‹ Ostéographie, ou, Description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des Mammifères récents et fossiles (volume 3)Chapitre 23 sur 36 · CARNASSIERS; URSUS · texte numérisé non relu

CARNASSIERS; URSUS

s’étendre . et par conséquent combien les mesures rigoureuses de longueur, de largeur, des angles interceptés par certains points , sont insignifiantes ou même décevantes , et peuvent conduire à l’erreur.

Mais ces mesures seraient encore bien plus fallacieuses , si l’on pouvait considérer comme spécifiques les différences individuelles. En effet, en prenant pour point de départ ce que nous apprend Fostéologie de l’homme et celle des animaux dont nous pouvons avoir à la fois un grand nombre de squelettes à comparer , il sera aisé de s’assurer que pas deux individus d’une même race , c’est-à-dire d’une même espèce propagée depuis longtemps dans un ensemble de circonstances semblables , ne se ressemblent jamais assez , quoique de même âge et de même sexe, pour qu’on ne puisse trouver entre eux des différences fort saisissables et susceptibles d’être exprimées surtout par des mesures linéaires et angulaires.

Dès lors comment admettre que des différences de cette nature , tirées de l’ostéologie, puissent servir à l’établissement des espèces, quand les limites de variation n’ont pu être appréciées et ne sont pas connues?

Les considérations tirées du système dentaire conduisent à des résultats tout différents , aussi bien dans les Ours que chez les autres Mammifères , à cause d’une grande fixité dans les particularités qu’il présente, fixité qui tient à ce qu’il appartient au système phanérique ; aussi allons-nous trouver dans l’étude minutieuse de ce système, des moyens d’établir la distinction et la disposition sériale des espèces d’Ours.

Comme dans tons les Carnassiers, sauf les Phoques, les incisives sont au nombre de six en haut comme en bas et en trois paires; de celles d’en haut, la troisième étant canmiforme , et de celles d’en bas la moyenne étant sur un plan un peu plus interne , tendant ainsi à être repoussée en dedans , par suite de la pression que détermine le développement des canines.

Les canines des Ours sont toujours normales , très-fortes , coniques, un peu courbes sans cannelures, mais avec une petite carène en avant comme en arrière.

CLASSIFICATION

Les molaires dans ce genre sont les plus importantes, au nombre de six en haut et de sept en bas, mais seulement pendant un temps fort court à la fois, deux des antérieures tombant de très bonne heure et pouvant être regardées comme caduques.

Des dents molaires supérieures trois peuvent être considérées comme fausses et trois comme vraies; ou mieux, suivant ma nouvelle notation, trois avant-molaires, une principale et deux arrière-molaires.

Des avant-molaires, la première est toujours collée contre la canine, et les deux autres , plus petites , également espacées , occupent la barre.

La principale est ici fort petite; aussi a-t-elle été considérée comme fausse molaire par les zoologistes : elle est subtriquètre , à deux racines et collée contre la première arrière-molaire.

Les deux dents de cette sorte sont plates et entièrement tuberculeuses; la première, pins petite, a quatre tubercules, deux externes et deux internes; et la dernière , toujours plus grande , est multituberculée, avec une sorte de talon ou de queue plus étroite en arrière.

L’étendue, la disproportion des deux arrière-molaires, et, par conséquent, la grandeur de la dernière, peuvent parfaitement être employées pour disposer les espèces d’Ours dans une série des espèces les plus normales à celles qui se rapprochent davantage des autres Carnassiers.

Nous devons cependant faire l’observation importante que les deux sexes pourraient bien différer un peu sous ce rapport, la disproportion des deux dents arrière-molaires étant un peu moindre dans la femelle que dans le mâle.

A la mâchoire inférieure les avant-molaires sont au nombre de trois : la première accolée contre la canine, et les deux autres, plus petites, également distantes , remplissant la barre.

La principale est également assez petite; comme en haut, elle a également deux racines, et sa couronne comprimée est sub-trilohée.

Des trois arrière-molaires, la première, un peu plus longue , mais plus étroite que la seconde, est formée de deux lobes non bifides; la seconde , plus longue qu’épaisse , est composée à la couronne de deux

Molaires

supérieures.

Avant-

Molaires.

Principale.

Arrière-

Molaires

comparées

inférieures.

Avant-

Molaires.

Principale.

Arrière-

Molaires.

Disposition des Espèces.

Principes de leur classification.

Tirés .

Du Squelette.

Du Nombre des Doigts.

60 CARNASSIERS; SUBURSUS.

paires de mamelons obtus; et enfin la troisième ou dernière est la plus petite : sa couronne est ronde et presque plate.

Ainsi , en faisant entrer comme élément de disposition sériale des espèces d’Ours, la considération delà longueur proportionnelle du pouce aux pieds de devant, du nombre des côtes , du trou au condyle interne de l’humérus, et de la proportion des deux arrière - molaires d’en haut, qui se retrouvera dans tous les Petits-ours , on voit que , commençant par l’Ours marin , on doit suivre par les Ours d’Europe, puis par l’Ours noir de la Nord-Amérique , par les Ours de l’archipel Indien , et finir parles Ours de la Sud- Amérique ou des Cordilières. C’est au reste ce que notre ostéographie et notre odontographie de ce genre de Carnassiers vont mettre hors de doute.

3° dans les Petits-olrs.

Quoique nous ne connaissions malheureusement pas d’une manière suffisante toutes les espèces que l’on a rangées dans cette division des Carnassiers , dont une ou deux ne nous sont pas même connues sous le rapport du système dentaire, nous en savons cependant assez pour pouvoir établir sur des bases rationnelles leur distribution systématique , dont , jusqu’ici , les zoologistes se sont , du reste , assez peu occupés.

Le squelette des Petits-ours n’offre presque aucune différence dans le nombre des os qui le composent , et ne fournit au zoologiste aucun caractère un peu certain pour établir ou pour confirmer leurs rapports et la série; ainsi tous ont le tronc formé de vingt-trois vertèbres, dont quinze costifères , cinq lombaires , et de trois sacrées ; mais il n’en est pas de même pour les vertèbres caudales, qui, au contraire, varient beaucoup par la grande différence de longueur de cet organe.

Aucun Petit-ours n’a pins de clavicules qu’un autre, et tous ont l’humérus percé d’un canal au condyle interne pour le passage du nerf médian , ce qui n’existe au contraire jamais chez les Ours , si ce n’est dans la dernière espèce , l’Ours des Cordilières. Enfin tous ont cinq doigts bien

CLASSIFICATION

complets aux pieds comme aux mains, le pouce sur le même rang et dans un même degré de développement que les autres doigts.

Le canal intestinal scruté par l’anatomiste n’offre non plus rien d’assez différentiel pour aider le zoologiste. En effet, tous ces animaux ont une langue douce et aucun ne présente de cæcum même rudimentaire, l’intestin étant tout d’une venue, sans séparation ou distinction entre ses deux parties.

Il n’en est pas de même des particularités de la terminaison du canal ou de l’anus ; en effet , toutes les espèces , comme tous les Carnassiers , ont de chaque côté de l’anus une glande plus ou moins considérable, dont le canal excréteur s’ouvre à sa marge , que le rectum offre ou non une dilatation à sa terminaison ; mais il est un certain nombre d’espèces chez lesquelles c’est hors de la cavité intestinale que cette terminaison a lieu, comme chez les véritables Blaireaux.

L’organisation profonde des Petits-ours n’offrant au zoologiste qu’assez peu de prise pour leur distribution systématique , voyons si l’extérieur n’en présentera pas davantage.

D’abord la forme générale plus ou moins ramassée , ou au contraire plus ou moins allongée , ce qui est dans un rapport direct avec la longueur de la queue, indique évidemment l’éloignement des Ours et le rapprochement des Carnassiers vermiformes qui suivent.

On peut en dire autant du museau ou de la longueur des mâchoires, qui, au contraire, assez longues dans les premières espèces, se raccourcissent dans les dernières , de manière à donner à la tête quelque ressemblance avec celle des Chats.

La longueur, l’élévation et la pilosité des tarses , offrent aussi des caractères propres à indiquer la série que forment les Petits-ours; en effet, court, large, complètement nu dans certaines espèces, il s’élève, se rétrécit et se couvre en partie de poils chez d’autres.

Les ongles offrent aussi quelques variations dans 1a. forme, plus ou moins propres à fouir, comme dans les Blaireaux, ou plus ou moins

Du Canal intestinal.

Du Cæcum .

Des Glandes anales.

De la Forme générale.

de la Queue.

du Museau.

des Tarses.

des Ongles.

Du Système dentaire.

Incisives et Canines.

Molaires.

D'où

la Disposition des Espèces.

62 CARNASSIERS; SUBURSUS.

grimpeurs et aigris, comme dans les Caudi volves, qui vivent dans les arbres.

Mais c’est surtout dans l’étude du système dentaire, que l’on peut plus aisément trouver des différences assez nombreuses, assez fixes, pour non-seulement distinguer les espèces d’une manière tranchée, mais les disposer en série , et même caractériser presque autant de genres qu’il y a de celles-ci, comme cela a été fait par les zoologistes qui, sous ce rapport, ont admis les principes de M. Fréd. Cuvier.

Ce n’est cependant ni dans les incisives, ni dans les canines, que l’on peut trouver ces différences; mais bien dans les molaires, et surtout dans la principale et les arrière-molaires.

D’abord dans le nombre total.

En effet, quelquefois de f il peut descendre à|, puis dans celui des avant-molaires; car les arrière-molaires ne sont jamais au-dessus de deux; puis enfin , et surtout , dans la forme et dans la proportion de la principale et des arrière-molaires qui prennent plus ou moins le caractère omnivore ou carnassier suivant l’égalité ou l’inégalité du bord externe , simplement tuberculeux comme l’interne, dans le premier cas, et s’élevant et devenant tranchant dans le second.

Toutefois, la considération unique de ce système dentaire empêcherait d’apercevoir réellement la série naturelle des animaux de ce genre , de quelque manière qu’on l’envisageât, tandis que la longueur proportionnelle de la queue nous semble indiquer ou traduire beaucoup mieux l’ordre passant des Ours aux Musteîas , qui doivent immédiatement suivre, d’après les raisons exposées plus haut.

Dès-lors , on voit comment cette division des Carnassiers , commençant par les Midans qui ont la queue très-courte , doit se continuer par les Blaireaux , comprenant les Arctonyx, parles Pandas ou Ailurus , les Ratons ou Procyon , les Coatis ou Nasua, et finir parles Rinkajous ou Caudivolvulus et les Arctitis , qui ont la queue très-longue et prenante.

CLASSIFICATION

4° DANS LES MUSTELÀS.

Les principes de la distribution systématique des espèces de ce genre linnéen n’ont pas été beaucoup plus scrutés qne pour les genres précédents; quoique les zoologistes aient cru devoir établir un assez grand nombre de coupes génériques, d’après la considération d’organes souvent peu importants, et surtout d’après celle du système dentaire.

Leur organisation interne n’offre cependant pas de grandes différences, qu’on les compare entre elles, ou avec les autres Carnassiers.

Le nombre des vertèbres de la partie troncale est toujours de vingt ; mais le plus souvent formé de quatorze vertèbres costifères et de six lombaires; les Moufettes seulement, c’est-à-dire les Muslèles de la Sud- Amérique , ayant seules quinze vertèbres costifères et cinq lombaires.

11 y a quelquefois un rudiment très-appréciable de clavicules, comme dans les Martes par exemple.

L’humérus est toujours percé d’un canal au condyle interne.

Il n’y a jamais de cæcum au point de jonction des deux parties de l’intestin qui est tout d’une venue; et l’anus est toujours pourvu à sa terminaison , d’un paire de glandes sébacées qui varient seulement dans le degré de leur développement , et surtout dans l’odeur de la matière qu’elles produisent.

A l’extérieur, les Mustèles présentent peut-être encore moins de variations.

La forme du corps, toujours assez allongée, est cependant en général plus grêle, plus cylindrique, en un mot, plus vermiforme dans les espèces qui occupent le milieu delà série, comme les Putois, que dans celles qui sont au commencement , comme sont les Moufettes plus Petits-ours; ou, à la fin, comme les Martes proprement dites, évidemment plus Felis; et c’est ce qui est assez bien indiqué par la proportion de la queue.

La nature du pelage démontre également assez nettement cette gra-

Principes de leur classification

Tirés :

à l'intérieur.

Du Squelette.

Des Clavicules.

De l’Humérus.

Du Cæcum.

Des Glandes anales.

à l'extérieur.

De la forme du Corps.

Du Pelage.

Du Système de coloration.

Des Doigts.

Du Tarse.

Des Ongles.

Des Dents.

Dans

le Nombre total .

Dans leur Disposition.

Dans la Forme des Canines.

Des Molaires , ei surtout de l'Arrière- Molaire supérieure.

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