‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 152 sur 171 · DES HYÈNES · texte numérisé non relu

DES HYÈNES

Les Hyènes, dont il nous reste à traiter dans ce mémoire, pour avoir terminé la description du squelette et du système dentaire des mammifères carnassiers , et ainsi de tout l’ordre des Secundatès, sont des animaux qui se trouvent encore aujourd’hui sous le coup de préjugés extrêmement injustes, et pour la plupart portant évidemment à faux, comme cela a été de tout temps et déjà même avant Aristote. Seulement ces préjugés erronés sont maintenant d’une autre nature. Ainsi, on ne pense plus, de nos jours, que ces animaux n’ont qu’un seul os dans le cou ; que les dents qui arment leurs mâchoires ne forment avec elles qu’un tout continu ; qu’ils boitent de la jambe droite , et cela naturellement ; qu’ils sont hermaphrodites et qu’ils peuvent changer de sexe à volonté, etc., etc.; opinions qui reposaient sur une observation spécieuse et incomplète ; mais on les regarde comme les plus féroces , les plus redoutables de tous les mammifères , et cela parce que , carnivores, se nourrissant et recherchant la chair morte autant et plus que celle des animaux vivants, qu’ils ne pourraient attaquer et surtout atteindre, ils déterrent souvent les cadavres d’hommes qui n’ont pas été enterrés à une profondeur suffisante; et comme le respect pour les morts et pour les sépultures est, de laveu de tous les philosophes, le premier acte, le plus hautement significatif de la nature, et par suite de la société humaine, ainsi que le prouve l’histoire de tous les peuples, même les plus sauvages , ce qu a très-bien senti le célèbre Vico dans ses Principi di Scienza nuova, on voit comment, par suite de cette habitude connue des Hyènes, elles inspirent partout où elles existent, et même parmi nous, une sorte de répugnance presque invincible. Ajoutons à cela que

Généralités.

Préjugés sur les Hyènes.

Chez

les Anciens.

De nos jours.

Sur leur avidité pour les cadavres.

G. Hyène.

Sur leur physionomie.

Prêtant à limaginaticn.

à l'éloquence.

Ne sont cependant que des espèces de Chiens.

Dont l’étude intéressante

leur physionomie basse, leur regard torve, leur démarche oblique, le train de derrière étant plus faible et plus abaissé, par plus de flexion, que celui de devant, contrairement à ce qui existe chez les Felis et les Canis, si admirablement construits, les uns pour l’élan, les autres pour la course, la grosseur de la tête, pourvue d’oreilles grandes et minces, la longueur et l’épaisseur du cou , la crinière dont le dos est hérissé dans toute son étendue , surtout quand l’animal est ému par quelque passion ; et l’on concevra comment il en résulte que l’idée , qui se présente d’abord à l’esprit, aussitôt qu’on entend prononcer le nom d’Hyène , lui-même si expressif et tiré de celui du Sanglier en grec, est celle de l’animal le plus à craindre pour les vivants et pour les morts, et par conséquent le plus effrayant pour l’imagination. Les pages éloquentes que Buffon a consacrées à l’histoire de ces animaux, pages dans lesquelles il a d’autant plus volontiers adopté la plupart des préjugés reçus, quelles furent écrites à l’époque où la bête du Gévaudan , regardée à tort comme une Hyène échappée de quelque ménagerie, venait d’épouvanter les populations de cette province de France, n’ont pas peu servi à prolonger cette réputation non méritée. Le grand et inimitable peintre de la nature a produit ici l’effet qu’ont toujours obtenu les grands poètes et les grands peintres , celui de faire pénétrer dans les masses des contrevérités, des exagérations, par suite de la richesse du coloris, dissimulant la sèche réalité du dessin.

Au fait, les Hyènes considérées dans leur nature véritable, appuyée sur des faits nombreux et répétés, ne sont, pour ainsi dire, que des espèces de Canis, parmi lesquelles Linné les a toujours rangées, susceptibles en effet d’être facilement apprivoisées, dressées même à la chasse, comme nos chiens domestiques, mais qui, dans leur organisation assez différente, tenant à la fois de celle des Civettes, des Felis et des Canis, n’en constituent pas moins une dégradation évidente , sous le rapport du système digital.

Leur étude peut donc nous offrir un certain intérêt sous ce point de vue, aussi bien que sous le rapport paléontologique ; puisque, à une

époque qui ne doit pas être extrêmement reculée , l’Europe centrale et méridionale nourrissait au moins une espèce particulière d’Hyène, surtout en Angleterre; ce qui explique peut-être comment les Loups, peu nombreux partout où existe l’Hyène, ont été détruits de si bonne heure dans cette grande île européenne.

Quoi quil en soit, les Hyènes forment aujourd’hui dans tous les systèmes de zoologie un genre qui se laisse aussi aisément caractériser que celui des Felis et des Canis, par des différences presque tranchées dans toutes les parties de l’organisation.

Dans le système dentaire , par un nombre et une forme particulière des dents molaires 4 dont 4 avant -molaires, 4 principale et 4 arrièremolaire dont la supérieure tuberculeuse, subitement fort petite et l’inférieure presque aussi carnassière que chez les Felis.

Le système digital, formé de 4 — 4 doigts armés d’ongles fouisseurs , obtus et portés sur autant d’os du métacarpe et du métatarse , leur est encore particulier , puisqu’une seule espèce de Canis nous a offert cette combinaison.

Le squelette confirme cette caractéristique extérieure , un peu déjà dans la forme de la tête, dans le nombre de vertèbres du tronc et par conséquent dans celui des côtes ; dans l’absence presque complète de la clavicule , dans la forme de l’humérus , des os de l’avant-bras , du bassin, du fémur, du tibia, quoique en général fort rapprochés de ce qu’ils sont chez les Canis.

L appareil sensorial a également les plus grands rapports avec ce qu’il est chez ces derniers animaux ; la langue, large et plate, est cependant hérissée d’épines et assez sèche comme dans les Civettes et les Felis; mais le nez est terminé par un petit mufïle nu et visqueux, comme dans les Chiens; les yeux sont de même à prunelle ronde, quoique plus petits, et les oreilles droites et comme membraneuses sont encore plus grandes, mais sans duplicature de la base du bord externe.

A quoi l’on peut ajouter la nature des moustaches et des poils encore plus durs et plus grossiers que ceux des Canis, et surtout bien plus

sous les rapports

zoologique

paléon-

tologique.

Définies

le Système dentaire.

Digital.

Le Squelette.

Les Organes des Sens.

La nature du Poil

L'Organe

excitateur.

Le Cæcum.

Les Glandes anales.

D'où la position dans la série.

Histoire.

longs sur le dos, où ils forment une épaisse crinière; et enfin l’appareil de la génération dont l’organe excitateur n’est plus soutenu d’un os médian, ni même pourvu dans son milieu d’un bulbe nodiforme , mais dont le renflement terminal est hérissé d’épines , caractères qui sont assez bien comme dans les Felis.

Je dois encore donner, comme particularités caractéristiques de ce genre, que l’intestin est pourvu d’un cæcum assez considérable , et qu’à sa terminaison , les glandes anales, au lieu d’avoir leur ouverture à la marge de l’anus, l’ont dans une large fente située entre l’anus et la queue, assez bien comme dans le Blaireau, et nullement entre l’anus et les organes de la génération , comme dans la Civette, qui rappelle cependant un peu le système de coloration des Hyènes, par taches ou barres plus foncées que le fond. Ce sont même ces ressemblances plus ou moins réelles qui ont porté plusieurs zoologistes à rapprocher ces deux genres dans leur méthode de mammalogie. Pour nous' le système digital étant d’importance supérieure à ces particularités et même à celles du système dentaire, on voit comment les Hyènes, manquant de pouce aux deux membres, terminent la série des Carnassiers ou des Secundatès, comme Je Chimpanzé, parfaitement quadrumane, commence celle des Primatès, les plus rapprochés de l’Homme.

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