‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 116 sur 171 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

PALÉONTOLOGIE

DE l’ancienneté DES ANIMADX DD GENRE FEUS.

Des Féiîs Les animaux dont nous allons étudier l’ancienneté dans ce chapitre comme type sont réellement, avec ]es Canis et les Hyènes, les véritables Carnassiers,

des Carnas- *

siers. ceux qui, étant le plus communément autour de l’espèce humaine, et atteignant la plus grande taille , ont de tout temps attiré davantage son

PALÉONTOLOGIE

attention ; aussi sont-ils devenus les types de la famille , ceux qui se présentent les premiers à la pensée, lorsqu’il est question de mammifères se nourrissant de chair; et sont-ils connus de toute antiquité, aussi bien chez les historiens que chez les poètes , auxquels ces animaux ont souvent fourni les comparaisons et les exagérations les plus brillantes.

Les anciens connaissaient et avaient occasion de voir, soit dans l’état Cunnusdesande nature , soit dans les jeux du cirque, un certain nombre d’espèces de ce genre; mais il faut convenir qu’il est fort difficile de rattacher d’une manière un peu certaine les noms qu’ils ont employés pour les désigner, à des espèces actuellement bien définies.

Ainsi, d’après les rapprochements souvent fort ingénieux que Bochart Dan* fait des noms d’animaux féroces cités dans nos livres sacrés , malheureu- littéraires sement plutôt pour des comparaisons que par des descriptions, il chezlesHesemblerait que le peuple de Dieu connaissait le Lion assez complètement pour avoir des dénominations particulières désignant les variétés Le Lio>* d âge , de sexe et même de couleur , particularité qui existe encore aujourd’hui chez les Arabes, d’après ce que m’a appris M. P.-E. Botta (i).

Aussi est-il souvent fait allusion à cet animal dans l’Écriture-Sainte.

Il est également probable qu’ils avaient encore distingué la Panthère, La Panthère, ou du moins une espèce de grand Chat à robe tachetée, que, dans leur style par comparaison, les prophètes montrent guettant sa proie sur les grands chemins; et il fallait même que cette espèce de bête féroce fût commune dans certains lieux, puisque ceux-ci en avaient pris leur dénomination; et qu'une montagne du Liban était nommée la demeure, la maison des Panthères ; comme l’est encore aujourd’hui une montagne à deux lieues de Tripoli (2).

(1) Le jeune Lion s’appelle en hébreu Gur, en arabe Garou ; ce nom s’appliquant aussi au* petits d’autres animaux carnassiers. L’animal adulte se dit Laïs, et en arabe Laith ; il se dit encore AU, nom qui n’a pas d’analogue en arabe. La Lionne est appelée Labi en hébreu , et Laba en arabe (P.-E. Botta).

(2) La Panthère se dit en hébreu Nemr comme en arabe ; mais ce nom comprend toutes les espèces du genre Chat qui sont tachetées ; car il est dérivé d’un mot qui veut dire tache ,

Étymologie de son nom grec.

Auteurs antérieurs à Aristote.

Homère

Dans la Balrachomyomachie.

Felis cité chez les Prophètes.

Bochart va même jusqu’à supposer que le mot Pardalos des Grecs , Pardus des Latins, et, par conséquent, notre mot Pard qui entre dans la composition des noms léopard et guépard, provient du mot hébreu Pardes qui signifie horlus ou jardin.

Nous voyons également qu’avant Aristote, les poètes, les historiens et les mythographes grecs avaient connaissance de plusieurs de ces animaux, puisqu’ils en tirent souvent des comparaisons, ou, ce qui est plus rare, en signalent quelques particularités , ou les mettent en scène avec leurs héros.

Homère , par exemple , parlant du bouclier d’Hector , nous apprend qu’il portait la figure d’un Lion.

Si ce prince des poètes est réellement l’auteur du badinage sur la guerre des grenouilles, Homère aurait aussi parlé du Chat domestique, en supposant du moins avec M. Dureau de Lamalle que le nom de galé le désigne; ce qui n’est peut-être pas tout à fait hors de doute.

Nos livres sacrés font aussi mention du Chat , en adoptant l’opinion que l’animal dont parlent Osée , Isaïe et Jérémie dans leurs prophéties , sous le nom de Tsijim, est un animal du genre Felis, ce que pense Bochart; mais cela n'est nullement certain d’après M. P.-E. Botta, mon élève et mon ami. Voici en effet la note qu’il m’a remise à ce

sujet.

Le chat pro- Le Chat, Tsy en hébreu, et au pluriel Tsyim, d’après Bochart; mais 1 cela ne repose que sur l’analogie de ce mot avec un des noms arabes du

Chat. 11 n’en est fait mention qu’une fois dans la Bible , lorsqu’un des prophètes parle des animaux qui viendront crier la nuit parmi les ruines de Babylone. Il associe les Tsyim avec les Chacals. Nulle part dans la Bible il n’est fait mention du Chat comme animal domestique, connaissance Hésiode nous confirme que les Grecs ont eu connaissance de bonne ' les^recs*162 heure du Lion , puisque dans le mythe de la Chimère de Bellérophon

et il est impossible de dire de quelle espèce en particulier il est question dans la Bible ( P.-E. Botta).

PALEONTOLOGIE.

elle est décrite comme un monstre à trois têtes dont l’une de Lion avec l’encolure de cet animal , et que dans l’histoire mythologique d’Hercule et de ses travaux , l’un de ceux-ci consiste dans la victoire qu’il remporta sur le lion de Némée, auquel Junon avait assigné pour demeure l’étroit défilé du mont Néméen, et qui ravageait le pays; et ce qui semble prouver que ce Lion n’était pas supposé tombé de la lune, comme le dit Apollodore, c’est qu’Hercule tua un autre Lion qui dévorait les troupeaux d Amphytrion au pied du mont Cythéron, et qu’il en prit la peau pour lui servir de bouclier.

Ces particularités de l’histoire d’Hercule , c’est-à-dire d’un homme aussi courageux que robuste, dont la vie, que l’on peut faire remonter, sans bases bien solides peut-être, comme dans beaucoup de ces questions , à cent ans avant la guerre de Troie , ou à douze ou treize siècles avant l’ère vulgaire, fut entièrement employée à des travaux héroïques alors (i), c’est-à-dire à purger le pays, sans doute fort sauvage dans le commencement de l’arrivée des Grecs, desbêtes féroces et même des brigands qui l’infestaient , se trouvent confirmées, du moins pour le sujet qui nous occupe, par un récit du plus ancien historien grec qui nous soit parvenu.

On lit, en effet, dans Hérodote, Lib. Vil, cap. 125, que lorsque l’armée de Xerxès, dans sa retraite si honorable pour les Grecs, vint traverser la Péonie, faisant partie de la Macédoine, les Chameaux nombreux qui l’accompagnaient pour porter les bagages attirèrent les bêtes féroces, et que les Lions, descèndus des' montagnes pendant la nuit,

(1) A ce sujet on peut citer encore l’exemple des Croisés, dont les chefs, à leur arrivée dans l’Asie Mineure ou dans la Syrie , se trouvèrent quelquefois obligés de se défendre contre des Lions ou d’autres bêtes féroces. Ainsi l’historien des Croisades rapporte que Godefroy lui-même fut grièvement blessé en combattant un Ours qui avait attaqué un soldat, et qu’un chevalier nommé Grucher s’était rendu célèbre pour avoir attaqué et vaincu un Lion. licite aussi, d’après un auteur ancien , le fait d’un Lion qui , délivré par un autre chevalier, Geoffroy de la Tour, des étreintes vigoureuses d’un serpent, s’attacha par reconnaissance à son libérateur , le suivant partout comme un Lièvre, allant à la chasse à son profit , et qui se noya en voulant le rejoindre sur le vaisseau qui l’emmenait lors de son retour en Europe , après la reprise de Jérusalem.

Chimère de Bellérophon ; travaux d’Hercule.

Leur époque.

Documents historiques.

Époque de Xercès.

attaquèrent les Chameaux seuls , sans toucher ni aux autres bêtes de somme ni aux hommes. Hérodote, à ce sujet, fait observer (Cap. 127) que les paysmontueux compris entre le Nessus en Thrace , et l’Achéloüs en Acarnanie , nourrissaient un grand nombre de Lions, d Aristote. c’est au reste ce qui se trouve de nouveau confirmé par Aristote , qui , en parlant du Lion en différents endroits de ses ouvrages, et surtout dans son Traité de la physionomie , où il en donne une si belle description , dit expressément qu’en Europe on ne trouve de Lions que dans les pays situés entre le Nessus ou Nestus, et l’Achéloüs, c’est-à-dire dans une partie de la Thrace et de la Macédoine. Et cependant on lui fait dire, dans un autre endroit, que c’est en Europe qu’il se trouve le plus de Lions, et ces Lions étaient plus forts que ceux que nourrissent l’Afrique et l’Asie.

de rausanias Pausanias donne encore plus de détails qu’Hérodote et Aristote sur l’existence du Lion en Europe dans les anciens temps, Lib. VI, Élide, 111, pag. 2 3. En effet, non-seulement il rapporte l’histoire des Chameaux de l’armée de Xerxès poursuivis et dévorés par les Lions nombreux dans dansia Thrace. ies parties montagneuses de la Thrace, qu’enferme le fleuve Nessus dans le pays des Abdérites ; mais il ajoute qu’ils infestaient plus particulièrement la plaine qui est au pied du mont Olympe , et que ce fut sur cette la Macédoine montagne, qui touche d’un bout à la Macédoine, et de l’autre à la Thessalie et au fleuve Pénée, que Polydamas, sans secours d’aucune sorte d’armes , tua un Lion des plus furieux et des plus grands , s’exposant à ce péril pour imiter Hercule, qui abattit à ses pieds le Lion de la forêt de Némée. Ce fut aussi des forêts qui couvraient le mont Olympe que sortit le Lion dont parle Pausanias dans un autre endroit ( Boeot., Lib. IX), et qui renversa un trophée élevé par un roi de Macédoine.

Ja Thessalie. Le même auteur (Lib. I , Attiq., I. p. 268), en parlant d’un temple de Diane, rapporte que les Mégariens disent qu’il fut consacré par Alcathoüs , après qu’il eut tué, sur le mont Cythéron, où Hercule en avait déjà tué uu , un Lion qui faisait beaucoup de ravages dans la contrée, et qui, entre autres, avait déchiré le jeune Évippus, fils du roi Mégarus, ce qui lui

PALEONTOLOGIE.

avait fait promettre sa fille en mariage à celui qui délivrerait le pays de ce terrible animal.

On trouve encore raconté par Pausanias (Lib. 11, p. 3 1 2, Corinth.) que ,,É jre dans de vieilles poésies nommées Naupactïenes par les Grecs, il est dit que Jason , après la mort de Pélias , quitta Golchos pour aller s’établir à Corcyre , et que là il perdit Mermérus , son fils aîné , qui fut déchiré par une Lionne en prenant le divertissement de la chasse dans cette partie du continent qui est vis-à-vis de la ville ; ce qui semble démontrer que les Lions habitaient alors tout le versant méridional de la fin du continent européen , entre la mer Noire et la mer Adriatique.

On pourrait même admettre qu’il existait des Lions en Sicile du temps la Sicile. d’Homère, si l’on voulait accepter l’explication de Servius , qui, dans son commentaire sur le vers 288 du 6' livre de l’Énéide, veut que la Chimère n’ait été en réalité qu’un volcan en action , au sommet duquel vivaient des Lions , au milieu des troupeaux de Chèvres , et au pied des Serpents en grand nombre ; ce qu’exprimait le vers d’Homère sur la chimère :

Ante Léo, retrôque Draco, mediumque Capella est.

On pourrait aussi admettre que la Thrace , outre des Lions , renfermait également des Panthères, de ce que, dans l’énumération des animaux féroces que les chants d’Orphée attiraient autour de lui, les mytliographes citent les Panthères.

Mais ce Lion de Némée , ce Lion d’Europe , était-il de la même espèce que le Lion que nous connaissons aujourd’hui , ou bien appartenait-il à l’une des races que l’on a essayé de distinguer de nos jours? C’est ce qu’il est bien difficile , pour ne pas dire impossible , de décider avec le peu d’éléments que nous possédons. Toutefois, M. E. Geoffroy Saint-Hilaire, dans un mémoire inséré dans la partie zoologique de l’expédition de Morée, 111 , page 28, traitant des morceaux frustes d’un bas-relief qu’il regarde à tort comme provenant du fronton du temple de Jupiter Olympien, représentant les travaux d’Hercule, émet l’opinion que ce

duCliatd'après

Hérodote.

Aristote.

Diodore de Sicile.

du l’ardalos.

du Panther.

du Lynx.

de l'Ailuros.

Lion de Némée était de la même race que celui que l’on trouve aujourd’hui en Syrie , mais sans l’appuyer sur aucun fait de démonstration.

Hérodote ne se borne pas à parler du Lion, il cite aussi le Panther en disant qu’il se trouve avec le Thos chez les peuples pasteurs d’Afrique, et il donne des détails plus circonstanciés sur le Chat , qu’il désigne sous le nom $ Ailuros , à l’occasion des honneurs que l’on rendait à ces animaux en Égypte.

Aristote , en employant le même nom d Ailuros , est cependant beaucoup moins explicite ; mais il n’en est pas de même de Diodore de Sicile (XX , 58), puisqu’en parlant des conquêtes d’Agathocle de Numidie, il dit qu’il fit passer son armée à travers des montagnes élevées , habitées par un si grand nombre de Chats , qu’aucun oiseau n’y fait son nid.

Outre le Lion, Aristote parle , quoique moins longuement sans doute, de plusieurs autres espèces de Felis.

D’abord du Pardolos, dontil dit cependant fortpeu de chose, encore une partie n’est-elle pas vraie, comme l’odeur que cet animal répand et qui attire les autres animaux ; et, dans ce cas, n’y aurait-il pas quelque confusion avec la Civette ou les Genettes?

Quoi qu’il en soit , il dit qu’il n’y en a pas en Europe. Liv. VIH, ch. 28.

Puis du Panther , sur lequel il se borne à faire remarquer qu’il produit ses petits aveugles , comme le Loup , sans faire mention d’Hérodote , qui (Lib. IV, cap. 192 ) énumère les Panthers avec les Thos au nombre de ceux qui se trouvent chez les Africains nomades.

Aristote dit encore quelque chose du Lynx , mais seulement assez pour montrer que ce doit être d’un Felis qu’il voulait parler , le mâle urinant en arrière comme toutes les espèces de ce genre.

De Y Ailuros , qui paraît bien être notre Chat d’Europe , dont il décrit les particularités de l’accouplement , les cris de la femelle , le nombre des petits.

Il prononce aussi en deux endroits le nom du Tigre , mais seulement pour rapporter une fable puisée dans les historiens de l’Inde , sur le pré-

du Tigre.

PALÉOjN TOLOG I E .

tendu accouplement du mâle de cette espèce avec la Chienne employée à la chasse par les Indiens, histoire qu’Élien a exposée dans toute son intégrité.

Quoique Xénophon se fût assez avancé dans la célèbre expédition qui donna lieu à la retraite des Dix mille , il ne parle pas du Tigre parmi les animaux féroces qui doivent être le sujet delà chasse , et il se borne à citer les Lions , les Pardalos , les Onces , les Lynx , les Panthers et les Ours , mais sans en rien dire qui puisse servir à les caractériser. Seulement on voit, par l’énumération qu’il fait des lieux où ces bêtes féroces existaient, et même des hommes habitués à en nourrir, qu’il s’en trouvait dans toute la partie orientale du périple de la Méditerranée, aussi bien en Europe qu’en Asie. En effet, il cite le mont Pangée et le Cittus au nord de la Macédoine.

Cependant les récits plus ou moins exagérés auxquels avait donné lieu la célèbre expédition d’Alexandre dans l’Inde, et entre autres les histoires données par Onésicrite, Agatharchides et par Néarque qui , d après le récit d’Arrien , vit une peau de Tigre de la taille du plus grand cheval, s’étant nécessairement répandus chez les nations alors civilisées, et surtout chez les Romains; en outre, le goût passionné de ce peuple pour les jeux du Cirque ayant déterminé les ambitieux qui voulaient le dominer à chercher à le satisfaire , on vit , dans le siècle qui précéda 1ère chrétienne, s’augmenter le nombre des bêtes féroces connues et leurs dénominations devenir plus arrêtées pour chaque espèce.

Ainsi Varron , dans son Traité de la langue latine , nous montre quelle avait déjà accepté les noms de Léo , de Tigris , et même peut-être celui de Panifiera, de la langue grecque; car dans l’étymologie du mot Camelopardalis , nom par lequel il désigne la Giraffe, animal que les anciens Grecs ne connaissaient pas, il dit qu’il a été ainsi nommé, parce que, avec le port du Chameau, sa robe est tachetée comme celle de la Panthère ; dès lors on voit comment ce nom a pu être plus tard substitué à celui de Pardalos.

C’est aussi à Varron que nous devons l’étymologie du mot Tigris, qu’il

G. Feus. 10

D'après

Xénophon.

D’après les historiens d’Alexandre

Varron.

Panthera.

Tigris.

dit arménien et signifier une flèche ou un fleuve très-impétueux, et ayant été appliqué au Tigre à cause de sa grande vélocité.

Virgile. Cependant les grands poètes qui illustrèrent le siècle d’Auguste, dé- Pd"ynxCS crivant constamment des Panthères ou des Lynx (i) attelés au char de Bacchus , auquel on attribuait la conquête des Indes longtemps avant Alexandre , on dut être porté à croire que ces animaux habitaient cette partie du monde . et l’histoire plus ou moins apocryphe du Lynx s’ajouta à celle des autres Felis : Tigres, Lions, Panthères, que l’on voyait, Cicéron surtout les deux derniers , dans les amphithéâtres. Les lettres de Cicéron offrent, en effet, plusieurs passages qui montrent combien ce célèbre orateur attachait d’importance à se procurer des Panthères pour illustrer ses magistratures.

C’est vers cette époque que les sciences naturelles commencent aussi à se montrer dans le centre de l’Empire romain , soit en langue grecque , soit en langue latine; mais ayant commencé, comme cela se devait , par la description de la terre , ce sont les géographes Pomponius Mêla et Strabon qui se présentent d’abord.

i-omponius Le premier n’ayant donné qu’un abrégé , n’a pu s’arrêter à désigner Me,a en passant les animaux caractéristiques des parties de la terre; mais il

strabon n’en est pas de même du second. En effet , Strabon , en parlant du Tigre ,

a déjà remarqué sa grande taille, double, suivant lui, de celle du Lion. Éiien. A l’époque peu certaine (2) où Élien compila ses anecdotes sur les animaux, et à Rome certainement , quoiqu’il ait écrit en grec , le nombre des espèces de Felis connues n’était pas augmenté ; mais les observations Tigre étaient plus complètes. En effet , il parle du Tigre comme d’un animal

(1) Ce qui semble prouver que les poètes latins ont employé indifféremment les mots de Pardus et de Lynx , pour indiquer les Felis à peau tachetée , c’est , ce me semble , le vers de Virgile (Lib. I , v. 327), où, parlant de Didon partant pour lâchasse, il la décrit

Succinctam pharetrâ et maculosœ tegmine Lyncis.

Or, sans doute qu’à Carthage on employait la peau du Serval , qui est fort commun sur toute la côte d’Afrique, plutôt que celle du Lynx, en supposant même qu’il y existe.

(2) M. Mongez le regarde comme postérieur à Pline.

PALÉONTOLOGIE

de l’Inde, susceptible detre apprivoisé par les Indiens, et même comme pouvant , dans certaines circonstances , s’accoupler avec les Chiennes de chasse domestiques qu’il rencontre ; histoire qu’Aristote avait déjà abrégée, comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut.

Il rapporte une foule d’histoires plus ou moins apocryphes sur le Lion , Lion, pour lequel les Grecs avaient alors un nom désignant la femelle et le jeune âge.

Quant au Pardalos ou notre Panthère actuelle, il en parle de même Pardaios dans un assez grand nombre d’endroits , le caractérisant par le nombre des doigts , cinq en avant , quatre en arrière , par le museau plus long que chez les Lynx ; à quoi il ajoute d’assez nombreux détails sur la manière dont les Pardalos s’y prennent, en Arménie , pour attraper les animaux qu’a attirés l’odeur agréable qu’ils répandent, ou, en Mauritanie , les Singes qui sont réfugiés dans les arbres.

Il décrit aussi le procédé employé par les Maures pour avoir de ces animaux vivants , en faisant remarquer que les Indiens savent très-bien les apprivoiser, en les élevant tout jeunes; il cite même une histoire intéressante suivant laquelle un de ces animaux ne voulut pas manger un Chevreau vivant qu’on lui avait donné cependant pour nourriture dans un moment où il était rassasié, s étant ensuite habitué avec lui ; tandis que pressé par la faim il en mangea très-bien un autre qui lui futoffert.

Élien , du reste , ne parle plus en aucun endroit du Panther d’Aris- panther, tote ; mais il n’en est pas de même du Lion , sur lequel , avec un grand nombre de choses plus ou moins apocryphes, il rapporte plusieurs faits de son histoire naturelle.

C’est aussi dans Élien que l’on trouve la première preuve vraiment Lynx, caractéristique que le Lynx des anciens était le Felis que nous nommons ainsi (i), puisque d’abord il fait l’observation que le jeune animal avait

(1) M. G. Cuvier, argumentant sur ce qu’Ovide , dans un passage, a dit que l’Inde a donné les Lynx à Bacchus , et qu’Elien a décrit le Lynx comme ayant des pinceaux de poils aux oreilles, en conclut que le premier Lynx des anciens était le Caracal ; mais est-il certain que ce soi t le seul Lynx qui existe en Afrique et en Asie non septentrionale?

le même nom de Skinnos que pour lesThos et les Tigres, et surtout en disant qu’il a le museau plus court que le Pardalos, et que ses oreilles sont terminées par un pinceau de poils.

Du reste, c’est aussi chez Élien que se trouve rapporté pour la première fois, si je ne me trompe, que le Lynx se cache pour uriner, ce qui a lieu chez toutes les espèces de Felis; et que son urine se convertit en pierre susceptible d’être taillée , d’où est venue la pierre de Lynx , le Lyncurium.

Aiiuros Nous devons également à Élien la preuve que XAiluros des anciens domestique. Grecs était bien notre Chat domestique , en comptant cet animal avec l’ichneumon au nombre de ceux que l’on peut apprivoiser par l’appât d’une bonne nourriture et des caresses, et en indiquant comment les Singes pour leur échapper se réfugient à l’extrémité des branches, et en les notant comme les ennemis du Vulpanser, et au contraire redoutant la présence du Lion.

D'aprcs Pline. Comme Pline ne cite jamais Élien, et que d’ailleurs son éloquente compilation renferme encore un bien plus grand nombre de faits, apocryphes ou non , que celle de l’auteur grec, on est obligé de croire qu il lui est postérieur. En effet, sous le rapport des Carnassiers, le nombre des espèces indiquées et nommées est notablement accru.

Llon' L’histoire du Lion n’a gagné aucun fait un peu important ni caracté¬

ristique, ni de distribution géographique. Seulement Pline fait l’observation qu’il ne se trouve de Lion noir qu’en Syrie , fait que je ne trouve confirmé nulle part , et il traduit exactement le passage d’Aristote au sujet des Lions d’Europe , comme bien plus forts que ceux d’Afrique et de Syrie. Il en est de même pour le Tigre qu’il dit habiter l’Inde et l’Hyrcanie.

Quant au Pardalis , il est aisé de voir par la comparaison des passages dans lesquels il en parle, évidemment d’après Aristote, qu’il a accepté l’interprétation de Varron, c’est-à-dire qu’il nomme Panthera le Pardalos d’Aristote et d’Elien. Je trouve cependant que Pline, dans un seul passage il est vrai , énumère à la fois les Pardi, mot évidemment dérivé

PALEONTOLOGIE.

de Pardalos ( i ) , et les Pantherœ. C’est celui où il décrit la disposition particulière des ongles de ces animaux, qui les met à l’abri dans un étui et les empêche de s’user.

Pour Pline, qui me semble le premier avoir employé ce nom comme naturaliste, les Pardi ne seraient que les mâles des Varice (2), dénomination qu’il paraît appliquer comme générique à tous les Chats tachetés, et qui ne diffèrent, suivant lui, des Pantherœ que par la blancheur, ajoutant qu’il ne leur a pas trouvé d’autres différences, ce qui prouve que quelquefois Pline parle de visu. Il n’y a donc rien détonnant que Pline, dans quelques autres endroits où il est parlé des Pardi, leur donne la langue , les ongles, les taches et les mœurs de ses Pantherœ.

Quant à celles-ci en général, il en a facilité la caractéristique eu disant que leur robe est parsemée de taches formant comme des yeux sur un fond blanc, ce qui indique très-bien ce que nous nommons des taches en rose.

Du Lynx, Pline ne rapporte presque que des fables; ce qui prouve qu’il ne connaissait pas l’ouvrage d’Élien ou que celui-ci lui est postérieur. Cependant il dit qu’il s’en trouve en Éthiopie avec les Sphinx, qui sont évidemment des Cynocéphales, d’après le nombre et la position des mamelles qu’il leur attribue.

Pour le Chat, l’Ailuros d’Aristote, qu’il nomme Felis , nom dont l’origine et l’étymologie sont au moins douteuses, et que l’on trouve déjà employé dans Columelle pour indiquer un animal à redouter, ainsi que la Fouine ou Marte ( Mustela ), pour les jeunes Oies, on reconnaît aisément que c’est bien de notre Chat domestique que Pline a voulu parler en faisant remarquer son adresse à guetter les Oiseaux et les Souris.

(1) Il paraît que cest Lucain ( Pharsale , lib. VI , v. 180) qui a le premier employé le mot Pardus dans une comparaison de l’impétuosité de César avec cet animal , et peut-être par nécessité du mètre.

(2) M. Ehrenberg dit que ce mot Variæ n’est que celui de Nèmr arabe retourné ; ajoutant que la variété fauve, plus rare, fut considérée par eux comme le mâle, et la variété Manche, comme la femelle ou la Panthère.

chaus. Mais c’est dans Pline qu’il est question pour la première fois du Chcius , animal que Pompée montra le premier dans le Cirque, et qui probablement provenait d’Europe, puisqu’il ajoute que les Gaulois le nommaient Caphus ; et comme il le caractérise en disant qu’avec l’aspect du Loup il a les taches des Pardi , il est fort probable que cet animal ne diffère pas de celui (1) que le même Pline, lib. VIH, cap. 1 36 , ad Jin., a dési- Lupus gné par la dénomination de Lupus Cervarius, dont il cite la grande cervarius. vora(qt(j . et) en effet, Q rappelle qu’il venait également des Gaules, et que c’était Pompée qui l’avait donné en spectacle dans le Cirque.

Nous devons aussi faire observer que c’est d une histoire rapportée dans Pline, et puisée dans Aristote, Hist. anim., 1.V111, ch. 28., au sujet du produit de l’accouplement de la Lionne avec le Pardalos qu’il traduit quelquefois par Pardus , que naîtra le nom de Leopardus que nous verrons plus tard remplacer celui de Panthera. d après Quoique les zoologistes modernes aient cru reconnaître dans Oppien

°ppie"' des éléments de distinction de plus d’espèces de Felis que chez ses prédéces -

seurs, je ne vois véritablement pas qu’ils soient suffisants pour cela : ce poète, n’ayant certainement employé que ce qu’il a trouvé chez Élien et Pline , Deux espèces n’a réellement ajouté rien de bien important à ce que l’on savait sur les de Panthères. animaux <|e ce genre. Cependant on suppose qu’il a distingué une espèce particulière de Panthère d’après la longueur de la queue; et peut-être même était-ce une nouvelle espèce suivant M. Ehrenberg, ce qu’adopte M. Wiegmann en admettant que le grand Pardalos d’Oppien est le F. Pardus de Linné et de M. G. Cuvier, et que son petit Pardalos est le F. Leopardus de M. G. Cuvier, le F Pardus de M. Temminck.

De Lynx. Ce qu’Oppien nous apprend de ses deux Panthères sert du moins à montrer qu’alorson en distinguait nettement deux espèces ne différant que par la grandeur et la couleur, aussi bien que des Lynx, qu’il signale

(1) M. G. Cuvier, note sur Pline, liv. VIII , page 454 , pense que le Lycaon de l’Inde , dont on a dit que la nuque est garnie d’une crinière , est le Guépard , F. Jubata, L. ; mais ce qu’en dit Solin , que sa couleur est si variée que l’on ne peut pas dire qu’aucune couleur lui manque , n’indique-t-il pas plutôt le Canis variegatus ?

PALEONTOLOGIE.

par l'épithète d’illustres, sans doute à cause des fables dont ils étaient le sujet.

Il faut dire aussi que Némésien , qui vivait vers le milieu du troisième siècle , n’a rien dit de nouveau sur les Felis. Nous devons cependant noter qu’il compte le Chat au nombre des animaux que l’on pouvait chasser, ce que ne fait pas Oppien , à moins que sa petite espèce de Lynx ne soit un Chat sauvage.

Avant d’aller plus loin , dans le doute où l’on est aujourd’hui sur l’époque véritable à laquelle ont écrit les auteurs indiens et chinois les plus anciens , nous nous bornerons à dire ici que chez les fabulistes , et entre autres dans Itobades, regardé comme l’original des fables de Pilpai, et par conséquent dans celui-ci , ainsi que dans Ésope , qui semble en être le traducteur, et dans Phèdre , qui a joué le même rôle par rapport à celui-ci , il est souvent question du Lion, et même du Chat; car Itobades le désigne par le nom de Mangeur de souris, d’après une observation communiquée par feu M. de Chezy à M. Dureau de La Malle.

Un passage de X Encyclopédie japonaise , traduit par M. A. Remusat, et communiqué par lui à ce dernier, prouve aussi que le Chat existe depuis longtemps en domesticité à la Chine ; et ici la description , dans laquelle est signalée la verticalité de la pupille , ne peut laisser aucun doute.

Dans le long intervalle de temps qui sépare les historiens naturalistes, grecs et latins , de ceux de la première renaissance ou du moyen âge , on ne trouve rien à bien remarquer, dans le sujet qui nous occupe , que l’introduction du nom de Leopardus faite par T. Capitolin et Elius Spartien , appliqué à la Panthère de Pline , et la caractéristique du Tigre varié de barres ou de bandes , au lieu de taches, comme les Léopards.

On trouve aussi que le nom de Cattus ou Calus est introduit pour la première fois par Palladius (i) dans son ouvrage sur l’agriculture, écrit,

(1) Ce mot est cependant déjà employé par Martial sous Domitien ( Epigram., lib. XIII-LIX ; lorsqu’il dit : Pannonieas nobis nunquam dédit Umbria Cattas ; mais est-ce bien du Chat d'Europe qu’il est question ?

D'après INémésien.

Chat sauvage.

D'après les auteurs indiens,

chinois.

D’après T. Capitolin et

E. Spartien.

Leopardus.

D'après Martial il Palladius.

Cattus.

il est vrai, dans la décadence de l’empire, pour désigner un animal utile dans les greniers pour la destruction des Souris, et probablement celui auquel nous donnons le nom de Chat , et qui représente le Felis des Latins et XAiluros des Grecs. Il semblerait donc que c’est vers cette époque que le Chat est devenu domestique , puisqu’il paraît certain qu’il ne l’était pas si anciennement chez les Grecs, ni même chez les Romains, quoiqu’il le fût chez les Égyptiens.

Conclusions. Des détails dans lesquels nous venons d’entrer, il sera aisé de voir que les principaux animaux de ce genre ont laissé des preuves de leur existence chez les peuples les plus anciennement civilisés, et que les noms sous lesquels nous les connaissons remontent pour la plupart , aux Grecs, dont les écrits sont de plus de trois siècles avant l’ère chrétienne, nés Espèces yenons maintenant à examiner les monuments qui nous en ont transmis

de Felis représentèesdans limage.

les monuments Qn trouve des espèces de Felis figurées dans tous les genres de lart

iconogra- .

phiques. iconographique.

nu i.ion. Le Lion est certainement celui qui a été le plus souvent représenté dans les monuments d’art, aussi bien chez les Juifs que chez les Égyptiens, les Persans, les Indiens, les Grecs et les Romains, depuis les temps de la plus haute antiquité, dans le moyen âge, et jusqu à nous; ce qui tient sans doute à ce que cet animal, habitant la plus grande partie du monde connu des anciens, a été considéré non-seulement en lui-même comme sujet de chasse des héros et des rois, mais encore comme emblème astrologique et ensuite astronomique, ce qui la fait entrer d abord dans les thèmes astrologiques, puis dans les constellations du zodiaque, et dans nos temps modernes, dans nos allégories, comme indice de certaines qualités morales.

chez Le Lion , comme constellation , n’existe pas dans le zodiaque des Égyp-

les Égyptiens. ^ cjiez lesquels cet animal était considéré , suivant Horus Apollo , comme symbole de l’eau, et par suite comme celui du Nil C est ainsi que l’on entrevoit l’explication des statues dans lesquelles un corps de femme, avec les mamelles pleines de lait, est terminé par une tête de Lion. Le

PALEONTOLOGIE.

corps de femme est le symbole de la terre, que féconde le Nil ou l’eau , et alors on peut rapporter au même symbole la Cybèle des Grecs , ou mieux peut-être celle des Romains , chez lesquels elle est représentée dans un char traîné par des Lions.

On explique également ainsi un tableau du tombeau d’Osymandias , dans lequel un homme est représenté combattant contre un Lion. Zoëga y voit , en effet , une allégorie de ce roi combattant les eaux du Nil par des digues et des canaux.

Sans cette idée , il serait assez difficile d’expliquer comment le Lion était un objet de culte dans les villes de Léontopolis et de Maréotis , qui sont dans le milieu du Delta, et qui le représentent en effet sur leurs médailles.

Le Lion entre aussi fréquemment entier, ou sa tête seulement , dans les hiéroglyphes des Égyptiens; mais sans qu’on sache encore au juste sa signification.

En voyant que l’eau ou le Nil , à l’époque de la plus grande élévation de ce fleuve, avait pour symbole le Lion , et que cette plus grande élévation a lieu à l’époque de la position du soleil au zénith , on entrevoit la raison pour laquelle les Grecs ont fait entrer la représentation de cet animal dans leur zodiaque. Mais chez les Grecs, cet animal a été de bonne heure représenté pour lui-même.

En sculpture pleine, les archéologues citent, outre les peaux de Lion jetées sur les épaules des statues d’Hercule, et même quelquefois de celles de Thésée et de Jason , les Lions de Venise venant du Pyrée à Athènes.

Des Lions taillés dans le rocher à Géos ( Brocaster, Voyage, pl. 1 7 ).

Un Lion colossal à Chéronée (Dupuis , Voyage , pl. 1 7).

J ai vu moi-même , dans le Muséum du Vatican , plusieurs statues de Lion, une assez médiocre, une seconde beaucoup plus belle, dont le svstème dentaire et même le système digital , en avant comme en arrière , sont assez exacts; une troisième représentant un Lion projeté sur un cheval abattu, avec ses griffes, cinq en avant, quatre en arrière, étendues sur

Feus.

En Ceinture.

Chez les Grecs.

En Sculpture.

Les Lions du Pyrée.

De Ceos.

De Chéronée.

Du Muséum du Vatican.

le mufle du cheval d’une manière parfaitement exacte; et enfin une quatrième en marbre noir, tenant une tête de bœuf à petites cornes, d’un grand style, mais dont le système dentaire est fort inexactement rendu. J’ignore si toutes ces statues de Lion sont bien véritablement antiques; mais ce qui me paraît hors de doute, c’est quelles sont loin d égaler les deux Lions du tombeau de Pie VII , dans Saint-Pierre de Rome, par Canova.

L’anecdote rapportée par Pline (Lib. XXXVI , cap. 1 2) au sujet d’un célèbre sculpteur grec, Pasitèle, qui manqua d’être dévoré par une Panthère sortie de sa loge pendant qu’il était occupé à faire une étude d’après un Lion renfermé dans une autre, montre que les anciens artistes travaillaient réellement d’après nature ; mais c’était à l’époque où, tous les jours, on voyait des vaisseaux venant d’Afrique débarquer , sur le port de Rome , de ces animaux féroces devenus presque nécessaires aux spectacles du peuple romain.

En bas-relief. En sculpture de plate-bosse , les anciens ont encore bien plus fréquemdu temple ment figuré le Lion ; par exemple , dans les bas-reliefs qui ornaient le <ie .lup'ter. tempie c|e jUpiter à Olympie, et qui représentaient les travaux d’Hercule. Le Lion de TNémée était en effet représenté sur les portes d’airain de ce temple , comme nous l’apprend la description de Pausanias. A ce sujet, nous devons relever une erreur échappée à M. E. Geoffroy-Saint-Hilaire , qui , dans une dissertation insérée dans le tome III, pag. 34, de l’Histoire de l’expédition de Morée , rapporte à un fronton de ce temple des fragments de bas-reliefs représentant le Taureau de Calydon , l’Hydre de Lerne et le Lion de Némée, et les attribue au ciseau d’Alcmène. Le fait est que, d’après Pausanias, dont M. E. Geoffroy invoque cependant le témoignage, les deux frontons, dont un seul était d’Alcmène , représentaient loute autre chose.

On trouve aussi fréquemment des figures de Lion sur des tombeaux de héros, et entre autres sur celui d’Hector, dans la Table Iliaque, de Léonidas aux Thermopyles.

Les Panthères ont été sans doute aussi représentées, sans qu’il soit fa-

Par.thères.

PALÉONTOLOGIE

cile d’en trouver la raison , plusieurs fois dans les statues de Bacchus donnant une grappe de raisin à un de ces animaux , et surtout dans les bas-reliefs qui exposaient les triomphes de ce dieu dans l’Inde ; mais je me bornerai à citer le beau plat d’or de la Bibliothèque royale, sur lequel on voit le combat d’Hercule et de Bacchus dans l’art de boire , et où celui-ci , dans sa marche triomphale , est tranquillement assis dans un char traîné par des Panthères , tandis qu’Hercule , vaincu par l’ivresse , a besoin, pour se soutenir lui et sa massue, d’employer le secours des suivants de son heureux rival.

J’ai vu , dans le Muséum du Vatican , une Panthère en marbre dans faction de manger une chèvre, et une autre, beaucoup plus belle, en albâtre avec des taches noires, quelquefois ocellées, celle-ci ayant son système dentaire incisif assez exact ; mais sont-elles véritablement antiques? Question que l’on peut faire également au sujet d’une statue en marbre de Lynx à queue courte , à oreilles terminées par un pinceau de poils, qui se voit dans le même Musée.

On trouve plus fréquemment des médailles où quelques têtes sont représentées; mais il me semble que ce ne sont encore que les Lions et les Panthères. Millin cite le Lion comme se trouvant souvent sur les médailles de plusieurs villes, et entre autres sur celles des successeurs d’Alexandre.

Le même archéologue cile également une Panthère montée par Bacchus comme très-mal figurée sur une médaille frappée dans la ville de Sybritie en Crète.

On trouve ces médailles , qui faisaient partie de la collection du célèbre anatomiste Guillaume Hunter, figurées dans la description qu’en a donnée Charles Combes, à Londres, en 1782.

J’ai fait figurer dans la PI. XIX, intitulée Feles cintiquœ, un certain nombre de médailles qui m’ont été indiquées et confiées à cet effet avec la plus gracieuse obligeance par M. Le Normant, conservateur du cabinet ries antiques à la Bibliothèque royale.

La première, la plus ancienne, puisqu’on la regarde comme du VU” siè-

En bas-relief.

En ronde

Panthère.

Lion. cle avant J.-G. , en or, de Samos, représente un Lion combattant un ,leSamos- taureau.

de Macédoine. La seconde, plus intéressante, en argent, d’Amyntas II, roi de Macédoine, offre en effet d’un côté un cavalier armé d’un javelot , et de l’autre un Lion qui brise un trait avec ses dents , et comme cette figure, assez bonne du reste, ne présente, non plus que celles des médailles et autres monuments grecs, aucune trace du bouquet de poils inguinal qui caractérise de nos jours le Lion de Nubie; on peut admettre avec quelque vraisemblance que la médaille d’Amyntas reproduit une chasse du Lion en Macédoine où nous savons que cette espèce animale existait autrefois.

de la Grande- La troisième, en argent, de Velia, dans la Grande-Grèce, 3oo ans avant J. -C., figure encore un Lion mâle orné d’une très-belle crinière et fort bien dessiné, également sans bouquet de poils inguinal.

On connaît encore des médailles de Magès , roi de la Bactriane , de Juba, roi de la Mauritanie, et môme d’un prince indo-scythique , le roi Azès, qui représente un Lion (celle-ci a été inscrite par M. Mionet sous le titre de Léo sine juba) ; mais il serait trop hardi d’en conclure que cette race de Lions manquait de crinière, comme cela se voit assez souvent aujourd’hui chez le Lion du Sénégal, et que ce n’est pas une Lionne que le graveur a voulu représenter.

l'anthère La quatrième médaille que nous avons fait figurer est de bronze et vient de Centuripée, en Sicile, où elle a été frappée un siècle avant l’ère chrétienne. Le Felis quelle représente dans une altitude d’effroi , est assez remarquable par la gracilité de toutes ses parties, au point qu’on pourrait y voir un Guépard.

fie Vespasien. La cinquième et dernière est également de bronze, mais du temps de Yespasien et frappée à Nicée en Bithvnie. La figure de Panthère quelle offre est représentée les pattes de devant appuyées sur un vase où elle va boire, avec les mamelles gonflées comme dans la Louve de Romulus, particularité qui se remarque souvent sur les Panthères du mythe de Bacchus.

J’ai fait aussi représenter sur la même planche une statuette en bronze

Tigre.

PALÉONTOLOGIE

de Tigre, dont les barres des flancs sont indiquées avec de l’or; elle est d 'époque et d’origine inconnues, mais probablement grecque; et l'on voit , dans le même cabinet des antiques à la Bibliothèque royale, des statuettes de Panthères en bronze dans lesquelles les taches ocellées ont été laites avec de l’argent.

Enfin grâce à la complaisance habituelle, à mon égard, de M. Dubois, conservateur du Muséum égyptien au Louvre, j’ai pu faire dessiner de grandeur naturelle trois statuettes égyptiennes, en bronze, représentant deux espèces de Felis, anciennement domestiques en Egypte (F. maniculataetF. Bubastes) dans leur pose habituelle de repos.

Sans doute que les peintres anciens ont dû représenter également , et peut-être assez souvent, des Lions et des Panthères , lorsqu’ils avaient à reproduire les travaux d’Hercule ou ceux de Bacchus ; mais il ne nous en est parvenu aucune trace. Pausanias dit en effet , dans sa description de la statue de Jupiter Olympien, que sur la seconde balustrequi en défendait l’approche, on avait peint Hercule combattant le Lion de Némée.

Il n’en est pas de même dans les peintures sur vase, ou en mosaïque.

On trouve , en effet , représentés sur les vases dits étrusques des sujets nombreux , dans lesquels le Lion et les Panthères sont mis en scène ; le Lion , souvent monté et conduit par un Amour ; les Panthères , dans l’histoire de Bacchus, ou bien des combats de Lions et de Panthères (Laborde, Vases, II , 22).

J’ai vu, en outre, sur un beau vase du Musée Bourbon, à Naples, l’Amour dans un char traîné par deux Felis, qu’à la longueur de leurs pattes, il est impossible de ne pas reconnaître pour des Guépards (F. Jubata).

Mais je ne me rappelle pas avoir trouvé le Chat domestique au nombre des animaux sauvages ou non , que les anciens faisaient entrer dans la décoration de leurs salles à manger ; par exemple, à Pompéia, où j’ai,

chats.

d'F.gygpte.

En Feinlure.

Sur les Vases étrusques.

Lion.

Panlhères.

Guépard

Dans le»

Hiéroglyphe?.

Dan»

les Hy pogées.

Lion.

Guépard

Chats

Dans les Mosaïques.

de ï'aurœnlum.

au contraire, souvent remarqué des peintures qui représentaient un Lion chassant un Chevreuil ou bien une Panthère en repos.

Les Égyptiens faisaient entrer au nombre des caractères hiéroglyphiques la partie antérieure du Lion ; ce qui prouve qu’ils connaissaient cet animal qui habitait , comme aujourd’hui , la Haute-Égypte , d’où ils sont descendus.

Mais, de plus , cet animal est aussi représenté dans les peintures qui ornent les hypogées. Rosellini donne en effet , M. C. , n° XXII , sous le chiffre i , la figure d’un Lion dans le tombeau de Rôti à Beni-Hassan; mais sans nom , qu’il dit cependant avoir été Mui , comme dans le copte actuel.

Le même auteur représente, sous le n° 9, un animal qui ressemble au Tigre chasseur, ou Guépard (F. Jubatd)\ puis, sous le n° 4> un Éthiopien qui conduit une petite espèce de Tigre , comme provenant d’un tombeau de Tlièbes.

Enfin , il cite les deux espèces de Chats d’Égypte comme représentés dans les peintures du tombeau de Beni-Hassan , la plus petite avec un Rat, copiée sous les nos 4 et 5 , et la grande sous le n° 8 de la PJ. XXII des Mon. cio. Or, ce tombeau remonte au xxif siècle avant notre ère , suivant M. Rosellini.

Mais c’est surtout dans les mosaïques que l’on en rencontre encore plus souvent et même un plus grand nombre d’espèces; et en effet, les mosaïques que nous connaissons sont, pour la plupart, beaucoup moins anciennes que les autres ouvrages d’art dont nous avons parlé jusqu’ici, puisque Pline dit expressérrïent ( liv. 36, ch. 25, Ed. Hard.) que les pavés, qu’il nomme Lithostrata , ne furent en usage à Rome que sous Sylla , c’est-à-dire cent ans avant l’ère vulgaire.

Dans une mosaïque décrite ouau moins citée par Millin, Voyage dans les

(1) En lisant la description détaillée que M. Rosellini a donnée de la grande chasse aux Quadrupèdes représentée dans le tombeau du militaire Rôti , à Beni-Hassan , il m’a semblé que la partie supérieure de la mosaïque de Palestrine n’en était pour ainsi dire qu’une copie, tant il y a de ressemblance dans les particularités de la chasse que celle-ci représente.

PALÉONTOLOGIE

départements du Midi, tome III, page 370, et qui fut découverte pendant son séjour sur les lieux , en 1 8o5 , à Tarento, où l’on suppose qu’était la ville ancienne de Tauroenlum , le Lion et les autres animaux Lion, qui y sont figurés, à ce qu’il paraît , dans une chasse , sont plus grands que nature.

Millin suppose que le lieu où cette mosaïque se trouvait était une grande villa située sur le bord de la mer , construite dans le ive siècle de notre ère.

La célèbre mosaïque de Palestrine , sur laquelle Barthélemy a donné un Je Palestine, mémoire si intéressant, et qu’il regarde avec juste raison comme représentant le voyage d’Adrien dans la Haute-Égypte, montre aussi un Lion Lionne, assez exactement figuré pour pouvoir être aisément reconnu. Il fait cependant remarquer que cette figure offre une crinière , il est vrai , assez peu fournie , quoique ce soit un individu femelle allaitant un Lionceau ; aussi porte-t-elle le nom de Laena. Et comme nous ne connaissons aucune variété de Lion dont la femelle soit pourvue d’une crinière , il en faut conclure que cette figure est , comme la très-grande partie des animaux représentés dans cette grande page de mosaïque, un résultat de l’imagination de l’artiste. Le moindre coup d’œil sur ces figures suffit en effet pour être étonné que l’on ait pu s’en servir pour soutenir la thèse que les espèces quelles sont censées représenter ont existé réellement , et ont disparu en Afrique depuis le règne d’Adrien.

La Panthère est encore plus souvent peut-être figurée dans les mo- Panthère, saïques, et surtout, comme on le pense bien, dans celles qui représentent une chasse.

Ainsi, la mosaïque de Palestrine que je viens de citer représente deux Felis qui sont sans doute des Panthères, quoique l’on trouve au-dessous inscrit le nom de Tigris : ce qui prouve en passant que ce nom a été de bonne heure détourné de sa véritable application, comme iM’est encore dans le langage vulgaire. En effet , il est bien certain que cette mosaïque ne représente que des animaux du pays, et le Tigre proprement dit n’existe pas en Afrique.

Tigre.

Lynx.

A l'état de Momie

Parmi les animaux de la mosaïque de Tauroentum se remarque aussi la Panthère, suivant Millin, dans l’ouvrage cité plus haut.

Le véritable Tigre ne pouvait se trouver dans la mosaïque de Palestrine; mais M. G. Cuvier (Discours préliinin., page 45 , ir* édit.) nous apprend que pendant son séjour à Rome, dans l’hiver de 1809-1810, ou découvrit dans un jardin, du côté de l’arc de Galien, un pavé en mosaïque de pierres naturelles assorties à la manière de Florence, offrant quatre Tigres du Bengale supérieurement représentés , mangeant des têtes de bœufs. Je n’ai malheureusement pas pu apprécier ce fait par moi-même ; ce que je puis assurer, c’est que je n’ai vu aucune représentation antique de cet animal dans aucun des Musées d’Italie que j’ai visités l’année dernière , à Naples , à Rome et à Florence.

La mosaïque de Palestrine représente aussi un animal sous le nom de Lynx; mais il est fort douteux que ce soit le Felis qui , avant son exécution, avait été nettement caractérisé par Elien; je suis plutôt porté à penser que c’est quelque animal fabuleux à figure humaine. On supposerait plus volontiers que ce pourrait être l’animal figuré sous le nom de Crocotta à cause de sa forme générale , de la brièveté de la queue et des oreilles. Je crois cependant que l’artiste a pu vouloir représenter un Ours; d’autant plus, qu’un animal de cette espèce se trouve figuré, de manière à ne laisser aucun doute, au nombre de ceux qui sont apportés comme présents à un personnage dans une peinture qui ornait le tombeau de Beni-Hassan, d’après les dessins qu’en a donnés M. Rosellini.

Des traces que les especes de Felis ont laissées en nature.

Ces traces sont de deux sortes : les unes sont encore dues à l’espèce humaine , c’est-à-dire quelles ont été conservées par un effet de sa volonté; tandis que les autres en ont été complètement indépendantes.

Dans la première catégorie , je ne trouve guère à citer que les restes momifiés et ceux qui ont été mis ou recueillis dans lestumulus de peuples anciens.

Les Égyptiens , comme nous l’apprenons d’Hérodote , comptaient au nombre des animaux sacrés les Chats (Ailuros), qu’ils nommaient, à ce qu’il paraît, Bubastis , peut-être à cause de la ville qui était consacrée à ce genre d’animaux.

C’est un fait complètement mis hors de doute par la succession des historiens qui ont anciennement parlé des Égyptiens, soit avant la conquête de l’Égypte par Alexandre , soit après elle , sous les Ptolémées , soit depuis sa conquête par les Romains.

On ignore au juste la raison pour laquelle les Chats étaient sacrés chez cet ancien peuple ; mais il est à peu près certain qu’ils étaient domestiques, ainsi que les Ichneumons.

11 y a déjà longtemps que la profanation des hypogées de l’Égypte a mis à découvert des momies de Chats, et que l’on en a extrait des enveloppes qui les cachaient. Mais c’est , si je ne me trompe, M. E. Geoffroy qui , le premier, a figuré (i) le squelette complet d’un Chat retiré d’une momie , squelette qui existe dans les collections du Muséum , et dans lequel il a reconnu, ainsi que M. G. Cuvier, un animal ne différant en aucune manière de notre Chat domestique en Europe, ce qui n’est cependant pas exactement vrai.

Depuis lors , M. Ehrenberg , qui a eu également l’occasion de voir de ces momies de Chats , s’est assuré qu’elles provenaient d’une espèce encore actuellement sauvage et également domestique en Abyssinie , pour laquelle il avait proposé le nom de F. Dongalana , avant de connaître celui de F. maniculata , que lui avait donné M. Cretzschmar.

J’ai eu l’avantage de confirmer ces rapprochements en pouvant comparer à la fois le crâne momifié rapporté par M. Geoffroy avec des crânes de F. maniculata sauvages et domestiques, que je dois à M. P.-E. Botta, pendant plusieurs années l’un de mes aides et voyageur du Muséum. L’identité est parfaite.

Mais outre cette espèce , les Égyptiens nous en ont encore légué une

(1) Egypte antique, II, pi. V, fig. 7, provenant des catacombes de Memphis, de Saggarah.

G. Felis.

Dans les Hypogées d’Égypte.

F. Maniculata.

F. Bubastes ou

Caligata.

F. Chaus.

les Tumulus.

autre plus grosse à letat de momie, et qui, d’après l’examen comparatif que j’ai pu en faire avec le F. Bubastes des zoologistes modernes, me paraît être de la même espèce, qui se trouve encore aujourd’hui vivante dans la Haute-Égypte, et qui même est domestique dans la Basse , d’après un passage d’Hasselquist. Je dois de plus à M. Desnoyers , bibliothécaire de notre Muséum , les moyens d’assurer que les Égyptiens connaissaient aussi la plus grande espèce de ces Chats demi-Lynx ou le F. Chaus. Il nous a en effet donné une tête de momie encore couverte de sa peau , et dont la grandeur et les proportions conviennent tout à fait à la tête de F. Chaus rapportée d’Égypte par M. Geoffroy le père. On peut donc assurer que les anciens Égyptiens possédaient trois espèces ou variétés de Chats que les modernes connaissent encore aujourd’hui , en Afrique, à l’état sauvage aussi bien qu’à l’état domestique.

Or, les hypogées de Thèbes remontent au moins à deux mille cinq cents ans , d’où l’on peut conclure que depuis ce long laps de temps les espèces animales n’ont éprouvé aucun changement appréciable , du moins en elles-mêmes ; car il ne peut en être ainsi dans leurs rapports avec le sol , c’est-à-dire que le nombre a dû diminuer.

Les tumulus qui ont été fouillés en Europe ou dans l’Asie boréale , parties du monde où l’on en a découvert en plus ou moins grande quantité, n’ont jamais présenté , à ce qu’il me semble, aucuns restes qui aient appartenu à un animal de cette famille, ce qui prouve, sans doute, que le Chat n’était pas encore un animal domestique chez les peuples scytho-cel tiques. En effet, parmi les ossements que j’ai vus, et que l’on m’a donnés comme extraits de tumulus, je n’ai trouvé que des restes de Bœuf, de Cerf, de Mouton, de Cochon et de Chien, mais jamais de Chat.

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