.
Pour la distinction
des espèces.
Sous le rapport des membres en général.
antérieurs en particulier.
Du Doigt Indicateur.
De la proportion des Phalanges.
De la flexion des Doigts.
78 CHÉIROPTÈRES; FESPERTILIO.
molaires sont toujours à peu près sans différences appréciables ou les mêmes , la spécialisation ne peut porter que sur les deux premières avant-molaires dont le nombre, la forme, la proportion et la position dans le rang ou bien en dedans ou en dehors du rang, peuvent fournir de fort bons caractères spécifiques.
Je dois même ajouter que malgré la petitesse et la position de ces deux avant - molaires , et surtout de la première, je ne l’ai jamais vue manquer dans aucun des nombreux échantillons que j’ai examinés pour l’exécution de mon travail sur les Chéiroptères ; en sorte que je ne crains pas d’assurer que si les différentes combinaisons des dents molaires que nous avons décrites plus haut ne peuvent servir à l’établissement des coupes génériques , autant que les incisives , leur considération attentive fournit un des moyens les plus certains d’établir et de confirmer les espèces.
Les parties de l’organisation des Chéiroptères qui doivent suivre en importance, pour leur classification, le système dentaire, sont, comme il a été dit plus haut , les membres et surtout les membres antérieurs convertis en ailes dans leurs proportions et dans leur forme générale. Les membres postérieurs n’offrant guère de différence que dans leur proportion générale et dans la longueur et la force de l’éperon , utile cependant à considérer, je ne m’arrêterai que sur les membres antérieurs.
La proportion du bras, de l’avant-bras et delà main en totalité, n’est pas à négliger pour les groupements d’espèces; mais c’est principalement sur la composition du doigt indicateur, complet dans toutes les Roussettes et incomplet dans toutes les autres espèces; sur l’existence de trois phalanges au doigt médian dans les Sténodermes etlesPhyllostomes exclusivement, sur la prédominance de longueur des premières ou des secondes phalanges, et sur quelques autres particularités de proportion des métacarpiens , des phalanges et des doigts en totalité , que l’on devra surtout insister pour caractériser les ailes de chaque genre véritablement naturel. On ne devra pas non plus négliger la manière dont les doigts, et par conséquent l’extrémité de l’aile , se ferment ; souvent c’est à la manière de ceux
CLASSIFICATION
des autres mammifères , la dernière phalange s’appliquant par sa face interne contre celle de l’avant-dernière ; mais aussi quelquefois c’est latéralement que se fait la flexion , un peu à la manière des ailes du télégraphe , par exemple dans tous les Molosses.
La considération de la queue, dans sa longueur proportionnelle , entièrement nulle dans un groupe de Roussettes, commençant à poindre dans quelques autres, encore fort courte dans les Sténodermes et les Phyllostomes , devenant assez longue dans les derniers Rhinolophes , et après quelques anomalies dans les premiers genres des Léionyctères , égalant presque la longueur du tronc dans les Molosses et les Yespertilions, peut très-bien encore servir à classer les Chéiroptères , surtout si l’on veut y joindre letude de la manière dont elle se comporte avec la membrane inter-fémorale bien plus longue ou bien plus courte quelle , et en partie libre au-dessus d’elle ou complètement engagée dans son épaisseur.
L’étude de la conque nasale , de la manière dont les orifices des narines sont pourvus ou non d’expansions cutanées , dont il est assez difficile du reste de donner une étiologie un peu satisfaisante , est peut-être d’une importance moindre que la considération de la queue ; cependant on peut encore assurer que la distinction des espèces peut être parfaitement appuyée sur les proportions , la forme des parties qui la constituent.
En cherchant à se rendre compte de la marche de cette conque dans sa complication , on voit que , complètement nulle dans les premières comme dans les dernières espèces, elle commence par une sorte de bourrelet qui entoure les narines, et qui n’est qu’une extension d’un petit mufle formé par les parties nues de celles-ci ; c’est la partie basilaire qui peut rester simple , ou donner, dans son milieu , naissance à une sorte de colonne ou de pédicule indivis ou bifurqué à son sommet, comme cela se voit dans les Rhinolophes. Vient ensuite la feuille, partie supérieure de la conque, et qui se prolonge plus ou moins, lisse ou loculée à sa surface ; enfin la troisième partie est celle qui , opposée à la précédente , s’étale au bord inférieur et labial des narines , et qui forme ce qu’on nomme le fer à cheval.
Sous le rapport de la Queue.
De la Conque nasale :
lisse.
compliquée.
Particularités de sa
complication.
Spécifiques.
De la Conque auditive :
simple.
compliquée par un lobe operculaire.
Un Oreillon.
Distingué par sa forme en cinq sortes :
l*en Couperet;
2° en Couteau ;
Dans l’étude que nous avons faite de la conque olfactive des Chauves- Souris qui en sont pourvues, nous avons pu observer combien elle offre de fixité dans ses plus petits détails ; aussi , peut-on porter sur elle une très-bonne distinction des espèces, comme l’a fait M. Temminck dans le G. Rhinolophe. Malheureusement l’iconographie seule peut en exposer les nuances différentielles.
La conque auditive est à peu près dans le même cas. En effet , considérée en totalité aussi bien que dans les parties que l’on y distingue, elle peut fournir de fort bons caractères spécifiques, quoique assez difficiles à exprimer ; ainsi la proportion , la forme de la conque proprement dite , l’étendue de la racine de ses deux bords qui peuvent s’avancer plus ou moins, le supérieur de la ligne médio-frontale au point de se réunir quelquefois à celui du côté opposé , l’inférieur de l’angle de la bouche , et être pourvu ou non d’un lobe que l’on peut désigner sous le nom d’operculaire pour le distinguer du véritable oreillon.
Cet oreillon , qui ne manque jamais peut-être que chez les Roussettes et les Rhinolophes proprement dits , et qui peut être considéré comme l’analogue du tragus de l’oreille des autres Mammifères, présente aussi , dans sa forme et dans son développement proportionnel avec la conque , des différences assez constantes pour qu’on puisse en tirer d’excellents caractères sub-génériques et surtout spécifiques. Malheureusement, depuis celui qui est le plus court et le plus dilaté en forme de feuille de Crassula , jusqu’à celui qui est le plus long , le plus droit , le plus subulé en forme d’épée, il existe des nuances nombreuses qui ne permettent guère d’établir des formes suffisamment définies pour être dénommées. On peut cependant distinguer :
L’oreillon en couperet , celui qui , plus ou moins court , arrondi à l’extrémité , est fortement convexe d’un côté et assez concave de l’autre.
L’oreillon en couteau, celui dans lequel les deux côtés ne sont pas semblables, l’un étant encore assez convexe, l’autre concave, et qui est terminé par une pointe mousse.
Il peut être , du reste , plus ou moins étroit et plus ou moins droit.
CLASSIFICATION
L’oreillon falciforme est celui qui , plus allongé , triangulaire à bords sub-semblables , est un peu courbé vers son extrémité sub-aiguë.
L’oreillon triangulaire a ses bords presque également droits , est assez large à la base , et se termine par une extrémité peu aiguë.
L’oreillon subulé enfin est le plus opposé dans sa forme à l’oreillon en couperet , en ce que c’est lui dans lequel les deux bords sont le plus semblables, le plus droit, et qui est en totalité le plus étroit et le plus aigu.
La grandeur et l'étendue de la membrane inter-fémorale , la forme de son bord terminal, ont aussi une importance qui n’est pas à négliger. Nous avons fait observer plus haut quelle est généralement en rapport avec le développement de la queue ; mais elle peut être aussi considérée d’une manière indépendante.
Elle est quelquefois nulle, c’est-à-dire quelle se borne à une simple lisière qui borde les membres en arrière, échancréeou non à l’endroit de la queue.
D’autres fois , netant réellement pas plus large , elle comprend une partie plus ou moins grande d’une queue fort courte , et devient ainsi complète.
Dans un plus grand nombre de cas elle s’élargit insensiblement , mais son bord postérieur est encore échancré, ce qui veut dire que sa flèche est plus ou moins éloignée d’atteindre la racine des éperons calcanéens.
Dans un autre groupe elle s’avance au delà de cette racine bordée à droite et à gauche par les éperons , de manière à former les trois côtés plus ou moins égaux d’un hexagone dont le médian s’avance entre les pieds , quelquefois même assez pour les dépasser.
Enfin , dans un plus grand nombre de cas encore la membrane interfémorale , plus ou moins étendue , forme en arrière un angle saillant plus ou moins aigu , dépassé ou non par la queue , comme on le voit pour la première disposition dans les Rhinopomes et les Yespertilions, et même chez les espèces où la membrane n’est pas soutenue dans toute sa longueur par la queue , comme dans les Diclidures et les Emballonures.
G, Vespertimo.
3° Falciforme ,
4° Triangulaire ;
5° Subulé.
Oe la Membrane inter fémoral pouvant être
nulle.
étroite.
assez large.
tlemi-
hexagone.
angulaire.
De la Lèvre C’est à l’aide de ces considérations, auxquelles on peut encore joindre inferieure. cejje cjes tubercules qui bordent l’échancrure de la lèvre inférieure, comme l’a fait M. E. Gray, que le sous-ordre des Chéiroptères a été dis- Disposition tribué et disposé dans l’ordre que nous avons suivi dans notre ostéo-
génèrale.
graphie.
Les Roussettes En tête les Roussettes , ainsi que la plupart des zoologistes l’ont fait , en tete. comme }es espèces les plus rapprochées des Galéopithèques qui terminent les Lemurs de l’ordre précédent , et comme les moins insectivores ou les plus frugivores , les moins déformées , les moins bien disposées à voler.
ces A la fin, les Chauves-Souris proprement dites; les Yespertilions ,
VTiafin°n3 comrae offrant la disposition dentaire la plus carnassière , la plus insectivore , passant ainsi aux petits carnassiers insectivores , et entre autres aux Taupes et aux Musaraignes ; mais aussi comme étant au maximum du développement dermique, de disproportion des membres antérieurs , de longueur de la queue et d’étendue de la membrane interfémorale qui l’accompagne jusqu’à son extrémité.
Distribution La distribution des espèces dans l’intérieur du sous-ordre s’est trouvée déduite de l’établissement de ces deux points extrêmes.
En 4 familles. Elles sont d’abord partagées en quatre familles : les Roussettes ou Roussettes Meganyctères , les Vampires ou Phyllonyctères , les Rhinolophiens ou vampires. Lophonyctères et les Chauves-Souris Normonyctères ou Leïonyctères , chauves- suivant que le nez et les oreilles étant simples, les deux premiers doigts Souns sont complets, à peine déformés, la queue et la membrane inter-fémorale nulles ou très-courtes , les dents molaires tuberculeuses , comme dans la première ; ou que le premier doigt étant seul complet et le médiane à trois phalanges, les dents molaires sont plus ou moins tuberculo-épineuses , et le nez pourvu d’une feuille comme dans la secoude ; ou que le premier doigt seul étant complet, le médian a deux phalanges seulement , les dents molaires tuberculo - épineuses , et le nez est plus ou moins compliqué comme dans la troisième, ou constamment simple comme dans la quatrième et dernière.
CLASSIFICATION
Les espèces de Roussettes sont ensuite disposées, en commençant par Les Roussettes les R. ordinaires, qui ont les dents les plus tuberculeuses , la tête et les en partlculier mâchoires le plus allongées, et finissant par les Céphalotes, qui les ont le PachySOmes moins, de manière à comprendre intermédiairement les subdivisions Harpies, nommées Pachysoma , Harpyia, Cynopterus, Epomophora et même F>moPhots, les Macroglosses, dont les dents sont un peu plus épineuses, divisions qui Macrogiosses. ne reposant que sur des nuances sériales ou d’oscillation sans influence sur les mœurs et les habitudes , ne me paraissent pas devoir être adoptées comme genres.
Les espèces de Vampires ou de Phyllonyctères, en commençant par les LesVanapires Glossophages , passant évidemment aux Macroglosses de la famille précé- e“ particulier-
, p . ° Subdivisés en :
dente et imissant parles Mormops qui se rapprochent beaucoup des GiossoPhages Mégadermes de la suivante, sont partagées en deux groupes principaux : Desmodes, les Sténodermes, qui ont la dernière molaire tuberculeuse, la queue et la membrane inter- fémorale extrêmement courtes, comme dans les Artibées’ Méganyctères, comprenant les sous-genres Glossophaga, Desmodus et BrühypbyHes. Stenoderma, celui-ci partagé en Diphylla, Artibœus , Madatœus et VamPires> Brachyphylla ; les Phyllostomes dont la membrane inter-fémorale est MormoplT au contraire fort grande, dépassant l’origine des éperons calcanéens, et dont les espèces plus carnassières encore se disposent d’après la considération de la queue , nulle d’abord et ensuite de plus en plus longue dans les trois divisions des V impirus , Monophyllus, Mormops.
Les Lophonyctères , moins nombreux, se subdivisent aisément, par Les la considération du système dentaire incisif et de l’oreillon , en Méga- enDPa.rîî®ulierdermes , Rhinolophes , Nyctophiles et Nyctères , qui passent évidemment Rhfnoiophes,’ aux Taphiens de la dernière famille. NNyëf ^
Les espèces de Leïonyctères qui la constituent, caractérisées par le Les chauvesnez simple et par l’existence presque constante d’une longue queue, sont en p^uiier. ensuite subdivisées en trois genres : i° les Noctilions, dont la queue Partagés en: nest engagée qu’à la base et libre au-dessus dans le reste, et distribuées NoctiIionsdans les sous-genres Taphien etNoctilios; 2° Les Molosses, dont la queue, Molosses, dans le meme plan que la membrane inter-fémorale, n’en est pas
CHÉIROPTÈRES ; V ES P ER TILIO accompagnée dans une partie plus ou moins considérable de sa partie terminale, et que l’on peut subdiviser d’après la considération de l’existence ou de l’absence de la première avant-molaire supérieure en Movespertiiions. lossus , Cheiromeles , My optera et Dysopes ; 3° les Vespertilions, dont la queue est engagée dans toute son étendue, atteignant ou non 1 extrémité de la membrane inter-fémorale d’où la séparation des Emballon lires ; dans le dernier cas, la considération du système dentaire dans le nombre des incisives et des avant-molaires a donné lieu aux divisions des Scotophile , Noctule , Serotine , etc.
Distinction Quant à la distinction et à la caractéristique des espèces des nom- «ies espèces. kreuses divisions génériques ou subgénériques qui ont été établies par les zoologistes récents, elles doivent à peine porter sur la coloration , dont le système est toujours le même, peu davantage sur la taille qui varie quelquefois du simple au double, mais bien sur la proportion et la forme des parties du Lophoderme , et surtout aux conques nasales et auriculaires, et à l’échancrure labiale, sur la proportion des phalanges aux doigts des mains , et enfin sur la forme et la proportion de la dernière molaire aux deux mâchoires.
§ 111, - DE la DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE ACTUELLE DES CHAUVES-SOURIS.
En général. Les animaux de cet ordre se nourrissant de fruits ou d’insectes volants , il est évident qu’ils ne peuvent se trouver qu’aux lieux où ces circonstances essentielles à leur existence se rencontrent pendant tout le cours de l’année , ou sinon ils doivent entrer dans une torpeur hybernale plus ou moins prolongée. Il n’est donc pas étonnant de voir que les Chauves-Souris, assez petites et peu communes , et pendant un temps assez court dans nos pays septentrionaux , se rencontrent au contraire en fort grand nombre d’espèces très-variées , et souvent de grandes tailles , dans les pays intertropicaux , sur les bords des grands fleuves. En particulier. Mais il faut nous hâter d’ajouter que non-seulement les espèces parais-
sent être limitées à des contrées plus ou moins circonscrites , mais qu’il en est de même de certains groupes naturels.
Ainsi , jusqu’alors , on n’a encore rencontré de Roussettes que dans l’ancien continent, dans l’Asie continentale et insulaire, depuis la Nouvelle-Hollande jusqu’en Perse et en Mésopotamie , dans la direction de latitude , et depuis les îles du Japon jusque dans les îles de France et de Bourbon , en latitude ; et en Afrique depuis Madagascar jusqu’aux environs du Caire, en longitude, et depuis la vallée du Nil jusqu’au Sénégal, en longitude; car M. E. Gray assure positivement que les Roussettes dont parle Boodich, comme de Madère, ne sont que desVespertilions.
Quant à l’opinion émise par M. Temminck dans sa monographie des Roussettes , page 1 7 1 , qu’il se pourrait bien qu’il y eût de ces Méganyctères dans l’Amérique méridionale , se fondant sur ce que M. Swainson dit de grandes Chauves-Souris qui dévorent les fruits et dévastent les vergers dans les environs de Fernambouc , il est évident que cela n’est nullement probable, pour ne pas dire plus. En effet , les Chauves- Souris frugivores, au Brésil, ne sont que des Sténodermes qui atteignent aussi d’assez grandes dimensions. Ainsi l’on peut assurer que dans les deux Amériques il n’existe pas plus de Roussettes qu’en Europe.
Par contre, les Chéiroptères de la division des Sténodermes et des Phyllostomes paraissent n’exister que dans l’Amérique méridionale , sur les deux versants des Cordillères et jusque dans la Caroline. Jamais jusqu’ici on n’a rencontré d’espèces de ces genres dans aucune partie de l’ancien continent.
Les Mégadermes sont au contraire, tous sans exception, des parties les plus chaudes de l’ancien continent , aussi bien en Afrique qu’en Asie. Il en est de même des Rinolophes, dont l’Europe possède même deux espèces répandues jusque dans ses parties les plus septentrionales.
Les Rhinopomes etlesNyctères paraissent aussi ne se trouver que dans les parties chaudes de l’ancien monde ; mais il n’en est plus ainsi des
Les Roussettes exclusivement de l’ancien monde , Australasie , Asie, Afrique.
Les Sténodermes et les Phyllostomes exclusivement sud-américains.
Les
Mégadermes exclusivement de l’ancien monde.
LesTaphiens, des deux continents.
LeS Noctilions, d'Amérique.
Les Molosses, des deux continents ;
ainsi que les Nycticèes et les Vespertilions ,
confirment en grande partie laloideBuffon.
86 CHÉIROPTÈRES; VESPERT1LIO.
Taphiens qui sont des deux continents, quoiqu’on n’en connaisse pas encore en Europe.
Les Noctilions redeviennent exclusivement américains; mais les Molosses sont de toutes les parties du monde. Il en existe même une espèce dans les parties les plus chaudes de l’Europe, sur les bords de la Méditerranée.
Quant aux Vespertilions, si les Emballonures semblent être exclusivement américains , il n’en est pas de même des Nycticèes, dont quelques espèces paraissent habiter l’ancien continent, et surtout des Chauves- Souris ordinaires dont les espèces sont disséminées dans toutes les parties du monde, depuis la Nouvelle-Hollande jusqu’en Norvège, et dont notre Europe possède même près d’une vingtaine aujourd’hui bien connues.
Ainsi la loi de Bu ffon , ausujet des animaux mammifères de l’Amérique méridionale, dont les espèces et même les genres sont toujours différents de ceux qu’on a observés dans l’ancien continent, se soutient pour le plus grand nombre des Chéiroptères, et n’est infirmée que poulies Molosses, les Nycticèes et les Vespertilions. Dès lors si M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a été un peu trop loin en soutenant qu’aucun genre de Chéiroptères ne se trouve dans les deux continents, M. Temminck est encore plus loin de la vérité en soutenant la thèse opposée. Au reste , nous devons faire observer, en terminant cet article , que les Chauves- Souris sont au nombre de ces petites espèces animales que l’homme peut répandre dans tous les climats avec les navires dont il fait usage pour s’y transporter. C’est peut-être à une circonstance semblable qu’est dû le fait d’un Oreillard, V. auritus, L. , rapporté, dit-on, de la Nouvelle-Hollande par Péron, et qui ne diffère en rien de celui de nos contrées.