DE LANCIENNETÉ DES PHOQUES A LA SURFACE DE LA TERRE
' Après avoir, dans un premier chapitre général , défini ce que nous entendons par Carnassiers, et donné l’histoire de la zoologie qui les regarde, exposé les principes de leur distinction et de leur classification , et enfin montré comment ils sont aujourd’hui dispersés, répartis à la surface de la terre , nous avons traité à part de l’ostéographie des Phoques et des Morses : il nous reste maintenant à examiner leur ancienneté sur le globe, mais seulement à en juger d’après les traces médiates ou immédiates qu’ils y ont laissées; car nous admettons à priori que, partie essentielle du système harmonique de la création , ils ont dû paraître nécessairement avec elle.
Comme dans nos chapitres préliminaires et dans l’ostéographie , nous allons donc consacrer un article à chacun des grands genres de Carnassiers ; mais dans nos conclusions , nous les envisagerons d’ensemble.
Les premières notions que la tradition nous a laissées des Phoques se trouvent dans les écrits des poètes et des mythographes grecs, lorsqu’ils nous ont représenté , d’après Homère , le vieux Protée au service de Neptune, et gardant des troupeaux de Phoques, au milieu desquels il sortait sur le rivage pour se livrer au repos. Cette fable ou mythe, dont on voit l’origine dans les poésies orphiques , fut ensuite mêlée à l’histoire de la guerre de Troie par Hérodote , et même à celle d Hercule, mais sans qu’on puisse y entrevoir rien autre chose que Protée était sans doute quelque chef de peuplade habitant des rivages de la mer assez tranquilles pour que les Phoques s’y retirassent en nombre considérable, comme c’est aujourd’hui dans les habitudes de ces animaux. En effet ,
les Œuvres littéraires.
Chez
les Poètes , mythographes et Historiens grecs.
Homère.
Hérodote.
Chez les Naturalistes.
Aristote.
Pausanias.
Dans
les Œuvres artistiques.
Statuaire.
Mosaïques.
Pharos , que l’on dit le siège du royaume de Protée , était une île située vers l’embouchure du Nil , ou peut-être mieux encore dans la mer Adriatique , île nommée aujourd’hui Lyssa , l’une de celles où l’on trouve encore de nos jours la seule espèce de Phoque de la Méditerranée , le P. monachus d’Hermann.
Cette opinion ne pourrait -elle pas être jusqu’à un certain point corroborée par l’observation que la Phocide , d’où sortirent les deux colonies de Phocéens , l’une qui fonda la ville de Phocée , en Ionie , sur la côte de l’Asie Mineure, l’autre la ville de Marseille, dans les Gaules, s’étendait jusque sur les côtes de la mer, vers l’entrée du golfe Adriatique, et que ce rivage était peut-être fréquenté par les Phoques ? Toutefois, il est juste d’avertir qu’aucune de ces villes , dont le nom tenait plus ou moins de celui de Phoca , n’a jamais représenté un de ces animaux sur ses médailles.
Quoiqu’il en soit de cette hypothèse, que le siège du royaume de Protée ou Pharos était plutôt dans la mer Adriatique qu’à l’embouchure du Nil, depuis ces premiers indices de la connaissance des Phoques par les poètes, indications qui se sont propagées par leurs imitateurs , nous avons vu que les historiens de la nature , et Aristote à leur tête , les ayant observés , nous les ont réellement fait connaître de plus en plus , et presque sans interruption depuis ce temps jusqu’aujourd’hui. En sorte qu’il paraît bien certain que les Phoques des troupeaux de Protée étaient indubitablement les animaux que nous désignons aujourd’hui sous ce nom , et dont Pausanias, plus heureux même qu’ Aristote, compare les pieds à ceux des Tortues de mer.
Nous ne connaissons cependant dans les monuments des arts laissés par les anciens aucune délinéation ou peinture , aucun bas-relief, statue ou figurine , en quelque matière que ce soit , qui représente un animal de ce genre; et dans la mosaïque de Carthage, dont le sujet est cependant la mer et ses animaux , je n’y ai pas vu de Phoques. Mais M. J. de Xivrey, dans la description de celle qui fut découverte à Saint-Rustice , près